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quand elles en rencontrent sur leur passage, soit d’énormes quantités de terre et de gravier mêlés de glace. Or, les rivières de la Sibérie étant au nombre des plus grands cours d’eau du monde (le Jéniséi a 2,500 milles ou 900 lieues de longueur, et la Léna, 2,000 ou plus de 700 lieues) , on conçoit facilement que les animaux qui tombent dans leurs eaux, peuvent non-seulement se trouver transportés à de trèsgrandes distances, dans la direction de la mer Arctique, mais aussi, qu’avant d’arriver à cetto mer, ils peuvent échouer sur la glace, ou même être gelés, par suite de leur ensevelissement dans quelque masse déglacé. D’un autre côté, ne serait-il pas également possible que, plus tard, la glace venant à se rompre, ils continuassent leur marche vers l’Océan, et qu’ensuitc ils finissent par être ensevelis dans les dépôts fluviatiles et sous-marins qui d’ordinaire s’accumulent près de l’embouchure des rivières?
M. de Humboldt a remarqué que, près des bords de la Léna, à quelques pieds de profondeur, le sol reste toujours gelé sur une épaisseur considérable, Or, on comprend qu’un squelette qui, dans un tel climat et dans une telle région, viendrait à être enchâssé dans la glace et le limon, pourrait bien y rester indéfiniment, sans être atteint de putréfaction (*).
(*) Ilumboldt, Fragments de Géologie et de Climatologie Asiatiques, Tom. II, p. 393.
TJ.
CHANGEMENT DE CLIMAT
(Livitr. i.
Aujourd'hui , suivant le professeur de Baer , de Saint-Pétersbourg, la terre se trouve constamment gelée jusqu’à la profondeur de 400 pieds (122 mètres environ), à Yakutzt, ville située sur la rive, occidentale de la Léna, au 62’ degré de latitude nord, et à six cents milles (plus de 200 lieues) de distance de la mer polaire. Ce fait n’autorise-t-il pas à supposer que, dès l’époque à laquelle vivait le mammouth, c’est à-dire, lorsque la partie basse de la Sibérie avait moins d’étendue vers le nord, et que son climat était, par conséquent , plus tempéré qu’il ne l’est à présent, le froid avait déjà assez d'intensité pour que les rivières, coulant dans la direction ou » elles coulent encore aujourd’hui, pussent, après avoir entraîné du sud au nord les corps des animaux - .qui s’étaient noyés dans leurs eaux , donner lieu à leur ensevelissement dans des glaces flottantes et dans du limon gelé?
, S’il est vrai que le squelette du mammouth dont nous avons parlé ait été trouvé enfermé dans de la glace sans mélange de limon, on pourrait supposer que l’animal avait été englouti sous quelque amas de neige. Je tiens du docteur Richardson que, dans certaines régions du nord de l’Amérique actuellement habitées par un grand nombre de quadrupèdes herbivores, les neiges se convertissent souvent en glaciers permanents. Ces neiges sont poussées par le
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chap. VI.) MAMMOUTHS TU. EN SIBÉRIE. 2V3
vent sur les flancs de rochers escarpés, où elles forment des laïus inclinés, de plusieurs centaines de pieds de haut; puis, quand vient le dégel, des torrents se précipitent des hauteurs environnantes, entraînant ,
avec eux du terrain d’alluvion et du gravier. Ce sol nouveau se recouvre bientôt de végétation, et protège la neige qui lui sert d’appui contre l’action du soleil. L’eau pénètre parfois, il est vrai, dans les tissures et les porcs de la neige; mais, comme elle y gèle aussitôt, elle ne fait que hâter la transformation de la masse en un seul glaçon compacte. Or, les choses se passant de la sorte, on comprend qu’il puisse arriver quelquefois que les animaux qui paissent dans les vallées situées sur les bords de la mer ou de quelque rivière, au pied de rochers analogues à ceux dont il vient d’ètre question , se trouvent engloutis dans les neiges, et que ces neiges, une fois * transformées en glaçons solides, les transportent vers les régions polaires. , * ■
En définitive, toutes les considérations auxquelles nous venons de nous livrer, portent à croire que le mammouth, de môme que quelques autres quadrupèdes éteints, conformés de manière à vivre sous les hautes latitudes, ont très-bien pu habiter la partie septentrionale de l’Asie à une époque où le climat était plus doux et plus uniforme qu’il ne l’est à présent. Le lecteur n’a pas perdu de vue, je pense, que
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les terrains dans lesquels se trouvent les mammifères éteints dont il a été précédemment question, appartiennent à l’époque tertiaire la plus moderne; quant aux dépôts tertiaires les plus anciens, la nature des coquilles fossiles qu’ils renferment, atteste une température d’autant plus élevée qu’ils datent d'une période plus reculée. Ainsi, par exemple, on trouve dans les plus anciens de ces dépôts, que nous avons désignés sous le nom d’Éocènes, des coquilles du genre Nautile , et divers reptiles, tels que certains crocodiles et certaines tortues de mer et de terre, qui offrent, sous le rapport de leur structure, quelque analogie avec ceux que de nos jours on ne rencontre que dans des latitudes très-chaudes.
Autres preuves du changement de climat , déduites des fossiles observés dans les couches secondaires, et dans d'autres dépôts plus anciens encore. — Un laps de temps très-long paraît s’étre écoulé entre la formation des strates secondaires qui constituent la partie principale des hautes terres de l’Europe, et celle des dépôts Éocènes. Quand on passe en revue les différentes roches dont se compose la série comprise entre le Nouveau Grès Rouge et la Craie inclusivement, on y reconnaît des fossiles qui, tout en appartenant à des espèces inconnues, peuvent être, en partie, rapportés à des genres et à des familles viyant aujour-
ciiai*. M.) l)U CHANGEMENT DE CLIMAT. . 245
d’hui en très-grand nombre dans la zone torride.
Parmi ces divers fossiles on remarque particulière- Æg.. ment des reptiles, soit herbivores, soit carnivores, * dont la taille gigantesque surpasse de beaucoup celle des plus grands animaux actuels de cette classe. Bien que les genres en soient éteints, pour la plupart, quelques-uns de ces reptiles, tels que le crocodile et le monitor, ont encore maintenant leurs représentants dans les régions les plus chaudes du globe. Les récifs de coraux étaient aussi très-nombreux dans les , »
mers de cette époque; et les espèces dont ils se $
composent appartiennent à des genres qui aujourd’hui sont caractéristiques des climats tropicaux. Le nombredesgrandescoquilles cloisonnées et les plantes qui se trouvent avec ces fossiles, attestent également la température élevée qui régnait à l’époque dont il s'agit; car, quoique ces plantes ne soient encore qu’iinparfailement connues, la prédominance des Lycadées qui en constituent la famille la plus nombreuse, semble devoir ajouter une nouvelle force à • celte conclusion.
Mais, c'est surtout des formations houillères les plus anciennes qu’ont été déduites les preuves de la chaleur excessive qui, jadis, caractérisait le climat des latitudes sous lesquelles sont situées les régions* aujourd'hui les plus tempérées et les plus froides du globe. Il parait, à en juger par les fossiles du
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terrain houiller, que la flore de la période carbonifère consistait presque exclusivement en grandes plantes cryptogames vasculaires. Les travaux de M. Ad. Brongniart ont prouvé qu'à cette époque il existait des Equisétacés de plus de 3 mètres de hauteur, eide lia 16 centimètres de diamètre ; de grandes fougères arborescentes du genre Caulopteris; des Sigillaires, arbres de 13 à 16 mètres de haut, et qui . très-probablement, appartenaient à la famille des fougères; enfin, des Lycopodiacécs arborescentes dont la hauteur était au moins de 20 à 23 mètres (*). A l'époque actuelle, toutes les espèces appartenant à ces différentes classes de végétaux sont petites dans les climats froids; tandis que dans les régions tropicales on trouve, outre de petites espèces, une infinité de plantes de très- grande dimension. Les plantes, toutefois, celles mêmes des pays les plus chauds, ne peuvent pas se comparer sous le rapport de la grandeur, à celles que renferment, à l'état fossile, les formations carbonifères. C’est à la température élevpe et uniforme qui règne entre les tropiques, et à l'humidité de l’air de ces climats, que doivent être attribuées non-seulement le grand nombre de plantes analogues à celles de la houille qu’on
C) Considérations générales sur la Nature de la Végétation, etc. Ann. des Scient*. Nat., Nov. 1828.
ciiap. VI.) DU CHANGEMENT DE CLIMAT. ‘2V7
y observe, mais aussi les dimensions considérables que ces plantes y acquiérent, môme encore de nos jours. Il est vrai que si les végétaux de la flore fossile ont accidentellement séjourné soit dans des mers, soit dans des lacs ou dans des estuaires, il serait fort possible qu’ils donnassent souvent lieu à de fausses interprétations sur les rapports numériques des diverses familles qui, lors de la période en question, vivaient sur les continents. Cependant, abstraction faite de l'erreur que pourrait entraîner une pareille cause, l’argument fondé sur la comparaison des nombres des plantes fossiles des strates carbonifères, conserve encore beaucoup de force.
« Ces caractères de la végétation primitive du globp ne sont pas, » dit M. Ad. Brongniart, « particuliers à une petite partie de sa surface, à l’Europe seulement, par exemple. Les mômes formes et souvent les mômes espèces se retrouvent à de très-grandes distances: ainsi les plantes des terrains houillers de l’Amérique septentrionale sont la plupart parfaitement identiques avec celles de l’Europe, et toutes appartiennent aux mômes genres. Quelques échantillons du tiroënland se rapportent aussi à des Fougères analogues à celles de nos mines de houille d’Europe (*). » On a prétendu que les plantes fossiles rapportées de File
C) l’rodromc d'une Histoire des Végétaux fossiles, p, 178-179.