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SECTION IL DES COLONIES

Les nations ne se bornent pas à arrondir leur territoire, et à compléter le développement que les circonstances géographiques et les affinités de race leur permettent d'ambitionner. Elles fondent aussi souvent des établissements extérieurs, qui constituent comme des

(*) Chateaubriand a fait remarquer avec raison que Lacédémone y avait manqué dans la Grèce ancienne, et n*avait pas su user de son ascendant pour réunir les Grecs sous une même politique. II remarque qu'Alexandre eût été alors le César d'une république. Peut-être en elTet la Grèce eût-elle évité ainsi d'être plus tard asservie, et eût pu partager avec Rome l'empire du monde. (Voyez VJHnéraire de Paris à Jérusalem, Voyage de la Grèce.)

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ramifications du tronc national, et qui portent le nom de colonies.

La colonisation, par suite du nom qui lui sert d'étymologie, a pu être définie « Toccupation, le peuplement et la culture des parties du globe qui sont inoccupées, non peuplées ou incultes Q). »

n est à peu près impossible d'énumérer complète ment les différentes causes morales, religieuses, économiques et politiques, qui ont donné lieu aux migrations humaines et aux colonisations dans tous les âges de rhistoire. La recherche détaillée de ces particularités appartient à rérudition qui s'en est déjà occupée (*)• Il y a lieu seulement de constater dès Tabord un résultat général de ces entreprises : la colonisation est habituellement le fait d'une race, supérieure en force matérielle et surtout en civilisation, qui va rechercher laborieusement dans un milieu inférieur des ressources inutilisées par les indigènes ('). C'est dans ce sens qu'on peut dire en partie avec Bacon : « Coloniœ eminent inter antiqua et herdica opéra (*), »

La confirmation de cet aperçu ressort avec évidence de l'histoire de ces races phénicienne et hellénique, qui sont arrivées les premières dans le monde ancien aux

(<) Dictionnaire général de la politique de M. Block. Article de M, DuTa).

(3) y. notamment la monographie intitulée : « Délia distribu» zione delta populazione su la terra, » da Pietro Longo Signorelli. Gatania, 1861.

(») Vissering, Handbook von praktische Sloutshuishondkunde^

(*) Cité par M. Jules Duval : Les êolonies et la politique coloniale de la France, préface, p. 8.

lumières de la civilisation, et dont l'éclat a fait de Tune d'entre elles, nous voulons parler de la Grèce, pour employer l'expression d'un poète anglais, une sorte de voie lactée dans le ciel de Tantiquité.

Les colonies phéniciennes furent lointaines et importantes: Carthage en Afrique, Lisbonne, Panorma et Lilibée dans le midi de notre Europe, se rapportent avec plus ou moins de certitude à cette origine.

La race hellénique couvrit de ses colonies, à l'époque de sa liberté, presque toutes les rives de la Méditerranée et des mers adjacentes. Le nombre de ces fondations éparses dans l'Asie-Mineure, sur les bords de la Propontide, du Pont-Euxin, des Palus, Méotides, le long de l'Adriatique, en Italie, en Sicile, en Afrique, en Gaule, a été évalué de 300 à 400 (*), et quelquesunes d'entre elles, comme Tarente et Syracuse, eurent les destinées les plus brillantes.

Mais quand la Grèce, assujettie aux rois de Macédoine, né fut plus guère qu'uninstrument docile de leurs entreprises, ce genre d'expansion fut en quelque sorte régularisé et discipliné par Alexandre. Son entreprise en Asie commença comme une conquête et se termina comme une colonisation démesurée, dans l'étendue de laquelle la puissance d'indépendance et d'assimilation finit par manquer à la race conquérante. Cependant telle était la vitalité et l'influence du génie grec, que les traces de Texpédition d'Alexandre furent d'une durée considérable, eu égard au petit nombre d'hom-

es jHegewisch, Geographische und hisiorhche Nachrichten,7lie Colonien der Griechen betre/fendy p. 2,

mes qu'il avait pu implanter dans Test de la vaste Asie.

On connaît peu Thistoire du royaume Bactrien fondé par 13,000 soldats d'Alexandre. Mais on sait que les six premiers souverains de cet Etat, placé si loin de la mère-patrie, et qui a eu 200 ans de durée, ont porté des noms grecs (*).

Les nombreuses villes bâties par Séleucus en Perse, et dont le nombre a été porté à 60 par Appien, paraissent avoir pour la plupart conservé leur originalité et la langue de leurs fondateurs, sous la domination des Partbes. Le plus durable témoin de Thistoire, la nu- . mismatique, a retrouvé des médailles frappées par ces villes, en Thonneur des rois parthes décorés par leur reconnaissance du nom de Philhellènes (^).

Dans la Mésopotamie, la colonie de Séleucie, fondée sur les bords du Tigre, ville macédonienne préservée de la corruption des Barbares, suivant Tacite, gouvernée par une assemblée de 300 sénateurs, et peuplée de 600 mille âmes suivant les assertions de Pline, parvint à maintenir son existence, sur les confins de la domination des Parthes et de celle des Romains, et ne succomba sous les coups de ces derniers qu'après quatre siècles d'existence Q).

On a pu dire enfin, en parlant des suites de l'invasion d'Alexandre, en énumérant les écrivains et sur-

(*) Hegewisch, /d., p. 35.

(2) Hegewisch, Ueber die griechischen Oolonien seit AUxander dem Groszen, p. 45.

(3) Id., p. 48 à 52. « Libéra hodie ac suî juriSy Macedonumque morts j » dit encore Piiae.

tout les mathématiciens produits à cette époque par r Asie-Mineure, que « l'Asie rendue grecque était devenue plus féconde dans la littérature et dans les arts que la Grèce européenne elle-même (*). »

Telle a été dans l'antiquité la force d'expansion du principe civilisateur, représenté par ce peuple hellénique qui, au dire de Strabon, l'emportait tant sur les Barbares (et certains Grecs ont compris même les Romains sous ce nom), par ses vues sur les institutions de la vie civile, par son goût dans les arts, et par son habileté à rendre la vie commode et agréable Q).

Les Romains préférèrent en général la conquête à la colonisation, qui fut comprise par eux d'une façon moins indépendante à l'égard de la métropole qu'elle ne l'avait été par les Grecs (^) ; mais il est impossible de méconnaître qu'une certaine influence civilisatrice supérieure accompagna généralement leur domination sur les peuples qu'ils s'assujettirent, et qu'ils procédèrent avec des moyens plus doux, là où ils trouvèrent des institutions plus parfaites préexistant à leur conquête {*).

(<)Hegewisch, Id.j p. 158.

(3) Hegewisch, Ueber die griechischen Colonten seit AUwander dem GroszeUy p. 165 et 186.

(3) Dictionnaire d'économie politique j v* Colonies, — Diction" naire général de la politique^ v" Colonisation,

(4) Hegewisch a examiné cinq modes de relations entre les peuples conquérants et les peuples conquis : l'extermination des personnes ; Texpropriation, avec la réduction des vaincus à Tétat d^esclaves; Timposition des lois, des mœurs, de la religion et de la langue, avec le respect des personnes et des biens, ce qui fut la métbode générale des Romains; l'exigence de tributs et de services avec le respect des institutions et des lois comme des personnes et

Les colonies ou établissements extérieurs ont toujours eu un grand attrait pour les États européens, depuis que le nouveau monde leur a offert sous ce rapport, par rétendue, la richesse et l'originalité des produits de ses diverses régions, des séductions trèssupérieures à celles qui avaient été offertes aux grands peuples de l'antiquité, et les a conviés à Texercice d'une domination plus absolue que celle des métropoles du monde ancien sur leurs dépendances colo-^ niales (*). Ces États, traitant leurs colonies comme des fermes, suivant l'expression de M. dePradt, ont regardé comme un échec de les perdre par la conquête des États rivaux, et quelquefois aussi de les voir s'affranchir de leur dépendance.

D'après un écrivain de nos jours, il n'y a guère de plus lamentable récit dans toute l'histoire que celui de la fondation des colonies modernes : « Où l'homme se montre puissant par le génie, héroïque par le courage, admirable même par le travail, mais avide sans honte et cruel sans remords, au delà de tout ce que l'antiquité païenne avait jamais vu (^) » Probablement cette différence doit être attribuée en partie à la dureté de certaines traditions léguées à l'Europe par l'esprit de caste et d'intolérance du moyen-âge, en partie aussi à

des biens, ce qui fut la méthode des Romains en présence des Grecs; l'adoption par le vainqueur des mœurs du vaincu. — Suivant lui (p. 148), Alexandre inaugura une sixième méthode dont le principe' était l'union et la fusion du peupla conquérant avec le peuple vaincu.

(*) Encyclopédie moderne^ v« Colonies.

(2) Dictionnaire général de la politique, v* Gùlùnisaiiùn.

rextrême inégalité de civilisation entre le» colonisateurs et lés habitants des pays colonisés.

Les colonies ont en général pour but Témigration, Tagriculture, l'exploitation des mines, rétablissement des comptoirs commerciaux, Tintérét politique ou celui de la pénalité.

Les États colonisateurs se proposent ordinairement d'acquérir par ces établissements divers avantages, tels que r^ugmentation de leur force, celle de leurs revenus, l'accroissement de l'industrie et du bien-être de leurs sujets. On a. vu, par un résultat singulièrement étranger à la fondation de cette colonie, le Brésil offrir comme un trône de refuge à la dynastie de la métropole portugaise.

La pensée d'une exploitation exclusive des colonies par les métropoles avait inspiré ce qu'on nommait le pacte colonial f et qu'on a résumé dans les cinq règlefe suivantes : 1® Monopole de la navigation réservé au pavillon de la métrcçole ; 2° Débouché de la colonie réservé aux manufactures métropolitaines ; 3o Approvisionnement de la métropole en matières premières et denrées coloniales imposé aux colonies ; 4** Interdiction aux colonies de se livrer à des productions ayant leurs similaires dans la métropole ; 5® Taxes sur les produits tant à leur sortie des ports coloniaux qu'à leur entrée dans les ports métropolitains.

Le profit pour les revenus de la mère-patrie, exploité avec tant d'intelligence par l'Espagne dans les derniers siècles, se réalise quelquefois encore malgré l'émancipation graduelle des colonies modernes ; par exemple, Cuba est encore productif pour l'Espagne,

et la Hollande tire des corvées imposées aux Javanais un produit qui équilibre son budget, le soutient contre le danger du déficit, et qui a feit sous ce rapport appeler quelquefois côtte belle colonie le liège de la Hollande . Cependant il y a aussi , dans une situation inverse , des colonies très-coûteuses, comme l'Algérie pour la France. Certains Anglais ont même pensé que la perte de l'Inde eût été sans préjudice pour l'Angleterre (*).

Il est difficile de nier que le commerce et la navigation des États modernes aient tiré d'assez larges profits de certains établissements coloniaux.

Cependant l'expérience engeigne que les possessions lointaines ne constituent pas un moyen indispensable pour la puissance du commerce extérieur des notions : la richesse du commerce transatlantique de Hambourg et de Brème en est la preuve (^).

On a même constaté souvent dans les colonies des causes d'affaiblissement pour les métropoles, soit par les dépenses de fondation et d'extension, soit par la dispersion des forces, soit par les guerres et lescompli cations politiques, soit par les mauvaises institutions économiques, auxquelles elles ont donné lieu ('), et ces dernières attestent la fécondité d'invention qui caractérise l'esprit de domination et de réglementation arbitraire.

Il est aisé de comprendre la puissance en quelque

(*) Quarterly Review, July 1866.

(2) VisseriDg, Handbook, g 222 .

(3) M. VisseriDg, qui insiste sur ces divers points, 1 3:}4, rappelle l'observation de Say « que les pays d'Europe qui achètent le sucre à plus bas prix sont ceux qui n'ont pas d'ites à sucre. »

sorte centrifugey qui sépare des métropoles les colonies placées sous des climats lointains, avec des intérêts économiques nouveaux, des mœurs souvent très-diflférentes, et qui a couvert l'Amérique moderne de Républiques affranchies du joug européen (^) , .

L'émancipation successive des colonies à l'égard de leurs mères-patries est presque une loi de l'histoire, qu'il est imposé à l'homme d'Etat de prévoir, suivant une marche de temps très- variable suivant les circonstances (^), mais qui ne comporte pas moins dans beaucoup de cas une sujétion temporaire, d'une durée quelquefois fort longue, ayant pour but une sorte d'assimilation, préparatoire d'une émancipation progressive.

Aussi, bien que les colonies n'aient jamais pu être, comme l'a indiqué l'imagination d'un écrivain (*), les

(^) « Les colonies formées de personnes qui ne se trouvent pas à l'aise dans leur pays natal et qui cherchent plus de liberté qu'elles n*en ont ehez elles sont toujours plus près de la République que la mère-patrie, liée par ses vieilles habitudes et ses vieux préjugés. » (E. Renan, Revue des Deux-Mondes ^ !•' novembre 1869, p. 84.)

(3) La marche des colonies vers l'indépendance est déterminée par des circonstances diverses, parmi lesquelles le mobile de Témigration primitive et le caractère de la race formée au moyen de cette émigration jouent un grand rôle. Un poëte anglais a fait ressortir l'indépendance des sentiments qui ont présidé à la fondation de certaines colonies britanniques :

Lo iwanniiig southward on rejoinlng luni,

Gay colonies extend ; the calm retreat

Of nndeserred dUtress, tbe better home

Cf those whom bigots cbase from foreign lands.

Nor buiU on rapine, serTitnde and woe

And in their tarn some petty iyrant's prey ;

But bound by social fireedom flrm they lise, etc.'

Thompson, Libtrly^ part. V»

(') M. de Pradt : Les trois âges des coknieSf t. II, p. 8.

régulatmn de la puissance des métropoles, le sentiment qui attache dans une juste mesure Tamour-propre des peuples civilisés à ce genre d'établissements lointains, est suivant nous très-légitime. Il n'est pas autre que la conscience d'une mission civilisatrice, Tocqueville l'a dit avec raison à propos de la situation de l'Angleterre au regard de l'Inde : « Le grand but à poursuivre dans l'Inde est bien de répandre dans ce pays les bienfaits de la civilisation chrétienne. »

« Il est utile, a dit un autre écrivain Q), que les nations qui se trouvent à l'étroit dans les limites de leurs territoires s'épandent au dehors: il est utile aussi qu'elles aillent occuper et cuWver des terres fer^ tiles, que des races encore barbares laissent en friche. »

Nous pouvons sans crainte généraliser ces idées. En regardant la carte de l'univers, nous y voyons la plus grande partie des terres habitées encore à demi barbares. Avec l'Europe une partie de l'Amérique partage les bienfaits de la civilisation. Quelques parties de

(*) M. de Molinari : Dictionnaire d'économie politiqite, v" Colonies, — On peut ajouter la remarque d'un autre écrivain :

« L'Angleterre, le pays qui possède au plus haut degré Tintelligence commerciale, loin de renoncer aux colonies, ainsi que le prêchent certains économistes, en accroît tous les jours le nombre, et en cela elle est guidée par son adnsiirable instinct des besoins du commerce. Elle s'attache surtout aux grandes colonies, et c'est ainsi qu'elle s'applique à coloniser l'Indostan, le Pendjab, l'Afrique australe et l'Australie. Les possessions de peu d'étendue n'offrent pas en effet, ainsi que le fait remarquer M. Rossi, une perspective aussi avantageuse à l'industrie nationale que les grandes, à moins toutefois que par une heureuse combinaison l'exiguïté du territoire ne se trouve compensée par une rare fertilité ou par d'autres richesses naturelles. {Encyclopédie modcrne^y Co^ont>5, par Alfred Maury.)

l'Asie et de TAfrique reçoivent de sources européennes le même bienfait. Le reste languit dans l'inertie, Tobscurité et l'ignorance.' Les cinq sixièmes du globe n'ont pas un habitant pour deux hectares (*).

Là est une grande part d'accroissement et de perfectionnement, réservée à l'avenir de l'espèce humaine. Les compétitions des ambitions européennes sont peutêtre mesquines en présence de ces vastes espaces éloignés, qui attendent les effluves de la civilisation, et qui semblent provoquer tantôt l'influence commerciale et le contact civilisateur, tantôt même l'émigration des races européennes. Caria multiplication et l'expansion des familles humaines, relevées par la culture morale, paraît être à l'égard de certains peuples un moyen de progrès supérieur à celui qui résulte du perfectionnement direct des races moins bien douées, moyen qu'il est impossible du reste de dédaigner.

Il y a là une grande et noble mission de la véritable politique extéiieure des peuples avancés ; là réside la possibilité d'un grand rayonnement des civilisations européennes. La vaste étendue des côtes françaises semble nous y assurer une vaste part, que notre génie politique et commercial pourrait toujours accroître. Il ne faudrait pas qu'une constitution trop égoïste de la famille, une population trop restreinte, un esprit trop mesquinement casanier et stationnaire isolât la première des nations latines de l'accomplissement de cette grande œuvre, pour la part qui peut lui appartenir encore.

(*) Dictionnaire général ds la politiquejV* Colonisation,

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Si le mot biblique « Cromez et mulÛpliez » n'est pas entendu de certaines populations, paipii elles qui prennent part à rhégémonie du monde, les races auxquelles elles appartiennent risquent d'être éclipsées par d'autres. Les événements qui se développent dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et qui manifestent l'accroissement de l'action extérieure des anciennes colonies britanniques de l'Amérique du Nord, montrent bien la puissance des essaims colonisateurs, qui successivement s'affranchissent de l'influence politique de la métropole, revendiquent pour un vaste continent Tindépendance qu'elles ont conquise pour ellesmêmes, et grandissant avec le temps, donnent à la race dont ils sortent, comparée à celle dont ils rencontrent les descendants, dans un monde nouveau, un ascendant fort supérieur jet un éclat beaucoup plus grand que tout ce qui a pu honorer dans le vieux monde, à certains moments, la politique habile de leur mère-patrie (*).

Parlant des épreuves successives auxquelles diverses races ont été en quelque sorte soumises, dans les efforts faits pour coloniser le monde barbare, un écrivain contemporain a dit :

« On aurait pu croire au seizième siècle que la civilisation espagnole se répandrait sur toute la terre ;

(<) Un théoricien fort original, M, Reverony Saint-Cyr, a dit qu'il faut en général que la force morale ou l'énergie de la métropole soit en raison directe de la force physique et morale réunies de la colonie, pour la maintenir dans sa dépendance; et il a établi que d'après ce calcul l'Angleterre parait la puissance la plus susceptible de garder les siennes longtemps.

mais des vices irrémédiables dissipèrent bien rapidement cette puissance coloniale, dont les débris couvrant un grand espace attestent encore la grandeur éphémère. Nous avons été essayés à notre tour, et la Louisiane et le Canada en ont gardé le magnifiq^ue témoignage. Enfin est venue TAngleterre, par laquelle ce grand ouvrage s'est définitivement accompli, et qui peut désormais succomber ella-même sans que son œuvre disparaisse, et sans que l'avenir anglo-saxon du monde ancien ne soit sensiblement changé (*). »

Ces paroles sont malheureusement vraies, et elles accusent en partie l'inanité des rivalités continentales entre les puissances européennes, en regard d'une mission plus grande, en partie aussi les fautes irrémédiables de notre politique passée, en partie enfin la faiblesse relative dans certains pays de la constitution de famille, qui a assuré à l'énergie des mœurs patriarcales de la Grande-Bretagne un succès aujourd'hui incontestable, mais qui laisse à d'autres nations sur le terrain même de la colonisation des tâches encore nobles à accomplir.

On peut à certains égards regretter dans la colonisation l'absorption définitive de certaines races primi* tives . Mais il ne s'agit pas de distinguer et de fixer les grandes familles humaines dans leur domaine respectif pour régler l'avenir du monde ; il faut surtout les peser. L'inégalité des familles ethnologiques est à nos

(<)Prévost-Paradol : La France nouvelle, p. 404. (Voyez sur les espérances et les chances de la domination universelle par l'Espagne le curieux ouvrage de Gampanella : Z?cilfonarcM*a/iwpamca, avecrappendice.)

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yeux un fait supérieur à toute contestation, bien que sa portée ait pu, en tel ou tel cas, être exagérée. Le respect des nationalités ne saurait être invoqué en feveur de races barbares, étrangères à ces sentiments moraux qui sont nécessaires pour la constitution complète d'une nation.

C'est dureste la supériorité de certaines races par rapport à certaines autres, qui, sans expliquer ou justifier toutes les violences dont elle a pu être le prétexte, légitime cependant dans certaine inesure, lorsqu'elle est très-considérable, Textension du territoire au profit des peuples plus avancés en moralité, en économie, en amour du travail, en civilisation, et qui oppose la puissance de véritables nations à l'existence de peuplades sans droit national. Reporté à quelques siècles en arrière^- et proclamé même aujourd'hui, l'état respectivement stationnaire des races serait un gage d'immobilité et de torpeur dans la marche de l'humanité.

On peut regretter sous certains points de vue la mandée dont sont tombés les empires du Mexique et du Pérou. Il n'est pas certain que ces civilisations aient renfermé des principes assez élevés pour subsister et se perfectionner aux rayons de la civilisation européenne ; et il est difficile de ne pas résumer les moyens d'action des familles humaines civilisées sur celles qui sont en arrière, dans les deux procédés suivants :

La civilisation par le contact et l'infiision des idées supérieures lorsqu'elle est possible ;

L'assujettissement et TabBorption, quand Télément barbare se montre absolument réfractaire à l'impulsion amicale du progrès.

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