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CHAP. V.) LES PROGRÈS DE LA GÉOLOGIE

pendant, les récits unanimes d’un grand nombre de voyageurs eussent fini par les obliger à accommoder leurs anciennes théories à quelques-uns des faits nouveaux — tâche qui n’aurait pas exigé moins d’esprit que de sagacité ; car on ne peut se dissimuler qu’il eût été pour eux bien difficile d’avoir tout à la fois à modifier et à défendre leurs vieilles positions. Chaque découverte nouvelle eût contredit un nombre toujours croissant d’analogies connues, par la raison que lorsqu’une théorie repose sur une base fausse, elle devient de plus en plus impuissante à mesure que les faits se multiplient. C’est là précisément ce qui arriverait si aujourd’hui les géomètres voulaient essayer d’établir un système astronomique sur l’hypothèse de l’immobilité de la terre.

Parmi les cent autres conjectures bizarres que l’on pourrait faire encore sur l’histoire de l’Égypte, il est à croire que les suivantes n’échapperaient pas à ceux qui seraient tentés de s’appesantir sur un pareil sujet : « D’après le peu de temps, » diraient-ils, « qui a s’est écoulé depuis l’époque où, pour la première « fois, des colonies s’établirent sur les rives du Nil , u il est impossible de regarder les objets curieux « qu’on appelle momies comme ayant jamais appar- « tenu à des êtres humains. On doit supposer plutôt a qu elles ont été engendrées par quelque vertu plas- « tique résidant dans l’intérieur de la terre, ou croire

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« quo ce sont des produits avortés de la Nature s’es- « sayant pour le grand œuvre de la création. Car si des « êtres difformes naissent quelquefois, même à présent « que le système de l'univers a acquis son entier déve- « loppement, combien, à plus forte raison, devait-il y <i en avoir qui, venus avant leur temps, se trouvaient « à peine formés à moitié, quand notre planète elle- « même n’était encore qu’à l'état d’eipbryon? l)’un •i autre côté, si de telles idées semblent de nature à « abaisser la perfection que l’on doit attribuer à Dieu, w et si ces momies offrent en tout point la representa- « lion exacte du corps humain, ne poiirrait-on pas les « considéreraussi bien comme un commencementd’or- « ganisation que comme un reste de destruction, c'est- « a-dire, comme un essai pour l’avenir plutôt qu'un rcu sultat du passé? Ne serait-ce pointsonsein,ctnon sa « tombe, que la Nature dévoilerait ainsi à nos regards? a Et ces images, enfin, ne seraient-elles pas comme les « ombresde Virgile, attendant la vie dans son Élysée. — « destypesd’hommesnoncncoreappelésa 1 existence?»

Soutenues par d’éloquents écrivains, de telles rêveries ne manqueraient pas d’avoir de nombreux partisans parmi ceux qui, par suite de leurs anciens préjugés, seraient intéresses a s y livrer; et cela, parce qu elles les dispenseraient de la nécessité , toujours si pénible, d’abandonner des idées que pendant longtemps on a crues fondées. Quelque incroya-

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ble que paraisse un pareil scepticisme, on peut dire

cependant, sans être taxé d’exagération, que plusieurs

systèmes des seizième etdix-septièmo siècles l’ont égalé

en invraisemblance. Parmi ces divers systèmes, nous

citerons , entre autres , celui du savant Falloj^jo . qui regardait les défenses d’éléphants fossiles comme des concrétions terrestres, et les poteries ou fragments de vases qui ont été trouvés au Monte-Testaceo. près de Home, comme l’œuvre de la Nature, et non comme des produits de l’art. Mais, pour en finir avec notre supposition, admettonsque la génération imbue des fausses idées que nous venons de signaler, vienne a disparaître, et se trouve remplacée par une autre qui ne se soit jamais occupée du soin de défendre des doctrines vieillies ; on comprendra dès lors comment celle-ci, examinant sans partialité les preuves fournies par les momies, n’hésitera pas à reconnaître et à déclarer qu’avant le dix-neuvième siècle, l’Égypte était habitée par des êtres humains. Ce fait , dès ce moment, se trouvera incontestablement établi ; mais il se pourrait qu’un siècle entier eût été employé à le vérifier, avant que les travaux des savants occupes du soin de le constater soient parvenus à éclaircir quelque point historique d’une importance réelle.

Ce préjugé, toutefois, n'était pas le seul que les premiers géologues eurent à combattre. Tout en reconnaissant que la terre avait servi de demeure a des t. i. Ifi

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êtres animés, depuis bien plus longtemps qu'on ne l’avait supposé d’abord , ils étaient loin d’accorder à cette période la durée qu’on admet généralement aujourd'hui. Or, on concevra sans peine combien une

erreur de ce genre doit nuire à l’adoption de toute

idée rationnelle touchant l’ordre de choses ancien , si l’on se met à la place d’un lecteur qui parcourrait les annales des transactions civiles et militaires d’une’ grande nation, sous l’influence de l’idée que les faits relatés dans ces annales n’ont mis que cent ans au lieu do deux mille, par exemple, à s’accomplir. Une telle histoire aurait bien certainement tout l’air d’un roman, tant les événements y seraient dépourvus de vraisemblance , et s’accorderaient peu avec la marche actuelle des affaires humaines. Les incidents s’y presseraient en foule ; les armées et les flottes ne paraîtraient s’assembler que pour être aussitôt détruites, de môme que les villes ne sembleraient s’élever que pour tomber en ruines l’instant d’après. Les transitions les plus violentes auraient lieu entre les guerres étrangères ou les guerres intestines, et les périodes de paix , et les travaux exécutés durant ces années de désordre ou de tranquillité, surpasseraient en grandeur tout ce que l’on est en droit d’attendre du pouvoir de l’homme.

Eh bien! celui qui étudierait les monuments de la Nature, l’esprit imbu d’une prévention semblable, se

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ferait un tableau non moins exagéré de l’énergie et de la violence des causes qui les auraient produits, et éprouverait une difficulté également insurmontable à concilier l’état ancien du monde avec son état actuel. Si , par exemple , on pouvait embrasser d’un seul et même coup d’œil tous les cônes volcaniques qui . dans l’intervalle des cinquante siècles derniers, ont été formés en Islande, en Italie, en Sicile, ainsi qu’en diverses autres parties de l’Europe, etque, d’un autre côté , on pût apercevoir dans leur ensemble , les laves qui , durant le même espace de temps , se sont répandues à la surface du sol; les dislocations, les affaissements et les soulèvements occasionnés par les mouvements souterrains; les terres ajoutées à différents deltas , ou celles, au contraire , qu’a englouties la mer; on aurait, en tenant compte aussi des effets destructeurs résultant des inondations, et en supposant que tous ces événements ont eu lieu dans le cours d'une seule année, des idées vraiment exagérées sur la soudaineté de ces révolutions, et sur l’activité des agents qui les auraient déterminées. Et, si l’année suivante, un aussi grand nombre de changements venaient à se passer sous nos yeux , on serait nécessairement amené à en conclure qu’une grande crise de la Nature était prête à se manifester. Si donc, les géologues ont interprété la valeur d'une suite d’événements de manière à ne voir que des siècles là où sont imprimés

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des milliers d’années, et des milliers d’années là où le langage de la Nature en accuse des millions, ils ne peuvent se dispenser d’admettre, pour peu qu’ils tirent une conséquence logique des données fausses qui leur ont servi de point de départ, qu’une révolution complète s’est opérée dans le système de l’univers.

S’il était prouvé que la plus grande des pyramides d’Égypte a été l’ouvrage d’un seul jour, personne, je pense, ne manquerait d’en attribuer l’érection à quelque puissance surhumaine. Eh bien ! de môme, si l’on admettait que le soulèvement d’une chaîne de montagnes s'est produit dans un laps de temps bien moins considérable que celui qu’a exigé, en réalité, l’accomplissement d'un pareil phénomène, on serait conduit naturellement à supposer que jadis les mouvements souterrains étaient infiniment plus énergiques qu'ils ne le sont aujourd’hui. D'après la certitude que l’on a qu’un seul tremblement de terre peut sulTire pour élever la côte du Chili de 3 pieds (9 déc.) environ, terme moyen, sur une étendue de 100 milles (36 lieues), on a calculé que deux mille chocs d’une violence égale à celui qui aurait occasionné un tel résultat , produiraient une chaîne de montagnes de 100 milles (36 lieues) de long, et de 6,000 pieds (plus de 1,800 mètres) de haut. Or, si. dans le cours d’un siècle, il ne se manifestait qu'une ou deux de ces convulsions, les choses coïncideraient exacte-

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ment avec ce qui , depuis les périodes les plus anciennes , se passe dans le Chili ; tandis que si les deuxmille secousses venaient toutes à se faire sentir dans le siècle suivant, non-seulement le pays entier serait privé de ses habitants, mais bientôt sa surface n’ofTrirait plus qu’un amas confus de ruines, au milieu duquel un très-petit nombre d’animaux ou de plantes pourraient à peine continuera vivre.

Une des conséquences inévitables d'une évaluation beaucoup trop faible de la durée des temps passés, est la coïncidence apparente d’événements qui ne peuvçnt, évidemment, avoir entre eux aucune liaison, ou qui sont tellementextraordinaires, qu’il n’est guère possible de supposer qu’ils aient eu lieu à une seule et môme époque. Quand l’association imprévue de quelques-uns de ces rares phénomènes vient à s'offrir dans lecoursactuel de la Nature, presque toujours elle éveille l’idée d une cause surnaturelle, dans l’esprit de ceux qui ne sont point habitués à concevoir la puissance de l’action uniforme des causes secon-, daires; et c’est , du reste , ce qui arrive souvent quand la mort d’un être qui les intéresse vient à coïncider soit avec l’apparition de quelque météore lumineux, soit avec celle d’une comète, soit enfin avec quelque secousse de tremblement de terre. Il ne faudrait que multipier le nombre de pareilles coïncidences pour troubler les idées de tous les

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savants. Tel semble être le but que Woodward s’est proposé d'atteindre dans sa fameuse hypothèse, à en juger, du moins, par le grand nombre d’événements extraordinaires qu’il présente comme étant arrivés dans le court intervalle de quelques mois, bien qu’ils n'ofTrent entre eux aucune espèce de rapports. Quelque bizarre que soit cette théorie, elle n’est pas à beaucoup près la seule où l’on remarque de semblables inconséquences : beaucoup d’autres encore admettent l'accomplissement d’une longue suite de phénomènes dans un espace de temps pour ainsi dire insensible.

Une autre source d’erreur qui a beaucoup d’analogie avec la précédente, résulte du contact fréquentde certains monuments géologiques dont la production se rapporte à des époques très-éloignées les unes des autres. Souvent nous embrassons d’un seul coup d’oeil des effets dus à des causes qui ont agi en des temps d’une ancienneté incalculable, sans qu’aucune circonstance frappante indique l’existence d'une grande lacune dans la série chronologique des archives de la Nature. Dans le long intervalle de temps qui peut s’ètre réellement écoulé entre les résultats d’opérations ainsi comparées, il n’y aurait rien d’impossible à ce que, par suite de certaines modifications lentes et insensibles, l’état physique du globe eût éprouvé un changement complet : il se pourrait qu’une ou plu-

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sieurs races d’êtres organisés eussent disparu de telle ou telle partie du globe, sans y laisser aucune trace de leur existence.

Le passage de l’un de ces états de choses à l’autre semblerait si extraordinaire à celui qui n’aurait aucune connaissance des événements intermédiaires, qu’il ne manquerait pas de l’attribuer à quelque révolution survenue dans le système. Son imagination serait tout aussi embarrassée pour se rendre compte d’une pareille circonstance, qu’elle pourrait l’être pour s’expliquer le rapprochement subit de deux points éloignés de l’espace. Supposons, pour un moment, qu’un savant, qui se serait endormi dans quelque désert des contrées arctiques, se trouvât transporté, par l’effet d’une puissance surnaturelle, analogue à celle qui, dans les contes de fées, joue un rêle si merveilleux, dans une vallée délicieuse des régions tropicales , où , a son réveil , il se vit entouré d’oiseaux au brillant plumage, et de tout ce que ces heureuses régions offrent de plus splendide, tant sous le rapport des formes animales que sous celui des productions végétales; n’est-il pas vrai que. ce qu’il pourrait supposer de plus raisonnable, si l’art nécFomantique avait pu, en réalité, le placer dans une situation pareille, serait qu’il est le jouet d’un rêve? Or, nous demandons si un géologue qui formerait des théories sous l’inllucnced’une illusion semblable.

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mériterait plus de confiance qu'on n’en doit accorder à un homme qui rêve?

Le souvenir de la légende des Sept-Dormants mettra peut-être le lecteur mieux à même de comprendre le principe sur lequel je crois utile d’insister. L’époque de la scène exposée dans cette fable popu- .laire se rapporte aux deux siècles compris entre le règne de l'empereur Décius et la mort de Théodose le •leune, et s’étend, par conséquent, de 249 à 450 de notre ère. Cette époque fut celle de la dissolution de l’empire romain , et celle aussi de l’invasion des Barbares du ‘Nord dans plusieurs des plus belles provinces de cet empire. Le siège du gouvernement avait été transporté de Rome à Constantinople, et le trône, en cessant d’être occupé par un persécuteur païen, était devenu l’héritage d’une dynastie de princes chrétiens et orthodoxes. Le génie de l’empire avait été foulé aux pieds par les conquérants , et les autels de Diane et d’HercuIe étaient sur le point d’être consacrés à des saints et à des martyrs catholiques. Or, voici ce que dit la légende : « Dans le temps où les persécutions de Décius continuaient à s’exercer contre les chrétiens, sept jeunes gens, appartenant à de nobles familles d’Éphèse, se cachèrent dans une vaste caverne située sur le flanc d’une montagne voisine de la ville; mais le tyran, ayant eu connaissance du lieu de leur retraite , ordonna qu’on les y laissât périr.

cil AP. v .) LES PROGRÈS I)K LA GÉOLOGIE.

en interceptant soigneusement l’issue de la caverne au moyen d'une pile de très-grosses pierres. Aussitôt que cet acte de cruauté fut accompli , les sept jeunes hommes destinés à en être victimes tombèrent dans un sommeil qui, sans altérer en eux les forces de la vie , fut miraculeusement prolongé pendant cent quatre-vingt-sept ans, au bout desquels les esclaves d’Adolius, à qui, dans cet espace de temps, la montagne était échue en héritage, retirèrent les pierres placées à l’entrée du souterrain pour les employer à la construction de quelque édifice rustique. La lumière du soleil pénétrant alors dans la caverne , éveilla les Sept- Dormants, qui, en sortant de ce sommeil qu’ils croyaient n’avoir duré que quelques' heures, se sentirent pressés par la faim. Dans celle conjoncture, ils décidèrent que Jamblichus, un d’eux, retournerait secrètement à la ville pour s'y procurer du pain. Mais Jamblichus, en approchant d’Êphèse, se croyait au milieu d’un paj9 nouveau, tant ce qui l’entourait avait changé d’aspect. Une croix élevée triomphalement sur la porte principale de la ville, fut surtout ce qui excita sa surprise. D’un autre côté, la singularité de son costume et de son langage confondit le boulanger, dont l’étonnement rèdoubla encore à la vue de la médaille de Décius que Jamblichus lui offrit comme monnaie courante , en paiement du pain qu’il venait d’achc- T. I. 17

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ter. Cette dernière circonstance l'ayant fait soupçonner dètre détenteur de quelque trésor caché , il fut livré à la justice, et ce ne fut qu’après un long interrogatoire que le juge et lui-méme arrivèrent a cette étrange découverte, que près de deux siècles s étaient écoulés depuis que Jamblichus et ses amis avaient été forcés de chercher un refuge contre les persécutions d’un tyran païen (*). »

Cette légende était, vers la lin du sixième siecle, considérée comme authentique dans toute l’étendue du monde chrétien. Plus tard, Mahomet l’introduisit, à titre de révélation divine, dans le Coran, d'où elle passa à tous les peuples qui , depuis le Bengale jusqu’en Afrique, professaient le mahométisme : ceuxci, en l’adoptant, ne manquèrent pas de l’eiubellir. l)u reste, on retrouve jusque dans les traditions Scandinaves quelques traces d’une allégorie semblable :

« La facilité avec laquelle celte fable fut accueillie généralement, peut, » dit l’historien philosophe de la Deradence de l'Empire romain, « être attribuée à son mérite ingénieux; elle fait voir, de plus, combien les hommes se montrent partout avides du merveilleux. • Ainsi que nous passons insensiblement de la jeunesse à la vieillesse sans observer le changement

(*) Gibbon, Dcdine and Fait , clc. (Ilisioire de la décadence de l'Empire romain ), chap. XXXIII.

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graduel, mais incessant, qui s’opère dans les choses humaines; de même aussi , dans l'étude de l’histoire, notre imagination s'accoutume , par suite de la série non interrompue de causes et d’effets qui s’y déroulent, à rapprocher, à réunir les révolutions les plus éloignées. Mais si l’intervalle compris entre deux époques mémorables pouvait se trouver anéanti tout d’un coup, et si un spectateur qui, après deux siècles de sommeil, conserverait encore un souvenir récent et animé de l'état de choses qui existait au moment où il s’endormit, pouvait, à son réveil, se trouver transporté au milieu d’un monde nouveau, on conçoit que sa surprise, et les réflexions qu elle lui suggérerait, seraient de nature à inspirer le roman philosophique le plus original qu'on eût jamais imaginé (*). »

Des préjuqés auxquels donne lieu noire position particulière comme habitant la partie continentale de la terre. — Les diverses causes de préjugés que nous avons indiquées jusqu'à présent , peuvent être attribuées, en grande partie, à l'état d’enfance où la science resta pendant longtemps; mais il en est d’autres qui , toutes combinées de manière à produire la même illusion , et à nous fortifier dans la croyance

(') Gibbon , lue. cil.

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que jadis la marchc.de la Nature différait essentielle ment de celle que l’on observe de nos jours, n’ont pas eu moins d’influence sur ceux qui les premiers cultivèrent la géologie, que sur nous-mêmes. Bien que de telles circonstances ne puissent complètement s'expliquer qu’en admettant, comme prouvés, certains faits dont la démonstration fera l'objet d’une autre partie de cet ouvrage, je crois pourtant devoir, des à présent , en dire quelques mots?

I.a première difficulté, et la plus grande en même temps, tient à ce que nous ne sommes pas à portée d'apprécier à sa vraie valeur ce que notre position offre de défavorable .quand il s'agit d’estimer l’importance des changements actuellement en voie de s’accomplir. Notre ignorance à cet égard nous ejyaose a commettre les erreurs les plus graves chaque fois que nous tentons d’établir quelque comparaison entre l’état ancien et l'état actuel du globe. Comme habitants des continents, nous n’occupons à peu près que le quart de la surface de la terre, et encore cette portion n'oITre-t-elle, presque exclusivement, que des scènes de destruction et non de reproduction. Cependant, nous savons que des dépôts nouveaux s’accumulent annuellement dans les mers et dans les lacs, et que, chaque année aussi, de nouvelles roches ignees se forment dans le sein de la terre; mais comme toutes ces opérations se produisent hors de la portée de

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