‹ PrintempsChapitre 9 sur 11 · LE KIOSQUE EN RUINES · texte numérisé non relu

LE KIOSQUE EN RUINES

Ce Chat-Noir, dont j'ai si souvent parlé dans ce livre, était un exquis cabaret Louis XIII meublé, arrangé et décoré miraculeusement par Salis, avec des merveilles de quatre sous qu'une fée Israélite ne se fût jamais procurées à si bon compte» en admettant qu'elle eût été capable de les découvrir.

C'est vers ce cabaret des Muses, de toutes les Muses, que la jeunesse artistique de Montparnasse et du Quartier Latin émigra un soir de mai 1882. J'étais de Texode.

Toutes les figures de l'art s'y trouvèrent représentées. La joie y buvait l'absinthe avec la douleur. La mélancolie, un chant

sombre aux lèvres, le retenait pour écouter les sarcasmes de la démence.

Tout cela n'est plus. Muette, les mains posées sur ses victimes, comme si elle regrettait maintenant d'avoir renversé tant d'enfance et d'intelligence, la Mort regarde parmi ceux qui restent, pour y chercher l'homme qui Tabsoudra.

Hélas! qui la condamnerait? Peut-être, au lieu d'assassiner mes amis, n'a-t-elle fait que hâter leur long suicide. Elle portait le poison ; ils l'ont saisi avidement. Quand elle ramassa la coupe vide, ils étaient déjà inanimés.

De quelques-uns de ces disparus je veux parler enfin. Je commencerai, comme la vie, par ceux qui voyaient partout la vie ; je terminerai, comme la mort, par ceux qui la voyaient de tous côtés.

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