‹ Prix de Revient du Lait dans le Sud-Est de la Haute-MarneChapitre 9 sur 21 · MODE D'EXPLOITATION DE LA VACHE LAITIERE · texte numérisé non relu

MODE D'EXPLOITATION DE LA VACHE LAITIERE

Autrefois le paysan, en général assez pauvre, nourrissait une ou deux vaches laitières qui suffisaient amplement à sa propre consommation. Il fabriquait lui-même son beurre dont il allait vendre une partie au marché le plus proche et il se ménageail pour l'hiver de grandes provisions de fromages. La traite se faisait sans grande précaution, dans des étables mal entretenues, mal éclairées et mal aérées. Ajoutons à cela que la reproduction se faisait sans aucune idée de sélection. Il est donc à peine besoin de dire que les résultats n'étaient guère encourageants.

Aujourd'hui le paysan est généralement beaucoup plus averti qu’autrefois sur la question de lélevage, mais ses connaissances restent théoriques et, dominé par la routine, ïl ne les transporte pas dans la pratique.

Même maintenant l'hygiène est tout à fait rudimentaire. Les étables sont basses et étroites et les animaux y sont trop serrés; l'atmosphère s'y maintient chaude et irrespirable, l’aération et la ventilation étant quasi inexistantes. À une porte, dont la largeur ne dépasse guère un mètre, correspond à l’autre extrémité une petite fenêtre de 0 m. 50 au carré qui ne s'ouvre généralement pas. Des étables ainsi comprises manquent donc à la fois d'air et de lumière et l'impression de demi-obscurité est d'autant plus pénible que les murs ne sont jamais blanchis.

Les animaux eux-mêmes sont malpropres. Assez souvent au niveau des cuisses et du périnée, parfois même jusqu'aux jarrets, on observe de véritables cuirasses de bouses desséchées. La vache n'est pour ainsi dire jamais pansée, et le paysan qui panse même grossièrement son cheval, parce qu’il en devient plus beau, n'a pas l’idée d'accorder à sa vache les mêmes soins de propreté; il les juge superflus pour un animal qu’il considère comme peu élégant. Il ignore que la sécrétion lactée est

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fonction de la propreté et de l'hygiène, comme de la nourriture. Ajoutons que sa rudesse naturelle ne le rend pas sensible aux souillures qu’une telle malpropreté peut communiquer au lait.

Nous avons donc des animaux malpropres et des étables dont l'hygiène laisse fort à désirer. Il en découle que les bêtes s’infectent facilement et que souvent leur état de santé n’est guère favorable à une sécrétion lactée abondante. En effet on rencontre dans la pathologie des bêtes bovines de la région, deux maladies contagieuses dont l’une, l'avortement épizootique, entraîne une diminution considérable de la sécrétion lactée, dont l’autre, la vaginite granuleuse, est une des raisons fréquentes de la non-fécondation.

Le manque lotal d'hygiène se rencontre dans les trois quarts environ des étables. Il est néanmoins certains propriétaires qui, en cherchant à évoluer dans le bon sens, ont amélioré notablement cet état de choses. Les étables sont alors claires et spacieuses; chaque tête de bétail possède un cube d'air amplement suffisant. Une large allée centrale sépare les deux rangées d'animaux, l'écoulement des urines se fait rapidement dans des rigoles appropriées. Certaines étables privilégiées ont même l’eau courante, malgré les difficultés que l’on rencontre pour capter une source et les sacrifices que cette amélioration exige.

De plus ces propriétaires, soucieux du progrès, possèdent des animaux en général bien conformés dont un certain nombre est inscrit au Herd-Book. Aussi les résultats ne se sont guère fait attendre. Le lait est devenu rapidement à la fois meilleur et plus abondant. Ces éleveurs d'avant-garde se trouvent encouragés dans leurs efforts par les récompenses pécuniaires et honorifiques qu'ils obtiennent dans les concours agricoles. Ajoutons, ce qui n'est pas non plus à négliger, que la vente des veaux, issus d'animaux cotés, est beaucoup plus rémunératrice.

Il est regrettable que leur exemple ne soit pas suivi par la masse des propriétaires dont l'esprit mesquin ne veut pas admettre le moindre sacrifice, s'il n’est pas assuré d’un avantage immédiat.

Nous avons dit plus haut que l’élevage des bêtes bovines avait

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pris de l'extension; or, si on examine les statistiques, on se rend compte que le nombre de têtes de bétail n’a pas augmenté depuis une trentaine d'années. Ces deux faits semblent se contredire, mais s'expliquent facilement par la double raison que, d’une part, le nombre des propriétaires a diminué dans de très fortes proportions, mais que d'autre part chacun possède maintenant plus de bêtes qu'on n’en avait généralement autrefois.

En raison de la longue durée et de la rigueur des hivers, la stabulation se prolonge pendant plus de la moitié de l'année. Le séjour au pré est donc réduit au minimum. Or c’est pendant cetle période que le rendement est le meilleur et les frais d'entretien les moins élevés. Et même, pour éviter des accidents regrettables intéressant l'appareil digestif, on doit ménager une transition entre les deux régimes, d'autant plus que dans la région la température est sujette à des refroidissements subits. Le tableau suivant nous montrera quelles sont les limites moyennes des diverses périodes.

Stabulation 15 octobre 1° mai Vert 1° juin 1° octobre Transition 1° mai-1°° juin 1er oct.-15 octobre.

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