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DES PRÉJUGÉS QUI ONT RETARDÉ LES PROGRÈS DE LA GÉOLOGIE

Des préjugés relatifs à la durée des temps passés. — De ceux auxquels donne lieu notre position particulière comme habitant les continents , et de ceux qui proviennent de l’impossibilité où nous sommes d'ètre témoins des changements souterrains actuellement en voie de s'accomplir. — Différence apparente entre la marche actuelle de la Nature et celle d'aulrefoij, résultant de la combinaison de ces diverses causes. — Considérations relatives aux objections qui ont été faites à la théorie par suite de laquelle ou admet que les changements anciennement produits à la surface du globe sont dus à des causes analogues, quant à la nature et à l’intensile, à celles qui agissent de nos jours.

Lorsqu’on réfléchit à l’histoire des progrès de la géologie que viennent de retracer les chapitres précédents, l’esprit s'arrête naturellement aux variations nombreuses qu’ont subies les opinions relatives aux causes auxquelles doivent être attribués tous les anciens changements qui ont eu lieu à la surface du

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globe. Les premiers observateurs considéraient les monuments que les géologues s’efforcent aujourd’hui de déchiffrer, comme se rapportant à l’état originel de la terre, ou à une période à # laquelle agissaient des causes différentes de celles qui de nos jours constituent l’économie de la Nature. Mais

ces idées se modifièrent graduellement, et plusieurs

même d’entre elles furent complètement abandonnées , à mesure que les observations se multiplièrent, et que les signes qui révèlent d’anciens changements furentplus habilement interprétés. Plusieurs phénomènes dans lesquels, pendant longtemps, on avait cru voir la preuve de l’existence d’un agent „ mystérieux et extraordinaire, finirent par être reconnus comme n’étant autre chose que le résultat nécessaire des lois qui, à l’époque actuelle, gouvernent le monde matériel; et la découverte inespérée d’une telle conformité amena enfin quelques savants à l’idée que, pendant la suite de périodes qu’embrasse la géologie, les mêmes lois n’avaient jamais cessé de présider d’une manière uniforme à tous les changements qui s’étaient produits à la surface de notre planète. De plus, ces savants pensant que les mêmes causes générales avaient pu surfile pour donner lieu, par leurs différentes combinaisons, à la diversité infinie d’effets que l’écorce du globe a pris soin d'enregistrer dans ses annales, ils supposèrent que les

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temps à venir ramèneraient de nouveau les mêmes combinaisons , et, par suite, des changements analogues à ceux des temps passés.

Soit que l’on adopte ou que l’on rejette cette doctrine, toujours du moins faut-il convenir que les progrès graduels de l’opinion, relativement à la série de phénomènes qui se sont accomplis à des époques extrêmement reculées, ressemblent, d’une manière singulière, à ceu^qui, chez tous les peuples, ont accompagné le développement de leur intelligence , In’égard de l’économie de la Nature, telle qu'elle se manifestait de leur temps. Aiçsi, par exemple, aux premiers âges de la science, alors qu’un grand nombre de phénomènes.naturels restaient encore inexpliqués, une éclipse, un tremblement de terre, une inondation, l’approche d’une comète, et divers autres événements que plus tard on reconnut potfr faire partie du cours régulier de la Nature, étaient considérés comme autant de prodiges. Les phénomènes d’un ordre moral même n’échappaient pas toujours à ce genre d’erreur; car souvent on les attribuait aux démons, aux esprits, aux sorciers, ou à quelque autre cause immatérielle et surnaturelle. Peu à peu. cependant, plusieurs des énigmes du monde moral et physique vinrent à s’expliquer, et dès lors il fut possible de juger qu’au lieu de dépendre de causes irrégulières et extérieures , les effets en question

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résultaient de lois fixes et invariables. Le philosophe »e convainquit enfin de l’uniformité constante des causes secondaires ; et, guidé par sa confiance dans ce principe, il établit le degré de probabilité que lui semblaient offrir les récits de certains événements passés, rejetant la plupart des contes fabuleux des temps anciens comme étant inconciliables avec l’observation des faits qu’il appartenait à des siècles plus civilisés’de signaler.

Des préjugés relatifs à la durée des temps passés.

„ — Par suite de la croyance généralement admise

pendant longtemps qu’il y avait defaut de conformité dans les causes qui, durant les temps anciens et modernes, ont donné lieu aux modifications que

l’écorce du globe a subies, et par suite aussi de la

confiance qu’ont accordée à cette opinion des hommes convaincus que l’ordre de la Nature était resté uniforme pendant plusieurs des derniers milliers •d’annces qui se Sont écoulés, nous croyons devoir apporter une attention toute particulière à l'examen des circonstances qui, suivant toute probabilité, ont exercé quelque empire sur l’esprit de ces hommes, et donné à leurs idées une fausse direction. Le lecteur comprendra aisément que quelque régulier qu’ait été le cours de la Nature depuis les époques les plus anciennes, il était impossible que ceux qui,

eu ap. v.) LES PROGRÈS DE LA GÉOLOGIE.

les premiers, s'occupèrent de géologie, crussent à un tel ordre de choses , tant qu’ils restèrent sous l’influence de l’erreur qui pendant longtemps exista relativement à l'àge du monde, et à l’époque de la création des premiers êtres animés. Quelque fantastiques que puissent nous paraître certaines théories enfantées dans le cours du seizième siècle, et quelque indignes qu’elles soient d’avoir appartenu à des hommes d’un talent éminent et d’un grand jugement, nous n’en devons pas moins être bien assurés que, si de nos jours quelque erreur semblable venait à s’introduire dans notre histoire , elle ne manquerait pas de donner encore lieu aux mêmes absurdités. Supposons, par exemple, que Champollion , ainsique tous les autres littérateurs français et toscans qui dans ces derniers temps ont exploré les antiquités de l’Égypte, aient visité ce pays avec la ferme conviction qu’avant le commencement du dix-neuvième siècle , aucun individu do la race humaine n’habita les bords du Nil; supposons, en outre, que cette idée ait été aussi fortement invétérée en eux que l’était chez nos ancêtres l'opinion que, jusqu’à la création des continents actuels et des espèces aujourd'hui existantes, la terre n’avait servi de demeure à aucun être vivant, et dès lors il nous sera facile jle concevoir a quels systèmes extravagants ces savants auraient été forcés de recourir, pour expliquer, sous l’impression

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d'une semblable erreur, l’origine des monuments découverts en Égypte. La vue des pyramides, des obélisques, des statues colossales , et des temples en ruine que cette contrée renferme en si grand nombre, les eût tellement étonnés, que, pendant quelque temps, ils auraient été comme des hommes soumis au pouvoir d’un charme, «et hors d’état de se livrer à aucun bon raisonnement. Leur première pensée eût été , sans doute , d’attribuer la construction de ces ouvrages gigantesques à quelque puissance surhumaine d’un monde primitif; et il est assez probable que, pour sortir d’embarras, ils auraient ima- • gine un système analogue à celui que Manetho avait rnis si gravement en avant, savoir, qu’à l’origine l’Égypte fut gouvernée par une dynastie de dieux, dont Vulcain, qui régna neuf mille ans, fut le premier monarque; qu’à Vulcain succédèrent Hercule et plusieurs autres demi-dieux, qui, à leur tour, furent remplacés par des rois de la race humaine.

Si , après s’étre arrêtés quelque temps à ces rêves de leur imagination , nos antiquaires fussent venus à découvrir quelque vaste dépôt de momies, oh! alors, leurs premières erreurs se fussent dissipées sur-le-champ. Quant à ceux qui n’auraient pas été témoins par eux-mêmes de cette découverte, ils ne seraient revenus que bien plus difficilement et plus tardivement de leurs préjugés. Ce-

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