‹ Principles De GeologieChapitre 91 sur 159 · CHAP. VI.) MAMMOUTHS TR. EX SIBÉRIE · texte numérisé non relu

CHAP. VI.) MAMMOUTHS TR. EX SIBÉRIE

mcrce considérable, sans compter l'immense quantité qui en reste encore. Quant aux squelettes d éléphants fossiles que renferme celte même partie de la Russie, il pense que leur nombre surpasse encore de beaucoup celui de tous les éléphants qui vivent actuellement sur la surface entière du globe.

Bien que récemment on ait découvert des débris de mammouth dans les roches de limon gelé et de glace qui, dans la baie d’Eschscholtz (Amérique russe, lat., 66" N.) , s'étendent à l’est du détroit de Behring, on ignore quelles pouvaient être , au juste, les limites des régions occupées par cet animal. A mesure que la fonte de la glace occasionne la destruction de ces roches, les défenses et les ossements qu’elles

seul de ces animaux dont le corps était revêtu de longs poils extrêmement loufTus. La plus grande hauteur, dit M. Everest, a laquelle on rencontre l'éléphant sauvage dans les montagnes au nord du Bengale, correspond à un certain endroit que l’on nomme Nahun ; cet endroit, dont l’élévation surpasse de 4,000 pieds (plu. de 1,200 mètres) le niveau de la mer, est situé sous le 31™e degré de lat. N. Sa température moyenne annuelle peut être de 01° F. (17° 78 centig.) environ; quant à ses extrêmes de température, ils offrent une différence qui s’élève jusqu’à 36° F. (20° centig.) à peu près; la température moyenne de janvier étant de 45° (7° 22 centig.), et celle de juin, qui est le mois le plus chaud , de 81» F. (27° 22 centig.) (Everest on climate of Foss. Eleph., journ. of Asial Soc — Sur le climat des éléphants fossiles, par Everest. Journa! de la Société Asiatique. — N°25, p. 21). t t. 20

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(liviie i,

renfermaient retombent sur le sol , n’ayant plus d'appui pour se soutenir; et le limon qui était mélangé avec la glace, laisse échapper une très-forte odeur de matière animale (’).

Lorsqu’on réfléchit aux différents faits qui viennent d'èlre énumérés, on se trouve naturellement porté à en conclure qu’une vaste région de l’Asie centrale, comprenant peut-être la moitié de la partie méridionale de la Sibérie, dut jouir, à une certaine époque de l’histoire du globe, peu éloignée, géologiquement parlant , de la période actuelle , d’un climat assez doux pour produire les pâturages nécessaires à la subsistance de nombreux troupeaux d’éléphants et de rhinocéros appartenant à des espèces distinctes de celles qui vivent de nos jours. On croit, en général, que les grands herbivores exigent pour leur nourriture une végétation excessivement abondante; mais, suivant M. Darwin, c’est là une erreur complète, « et qui provient, » dit-il, «des données que nous possédons sur l’Inde et les îles indiennes; ces données nous ayant accoutumés à associer, dans notre imagination, de nombreuses troupes d’éléphants à d'immenses forêts, et à d’impénétrables jungles. Cependant, en réalité, ces deux circonstances ne se trouvent pas toujours réunies,

(*) Voyez la description de ces ossements, par le Dr Buckland , Appen. lo Bcecliey's Yov. (Supplément au Voyage de Beechey) .

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ainsi que les parties méridionales de l’Afrique comprises entre le tropique du Capricorne et le cap de Bonne-Espérance en fournissent la preuve. Ces régions, quoique stériles et désertes, sont remarquables par le nombre et la grandeur de leurs quadrupèdes indigènes, parmi lesquels on compte un éléphant, cinq espèces de rhinocéros, un hippopotame, une girafe, le buffle du Cap, l’élan, deux zèbres, le quagga, deux gnous, et plusieurs antilopes. Le nombre des individus dont ces diverses espèces-se composent est, du reste, en rapport avec celui des espèces elles-mèines. Ainsi, par exemple, le docteur Smith raconte qu’en une journée de marche qu’il eut occasion de faire sous le 24e. degré de • latitude sud, il rencontra, sans dévier beaucoup ni d’un côté ni de l’autre, cent cinquante rhinocéros et plusieurs troupes de girafes; ceux qui l’accompagnaient avaient tué huit hippopotames la nuit précédente. Cependant le pays ne produisait que quelques herbes , et quelques buissons dont la hauteur ne dépassait pas quatre pieds (lm 4) ; les mimosa arborescentes s’y trouvaient en plus petit nombre encore, de sorte que les chariots des voyageurs n’étaient pas entravés dans leur marche, qu’ils pouvaient suivre à peu près en ligne droite (*). »

(*) Darwin, Journal of Travcls in S. America, etc., 1832 — 1836, Voyage du Beagle, p. 98.

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(livre 1,

Pour expliquer comment un si grand nombre d’animaux peuvent trouver une alimentation suffisante dans ces régions, on a supposé que le bois taillis dont ils font leur nourriture ordinaire, était d’une nature très-nutritive. On a remarqué, de plus, que. si la végétation ne devait pas être regardée comme très- abondante, sa croissance, en revanche, était des plus rapides. Aussitôt, dit le docteur Smith, qu’une place a servi de pâture aux animaux de ces contrées , elle se retrouve couverte d’une végétation nouvelle. En somme, il demeure constant, toutefois, que malgré la prompte reproduction de la végétation , la quantité de nourriture nécessaire aux grands herbivores est définitivement bien moindre qu’on ne le croit ordinairement. M. Darwin pense que la somme totale de la végétation qui, en un temps donné, recouvre le sol de la Grande-Bretagne, doit être dix fois plus considérable que celle qui , sur un espace égal, se produit vraisemblablement dans les parties intérieures de l’Afrique méridionale (*). On remarque, en outre, comme exemple du peu de rapport qui existe entre l’abondance de la nourriture et la dimension des mammifères indigènes , que , tandis que la partie déserte de l’Afrique méridionale

(’) Darwin, Journal of Travels in S. America , etc., p. 99.

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renferme un nombre si considérable de grands animaux, le Brésil, dont la végétation est d’une richesse et d'une vigueur sans égales, ne possède pas un seul grand quadrupède sauvage (*).

Bien qu'il n’y ait nul doute que de nombreuses troupes de mammouths et de rhinocéros ne pourraient, aujourd'hui, vivre pendant toute l’année, dans la Sibérie , dont le sol reste couvert de neige tout l’hiver, ce n’est pas à dire pour cela qu’une végétation propre à nourrir ces grands animaux, n’ait pu, jadis, croître et prospérer entre les V0C et 60e degrés de latitude nord.

D’après le docteur Fleming, « la nourriture que l’espèce actuelle d’éléphants préfère, ne peut nullement nous mettre à portée de déterminer celle de l’espèce éteinte, ni même de former une conjecture probable à ce sujet.» « Aucun de ceux, » dit-il, « qui connaissent le caractère graminivorc de nos bêtes fauves, telles que le chevreuil ou le cerf, n’auraient pu supposer que le lichen fût la nourriture du renne. »

Plusieurs voyageurs rapportent que malgré le froid excessif qui , relativement à la partie occidentale de l’Asie, règne aujourd’hui, à parité de latitude, dans la partie orientale de ce même continent , on re-

(*) Burehcll , cité par Darwin , ibid 101.

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trouve dans cette région , non-seulement des forêts de sapins, mais aussi des bois de bouleaux, de peupliers et d’aunes, qui s’avancent , en bordant la Léna , jusqu’au 00e degré de latitude nord.

On a prétendu également qu’ainsi qu’à l’époque actuelle, les animaux des climats septentrionaux émigrent suivant les saisons, il se pourrait aussi que l’éléphant et le rhinocéros de Sibérie eussent eu pour habitude de se rapprocher du nord en été. Le bœuf musqué abandonne chaque année ses quartiers d’hiver méridionaux, et traverse la mer sur la glace, pour aller paître pendant quatre mois, de mai à septembre, les riches pâturages de l'ile Melville, située sous le 75e degré de latitude. D'après cela, ne doit-on pas supposer que durant les vives chaleurs des courts étés du Nord, les mammouths pouvaient, sans dépasser le cercle arctique, autant que le bœuf musqué, étendre leurs excursions depuis les régions centrales ou tempérées de l’Asie, jusqu'au 60e parallèle de latitude?

Or, dans ce cas, la conservation de leurs ossements, et même quelquefois de leur squelette entier dans la glace, ou dans le sol gelé, peut s’expliquer, sans qu’il soit nécessaire pour cela d’admettre aucune révolution subite, soit dans l’ancien climat, soit dans l’état prin itif de la surface du globe. Il y a tout lieu de supposer qu’à l’époque où vivaient l’éléphant

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