DELUC
Uîl
taquent la religion révélée ont changé , et il faut y conformer sa défense : on l’attaque par la Géologie , et c’est nécessairement une science à acquérir par les théologiens. » Le même auteur attribue le défaut de durée ou le manque de succès des anciens systèmes géologiques, à leur nature anti-mosaïque, et à l’esprit contraire à « la sublime tradition » dans lequel ils étaient conçus. Ces suppositions, 'qui , de môme que plusieurs autres assertions analogues, se trouvent répétées dans les ouvrages de Deluc , semblent avoir été confirmées par quelques auteurs modernes; cela fait que, dans l’intérêt de la justice, nous croyons devoir déclarer qu’aucun des divers géologues dont nous venons de passer les ouvrages en revue , ne s’est rendu coupable d'efforts tendant a détruire les dogmes de l’Écriture, à l’aide d'arguments réellement empruntésà la saine physique. La plupart de ceux, aucontraire, qui furent assez heureux «pour découvrir les vraies causes des choses, «méritèrent rarement qu’on leur appliqué! cette partie du panégyrique du poète :
« Atque motus omîtes
Subjecit pedibus »
La prudence, ou, pour mieux dire, la réserve craintive de plusieurs auteurs italiens anciens se laisse t. i. 14
162 ESPRIT D'INTOLÉRANCE. (tIVBE I,
aisément apercevoir dans leurs écrits. On voit que s’ils ont adhéré à certaines idées, et particulièrement à la donnée du Déluge , ce fut bien plutôt par égard pour les préjugés alors dominants, que pour obéir à leurs propres convictions. Aussi , tout en regrettant qu’ils se soient laissés aller à une telle dissimulation, ne peut-on guère les en blâmer; car leur manque de courage moral doit être surtout attribué à l’intolérance des temps, qui seule mérite la censure de la postérité, et à ce pouvoir inquisitorial qui força Galilée à abjurer (*).
Hutton répondit aux attaques de Kirwan non-seulement avec la plus vive chaleur, mais encore avec toute l'indignation que devaient lui faire éprouver des reproches aussi peu mérités que ceux qui lui étaient adressés. « Il avait toujours témoigné, » dit Playfair, « une profonde admiration pour l’intention
(’) On trouve dans un très-bon article sur la « vie de Galilée,» publié par M. Drinkwatrr, dans la « I.ibrary of l'seful Knowledge » ( Bibliothèque des Connaissances Utiles ), qu’en 1828, l'ouvrage de Galilée et le livre de Copernic figuraient encore, à Rome, sur la liste des ouvrages à l'index , avec les mots : « Nisi corrigatur ; » car, à l’exception de certains passages, ils étaient sanctionnés. Cependant, le professeur Scarpellini m’assura, cette même année, que Pie VU, pontife distingué par son amour pour les sciences, avait fait rapporter les édits publiés contre Galilée et le système de Copernic. Dans l'assemblée de la Congrégation, qui fut convoquée à cet effet par le
en ap. iv.) DÉF. DE HüTTON 1>AR PLAYFAlR.
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bienfaisante qui se manifeste dans l’ordre de l'univers; et il affectionnait par-dessus tout, dans sa théorie, ce qui pouvait répandre quelque clarté sur les causes finales. » Pour ce qui regarde Playfair personnellement, on peut dire, sans manquer à la vérité, qu’il n’existe point d’ouvrages scientifiques anglais qui contiennent des passages plus éloquents que les siens sur la grandeur et l’harmonie que l’on remarque jusque dans les moindres détails de la création : aussi, peut-on dire de ces ouvrages qu’ils sont l’expression sincère d’un esprit qui s’attache à l’étude de la Nature comme à ce qu’il y a de plus propre à nous porter vers la contemplation de la cause première de tout ce qui existe. Dans tout autre moment, l’élégance et l’énergie du style de Playfair auraient assuré aux théories Huttoniennes la plus grande popularité; mais, par une coïncidence sin-
papc, feu le cardinal Toriozzi, assesseur du Sacré-College, fit la proposition « de purger l’Église du scandale auquel donnaitlieu le maintien de ces édits » L'assemblée entière, à l'exception d’un seul de ses membres, un dominicain, s'empressa d’adhérer scelle motion, et le rapport Tut prononcé. Dès longtemps avantla décision du Sacré-Collège , la théorie Newtonienne était enseignée à la Sapienza. ainsi que dans toutes les Universités catholiques de l’Europe (excepté, à ce que j’ai ouf dire, dans celle de Salamanque); mais par respect pour les décrets de l'Église, les professeurs étaient tenus de se servir du mol d'hypothèse au lien de celui de théorie. Aujourd’hui, on dit : la théorie de Copernic.
164 PRÉrtOM. DES IDÉES DE WERNER (livre i,
fçulière , le Neptunianismc et l’orthodoxie étaient alors rangés sous la môme croyance, et le préjugé dominait à tel point, que la majorité se trouva entraînée à admettre l’hypothèse du fluide chaotique , ainsi que plusieurs autres idées cosmologiques de Werner. Ces fictions, le professeur saxon les avait empruntées de ses prédécesseurs, sans les améliorer en aucune façon , èt même sans les modifier d’une manière notable. Quant à la tolérance avec laquelle elles furent accueillies, on ne peut l’attribuer qu’à ce que ne reposant ni sur l’Écriture, ni sur des données que le bon sens pût admettre, on les considérait comme trop conjecturales et trop dénuées de fondement, pour craindre qu’elles pussent jamais heurter bien vivement les préjugés existants.
Suivant Deluc, la première distinction essentielle à faire entre les divers phénomènes qui se manifestent à la surface de la terre , consistait à déterminer les résultats des causes actuelles , et ceux dont les causes ont cessé d’exister. Il supposait que la forme et la composition de la masse de nos continents devaient , ainsi que leur élévation au-dessus du niveau de la mer, être attribuées à des causes qui n’agissaient plus, et que la mise à sec de ces continents avait eu lieu à l’époque peu ancienne de la retraite subite de l’Océan , dont les eaux avaient pris place dans des ca-
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