THERE
« Angels », seul coin luisant dans ce Londres du soir Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule,
C’est drôle que, semblable à tel très dur espoir,
Ton souvenir m’obsède et puissamment enroule Autour de mon esprit un regret rouge et noir.
Devantures, chansons, omnibus et les danses Dans le demi brouillard où flue un goût de rhum,
Décence, toutefois, le souci des cadences,
Et même dans l’ivresse un certain décorum.
Jusqu’à l’heure où la brume et la nuit se font denses.
« Angels » ! jours déjà loin, soleils morts, flots taris ;
Mes vieux péchés longtemps ont rodé par tes voies,
Tout soudain rougissant, misère ! et tout surpris De se plaire vraiment à tes honnêtes joies,
Eux pour tout le contraire arrivés de Paris 1
Souvent l’incompressible enfance ainsi se joue,
Fût-ce dans ce rapport infinitésimal,
Du monstre intérieur qui vous crispe la joue Au froid ricanement de la haine et du mal,
Où gonfle notre lèvre amère en lourde moue.
L’enfance baptismale émerge du pécheur Inattendue, alerte, et nargue ce farouche D’un sourire non sans franchise ou sans fraîcheur,
Qui vient, quoi qu’il en ait, se poser sur sa bouche,
A lui par un prodige exquisement vengeur.
C’est la Grâce qui passe, aimable, et nous fait signe.
O la simplicité primitive, elle encor !
Cher recommencement bien humble ! Fuite insigne De l’heure vers l’azur mûrisseur de fruits d’or 1 « Angels »! ô mon revu, calme et frais comme un cygne !
Lecteur, ne dis pas trop vite : je ne comprends rien. Relis, réfléchis, pèse et soupèse cette brouil-
lardeuse production. Crois-moi, à la longue, tu y découvriras certaines choses se dégageant petit à petit du protoplasme général et non sans charme finalement. C’est comme la lune. On n’y voit que taches vagues et floconneuses, et pourtant il y a non pas des milliers, mais des millions de personnes qui, interrogées sur son aspect, s’accordent à répondre que le disque de cet astre contient une figure humaine avec les deux yeux, le nez et la bouche. De même que nos incohérents et leurs admirateurs, ces personnes sont promptes à se fâcher si l’on conteste leur assertion; beaucoup vont jusqu adiré que, pour en douter, il faut être privé de sens et de jugement. Et pourtant, ajoute avec calme Houzeau l’astronome, cette observation est fausse : tous ceux qui essaient de dessiner l’aspect de la lune le savent.
Autre exemple, celui-ci de Mallarmé, que l’irrévérencieux et anonyme auteur des Déliquescences transforme en Arsenal.