CHAI*. VI.) MAMMOUTHS TR. EN SIBÉRIE
et le rhinocéros dont les espèces sont éteintes, les basses terres de la Sibérie s’étendaient moins vers le nord qu’à présent; car on a vu précédemment que les strates qui forment ces basses terres, et dans lesquelles sont enfouis leurs ossements , furent, à l'origine, déposées sous la mer. On sait, en outre, d’après les faits que le voyage de Wrangel, exécuté en 1821, 1822 et 1823, a si bien mis en évidence, qu’un soulèvement lent du sol, analogue à celui qui s'opère dans une partie de la Suède, a lieu en ce moment, d’une manière incessante, sur les eûtes de la mer Glaciale. Ainsi donc, de même que les rivages du golfe de Bothnie augmentent d’étendue, non-seulement par l'effet des sédiments qu'y apportent les rivières, mais aussi par suite de l'élévation, et conséquemment du dessèchement du fond de la mer. de môme il se pourrait qu’une semblable combinaison de causes eût, dans les temps modernes, occasionné l’agrandissement de la bande de terre basse où ont été trouvés, en Sibérie, des coquilles marines et des ossements fossiles. D’après les considérations qui seront exposées dans le chapitre suivant, on verra qu’un tel changement dans la géographie physique de cette région tendrait nécessairement, en impliquant l’accroissement constant des terres arctiques, à augmenter l’intensité des hivers. Or, ne doiton pas conclure de là, qu’avant que la terre ferme eût
CHANGEMENT DE CLIMAT
(LIVRE I
acquis une aussi grande étendue vers le nord, l’hiver et l’été de la Sibérie offraient des différences de température moins considérables que celles qu’ils présentent aujourd'hui; et n est-il pas, en outre, extrêmement probable que c’est plutôt à une augmentation du froid de l’hiver, qu’à une diminution générale de la température moyenne annuelle, qu’est due l’extinction définitive du mammouth et de ses contemporains?
En jetant un coup d’œil sur la carte (page 229), le lecteur verra comment, à présent, toutes les grandes rivières de la Sibérie coulent du sud au nord, se rendant de régions tempérées vers des régions arctiques; et comment, par suite de celte direction, elles sont toutes, ainsi que le Mackensie, dans l’Amérique du nord, sujettes à des débordements considérables, — circonstance qui s’explique par la grande quantité . d’eau courante que ces rivières reçoivent dans la partie supérieure ou méridionale de leur cours, alors qu’elles sont complètement gelées sur une étendue de plusieurs centaines de milles près de leurs embouchures, où elles restent bloquées par la glace pendant six mois de l’année. Dans cet état de choses, on conçoit ce qui doit naturellement avoir lieu : ces eaux courantes, ne trouvant plus d’issue, se répandent sur la glace; souvent, aussi, elles changent de direction et entraînent avec elles, soit des forêts entières,