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nos observations, et que, par conséquent, nous ne pouvons en suivre les progrès que par la pensée, et juger de leur importance qu’à l’aide d’un double effort de raison et d’imagination, il n'est pas étonnant que nous les appréciions d’une manière trèspeu rigoureuse. La même cause-fait aussi que lorsque des résultats analogues, produits dans les temps anciens , sont soumis à notre examen , nous ne pouvons en reconnaître immédiatement l'analogie. Celui qui, après avoir vu extraire des pierres d’une carrière, assiste à rembarquement de ces pierres pour quelque port éloigné, est tout aussi embarrassé pour deviner quelle sorte d’édifice elles sont destinées à ériger, que le serait un géologue, qui, placé sur la partie solide de la terre, et témoin de la décomposition des roches qui l’entourent, ainsi que du transport de leurs débris, parles rivières à la mer, chercherait à se représenter les nouvelles strates qui se forment sous les eaux.

Des préjugés gui résultent de l'impossibilité où nous sommes d'être témoins îles changements qui s’accomplissent dans l'intérieur de la terre. — La position de l'homme n’est pas moins défavorable lorsque témoin d une éruption volcanique, il cherche à se rendre compte soit des changements qu’une colonne de laves a produits dans son passage de bas en haut . sur les

DES PRÉJUGÉS QUI ONT RETARDÉ * (LIVRE l,

strates qu’elle a traversées; soit de la forme qu’affecte, à de grandes profondeurs, la matière fondue en se refroidissant; soit, enfin, de l’étendue probable des rivières souterraines et des réservoirs de matière liquide qui existent au-dessous de lui, à des distances considérables. Or, en ayant égard à tous les désavantages qui entourent un observateur placé à la surface de la terre, on comprendra sans peine de combien de circonspection doivent user ceux qui se livrent à l’étude de l'histoire du globe, privés comme ils le sont de la possibilité de recourir à aucune cornparaison entre les parties correspondantes de l'ordre de choses actuel et de celui qui subsistait jadis. Sj, au lieu d’occuper la partie, solide du globe dont les limites sont si bornées, nous habitions l’Océan, les difficultés de l’observation diminueraient alors considérablement; car, malgré ce que peut avoir de bizarre l’idée qu’en matière de géologie, un être amphibie, doué de nos facultés, arriverait plus aisément iiue nous à de saines idées théoriques, je ne craindrais pas d’affirmer qu’il en serait ainsi; et cela, par la raison que, d’une part, un tel observateur serait témoin de la décomposition des roches dans l’atmosphère, ou du transport de la matière par l’eau courante; et que, de l’autre, il verrait se former les dépôts sédimenlaires qui s’accumylent dans l’Océan , et assisterait à l’enfouissement des divers corps

ni af. V.) LES PKOGKKS DE LA GÉOLOGIE. 199

organisés auxquels ces couches servent de tombeau. Il pourrait aussi, au moyen de l’observation directe, apprécier également l'action d’un torrent descendant d’une montagne, et celle d’un courant sousmarin; comparer les produits volcaniques projetés dans l’atmosphère avec ceux qui sont émis sous les eaux de la mer, et suivre, tout à la fois, le développement d’une forêt et celui d’un récif de coraux. Malgré ces nombreux avantages, il serait loin encore de se trouver à 1 abri de toute espèce d’erreurs, et serait, au contraire, exposé à en commettre de très-graves dès qu’il voudrait essayer de raisonner sur les roches d’origine souterraine. Cherchant en vain, dans la sphère de son observation , la moindre analogie directe, par rapport au mode de formation de ces roches, il se verrait conduit à les attribuer, partout où elles se montrent à nu, à un « état initial de la iNature »

Mais laissons notre imagination aller plus loin encore, et supposons un être exclusivement confiné aux parties inférieures du globe, — un être à 1 esprit sombre et mélancolique, qui, de môme qu’ümbriel, ait « le pouvoir de pénétrer, à l’aide de noires ailes, jusqu’au centre de la terre, » mais à qui, en revanche, l’entrée des régions de l’eau et de l’air soit interdite, afin qu’il ne puisse, par sa présence, « souiller le pur éclat de la lumière. » On comprend ai-

DKS PRÉJIT.ES QUI ONT RETARDÉ (livhe i,

sèment que si un tel être se livrait à des recherches sur la structure du globe , les théories qu’il pourrait imaginer seraient complètement opposées à celles que conçoivent habituellement les observateurs placés à la surface de la terre. Ainsi, par exemple, il supposerait que rien, dans la création, n'est plus ancien que les roches stratifiées contenant des coquilles et d’autres débris organiques, et il considérerait ces roches comme appartenant à l’époque où notre planète commençait à se former. « Soit, » dirait-il, «que ces masses consistent en sable incohérent, en argile molle, ou en pierre compacte, toujours est-il certain qu’aucune d’elles n’a été formée dans les temps modernes. Chaque année, quelques portions, sont brisées par l’effet des tremblements de terre, ou fondues par l'action des feux volcaniques, et lorsqu’à leur état de fusion, succède un refroidissement lent , il se produit en elles une forme nouvelle et plus cristalline. Dès lors elles cessent d'affecter la disposition stratifiée qui les caractérisait d’abord, et n'offrent plus aucune trace de ces impressions curieuses et de ces débris fantastiques qui, dans le principe, servaient aussi à les distinguer. Celte ac- * . lion, toutefois, ne peut être considérée comme s’étant continuée indéfiniment; car, s’il en était ainsi , toutes les roches originairement disposées par couches seraient depuis longtemps fondues et cristalli-

chai*, vi) LES PROGRÈS DE LA UKOLOGIE. “201

sées. Il est donc bien plus probable que jadis, c’està-dire, à l’époque où les feux volcaniques n’étaient point encore en activité, la masse entière de- la terre était composée de ces formations stratifiées , tout à la fois si curieuses et si mystérieuses. Mais, depuis cette période, il semble y avoir eu un développement progressif de chaleur, qui. suivant toute apparence, ira continuellement en croissant, jusqu'à ce que le globe entier soit dans un état complet de fluidité et d’incandescence. »

Tels eussent été, sans doute, et le système et le langage de notre Gnome dans le temps même où les partisans de Leibnitz , raisonnant sur ce qui se passait à la surface extérieure du globe, se croyaient fondés à enseigner la doctrine opposée du refroidissement graduel, et à affirmer que la terre, après avoir été à l’origine dans un état analogue à celui d’une comète en feu, était destinée finalement à devenir une masse gelée. Les opinions des deux écoles composées d’observateurs placés, les uns à la surface de la terre, et les autres dans l’intérieur du globe, devaient nécessairement être en opposition directe, puisque les unes et les autres, elles étaient la conséquence de préjugés résultant inévitablement de la considération exclusive d’une seule classe de phénomènes. La décomposition annuelle des roches cristallines et ignées est un fait dont l’observation est,. sans contredit,.

2()2 DISCORDANCE APPARENTE ENTRE (livbe i ,

à la portée de l’homme; il en est de même aussi quelquefois de la formation des dépAts stratifiés provenant des débris de ces roches; mais ce qui échappe entièrement à son investigation , c’est la transformation des couches sédimcntaires en couches cristallines due à l’action de la chaleur souterraine. L’habitant de la surface du globe est accoutumé à regarder toutes les roches sédimcntaires comme étant plus récentes que celles qui ne sont pas stratifiées, et cela par la même raison qu’il les croirait, au contraire, plus anciennes, si, comme l’observateur dont nous parlions tout à l’heure, il était placé de manière à n'êtrc témoin que de la formation des roches ignées.

Il n’y aurait, en vérité, rien d’impossible à ce que les astronomes se fussent , à une certaine époque , trouvés dans une situation analogue à celle où semblent être les géologues aujourd'hui. Si, par exemple, au lieu des Pandectes de Justinien, que, dans la première moitié du douzième siècle, les Italiens découvrirent à Amalfi, ils eussent trouvé quelques manuscrits anciens remplis d’observations astronomiques se rapportant à une période de 3,000 ans, étayant été faites par d’anciens géomètres qui auraientcu à leur disposition des instruments d’optique aussi parfhits qu’aucun de ceux que possède l’Europe moderne, il y a tout lieu de proire qu’en consultant de pareilles annales, ils auraient été amenés à conclure qu’une grande révolu-

en Al*, v.) LES CAUSES ANC. ET LES CAUSES ACT. 2U3

tion s’était opérée dans le système sidéral et dans le système solaire, et une telle conclusion les eût portés; sans doute, à faire le raisonnement suivant : « D’après la précision avec laquelle sont indiquées dans ces tables les positions de plusieurs planètes primaires et secondaires, on ne peut mettre en doute que ces corps aient cessé d’exister, puisqu’à leur place, on ne trouve, à présent, rien autre chose que l’éther. Ces documents attestent de plus, que là où nous ne voyons qu’une seule étoile, jadis il y en avait des milliers. Quelques-unes aussi de celles qui aujourd’hui sontsimples, formaient alors deux corps séparés, qui souvent se distinguaient par des couleurs différentes, et tournaient périodiquement autour d’un centre commun de gravité. Rien d’analogue n’existe aujourd'hui dans l’univers; car ces astres, qui n’étaient ni des étoiles fixes, ni des planètes, semblent avoir dû être, les uns à l’égard des autres, dans une relation comparable à celle qui règne entre le soleil et les planètes. Nous devons donc en conclure qu’à une époque peu éloignée a eu lieu une effroyable catastrophe, qui, en entraînant la destruction simultanée de plusieurs milliers de mondes, a occasionné aussi l’absorption de certains corps célestes par d'autres corps de la même nature. »

La prédominance de ces idées pendant plusieurs siècles aurait laissé dans les esprits une telle impres-

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