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PROGRÈS DE LA GÉOLOGIE

(livre i .

été exécutés pendant ces quarante dernières années avec celui des observations faites dans le cours des trois siècles précédents, on ne peut s’empêcher de prévoir le hautdegréd’avancementauqucl, suivant toute probabilité, la géologie est appelée à parvenir, non-seulement dans la suite des temps, mais à l'aide même des efforts de la génération actuelle. Jamais peut-être, en un aussi court intervalle, aucune science, si ce n’estl’astronomie, ne mit au jour un si grand nombre de vérités nouvelles et imprévues, et ne renversa autant de préjugés. Ainsi , par exemple . de même que l’illusion de ^ nos sens nous fit considérer la terre comme étant en repos, jusqu’à ce qu’après bien des siècles, l’astro- , nome eût reconnu qu elle était emportée dans l’espace avec une inconcevable vitesse, de même aussi % la surface de notre planète fut regardée comme n’ayant éprouvé aucunealtération depuis sa création, jusqu’au moment où. à son tour, le géologue eût constaté que non-seulement elle avait été jadis le théâtre d’innombrables changements, mais que, de plus, elle était encore, à présent, sujette à de lentes, mais incessantes fluctuations. La découverte d’autres systèmes que le nûtre dans les régions sans bornes de l’espace fut le triomphe de l’astronomie. Reconnaître le même système à travers plusieurs transformations.

— l’entrevoir, à diverses époques successives, orné de vallées, de montagnes, de mers, de lacs, respec-

ciiap. IV.) DANS LES TEMPS MODERNES. 175

tiveinent différents, suivant chacune de ces époques, et peuplé d’habitants nouveaux, tel fut le fruit, telle fut la noble récompense des recherches géologiques. Le géomètre mesure les régions de l’espace et les distances relatives des corps célestes; quant au géologue , c’est le temps qu’il compte. Pour évaluer les myriades de siècles qui passent sous ses yeux, ce n’est pas l’arithmétique qu’il emploie, mais certains symboles présentant à l’esprit des idées mieux définies de l’immensité du temps que des figures ne pourraient le faire; c’est cet enchaînement d’événements physiques, cette longue suite de phénomènes qui, dès les périodes les plus reculées de l’histoire du globe, ont eu lieu soit dans le monde animé , soit dans le monde inorganique.

Pour ce qui regarde la question de savoir si nos recherches, relativement à l’histoire de la terre et à sa structure, seront, sous le rapport de l’utilité pratique, d’un aussi grand avantage pour le genre humain que la connaissance des cieux, c’est à la postérité seule qu’il appartient d’en juger. L’application de l’astronomie aux arts utiles ne leur devint réellement profitable que lorsque cette science se fut enrichie des observations recueillies dans l’espace de plusieurs siècles , et lorsqu’elle eut réussi à remplacer par une théorie rationnelle les préjugés qui dominaient avant elle. Quant à la géologie,

PROG. DE LA GÉOL., ETC. (liv. i , eu. IV.)

outre qu’elle ne commença à être cultivée qu’à une époque de beaucoup postérieure à celle qui fut témoin des immenses progrès de l’astronomie, elle eut constamment à lutter contre les préventions les plus opiniâtres, chaque fois que, jusqu’à ce jour, elle chercha à se rapprocher de quelque principe basé sur une saine doctrine. Toutefois , les avantages pratiques qui en sont déjà résultés n’en ont pas moins une importance réelle. Pour ce qui est des généralisations auxquelles cette science a donné lieu , elles laissent encore beaucoup à désirer, et tout porte à croire que c’est à ceux qui viendront après nous que sont réservés les fruits les plus précieux de nos travaux. Quoi qu’il en soit, c’est pour nous qu'aura été le charme de la découverte; et si, pour explorer le noble et admirable champ offert à nos recherches, nous avions besoin de quelque encouragement, nous pourrions le trouver dans ce qu’a dit un grand historien de notre époque , que « celui qui rappelle à la vie ce qui a cessé d’être , ressent une jouissance égale à celle de créer (‘). »

(*) Niehiihr’s Hist. of Rome (Histoire Romaine «le Niebuhr).

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