‹ Prix de Revient du Lait dans le Sud-Est de la Haute-MarneChapitre 20 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

D’après les résultats obtenus plus haut, on constate que dans la plupart des cas le prix de revient du lait est supérieur à 0,75 et peut aller jusqu'à 1 fr. 20; or, généralement, le lait est acheté par la laiterie à un prix variant de 0 fr. 65 à O fr. 85; on se rend donc compte que le plus souvent le producteur vend son lait moins cher qu'il lui coûte. Si lon ajoute qu'il ne ménage pas sa peine et que les frais de main-d'œuvre que son travail évite n’entrent pas en ligne de compte, on voit que le prix de revient du lait devrait même être théoriquement plus élevé. Cet état de choses n’encourage guère l’éleveur à poursuivre ses efforts dans la Voie de la production laitière. Quels remèdes envisager pour essayer d'assurer au producteur un bénéfice suffisant, en rapport avec ses dépenses el son travail?

M. Maynard, professeur d'agriculture de la région Sens- Joigny, termine ainsi un de ses articles : « Paris paye le beefsteack au double de sa valeur, mais le lait à la moitié de la sienne ». Sans envisager une solution aussi radicale que celle que suggère M. Maynard, il serait néanmoins utile d'élever le prix du lait en tenant compte du prix de revient, pour permettre à l’éleveur d’avoir un bénéfice normal et indispensable à la bonne exploitation de sa vacherie. Stimulé par l’appât du gain, si puissant à la campagne, il serait amené à produire davantage de lait en augmentant son troupeau et, par répercussion immédiate, les villes et les diverses industries laitières trouveraient désormais sans peine en quantités suffisantes le lait qui leur est nécessaire.

Ainsi en premier lieu il faudrait majorer le prix de vente du lait, donc demander un effort au consommateur. Mais

er Poe

le producteur doit aussi s’aider lui-même et l’on peut envisager une autre solution qui dispenserait d'élever d’une façon trop sensible ce prix de vente tout en procurant au propriétaire des revenus plus rémunérateurs; il s'agirait d’augmenter le rendement en lait et la chose apparaît possible par une alimentation mieux comprise, une hygiène plus rigoureuse, par la pratique de la traite diagonale et par la sélection.

En ce qui concerne l'alimentation, les rations de fourrage sont amplement suffisantes. Il serait même certainement plus avantageux de les diminuer, quitte à doubler celles de betteraves. Mais dans le Sud-Est de la Haute-Marne, la culture des betteraves n’est pas très florissante; il faudrait donc rendre à leur destination primitive de champs une grande partie des prairies artificielles, en ne choisissant naturellement que les sols les plus fertiles et les plus faciles à travailler. Pour obtenir le même résultat, le propriétaire pourrait aussi vendre une partie de son foin pour acheter des betteraves. Or remplacer le foin par des betteraves ne constitue pas une augmentation de dépenses et le rendement s’en trouverait un peu amélioré.

Le mieux serait encore de donner dans la nourriture des vaches une plus large place aux aliments concentrés en remplaçant du foin par des tourteaux qui ont une action efficace sur la sécrétion lactée. Et cette solution serait d'autant plus recommandable qu’elle n’entraînerait aucun frais supplémentaire, la valeur d’un kilog de tourteaux correspondant à celle de cinq kilogs de foin.

La ration idéale, permettant le rendement maximum, en tenant compte des exigences inhérentes à la région, serait donc la suivante :

Fourrage ke. valeur 2 fr. 16 Betteraves 25 — — 2 35 Tourteaux 1 — — 1 20

Ce qui représente une dépense journalière de 6 fr. 11 qui se tient dans les limites indiquées plus haut des frais constatés dans diverses étables.

Page 1