Ézéchiel, XXVII
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Paglia, elle pouvait apercevoir la « maison rebelle », l'inhospitalière maison, dont jamais plus la Porteuse de promesses ne franchirait le seuil.
Des gondoles s'arrêtaient, en face de cette maison. Des gens entraient et sortaient. Le Grand-Duc, oublieux de sa parole, se réjouissait-il, avec ses amis et ses serviteurs, et des femmes pareilles aux filles de Babylone, tandis que la Messagère se tenait au dehors, tandis que (( l'Homme du conseil de Dieu » gémissait dans les ténèbres de la mort apparente?
(( Ils ont des yeux pour voir et ils ne voient point; ils ont des oreilles pour entendre et ils n'entendent point... )>
N'importe! Priscille avait obéi au maître qui la dirigeait; elle avait fait son devoir, et tout ce qui restait obscur dans la conduite du Grand- Duc, s'éclaircirait peut-être, un jour prochain. Elle s'abstenait de le condamner; elle se souvenait, avec reconnaissance, qu'il lui avait envoyé son serviteur... Et pourtant, il était de la <( maison rebelle », et la Messagère l'abandonnait.
Il la chercherait, dans Venise, et il ne la trouverait plus. Au temps de la grande calamité qui allait venir, sans doute se souviendrait-il d'elle. Ses oreilles seraient ouvertes, ses yeux dessillés. Trop tard. Le Maître l'avait dit : des cataclysmes bouleverseraient la terre ; l'humanité, affligée de fléaux et de maladies, verrait, avec épouvante, l'Antéchrist s'élever de l'Orient ; les armées de la Bête se déchaîneraient contre l'Agneau, et l'Ange descendrait, qui tient la clé du puits de l'Abîme,
Jusqu'à ce que paraisse l'Élu, « l'Homme du Conseil de Dieu », sanctifié par le martyre et sauveur désigné du monde.
Les Bridaiii et les Pouldu ne comptaient plus revoir Priscille. Elle leur avait envoyé, de Venise, une carte illustrée représentant le Campanile, avec ces mots écrits en travers :
Souvenir respectueux de votre dévouée
Depuis, rien. Ils se demandaient quelquefois si leur ancienne domestique n'habitait pas quelque prison italienne ou quelque hôpital de fous, et ils ne doutent plus, maintenant, qu'elle n'eût la tête dérangée.
Ils n'aimaient pas beaucoup à parler d'elle,
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parce qu'ils avaient subi son influence et qu'ils craignaient le ridicule. Gomment avouer que cette fille extravagante les avait obligés, naguère, eux, des bourgeois sensés, des libres penseurs, des matérialistes — à regarder du côté de l'autre monde!... Madame Bridain avait eu du vague à l'âme; madame Pouldu était retournée à l'église de son enfance; Léon luimême, le positif Léon, l'ennemi des superstitions cléricales, avait essayé d'évoquer des esprits logés dans un guéridon tournant!... Et ils avaient poussé la bonté — ou la bêtise — à un tel point qu'ils avaient écouté les divagations de Priscille ! Ils avaient cru — ou presque — à la survivance du Tsar! Ils avaient espéré qu'ils toucheraient, intégralement, les coupons de leurs titres I
Priscille partie, l'enchantement s'était dissipé. Plus de livres de spiritisme sur le guéridon immobilisé! Plus d'église! plus de malaise moral! Les Bridain et les Pouldu se réveillaient d'un étrange rêve, et le souci de l'argent, le goût des bons repas, attestaient leur
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retour à la santé. Du fond de l'Auvergne, une bonne leur était venue, qui aimait l'argent et les gros plats, une bonne qui ne chantait pas d'hymnes dans la cuisine, qui dormait pesamment, parlait crûment, riait fort; qui, le soir, quand on l'admettait dans la salle à manger où la famille était réunie, écoutait la lecture du feuilleton, mais ne comprenait rien à la politique.
Celle-là ne cassait pas les assiettes, par ner^ vosité, mais elle les lavait à peine.
Lorsque Priscille arriva, sans s'être annoncée, à la fin d'avril, madame Bridain ne l'accueillit pas très chaudement.
— Que vous voilà maigrie et pâlie! — lui dit-elle avec une intention de blâme, comme si Priscille s'était engagée à revenir grasse et florissante.
L'infortunée Messagère ne tenait pas beaucoup de place sur la chaise qu'elle occupait. Ses vêtements montraient la trame. Une de ses chaussures bâillait. Le crêpe de son chapeau, roussi et fripé, avait la triste couleur
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d'une souris morte. Quant au visage de Priscille, il était si jaune que, par contraste, le bleu obscur des yeux semblait avivé.
Poliment, elle demanda des nouvelles de la famille et s'extasia sur la belle mine de madame Bridain qui, dans son fauteuil, était comme un Bouddha femelle, tassé, ramassé et cramoisi.
— Tout le monde va bien... Et, vous savez, Priscille, j'ai eu de la chance. J'ai trouvé une bonne qui me convient admirablement.
— J'en suis heureuse pour Madame... J'étais sûre que le Seigneur ne laisserait pas Madame dans l'embarras...
— Et vous, Priscille?...
— Madame?
— Vous, est-ce que le Seigneur vous a tirée d'embarras?...
Madame Bridain fixait, du regard, la bottine blessée.
— Il m'a ramenée en France... C'est pour le pas décisif.
— Gomment?
— Je prie Madame de me pardonner. J'ai
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peine à expliquer les choses... Et j'aurais tant et tant à dire!... Qu'ils sont merveilleux, les desseins du Maître à mon égard! Il m'a conduite au bord de l'abîme et il m'en a sauvée, pour manifester son amour... Il a suscité des serviteurs de sa gloire lorsque les hommes de peu de foi se dérobaient.
— Vous étiez partie pourvoir le Grand-Duc...
— Madame l'a su?
— - Oui, je l'ai su... Eh bien, l'avez-vous vu, le Grand-Duc?
— Il m'a envoyé son secrétaire, un monsieur très respectable, très noble dans ses façons, et bien que je n'aie pu le voir lui-même — sa porte est consignée à cause des bolchevistes ! — il a reçu le Message... Ainsi j'ai rempli toute une partie de ma mission...
L'idée que Priscille avait été en relations avec un membre de la famille impériale russe, modifia les sentiments de madame Bridain.
— Mais alors, — dit-elle...
Priscille devina sa pensée.
— Madame s'étonne de me voir si mal vêtue,
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— dit-elle avec un radieux sourire. — C'est qu'il y a eu un petit malentendu entre Son Altesse et moi... J'attendais des nouvelles de Son Altesse, qui ne venaient pas, et je n'osais partir... Et tout mon argent fondait... Alors, de braves gens... Oh! si je racontais toute cette histoire à Madame, ce serait bien long... De braves gens, des cœurs charitables, m'ont secourue... Ils m'ont donné le moyen de rentrer en France, dans mon village, où je me suis reposée quinze jours, par ordre du Maître... Et j'étais là depuis une semaine, quand une lettre m'est arrivée, de Venise, avec un mandat de cinq cents francs ! C'était le secrétaire de Son Altesse qui m'écrivait, au nom du Grand-Duc... Il disait qu'il regrettait bien de ne pas m'avoir revue, qu'il était allé à Rome pour des affaires politiques, et qu'il avait su tous mes ennuis... <( Son Altesse Impériale, très touchée de votre dévouement pour le malheureux peuple russe, vous envoie cet argent, afin que vous puissiez vous reposer, et elle souhaite la réalisation de nos espérances communes,,, »... Oui, Madame,
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cet excellent et respectable monsieur s'exprime ainsi, dans sa lettre... Nos espérances communes?... Madame ne comprend pas?... Il s'agit du Tsar... car il n'est pas mort, et je suis dirigée vers lui, à Paris même, et je fais le pas décisif...
Madame Bridain, en tas dans son fauteuil, ahurie par des sentiments divers, écarquillait les yeux et la bouche.
Elle pensait :
« Le Grand-Duc... le Tsar... Priscille... Cinq cents francs... Faut-il qu'il y ait des toqués sur la terre ! »
Néanmoins elle ressentait une involontaire considération pour Priscille.
— Et maintenant, qu'allez- vous faire?
— ... Madame se doute bien que je n'ai pas conservé les cinq cents francs de Son Altesse... J'ai payé une dette sacrée... Ces deux braves jeunes gens de Venise qui avaient cru en moi... Parce que, dans le train, j'avais fait la connaissance de monsieur Nera... La belle-mère tient un hôtel... L'Étoile dor... En italien, Stella doro,,. Alors, moasieur Nera et sa fiancée
m'ont avancé l'argent du voyage... Et l'on aurait dit que Son Altesse avait prévu exactement la somme dont j'avais besoin... Mon retour... Le temps du repos... Le remboursement à monsieur Nera... Le second voyagea Paris... Et voilà, je n'ai plus rien.
Madame Bridain perdit tout sentiment de considération
— C'est bien votre faute, — dit-elle, aigrement, — vous êtes la victime de vos idées saugrenues... Un Grand-Duc s'intéresse à vous ; il vous envoie cinq cents francs, et vous dilapidez tout!... Demandez-lui donc de vous caser, à votre Grand-Duc !... Quant à moi, qui ai perdu des mille et des cent, avec les fonds russes...
— Je ne sollicite rien, — dit Priscille qui rougit, — je suis casée. Dieu a mis sous mes yeux une annonce du journal qui me concernait évidemment : on demandait une personne d'un certain âge, sérieuse, sachant bien coudre et peu exigeante, pour un service très doux... Lingère dans une pension de famille, avenue
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de Wagram... La propriétaire est une dame âgée, très vénérable : madame Quenelle... Je lui ai écrit, en lui envoyant mes certificats et elle m'a acceptée.
— Vous lui avez parlé du Tsar?
— Chaque chose en son temps, — dit sentencieusement Priscille. — J'ignore les intentions de Dieu sur madame Quenelle. Aujourd'hui, qui est mon dernier jour de liberté, j'ai voulu saluer madame Bridain et sa famille, et je me retire, en m'excusant d'avoir peut-être dérangé Madame...
— Vous reviendrez nous voir? — dit madame Bridain, radoucie.
— Peut-être... Je serai très libre dans ma nouvelle place. A partir de six heures tous les jours, je disposerai de mon temps jusqu'au dîner... C'est l'effet d'une convention particulière avec madame Quenelle. Pour m'assurer ce droit, j'ai consenti à une forte réduction sur mes gages... Mais une part de mon temps est au Maître, et le service de l'homme passe après celui de Dieu... C'est une chose d'im-
portance, puisque j'arrive au moment du pas décisif...
Elle se retira, sur cette déclaration renouvelée, sans avoir expliqué ce qu'était le pas « décisif » et d'ailleurs, elle ne le savait pas très bien elle-même. Ce « pas », c'était l'ensemble des circonstances qui aboutiraient à la rencontre de la Messagère et de l'Élu, rencontre certaine, imminente, préparée par les événements antérieurs. Elle aurait lieu h Paris même, annonçait la voix prophétique. Priscille, comme elle avait quitté la Charente pour Paris, Paris pour Venise, Venise pour son village natal, était partie, brusquement, malgré les admonestations de sa famille, emportant, dans la valise brune, sa bible et le portrait du Tsar, et n'ayant en poche que l'argent indispensable au voyage. Les souvenirs pénibles, interprétés après coup, changeaient d'aspect dans sa mémoire. Elle oubliait qu'elle avait maudit la « maison rebelle », et, s'il lui restait quelque chagrin de n'avoir pas vu Son Altesse le Grand-Duc, face à face, elle attribuait à un
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malentendu la cruelle épreuve morale des derniers jours. Si elle avait pu deviner que le secrétaire de Son Altesse était à Rome, sans doute l'eût-elle attendu sans perdre sa sérénité; mais Dieu avait voulu éprouver la foi de sa servante, et lui démontrer que ses véritables amis n'étaient point parmi les (( grands de la terre », La bénédiction serait sur la maison de Giorgio Nera, qui avait cru. Quant à l'Altesse, sa générosité, servant les desseins du Ciel à travers Priscille, compensait, dans une petite mesure, la tiédeur de sa confiance.
Et d'ailleurs, tout cela, c'était le passé. Un anneau dans la chaîne, un pas sur le chemin. Priscille allait, sans tourner la tête, vivant dans l'avenir, comme tous les grands Imaginatifs. Juive errante qui n'avait pas toujours cinq sous dans sa poche, plus pauvre que le vieil Ahasvérus, espérant la Terre promise où elle entrerait à la suite de l'Élu. Un chapitre de sa vie commençait, qui, aux yeux des profanes, n'était qu'un épisode dans un roman disparate, mais qui, à ses yeux, se révélait nécessaire et logi-
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quement lié aux épisodes précédents. Encore une maison, après tant de maisons, où elle avait fait halte; encore des visages autour d'elle, après tant d'autres qui étaient, dans sa mémoire, comme les visages lointains des morts. Ceux d'aujourd'hui, ceux d'hier, hommes et femmes, amis et ennemis, vivaient d'une vie moins réelle, pour Priscille, que la mystérieuse figure qu'elle n'avait jamais vue de ses yeux de chair : le Martyr, l'Humilié, celui qui avait souffert une passion comparable à celle du Christ. Celui-là, qu'elle aimait en Dieu, elle l'avait créé et le recréait chaque jour dans, sa pensée. 11 était tout près d'elle, de l'autre côté d'un voile tendu, et, de ses tâtonnantes mains, Priscille effleurait ce voile.
Elle avait passé chez les Bridain comme une étrangère; elle passa comme une étrangère parmi les habitants de la nouvelle maison. Si la promiscuité quotidienne de ses anciens maîtres, l'avait inclinée à leur découvrir partiellement son secret, le rythme de la vie l'éloignait, au contraire, des maîtres nou-
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veaux et supprimait toute occasion de confidences.
Madame Quenelle et sa fille quadragénaire dirigeaient une pension de famille où FAméricaine abondait. Deux appartements couplés, communiquant par une porte entre les deux salons, occupaient toute la superficie d'un étage. Il y avait des chambres sur la rue et d'autres, moins coûteuses, sur la cour. Au fond de cette cour, était la lingerie qui servait aussi de chambre à Priscille. Elle vivait, confinée en cette pièce où l'électricité s'allumait de bonne heure, loin des domestiques, loin des hôtes, loin des dames Quenelle, délicieusement seule, entre sa table à ouvrage et son lit. Toute la journée, assise sur une chaise, près de la fenêtre dont le rideau de vitrage était relevé, elle raccommodait du linge, et quand elle levait les yeux, elle apercevait d'autres fenêtres, percées dans une muraille grisâtre. Pas un coin de ciel. A midi, un pâle reflet de soleil qui remontait bien vite vers le toit. Priscille
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travaillait dans un éternel crépuscule, usant ses yeux, courbant son dos, inattentive au roulement amorti des voitures et à l'égouttement continu de la fontaine dans la cour. Privée de tout ce qui peut distraire la vue et l'ouïe par des sensations agréables, elle se réfugiait dans son domaine intérieur, où parlait doucement la voix. La solitude et le silence étaient bienfaisants pour ses nerfs surmenés. Toutes les lingères qui l'avaient précédée chez madame Quenelle, n'avaient pu résister à l'ennui. Priscille ne s'ennuyait jamais. Il lui suffisait de prendre ses repas à l'office, entre la cuisinière et la femme de chambre, pour satisfaire son instinct de sociabilité qui était, à la vérité, inconstant et faible. Quelquefois, madame Quenelle, digne personne à cheveux blancs, en robe de soie noire, ou mademoiselle Quenelle, forte créature un peu hommasse, entraient dans la lingerie et causaient avec Priscille. Ces dames, qui ne connaissaient rien de sa vie morale et de ses aventures, l'estimaient, pour son habileté, sa politesse, sa douceur, la cor-
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rection surprenante de ses manières et de son langage. Avant de savoir qu'elle était protestante, elles la prenaient pour une religieuse laïcisée. Quant aux pensionnaires, presque tous Anglais, Américains ou Espagnols, Priscille ne les voyait guère, mais elle était frappée par la diversité de leurs races et de leurs langages, et elle songeait que la maison de madame Quenelle était une réduction de la Tour de Babel.
Dès six heures de l'après-midi, Priscille considérait que le « service de l'homme » était terminé. Le « service du Maître » commençait alors : lecture de la Bible, méditations, correspondance, et par les beaux jours, une courte promenade, qui occupait jusqu'au dîner le temps de la Messagère. Elle n'avait pas entièrement renoncé au travail de nuit, favorable à cette excitation nerveuse qui lui donnait l'illusion de la force, mais elle devait en limiter la durée. Cette vie aussi régulière que la vie monacale, avec la discipline volontaire qui remplace la règle imposée ; avec l'alternance
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jamais rompue du travail manuel, du travail intellectuel, de l'exercice physique et du repos, eut la meilleure influence sur la santé de Priscille, pendant tout l'été de 1920. Après la grande secousse du voyage en Italie, une détente suivit, une période de calme relatif oti la voix, moins pressante, permit à Priscille de goûter la paix.
Dieu, — écrivait-elle, — dans sa bonté paternelle, m ordonne de réparer mes forces en vue de ce pas décisif que je ferai bientôt. L'heure va sonner ou je prendrai mon bâton et ceindrai mes reins pour le départ; et cette fois y ma route sera tracée, droite, jusqu'à la demeure encore ignorée, sombre comme le sépulcre, qu'habite le nouveau Lazare, /'Homme du Conseil de Dieu.
Elle savait déjà que le temps de la rencontre suprême arriverait avant la fin de l'année en cours ; que le Tsar attacherait la Messagère à sa personne et lui ferait partager de terribles épreuves. Ensemble, ils connaîtraient la faim.
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le froid, peut-être les supplices. Et le jour de la victoire luirait.
Dieu, écrivait-elle encore, dans ce style biblique que la lecture de l'Ancien Testament lui avait enseigné par une étude de quarante ans. Dieu assisterait-il, impuissant, à la destruction physique et morale de V homme créé à son image? Qui pourrait le croire? Dans le bouleversement général, secouant le monde ]usque dans ses assises, ny aurait-il pas un sens caché, sur lequel la Lampe prophétique viendrait jeter un rayon de lumière?
Si nous remontons de quelques siècles (sic) en arrière, que trouvons-nous? L'homme créé par Dieu, s'est détourné de son Créateur et s'est corrompu. Dieu choisit le peuple hébreu que désormais il désigne comme son peuple, et dont il fait le dépositaire de ses desseins futurs en vue de se glorifier. Ce peuple, également, lui est infidèle. Dieu cherche à le ramener à lui par la voix de ses prophètes, mais en vain. En dernier lieu, il lui envoie son Propre Fils. Les
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Hébreux le rejettent, le mettent à mort, comblant ainsi la mesure de leurs forfaits. Dès lors, les calamités fondent sur eux; leur pays est conquis par l'ennemi, eux-mêmes « errant parmi les nations ».
Dieu aurait-il abandonné son peuple? Voici la période désignée par V Ecriture comme le « temps de la détresse pour Jacob » . Dieu entend le cri de son peuple et intervient pour le délivrer. (( Quand l'Ennemi viendra comme un fleuve, l'Esprit de l'Eternel lèvera un étendard contre lui », délivrant ç^oim-lk même qu'ils ont méconnu, comme l'Envoyé, l'Oint de Dieu, qu'ils ont rejeté, mis à mort. « Ils verront Celui qu'ils ont percé. »
Ses pieds se tiendront, en ce jour-là, sur le Mont des Oliviers, sur le lieu même ou il a été abaissé. Là, il sera glorifié, à la vue de toutes les nations. Le glaive tendu en jugement, sera transformé en sceptre de grâce, de miséricorde et de paix. Le Peuple délivré sera comme un jardin arrosé d'eaux vives... Alors les peuples, de leurs épées, forgeront des socs et de leurs
lances des serpes. Une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre nation et l'on n'apprendra plus la guerre. Ils s'assiéront^ chacun sous sa vigne et sous son figuier, et la société des NATIONS sera établie par le Souverain Maître.
Jusqu'à ce moment, les peuples travaillent pour le feu et les nations s'épuisent pour le néant.
Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce sujet, le peuple hébreu figurant, dans le passé-, le peuple russe, autour duquel gravitent les nations ; Dieu préparant un titre de gloire, à la face de l'univers, à l'Homme de son Conseil, le Tsar Nicolas 11, là ou il lui a donné une croix. L'Ennemi étant vaincu, la Russie et les Alliés avec elle, jouiront, sous le sceptre du Vainqueur, des fruits paisibles de la victoire^.
Des pages et des pages, couvertes de cette gracieuse écriture qui reflétait le tempérament délicat et morbide de Priscille Séverac, s'accu-