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sion, que la découverte faite, à l'aide du premier télescope grossier inventé après la renaissance de la science, de quelques-uns des mondes considérés comme étant perdus (les satellites de Jupiter, par exemple ) , n'eût pas suffi pour dissiper l’erreur qu’elles auraient produite; on aurait exigé que le nouvel instrument devînt entre les mains de ceux qui soutenaient le principe de la stabilité du système depuis les temps les plus reculés, un moyen infaillible pour démontrer l’existence de tous les mondes que l’on prétendait, avoir été détruits.
De tels préjugés eussent été on ne peut plus défavorables aux progrès de l'astronomie; car, au lieu d’exciter à perfectionner les instruments, ainsi qu’à faire et à enregistrer des observations utiles, ils auraient eu pour effet de décourager ceux qui pouvaient être tentés de vérifier l’existence continue des corps célestes non visibles à l’œil nu. Au lieu d’avouer leur ignorance, et d’employer tous leurs efforts à la dissiper, en s'appliquant à la recherche de quelques faits nouveaux, les observateurs auraient mieux aimé s'abandonner à la tâche si facile de créer des théories chimériques sur les catastrophes et les révolutions du système de l’univers.
Fendant plus de deux siècles, les couches coquillièrcsdescollinesSubapenninesdonnèrent lieu à toutes sortes de conjectures et de spéculations de la part des
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premiers géologues italiens. Un très-petit nombre d’entre eux, seulement, soupçonnèrent que des dépôts semblables pouvaient, de leur temps même, être en voie de se former dans la mer adjacente. I|s n’avaient, en général, pas plus le sentiment de l'action continue de causes produisant toujours les mêmes eiTets, que les astronomes dont nous parlions tout à l’heure n'avaient celui de l’existence de certains corps célestes émettant et réfléchissant constamment de la lumière, et accomplissant sans cesse les mêmes révolutions. Quelques-uns imaginaient que les couches si riches en débris organiques qu’ils avaient occasion d’observer quelquefois, devaient leur origine, non à des agents secondaires, mais à la seule volonté du Tout-Puissant , qui les avait ainsi créées dès le commencement des choses. D’autres , comme nous l’avons déjà vu, attribuaient la présence des fossiles dans les couches nombreuses ou ces corps abondent, à une certaine force plastique qui, suivant eux, aurait, lors "des premiers âges du monde, résidé dans le sein de la terre. Mais le temps fit justice de ces idées absurdes, et nous allons voir comment, enfin , on en vint à les apprécier à leur juste valeur. On commença d’abord par établir une comparaison des plus rigoureuses entre les corps fossiles et leurs analogues vivants; puis, lorsqu’à l’aide de cette comparaison on eut acquis la preuve irréfragable de l’origine organique de ces
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corps, on détermina les rapports qui existent entre la nature des lits de vase, de sable et de calcaire qui les contiennent, et celle des fonds de mer où, de nos .jours, a lieu, dans des dépôts récents, l’enfouissement annuel de certaines coquilles. Donati explora le lit de l’Adriatique, et trouva la plus grande analogie entre les strates qui étaient en voie de s’y former, et celles qui, sur une hauteur de 1000 pieds (300 mètres) et plus, constituaient plusieurs montagnes de l'Italie. H reconnut, à l’aide dudraguage, que, dans cette mer, certains testacés vivants étaient groupes ensemble, précisément comme le sont, dans les couches terrestres, leurs analogues fossiles; eK en même temps qu’il observait que quelques-unes des coquilles récentes de l’Adriatique commençaient à se déposer dans des lits de matière calcaire, il remarquait aussi que quelques autres se trouvaient enfouies, depuis peu, dans des couches de sable et d’argile. exactement comme le sont les coquilles fossiles dans les collines Subapennines. Celte découverte de l’identité des opérations sous-marines dans les temps anciens et dans les temps modernes n’eut pas lieu , toutefois, sans l'aide d'instruments artificiels. De puissants auxiliaires de ce genre vinrent au secours de la géologie, comme à une époque antérieure avait fait le télescope par rapport à l'astronomie; et, grâce à eux, certains phénomènes qui, jusqu’alors étaient
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restés inaccessibles à l’observation, purent être étudiés.
Les roches volcaniques du Vicentin avaient aussi, dès le commencement du siècle dernier , fixé l’altenlion des géologues; mais avant Arduino, aucun d’eux n'avait soupçonné qu’elles fussent composées de laves sous-marines anciennes. A celte époque, où plusieurs années furent employées à la controverse, on était , en général, très-porté à attribuer l’origine du basalte et des diverses roches de la même classe, à la précipitation d’un fluide chaotique, ou d’un océan qui, chargé des éléments constituants de ces roches, avait, à plusieurs reprises, envahi les continents. Quelque erronée que fût une pareille théorie, elle ne laissa pas cependant d’avoir un trèsgrand nombre de prosélytes, et cela, par la raison qu’elle venait à l’appui du défaut d’analogie qu’on aimait à supposer entre les causes anciennes et les causes actuellement existantes. Ce ne fut qu’après un examen très-attentif des volcans en activité , et en comparant leur structure et la composition des laves qu’ils émettaient, avec les trapps anciens, qu’on se trouva enfin conduit à abandonner les idées que nous venons d’exposer, et à admettre l’origine ignée des formations trappéennes.
Les nombreux points d’identité qui, de temps à autre, se manifestaient entre l'état antérieur du globe et
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sa condition présente, obligèrent aussi les géologues à adopter l'opinion qu’entre la marche ancienne de la Nature et sa manière d’être actuelle, il y a bien plus d’analogie qu’ils ne t’avaient pensé d'abord; et que les lois-qui président aux changements de la surface terrestre sont beaucoup plus uniformes qu’ils ne l avaient imaginé dans le principe. Si dans cet état de la science, on ne pouvait s’attendre encore, même en poussant l’analogie jusqu’aux dernières limites de la vraisemblance, à voir rapporter tous les phénomènes géologiques aux causes ordinaires, du moins devaiton penser qu’à l'époque actuelle la balance des probabilités pencherait fortement en faveur d’une étroite analogie entre les causes anciennes et les causes modernes. Il n’en fut pas ainsi toutefois; car, malgré les preuves si souvent répétées de l’impuissance des efforts qui tendaient à faire attribuer aux monuments géologiques une origine autre que celle des phénomènes actuels, de nouvelles sectes apparurent, professant les mêmes principes que les écoles précédentes. Chaque fois qu’un nouveau problème se présentait, on ne manquait jamais, qu’il eût rapport au régné organique ou au règne inorganique, de voir en lui la preuve que la Nature agissait autrement qu’elle n avait agi jusqu’alors; et quand, à la longue, on se trouvait forcé, par suite de quelque observation nouvelle, ou de quelque découverte importante, de
cil a P. v.) LKS CAUSES ANC. ET LES CAUSES ACT. '20!)
se rapprocher d’une opinion opposée à celle <|u’oii avait eue d'abord, ou même de l’adopter entièrement, •c’était toujours avec le sentiment qu’on ne faisait en cela qu’accorder ce qu'ti priori on avait dù nécessairement rejeter comme improbable. En un mot, les mêmes hommes qui, à titre de physiciens , auraient été très-incrédules à l’égard du moindre changement dans le cours ordinaire de la Nature, si ce change- 'ment leur eût été présenté comme s’étant accompli de leur temp», n’hésitaient pas, comme géologues, à admettre la possibilité de toutes les modifications analogues que l’on attribuait aux périodes anciennes.
J'arrive maintenant à l’énumération de quelquesunes des principales objections qu’aujourd’hui encore, on oppose à la théorie de la nature uniforme et de l’énergie des causes qui, en modifiant successivement l’écorce du globe, ont en même temps changé la condition de ses habitants. La discussion d’une question aussi importante peut paraître prématurée pour le moment; cependant, comme elle découle tout naturellement de l'examen de l'histoire ancienne de la science, je ne puis me dispenser d’en dire, dès à présent, quelque chose. Il est, du reste, impossible d'entrer un peu avant dans un sujet du genre de celui qui nous occupe, sans entraîner quelquefois l’élève au-delà du champ de ses connaissances, et sans avoir recours à des faits et à des conclusions
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ENONCK DES CIIAP. St’IV. (i.iv. i , ch. v.)
«1 u'il ne saurait être à même d’apprécier encore. Toutefois, comme sa curiosité ne peut manquer d’être vivement excitée par la considération de quelques-uns des principaux points controversés, il est à- croire qu’après la lecture des trois livres suivants, il reviendra à ces essais préliminaires avec un double intérêt et un double profit.
Les preuves d’anciennes révolutions dans le climat déduites de la présence des débris fossiles, ayant fourni une des objections les plus populaires contre la théorie qui tend à expliquer tous les changements géologiques d’après ceux qui , a l’époque actuelle , sont en voie de s’opérer sur la terre, nous croyons devoir passer à l’examen des causes probables dp ces révolutions, et en faire le su jet principal des chapitres suivants.