‹ Prisonniers marocains! RomanChapitre 7 sur 12 · l.oi .viil,. .|r> lî ll..TrS · texte numérisé non relu

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insurgé de conserver aux assemblées communales toutes les apparences de la liberté. Mieux que personne, il connaissait Tesprit indépendant de ses affiliés ; il ne se fût pas risqué à interposer son bon plaisir entre leurs décisions et la Loi écrite.

Cependant, en face de l'assemblée, le cadi avait commencé l'interrogatoire du Frère Marius. Et, tout de suite, le dialogue prit une allure qui eût paru burlesque si les circonstances ne l'avaient faite tragique.

— Réclames-tu, avait demandé le magistrat, une de ces femmes pour tienne?

Le Frère répondit avec une moue de dédain :

— Moi, une femme? Ah çà ! pour qui me prends-tu ? C'est bon pour vous autres musulmans de vivre au milieu de ces diables enjuponnés comme un bataillon de boucs dans une armée de chèvres. Les hommes de ma trempe n'ont ni cinq femmes ni une. Ils réservent toutes leurs forces pour servir leur Dieu contre le tien. Car moi, je ne partage pas l'avis du Père Blanc. Je suis sûr que mon Dieu ne ressemble pas plus au tien qu'un mécréant comme toi à un chrétien comme moi.

Bien que les trois quarts de cette invective fussent incompréhensibles pour le cadi et pour rassemblée, on devina que le prisonnier répandait rinjure sur ses juges ; aussi une clameur d<î colère s'éleva-t-elle des quatre coins de la place.

— Je crois que nous ne perdrons rien pour attendre I dit le Frère Mariùs, venant reprendre sa place à côté du commandant Sanchez.

— Pourquoi les provoquez-vous? répondit assez brusquement le marin. Nous ne sommes pas seuls ici, et la colère de ces brutes peut retomber sur des enfants et sur des femmes.

Le Frère Marins croisa les bras avec ébahissement.

— Parbleu I dit-il, vous avez bien qualité pour m'adresser un tel reproche. Qu'avez-vous fait, vous-même, tout ù l'heure, quand on vous a soumis à la question ? Vous avez sonné le clairon en Thonneur du roi d'Espagne. Moi, je tiens à mon vœu de chasteté comme vous à votre pavillon. J'y suis d'autant plus attaché que le goût m'en est venu sur le tard.

Le respect que ces populations montagnardes professent pour leur Loi écrite protégeait les naufragés jusqu'à la fin du procès. Le cadi attendit que la rumeur provoquée par ces paroles maladroites eut fini de s'éteindre. Alors il reprit avec solennité l'interrogatoire des prisonniers. Tous, jusqu'au dernier matelot, passèrent devant ce tribunal de plein air. Chacun, suivant son tempérament de résignation ou de colère, répondit aux questions minutieuses que ce greffier d'une assemblée de pirates posait, sans se lasser, avec un respect des formes qui avait l'air d'une ironie.

Quand le scribe qui recueillait les questions et les réponses eut fermé son registre, le cadi prononça :

— Avant de congédier cette assemblée, je dois, conformément à Tusage, vous interroger tous. S'il en est un d'entre vous à qui la loi donne le droit d'exercer vis-à-vis de ces nazaréens une reprise de vengeance, qu'il soumette son grief à notre réunion. Quand elle sera dissoute, il alléguerait en vain que son injure est demeurée sans rachat. Ainsi l'ordonnent les kanoun que nous a légués la sagesse de nos pères.

Une voix s'éleva dans le silence profond :

— Je réclame mon droit.

Toutes les têtes se retournèrent. Un homme qu'une cicatrice récente balafrait de l'oreille au menton se tenait devant l'assemblée dans l'attitude d'un suppliant.

— Je suis, dit-il, le fossoyeur du village et le gardien de vos morts. Depuis des années, jour et nuit, j'ai veillé pour empêcher que le chacal trouvât la route de nos tombeaux. Ma femme m'aidait à veiller sur eux. Cependant, vous le voyez, je viens seul avec des vêtements

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déchirés implorer votre justice ; ma tête, en signe de deuil, est ceinte d'une corde d'alfa, le rasoir n'approche plus mes joues, où le sang finit seulement de sécher.

Un murmure de sympathie accueillit cette lamentation. Encouragé par la bienveillance publique, l'homme s'anima pour lancer son accusation.

— Je pleure, dit-il, la compagne qui était la joie de ma maison, non pas comme une morte dont on a recueilli les dernières paroles, mais comme une réprouvée qui, du fond de l'enfer, réclame la fin de ses tourments. En effet, les soldats de Margallo l'ont enlevée, tandis qu'elle allait chercher de l'eau au puits du cimetière. Ils n'ont eu pitié ni de ses cris ni de nos morts. Quand je suis accouru à son secours, ils m'ont frappé. Vous voyez la trace du coup ! Ils m'ont laissé sur la terre. Ils s'imaginaient que j'étais mort, que ma voix ne pourrait plus les accuser et les maudire.

Un tumulte de cris secoua l'assemblée. Les poings se tendaient vers les prisonniers, comme s'ils eussent été les ravisseurs de la femme

enlevée, et les plus courageux frémirent dans la pensée qu'un massacre immédiat allait laver cette injure.

Mais il parut que la lureur s'apaisait aussi soudainement qu'elle avait été soulevée. On ne voulait pas déshonorer la délibération par un mouvement de violence. C'était la Loi et non les passions qui maintenant allait décider en dernier ressort.

Le cadi demanda :

— Qu'attends-tu de nous?

Le fossoyeur répondit :

— Que vous vengiez avec la mienne l'injure qui a été faite au village. Après cela, je pourrai secouer la boue qui me souille, purifier mes mains, retourner à la mosquée, prier avec vous.

M. Achard tourna ses regards vers le Père Blanc avec une détresse infinie. Son angoisse paternelle se substituait au désir de ce malheureux. Elle faisait un choix. Elle arrêtait sur la virginale beauté de Marie-Christine sa sauvage rancune.

Ce que le Père Blanc connaissait des usages berbères l'empùchait de s'arrêter à cette sup-

position. 11 ne croyait pas qu'un mari outragé par un rapt demanderait publiquement qu'on lui livrât une jeune fille chrétienne. La loi religieuse lui défendait d'approcher dans le mariage une fdle des nazaréens. En revanche, il craignait fort pour la vie de cette enfant, que sa beauté et sa jeunesse désignaient à la haine de tous.

Il ne devait pas demeurer longtemps dans cette inquiétude. Le cadi, sentant que la patience échappait à ses administrés, précipitait l'interrogatoire.

— Ta requête, dit-il, est juste. Nos lois t'autorisent à exiger la vengeance. Quelle satisfaction réclames-tu ?

L'homme répondit comme un écho :

— La vie d'un homme pour l'honneur d'une femme.

Tous acquiescèrent et le cadi prononça gravement :

— Tu ne sors pas de ton droit. Choisis ta victime.

L'homme dit :

— Je frapperai à la tète ceux qui m'ont frappé au cœur.

Et se tournant vers les prisonniers :

— Quel est, deinanda-t-il, celui d'entre vous qui commande aux autres?

Trois voix mâles répondirent en même temps :

— Moi!

M. Achard s'était tu par amour pour sa fille et le Frère Marins par humilité.

Le cadi regarda le lieutenant Renaud en haussant les épaules.

— A qui, feras-tu croire, dit-il, que ces gens d'âge ont pris pour chef un jeune homme comme toi?

Et se tournant vers le Père Blanc, qui discutait avec le commandant Sanchez :

— Mettez-vous d'accord, dit-il, car la justice de l'assemblée n'a pas le temps de différer. Elle punit de la même peine le coupable désigné par le kanoun et le menteur qui a voulu le couvrir par un faux témoignage. Voyons, toi, qui portes des vêtements presque pareils aux nôtres, laisse la feinte, et puisque tu prétends servir comme nous-mêmes le Dieu Unique, explique-toi le premier...

— Tu viens, répondit le Pèi'e Blanc d'une

voix forte, d'énoncer toi-même la raison pour laquelle je prétends au titre de chef de ces naufragés. Ce n'est pas vous autres, Croyants, qui refuserez de m'accorder ce privilège. Audessus de tous les autres, vous placez ceux que leurs engagements secrets rapprochent de Dieu. Celui que je sers déteste la vengeance. Il a dit qu'elle entretenait sur la terre la haine entre les hommes. Il a interdit de frapper des innocents à la place des coupables. Mais lui-même il s'est livré à des aveugles — comme vous — pour racheter ceux qu'il aimait. Ainsi il a dicté son devoir aux plus indignes de ses serviteurs. Si votre colère refuse de se laisser fléchir, c'est sur ma tête qu'elle doit tomber. Je réclame un droit.

Il avait parlé impérieusement, et il demeurait debout devant son juge, le bras tendu, les narines frémissantes.

— La Loi, dit le cadi, exige que nous entendions l'aulre partie.

Et d'un mouvement de tète il ordonna aux Riffains qui gardaient Sanchez d'amener leur prisonnier.

Le Père Blanc n'avait pas quitté la place, si

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bien que le prêtre et le marin se trouvèrelll a côté l'un de l'autre en face du juge.

Sanchez avait sur les joues le feu de lii colère. Sans s'adresser au cadi, il interpella le missionnaire d'une voix qui grondait :

— Il y a ({uelques heures, tlidil Pèl-ë, quand la Aeiîia-Me)'cedes vint s'oilvrir sur 1(3 banc, que s'est-il passé entre nous?... Je voulais descendre dans la mer avec mon navire... Mon honneur de marin m'ordonnait de ne pas survivre au naufrage... J'étais résolu... Mais vous, alors, vous m'avez sommé, au nom du devoi^! Votis m'avez dit que je n'avais pas lé droit de satisfaire mon désespoir, que j'avais charge d'âmes ! Vous m'avez adjuré, au nom de Dieu... J'ai cédé, mon Père! Je suis monté avec vous sur les barques, j'ai entendu mon navire qui coulait derrière moi. Mais mainteUaiit, c'est fini, je suppose! Je n'ai pluâ de canot de sauvetage à commander? Le sacrifice que j'ai accepté me donne le droit de vous sommer à mon tour. Mais regardez donc, je vous en prie, tous ces pauvres gerls!... Ces petits enfants, ces femmes, ce père, fous de douleur, et dites-moi Utt peu ce que tous aVez à fàlri^?...

A fuir dans la mort, comme le premier venu, ou à rester au milieu de ces chrétiens, pour les soutenir dans les épreuves qui les attendent encore, pour les assister à la dernière niinute de leur vie, si, pour eux aussi, le supplice doit venir? Pour vous obéir, j'ai renoncé à aller dormir au fond de la mer. Voyez, vous aussi, le devoir. Vous avez bien le temps de monter au ciel I

Il n'attendit pas la réponse, que sa décision aurait dédaignée, et s'adressant au cadi :

— Tu as devant toi, dit-il, le commandant de la Beina-Mercedes, un Espagnol, fils d'Espagnol, c'est-à-dire un ennemi héréditaire de ta race. Je revendique la responsabilité de toutes les fautes des miens, comme je m'associe à toutes leurs espérances.

Il n'acheva pas ; l'assemblée entière venait de se dresser. Déjà elle avait écarté le Père Blanc et elle s'emparait de Sanchez pour l'écharper sur la place. Le cadi réussit à se faire entendre encore une fois.

— Voulez-vous, cria- 1- il, vous déshonorer à votre tour? C'est à celui-là seul qui a subi l'outrage de choisir la victime. Avance, toi,

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fossoyeur, et regarde ces deux hommes. Tu as entendu leurs paroles? Lequel des deux réclames-tu ?

L'homme répondit en montrant Sanchcz :

— Celui qui a des galons sur sa manche...

Ils étaient seize hommes, naufragés de la Meina- Mercedes, sans armes, noyés dans une foule hurlante, et qui, déjà, se grisait à l'odeur du sang. La résistance ne pouvait aboutir qu'à changer en massacre cet affreux assassinat. Pourtant l'horreur fut, chez les prisonniers, plus forte que la raison. Tous à la fois, ils firent un effort pour se dégager de leurs geôliers, et pour se rallier autour de ce chef qui, avec tant de simplicité, faisait choix de la mort. Mais des yeux vigilants épiaient leurs mouvements. Vingt étreintes robustes étaient prêtes à s'abattre pour paralyser toute rébellion. Ils

retombèrent, écrasés sous le nombre, avant d'avoir pu esquisser une tentative aussi vaine que généreuse. Cette notion de leur impuissance jeta les plus violents d'entre eux dans une stupeur où leur raison naufrageait; à tous elle imposa un silence farouche.

Seul le timonier de la Reina- Mercedes eut la force d'articuler des mots. Il cria dans le tumulte :

— Commandant 1 vos matelots veulent mourir avec vous...

Sanchez, considérait cette tempête de haines et de désespoirs avec ce même calme qu'il avait eu autrefois sur le pont de son navire, en face de la mer.

— J'entends ta voix, dit-il, mon bon Tirado. Je sais que tous vous auriez donné votre vie pour votre commandant. Il fait de même.

Des sanglots répondirent. Les gémissements des hommes se mêlaient à la plainte plus haute, plus aiguë, des femmes et des enfants. La fillette de iriadame Epriquez avajt caché son visage d?ins la robe de sa mère. Seule, plus pâle qu'une morte, immobile et comme hypnotisée, Marie-Christine ne pleurait pas.

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Elle considérait avec des yeux agrandis et fixes le groupe que le Père Blanc, le lieutenant Renaud et Sanchez formaient en avant de l'assemblée. Elle eut un léger cri en voyant que des Riffains saisissaient violemment le missionnaire et le jeune officier pour les rejeter dans la foule.

Les kanoun avaient permis au mari outragé de désigner la victime dont il réclamait la vie ; ils lui concédaient encore le choix du supplice.

Le cadi l'interrogea :

— Comment veux-tu que ton honneur soit racheté ?

Le fossoyeur n'avait que l'embarras du choix : il pouvait demander la décapitation par l'exécuteur du village, — frapper soi-même d'un poignard, — ou associer toute l'assemblée à sa vengeance.

C'était vers ce dernier rite de mort que se tournait en secret l'espoir des assistants. Aussi, bien que la loi interdît d'influencer celui qui réclame le prix du sang, des exclamations jaillirent hors des gorges enfiévrées :

— Les pierres ! . . . Demande les pierres !

L'homme prononça :

— Je désire que ce roiimi dont vous m'accordez la vie soit écrasé dans la boue sous les cailloux de tous... Le village entier a été offensé dans ses morts... Que le village entier ait part à la « dia* » !

Ce fut, vers la victime désignée, comme l'élan d'une meute qu'on Idche. Le cri affreux: « Lapidation I » s'échappa de toutes les bouches. Il monta en l'air, éclata au-dessus des têtes, franchit les cordons d'hommes armés qui gardaient les issues de la place. Il se répandit dans les ruelles du village, semant la joie, éveillant d'autres cris, des éclats de rire des femmes, des pleurs des j^etits enfants brusquement abandonnés par les mères, par les vieilles elles-mêmes. Tous et toutes couraient maintenant vers la place ; ils débordaient les cordons des sentinelles, ils envahissaient l'assemblée. La vengeance succédait à la loi ; elle régnait seule sur ces Ames fermées à la pitié et à l'estime de l'ennemi.

Dans cette houle, la protestation des prison-

1. La loi de la vengeance. Les Berbères la pratiquent ù peu près comme les Corses en usent avec la vetidelia.

niers était emportée. Le cadi n'était plus maître de diriger une furie qui se ruait vers le meurtre avec la violence d'un élément.

Il tenta pourtant de faire entendre une fois encore le langage de la loi.

— Enfants du Prophète I cria-t-il, quel démon vous tient? Voulez-vous vous exposer à votre tour à des vengeances que votre Dieu permettra, si vous transgressez les lois que vos pères ont reçues du ciel et que vos saints vous ont transmises ?

Le lien de la discipline religieuse et le respect des traditions sont si forts chez les peuples berbères que l'élan de la foule vint se briser encore une fois contre cette résistance imprévue. Les mains qui déjà brandissaient des pierres retombèrent dans les plis des burnous.

Dans le silence, reconquis pour une dernière trêve, le Père Blanc éleva la voix :

— Mes frères, mes sœurs, dit-il, recommandons à Dieu cette âme courageuse qui va retourner à lui... Marie-Christine, récitez la prière des agonisants.

Sanchez avait baissé les yeux. S'il pâlit à cette minute, le hâle dont son visage était cou-

vert empêcha ses bourreaux de triompher d'un saisissement qui n'était que de l'émotion chrétienne. Soudain il se signa et, répondant au murmure des prières, il demanda d'une voix distincte :

— Mon Père, bénissez-moi.

Peut-être le cadi eût-il laissé s'acl^ever cette confession, mais les bourreaux ne voulaient pas attendre, et ils étaient les plus forts. La décision d'un seul bandit mit fin à ces retards. Il s'était glissé derrière Sanchez. D'un coup de crosse, frappé dans les reins, il fit tomber le prisonnier sur les genoui^. Sanchez n'avait pas poussé un cri. Il voulut se relever, ramasser sa casquette, qui avait roulé à terre. Il n'en eut pas le temps : d'un jet lourd, cent pierres volèrent à la fois* Le Père Blanc n'avait pas achevé de tracer dans l'air la croix de son absolution, que celui qui avait été Sanchez était effacé, sans forme ef sans conscience, parmi le«5 clioses morto«;.

Les hurlements dont la place avait retenti entre la réclamation du fossoyeur et l'exécution de l'Espagnol étaient parvenus jusqu'aux oreilles de Mahimon. Quand les naufragés, qui avaient détourné la tète pour ne pas voir le supplice, ramenèrent leurs regards épouvantés vers ce péristyle de la mosquée où tout à l'heure Sarichéz était encore debout, ils aperçurent lé marabout de Mazuzà qui s'avançait soiis les arcades. Leurs cœurs étaient si épuisés d'horreur qu'il ne leur semblait pas que le retour de leur ennemi pût ajouter quelque surcroît à tant de souffrances.

Ils se trompaient pourtant, et le sourire qui

errait sur les lèvres de Mahimon ne fjouvait que présager une décision funeste. Du moins ne lardèrent-ils pas plus longtemps à connaître la sentence qui les frappait.

— L'assemblée du village, demanda Mahimon, a-t-elle épuisé sa justice?

Le cadi répondit en inclinant la tète :

— Le village a racheté son honneur.

— C'est bien, dit le marabout.

Puis, enflant sa voix, il prononça:

— En ce qui concerne les autres prisonniers infidèles, voici la résolution que m'ont dictée les saints, auprès de leurs tombeaux: Qu'ils soient eux-mêmes les maîtres de leur destin I Préparez pour eux des chapelets et des burnous. Que ceux d'entre eux qui veulent abjurer leur erreur maudite, demander à Mahomet, notre Prophète bien-aimé, de leur ouvrir les portes de l'Islam, aient leurs vies sauves! Pour ceux qui. Enfants du Péché, s'obstineraient dans leur idolâtrie, préparez un charnier pour y faire pourrir sans sépulture leurs corps suppliciés. Je parle au nom du Dieu Clément et Miséricordieux... Qu'il nous bénisse tous... Amin.

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