DES PROGRÈS DE LA GÉOLOGIE DANS LES TEMPS MODERNES
L’animosité qui régnait entre les factions rivales de Saxe et d’Écosse en était venue au point que les dénominations de Neptunistes et de Vulcanistes équivalaient à des termes de reproche. Quant à la recherche de la vérité, elle était également négligée par les deux partis; car chacun d’eux avait bien plus à cœur de trouver des arguments favorables à sa propre cause, ou contraires à celle de ses adversaircs, que de concourir au progrès réel de la science. Sur ces entrefaites, apparut une nouvelle école, qui , s’appliquant à conserver la plus stricte neutralité, et professant la plus complète indifférence pour les systèmes de Hutton et de Werner, consacra tous ses travaux à l’observation. La réaction provoquée par l’exaltation des sectes antagonistes disposa dès lors les esprits à une réserve extrême. Les idées hypothétiques firent place au doute et à l’incertityde; et, dans la crainte de s’exposer au soupçon de pencher pour un parti ou pour un autre , quelques géologues poussèrent le scrupule jusqu’à ne vouloir se faire aucune opinion sur les causes des phénomènes dont ils étaient témoins, et jusqu’à se montrer sceptiques dans les cas même où les consé-
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quencesqui découlent naturellement des laits observés ne permettaient pour ainsi dire aucun doute.
Société Géologique de Londres. — Bien qu’à l'époque à laquelle ce changement eut lieu, la prévention contre toute espèce de théorie fût portée un peu trop loin peut-être, il n’en est pas moins vrai que rien , dans un tel moment, ne pouvait être plus heureux que l’interruption des* nombreux essais qui, en si peu de temps, avaient été tentés à l’égard de ce que l’on appelait des « Théories de la terre. » Mais pour atteindre le but vers lequel tendait l’école dont il s'agit, une grande masse de données nouvelles devenait nécessaire. La Société Géologique de Londres. fondée en 1807, en fournit un bon nombre pour sa part. Multiplier et recueillir les observations, en attendre patiemment le résultat dans l’avenir, tel était le but que se proposaient les hommes de la nouvelle école. Ils avaient pour maxime favorite que le moment d’adopter un système général de . géologie n’était pas encore venu, mais que pour le hâter, on devait, durant plusieurs années, s’occuper exclusivement du soin de préparer aux générations futures les matériaux nécessaires pour arriver à cette fin. En ne cessant d’agir d’après ces principes, ils eurent en peu d’années entièrement désarmé les préjugés, et mis la science qu'ils cultivaient
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à couvert de l’accusation d’être une science dangereuse, ou tout au moins imaginaire.
C’est, ainsi que l’a remarqué un auteur moderne célèbre, à trois des principales nations de l’Europe, l’Allemagne, l’Angleterre et la France, que trois des branches les plus importantes de la géologie ont dû , pendant le demi-siccle dernier, leur avancement successif (*). En effet, n’est-ce pas en Allemagne, là où , pour la première fois ,* les caractères minéralogiques des roches furent décrits avec précision par Werner, que l’étude systématique de ce que l’on peut appeler la géologie minéralogique prit naissance et se développa avec le plus d’activité? D’un autre côté, l’Angleterre n’a-t-elle pas le droit de revendiquer pour sa part le plus grand nombre des travaux que nécessita la classification des formations secondaires, caractérisées par leurs fossiles? A ces travaux concoururent principalement Smith , dont nous parlions tout à l’heure, et plusieurs des membres les plus actifs de la Société Géologique de Londres. Quanta la troisième branche de la science, celle
qui se rapporte aux formations tertiaires , elle naquit en France, où elle dut son origine au magnifique ouvrage de Cuvier et Brongniart, publié en 1808,
(*■ Whewell, Briti>h Crjtic (Critique Britannique), N® XVII, p. 187 1831.
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sous le titre de « Essai sur la Géographie minéralogique et sur les débris organiques des environs de Paris. ».
Le langage technique de la science et les méthodes actuelles de classification , peuvent encore nous faire reconnaître les différents pays où , à des époques diverses, ces trois branches distinctes de la géologie commencèrent à être cultivées. Ainsi, par exemple, de même qu’un très-grand nombre de roches et de minéraux simples ont conservé jusqu’à présent les noms allemands qui leur ont été donnés dans le principe, de même aussi, les terrains secondaires observés en Europe ont continué à être désignés par des noms analogues aux types anglais, auxquels nous avouerons en passant qu’on les a trop exclusivement rapportés. Enfin , pour ce qui regarde les subdivisions qui, pour la première fois, ont été établies dans la série de couches du bassin de Paris , elles ont été considérées comme autant de groupes normaux auxquels on a cru devoir comparer tous les autres dépôts tertiaires de l’Europe, alors même que souvent rien , comme on le verra plus tard , ne justifiait ce rapprochement (*).
Nulle époque ne pouvait être plus favorable à la découverte d’un grand nombre de fossiles bien con-
(') Livre IV, ch. il.
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serves, dans le voisinage de Paris, que le commencement du siècle actuel ; car jamais, auparavant .
1 histoire naturelle n’avait été cultivée avec autant d enthousiasme dans cette capitale de la France. Les travaux de Cuvier en anatomie comparée, et ceux de Lamarck en conchyliologie, placèrent ces deux parties de la science à un rang auquel, jusqu'alors, on ne les avait pasjugées susceptibles de s’élever. Les investigations de ces savants eurent accidentellement poureffet de dissiper le préjugé quiavaitlongtemps prévalu relativementau défaut d’analogie qu'on supposaitexister entre 1 état ancien et l’état moderne du globe, line comparaison attentive des espèces récentes et fossiles, et les conséquences déduites de cette comparaison par rapport à leurs mœurs, accoutumèrent le géologue à regarder notre planete comme ayant été à diverses époques successives la demeure d'animaux et de plantes d’espèces différentes, les unes terrestres, les autres marines, d’autres, enfin, lacustres et fluviatiles. I)e telles considérations firent insensiblement disparaître les idées fantastiques de catastrophes et de confusion chaotique, auxquelles s’était livrée l'imagination des premiers cosmologistes. On découvrit des preuves nombreuses de la précipitation tranquille des* matières sédimentaires, et du développement lent ét progressif de la vie organique. Quand plusieurs auteurs, au nombre des-
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quels était Cuvier lui-méme, persistaient à soutenir «‘que le fil de l’induction était rompu (’ . » ils professaient un dogme que dans, la pratique ils étaient loin de confirmer, puisque dans le rapprochement qu'ils établissaient entre les espèces récentes et fossiles, ils procédaient d’après les règles les plus strictes de l’induction. L’adoption des mêmes noms de genres, et quelquefois des mêmes noms d’espèces pour désigner les débris des animaux fossiles et leurs analogues vivants, était un point essentiel pour fa muta- -, riser l’esprit avec la donnée de l’identité et de l'unité du système à des époques très-éloignées. C’était, en quelque sorte, reconnaître qu’upe partie, au moins, , des antiques annales de la Nature était écrite en un • •
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i ft langage vivant. L’importance croissant^ de l'histoire * . naturelle des débris organiques peut donc être considérée comme le trait caractéristique des progrès de la géologie durant le siècle actuel ; car, indépendamment de ce que cette branche de la science est déjà dey<enue d’un immense secours dans la classification géologique, elle continue encore chaque jour à fournir de nouvelles données, propres à étendre et à agrandir les idées relatives aux anciennes révolutions du globe.
Quand on compare le résultat des travaux qùront (*) Discours sur les Révolutions de lu surface du çlobc.