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l’Amérique du sud, le puma peut atteindre le 53e degré de latitude, on comprendra sans peine comment certaines grandes espèces appartenant à ces mêmes genres purent jadis habiter nos climats tempérés. I.o mammouth [El. primigenius) , espèce d'éléphant perdue, que nous avons déjà désignée comme se rencontrant à l’état fossile, en Angleterre, diffère trèsdécidement des deux espèces d’éléphants actuellement vivantes , dont l’une est limitée à l’Asie , ou elle s’étend jusqu’au sud du 31° degré de latitude nord; et l’autre, à l’Afrique,’ ou, ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, le cap de Bonne-Espérance lui sert de limite du côté du sud. Bien qu’en Europe et dans l’Amérique du nord on rencontre une multitude d’ossements provenant des grandes espèces fossiles, cette quantité n’est rien , pour ainsi dire, comparativement à celle que l’on trouve en Sibérie, près des rivages, surtout, de l’Océan glacial. Doit-on en conclure que ce^ animal préférait les régions polaires à tout autre climat? Et, dans ce cas, ne faudrait-il pas se demander où et comment il pouvait trouver, en dé pareillés contrées, l’alimentation nécessaire à sa subsistance, et pourquoi il a cessé de vivre dans le voisinage du cercle arctique?
Pallas, et plusieurs autres auteurs ont prétendu que les os du mammouth se rencontraient en très-grande abondance dans toute la partie basse de la Sibérie qui,
r.HAP. VI.) MAMMOUTHS TR. EN SIBERIE.
de l'ouest à l’est, s’étend depuis les limites de l’Europe jusqu’à l’Amérique» et, du sud au nord, depuis la hase des montagnes de l’Asie centrale jusqu’aux rivages de la mer Arctique. (Voyez la carte, p. 229.) Dans cet espace, qui n’est guère moins étendu que l'Europe entière, on a trouvé de l'ivoire fossile presque partout, sur les bords de l’Irlish, de l’Obi, du Jéniséi, de la Léna , et de diverses autres rivières. Quant à des débris d’éléphants, on n’en rencontre ni dans les marais, ni dans les plaines basses, mais seulement dans les lieux où les bords des rivières offrent de hauts escarpements de sable et d’argile. Pallas en a conclu très-judicieusement que si l’on pouvait faire des coupes dans tous les terrains élevés, situés entre les grandes rivières, on y trouverait très-probablement des ossements semblables. Déjà, avant Pallas, Strahlenberg avait établi que, lorsque par suite de
leur débordement, les grands fleuves viennent à se
creuser un nouveau lit, on ne manque jamais de rencontrer un grand nombre de fossiles de ce genre.
Quant au gisement de ces ossements, Pallas les trouva en quelques endroits associés à des débris marins, tandis qu’ailleurs, ils n’étaient accompagnés que de bois fossile ou de lignite, qui, suivant cet observateur, paraissait provenir d’une tourbe carbonisée. Pallas découvrit aussi sur les bords du Jéniséi . par 5(1° de latitude . et au-dessous de la ville de
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Krasnojarsk , des molaires et des os d’éléphants renfermés dans des couches de marne jaune et rouge, alternant avec du sable grossier et du gravier, où se trouvaient aussi beaucoup de fragments pétrifiés de saule et de différents autres arbres. Ni là, ni dans le pays environnant, il n’y avait de coquilles marines ; on n'y rencontrait que des couches de charbon (*). IVJais beaucoup plus loin encore, en descendant le Jéniséi, on recueillit près de la mer, par 70" de latitude, des molaires de mammouth, auxquelles se trouvaient associées des pétrifications marines (**). Pallas cite encore plusieurs autres localités de la Sibérie, où des coquilles marines et des dents de poissons accompagnent les os du mammouth, du rhinocéros et du buffle de Sibérie, ou bison (Bos priscus). Ce n’est ni sur les bords de l'Obi, ni sur ceux du Jéniséi, mais bien sur les rives de la Léna, qui, de ces trois fleuves est le plus oriental , et où, à parité de latitude, le froid est beaucoup plus intense, que certains débris fossiles ont été trouvés dans un état de conservation vraiment extraordinaire. En 1772, Pallas découvrit, à Wiljuiskoi, au Ci0 degré de latitude, sur les bords de la rivière Wiljui , tributaire de la Léna , le squelette d’un rhinocéros [R. lichorhinus) , qui
(*) Pallas, Iteise in Kuss. Rcielie , p. 109, 110.
(”/ Nov. Cnm. Peirop., vol. XVII, p. 581.
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avait été extrait du sable où il avait dû rester pendant des siècles, à l’état de congélation, le sol de cette contrée étant toujours gelé jusqu’à une certaine profondeur au-dessous de la surface. Ce squelette, qui pouvait être comparé à une momie naturelle, émettait une odeur analogue à celle de la chair en putréfaction. Quelques parties de son corps étaient encore couvertes, de poils noirs et gris. Sa tète, et l’un de ses pieds, celui qui fut envoyé à Saint-Pétersbourg, en étaient surtout tellement garnis, que Pallas se demandait si on ne devait pas supposer que le rhinocéros de la Léna avait habité les régions tempérées de l’Asie centrale, d’après cette circonstance que son pelage était beaucoup plus chaud que celui du rhinocéros d’Afrique (*).
En 1803, plus de trente ans après la découverte de ce rhinocéros, M. Adams trouva, bien plus au nord encore, le squelette entier d’un mammouth, qui avait été engagé dans une masse de glace sur les bords de la Léna, au 70'- degré de latitude. Les parties molles de cet animal étaient en si parfait état de conservation, que les loups et les ours en mangèrent la chair. Dans son squelette, qui figure au Muséum de Saint- Pétersbourg, on remarque surtout la tète, dont le tégument, ainsi que plusieurs ligaments, sont encore
{*) Nov. Coin. Petrop., vol. XVII, p. »91.
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entiers. La peau de cet animal était couverte de soies noires semblables à celles d’un sanglier, et qui, plus épaisses que des crins de cheval, avaient de 12 à 1(> pouces (3 à id) de long; elle était en outre revêtue de crins d’un brun rougeêtre, de i pouces ( i*1) de longueur environ ; et enfin, d’une laine de la même couleur, ayant un pouce (25 millim.) de long. Plus de trente livres de cette fourrure furent extraites du sable humide qui bordait la rivière. Ce mammouth avait neuf pieds (2'" 75) de haut, et seize (V" 87) de long, sans tenir compte des énormes défenses recourbées dont il était armé. Il est bien rare que les plus grands éléphants mêles actuellement vivants surpassent cette taille (*).
D’après ce qui précède, on voit que le mammouth , au lieu d’être à poils ras, comme les éléphants actuels de l’Inde et de I Afrique, était pourvu d’une enveloppe de fourrure velue et très-épaisse, qui' était probablement aussi impénétrable à la pluie et au froid que celle du bœuf musqué (“). Tout porte
C) Journal du Nord, Saint-Pétersbourg, i807.
(■*) Fleming, Ed. New Phil. Journ. Nu XII, p. 285.
Bien que l’évêque lléber affirme avoir vu (Narr. of a Journée through the Upper Provinces of India — Récil d’un Voyage dans les Provinces Supérieures de l’Inde, vol. II, p. lfiC-219), dans la chaîne inférieure des montagnes de i’Himalaya , vers les limites Nord-Est du territoire de Delhi, entre les 29<‘rai: et degrés de
CHANGEMENT DE CLIMAT
(livre i,
donc à croire que cette espèce avait été dotée par ia Nature de tout ce qui pouvait la mettre à même de résister aux vicissitudes d'un climat septentrional. En outre, il est certain que depuis le moment où les squelettes du rhinocéros et de l’éléphant ci-dessus décrits furent ensevelis dans la Sibérie, aux 6ie et 70e degrés de lat. N., le sol dut rester gelé, et l'atmosphère conserver une température presque aussi basse que celle qui y régné aujourd'hui.
L'ivoire que l’on trouve dans toute la partie septentrionale de la Russie , est, suivant Tilesius, d une telle fraîcheur, que l'on a pu faire des ouvrages au tour avec les milliers de défenses fossiles qui ont été déjà tirées de cette contrée, et dont on fait un cotn-
lat., un éléphant indien de petite taille, couvert d'une épaisse fourrure, ce témoignage ne suffit pas pour détruire l’opinion généralement admise que la variété dont il s’agit est excessivement rare. M Royle (ex-inspecteur du jardin botanique de la compagnie des Indes-Orientales, à Saharunpore) qui se trouvait dans l’Inde, au moment où le journal de t’évéque Uéber parut, se livra vainement à toutes les recherches possibles pour obtenir quelques preuves certaines de l’existence de ces éléphants dont, au reste, il n’avait jamais entendu parler jusqu’alors, quoique demeurant a Saharunpore, par 30° de lat. N. , c’est-a-dire précisément à l’extrémité septentrionale de la zône des éléphants. D’un autre côté, M. Everest ne fut guère plus heureux ; car, après s’être livré aux mêmes recherches, il obtint pour tout renseignement, le récit d’une rencontre faite à Delhi, d’un