CHAPITRE VI
§ !•*. — Théorie de l'essence.
Toute connaissance porte sur des faits ou sur des principeis. Les faits, ce sont les existences et les qualités phénoménales ; les principes, ce sont les causes de ces existences et de ces qualités. Or tout principe se ramène à l'essence. Qu'est-ce qui échaufSe^? c'est la chaleur; et qu'est-ce qui fait que la chaleur échauffe? c'est qu'il est dans sa nature d'échauffei*. Qu*est-ce qui produit la lumière? c'est la vibration de l'éther ; et pourquoi l'éther vibre-t-il? c'est qu'il est de son essence de vibrer. Ainsi , en connaisse t l'essence de l'éther, on connaîtra la cause de sa vibration , et par là , la cause de la lumière. Il en est de uiéme de la chaleur et de toutes les autres choses.
On a distingué la substance el l'essence. La "substance serait le substrofum^ Àe sojet^des^qualités et des accidents^ l'essence seçaTt la fo^e idéale et intelligible '<fe h substance. D^près cela, il y aurait •^la substanQe' (Je rKommç, d» la plante, de fant-
118 PaOBLÈS^
mal^ etc. 9 etc. » et puis la forme qui les distingue et qui fait leur essence. Mais en ce cas, il restera toujours à savoir ce que c'est que la substance, c'està-dire quelle est sa nature ou son essence. Y a-t-il une seule substance, ou y en a-t-il plusieurs? S'il y en a plusieurs, qu'est-ce qui les distingue? Ce ne peut être que leur esst;nce. Et s'il y en a une seule , qu'est-ce qui fait son unité? C'est encore l'unité de son essence. Ainsi la question de l'essence domine Ia,^question de la substance.
Que si Ton considère la substance comme le >prlncipe le plus élevé, et partant comme le principe de l'essence elle-même^ la question, tout en changeant de forme, demeurera , au fond , la même. Car il faudra toujours rechercher ce que c'est qu^e la substance; et la question relative à l'essence se trouverait^ en ce cas, implicitement résolue dans celleci. Mais rechercher ce que c'est que la substance, qjest, comme nous l'avons remarqué, rechercher quelle est don essence. Ainsi nous avions raison de dire que toute question relative aux principes se ramène à celle de l'essence.
Nous 'poserons donc la question ainsi. Pouvonsnous connaître l'essence des choses?
On a eu recours, pour répondre à cette question , à différentes théories. Nous n'en examinerons ici que deux , savoir : la théorie des idées et la théorie de Tacte, parce qu'elles sont ies plus importantes et qu'elles ont le plus. marqué dans l'histoire de la philosophie; la théqwe^de l'acte 'appartient , comme
i on sait^àAristote. Quanià'la théorie des idées,J)îen qu'elle appartienne à Platon , ce sera sous un point de Tue plus général que nous Texaminerons ici. Car elle a été i^eprodnite, de nos jours, sous une foi^me plus rigoureuse et plus absolue. Quant à Platon , il semble qu'il n'ait pas considéré l'idée comme le dernier principe des choses. Car au-dessus des idées il place l'être, Ja cause des idées, ou le bien *. Platon était amené par une nécessité logique a admettre un principe supérieur aux idées ; car il sentait bi^fi que. l'idée est un élément purement intelligible et qui ne peut constituer l'être même des choses. Mais qu'est-ce que le bien? qu'est-ce que l'âme? quelle est leur nature intime? C'est ce que Platon ne nous dit nulle part; car nous ne pouvons accepter comme une explication scientifique ce qu'il dit >sur le bien dans la République on il le compare au soleil distribuant la vie et l'être aux choses, ni sur l'âme , dans le Timée et ailleurs, où il décrit la manière
* L'on connaît le fameux passage de la République (liv. Yl), où Platon représente le bien comme la source de l'être et de la vérité- Que l'on se rappelle aussi le passage du Timee ^ où il est dit que les idées résident dans Têtre par excellence (evoyerat (at t^éat) tw 6 ifert Zwôv), et le passage du liv. X de la Répub., où il est dit que le ' *Jil^éritable se trouve en Dieu. D'ailleurs, dans le Timée, Dieu est représenté comme supérieur aux idées et^ se servabt.de celles-ci pour ordonner le monde. Quantjt l'âme, il en parle comme d'un principe distinct des idées. Foy, le liv. X de Fa Repub., le Phèdre, le Phédofi et le Timée , où Dieu compos^' l'âme d» la nature du même (l'idée), de Vautre (la matière), et d'jm principe supérieur jqu'on appelle l'essence, obvia.
1 20 i^ PROBLEME
doi^elie a été composée, et la lepr^eiile comme le^ principe du mouvement.
Ainsi nous ne rechercherons pas quel a été le sen^^et la \aleur que Platon a attachés à sa théorie des idées; mais, en nous plaçant à un point de vue plus général , nous poserons la qiiestion ainsi : Les idées peuvent-elles être le prjpcipe et l'essence des choses?
D*abord , comme l'idée n'est qu'un élément purement intelligible, si l'idée est l'essence des choses, toutes choses seront des collections d'idées, les Ofrps ai»$i que les esprits; et comme l'idée est la forme de la pen'sée, tout sera composé de pensées, car il est impossible d'être composé d'éléments int^igibles, et de ne pas penser. Mais admettons (|péies choses soient des collections d'idées. Pour qu'une collection puisse se former, il faut un prin<ii||e qui unisse les éléments dont ^Ue se compose, et qui en même temps s'en distingue, à moins qu'on ne dise, ou que l'idée se pense elle-même , ou que ce principe c'est une idée. Mais il est impossible qu'une idée se pense eUe-même, car, en ce cas, il faudrait qu'elk se dédoublât , qu'elle fût à la fois le sv^t pensant et l'objet pensé^, ce qui ne peut se coucev^h*; et puis , comme c'est la même idée qui pense et qui est peii$ée,\roii lîe. voitpas comment ce qui |pense4S% ce qui est peç^é pourrai^lit se 4jstinguer. Ce pljix?» oipe ne pevitnon plus être une idée; 4car.6i t^'est une idée , il pdferra é^re pensé comme; foule idée , c'e^ à^ire comme objet de la pensée; et «nj^ tas il f^^ii-* r
dra un autre principe tpï\ le pense. Il y aura donc un sujet, siège des idëes, supérieur aux idées et leur communiquant, en quelque sorte, l'intelligibilité et l'être. Ce sera Tâme. Mais pour expliquer l'âme et son essence , ou il faudra sortir de la théorie des ^ idées, ou bien l'âme sera une idée. Nous avons déjà montré que ce ne peut être une idée. Mais pour épuiser la question et Texaminer sous toutes ses faces, supposons que l'âo^e soit une idée. Il y aura donc i|pe âme idéale et universelle, source et principe des âmes Indrvtduelles. Mais en admettant qu'il puisse y avoir une âme idéale autre que les âmes individuelles, nous demanderons, d'une part, si cette âme est une âme personnelle, et d'autre part , comment les âmes individuelles peuvent en être engendrées.
Mats d'abord il est impossible que l'âme idéale soit une âme personnelle. Car toute idée , en tant qu'idée, c'est*k-dire en tant que séparée d'un sujet qui l'individualise et la personnifie, est un élément, une ^ for mç, une existence générale. Mais alors ce sera une âme aveugle et sans conscience. Car , pour que ridée puisse avoir conscience d'elle-même , il ùmt utte âme personnelle, qui par un acte individbel et déterminé de la pensée, fondé sur l'unité et l'individualité de son essence, lui donne une existence eoacrête , actuelle et déterminée. Qu'est- ce que le beau, le bien en soi, s'il n'y a pas une pensée^ui le pense? Qu'est-ce ^ue cette âme^^dée qui ne peut se sii^t elle-mémoepat un acte de la pensée? * ^
L'on est donc amesé , pour concréter en iguel^iie
lââ PROBLÈME
sorte cette idée, pour lui communiquer la conscience et la vie, à cette double alternative, ou de la-t^onsidérer comme la collection des âmes individuelles, ou bien de la faire successivement descendre, et pour ainsi dire , incarner dans ces âmes.
Mais dans ce second cas, tout en laissant de côté la difficulté qu'il y a à concevoir cette individualisation successive de l'âme universelle, comment pçut-on admettre que l'âme idéale , c'est-à di^ la source des âmes individuelles s'ignore elle-même*, et qu'elle acquière la conscience d'elle-même dans ses eifets? On voit aisément toutes les impossibilités •qui en résultent. Dirons-nous que l'âme idéale est une collection? Alors pour lui donner une certaine existence propre, il faudra se la représenter comme distincte de la collection , et comme en en faisant partie tout à la fois ; car autrement elle ne serait qu'une abstraction , dans une collection n'y ayant de réel que les éléments qui la composent. Cette collection sera donc formée des âmes individuelles , plus, de l'âme idéale. Mais si l'âme idéale est dans la collection , ou elle sera une partie de la collection , pu les éléments de la collection seront ses parties. Dans le second cas, il n'y aura plus qu'une seule âme , et les âmes individuelles ne seront que des modes, des manifestations, des évolutions successives de l'âme idéale. Dans le premier cas, il n'y a plus d^âme idéale; car, en tant que partie de la collection, eUe ne diffère pas des autres étéments qui la composent. . • . "
DE LA Cj;ATiT|}DE. 123
Si ridée est impuissante à expliquer les esprits , elle est, à plus forte i:aisoD, impuissante à expliquer les corps. Comment tirer , en effet , de l'idée la matière avec ses qualités^ et surtout avec sa solidité et sa résistance? On pourra en faire sortir une matière abstraite^, une étendue, une quantité mathématique, mais jamais une matière réelle. Que la matière soit pensée a l'aide de Tidée, cela se peut; qu'il y ait entre l'idée et la chose pensée un certain lapport, cela se peut encore. Mais , de même que dans l'esprit qui se pense à Taide de l'idée, il y a l'idée, et audessus de ridée, Tesprit., de même il y a ici l'idée et la chose pensée à l'aide de l'idée. »
Aussi dans ce système est-on forcé 1 ** d'admettre la matière^ à titre d'hypothèse, d'une certaine existence qu'on ne peut définir et qui échappe à la détermination exacte delà science; 2'' ou d'en nier l'existence ; 3** ou enfin de la ramener à une idée. Admettre la matière à titre d'hypothèse, ce n'est pas Texpliquer, et l'on convient alors qu'il y a une existence, une essence autre que l'idée. D'un autre côté, il est absurde de nier l'existence du monde extérieur. Sans invoquer, a cet égard , la conscience , l'expé-^^ nence , la croyance commune , nous demanderons pourquoi , si le monde extérieur n'existe pas , l'idée pure ne se pense-t-elle pas comme telle, au lieu de se penser dans un objet déterminé? Pourquoi , par exemple, l'idée de corps, l'idée d'étendue en soi j au lieuse Èe penseretde se saisir dans sa pure essence, se pense-t-elle dans un* étendue phénoménale? L'on
la.-
i 24 PBOBLÉIIE
TOUS dira que ce De sont là C|ued^s apparences. Soit. Mais enfin l'on est obli^de convenir qu'il y a autre chose que l'idée , et que l'idée ne peut exjiiliquer* L'on nous dira aussi : en prétendant que le blonde extérieur ^'existe pas, nous ne nions pas l'existence phénoménale des corps, mais nous voulons di^^ p^^ ' là que' ce qu'il y a d'essentiel dans les corps, c'est l'idée. Si l'on entend la doctritie idéaliste dans ce sens, dire que le monde extérieur n'existe substantiellement qu'en idée , et ramener l'essence de^ la matière à l'idée , ce ^era une seule et même chc^e. Ainsi la seconde et la tit>isième hypothèse se opnfon-. dent, puisque, dans les deux cas, c'est affirmer i^e l'idée est l'essence et le principe de la matière.
Or cette essence sera Vautre , V indéfini , le grand et le petit y la puissance ou toute autre notion sous laquelle on cherchera à la déterminer et à la saisir. Nous voilà donc conduits à l'unité de la substance el à toutes les impossibilités qui en résultent. Car. une idée diffère logiquement et non substantiellement d'une autre idée. Telles sont, par exemple, l'idée du même et Vidée de Vautre , ou si Ton veut Vâme^idée . et la maiière^idée. Que si l'on dit que c'est précisémekt cette distinction logique qui fait leur diftinc^ tion réelle , puisqu'ici l'on prétend que l'idée est l'eiKsence , il faudra au moins admettre qu'il y «i un principe où elles s'unissent eti^e confondent, piMi^ue le marne s\i^et les pense toutes les deux. Toute distinction ontologique des idées ctispirtaltra donc dans ce principe r'
C'est là la cons éycu ge à laqi|elleest arrivé, de nos jours, Tidéalisme 'd'Hegel. Aux deux éléments , *^Aix deux principes opposés jg[ue l'ancien idéalisme n'avait pu concitfër, Hegel en a ajouté un troisième qui , suivant lui , doit opérer cette eonciliatiou et 4iire disparaître toute opposition. Nous allons exposer et apprécier rapidement la doctrine de ce philosophe^; w
Suivant Hegel, l'être et la connaissance, l'existence et la vérité ne fontcpi'un; elles sont deux formes d'upe même unité, elles parcourent les mêmes degrés, elles naissent, se développent et s'achèvent simultanément.
L'essence des choses c'est la raison, et la raison c'est la pensée pure, la pensée n'ayant d'autre objet qu'elle-même, c'est-à-dire la Notion ou l'Idée. Poser par un procédé d'analyse ce qui est essentiellement contenu dans l'Idée , développer l'Idée sous toutes ses formes, la suivre et, pour ainsi dire, la reirou^ei* dans les différents degrés de l'existence, voilà l'objet de la philosophie.
L^Idée est d'abord idée pure dans son état abstrait et absolu, et elle est séparée de toute existence concrète et de tout objet. Gomme telle elle se développé en une série de teraties dont l'ensemble constitue la
* Nous ne nous proposons pas de présenter ici une exposition complète de ce système qai, bîen quUl donne lieu à de gva^a^s objections, n^en esl pas moins une des plus viMKes et des plus profoudes coaceptions de la philosophie moderne* Nous n'en tracerons que les traits prnicipatifk et dans la mesure que Texige ladtseassion actuelle.
logique. Ce dëvelpppemeixt cJe l'Idée se fait en vertu d'un mouvement propre et intérieur de Tldéé elleméme^ et par lequel la série entière des termes è^ engendrée. Ce qui produit ce mouvement , c'cfst la dialectique inhérente a l'Idée , c'est-à-dire cette nécessité intérieure de l'Idée, qui fait que l'Idée se nie elle-même et passe dans son contraire, et qu'elle annXile ensuite l'opposition dans un troisième terme qui amène l'unité et la conciliation des deux premiers. Faire voir comment s'opère cette évolution de l'Idée , c'est l'œuvre de la démonstration ou de la méthode, laquelle n'est pas ici un procédé formel et subjectif, mais l'être et la vérité même se mani-, festant d'après leurs propres lois '.
Ainsi Vétre pur passe , par exemple , dans le néant, et Yétre et le néant trouvent leur unité dans le des^eniff d'où sort Vexistence, laquelle rencontre son contraire dans V existence déterminée ou finie ^ et sa conciliation avec elle dans V existence infi.nie^ etc. L'Idée se déploie ainsi à travers les formes logiques, se posant, s'opposant et faisant disparaître les oppositions jusqu'à ce qu'elle parvienne à une forme dernière qui est l'idée absolue.
La logique et la méthode ne font qu'un , et la méthode est Iq type sur lequel doivent s'organiser toutes les autres parties de la connaissance et de l'être.
L'idée logique, avons-nous dit, est l'Idée à l'état
* F'oyez nol^e thèse latine.
abstrait. C'est une réalité, une force infinie , mais une réalité et une fofee qui s'ignore elle-même * . Il faut donc qu'elle réalise l'idée de son infinité ; e se donne une conscience ; qu'elle se manifeste, pour ainsi dire, à elle-même, en posant un ci^jet à son activité. De là la Nature et* la science 'de la nature. Ici aussi l'idée parcourt les divers degrés de l'existence, d'après la même loi. Elle, est d'abord idée mécanique, et, comme telle, elle est espace, temps, lien, matière, mouvement, mécanique absolue, etc., etc. ' Elle se nie comme idée physique, et, à ce degré, elle prend les formes des individualités générales (éléments, actions élémentaires, etc.), des individualités particulières (pesanteur spécifique, chaleur, etc.) et des individualités collectives ( composition des corps individuels , action chimique , etc.); enfin la nature mécanique et% nature physique se rencontrent et se confoiadent dans l'organisme, où l'idée, à travers les formes de Torganisme géologique et de l'organisme végétal.
• « La notion n'est pas ici (dans la logique) Pacte d'un entendement qui ait conscience de lui-même ni d'un entendement subjectif, mais c'est la notion en soi et pour soi , qui forme un degré de laJVatuye aussi bien que de l'Esprit. La vie organique est ce degré de la nature d'où se développe la notion , mais la nation encore aveugle et" sans, pensée. La notion pensante, c'est l'Esprit. » Hegel, Logique, 3' partie , De la Notion en gênerai:
* 11 entend par mécanique absolue les forces centripète et centrifuge qui-toutes deux se joignent et se concilient dans la pesauteur.
atteint; dans cette sphère^ son plus haut déTélopfJiement dans rorg^nisme-animaL
Mais entre la Logiqite.et la Nature, îl y a une antinomie qu'il faut faire disparaître. L'Ioee, devenue Nature , se sépare en quelque sorte d*elle*méiiie ; elle se limite dans son existance phénoménale V et eHe tombe de sa pure essence et de son infinité. Cependant, en y regardant de phss près, la notion de la nature renferme en elle-même sa prjppre négation, c'est-à-dire le passage à une notion qui opère, en l'élevant, sa conciliation avec Tidée logique. .Là notion de la nature renferme , eu eifet., un idéal que la Nature elle-même ne peut réaliser. Ce n'est plus un idéal abstrait et logique, mais un idéal concre et réel; ce n'est plus un idéal où, d'un côté, l'Idée s'ignore elle-même, et, d'un autre côté^ l'objet se pose vis-à-vis de l'Idée, comme séparé d'elle et comme la limitant; mais un id^al où l'Idée a acquis la conscience d'elle-même, ipù, après avoir, pour ainsi dire, façonné son objet et s'être retrouvée en lui, elle rentre dans son absolue unité. C'est là ce qu'expose la philosophie de l'Esprit. L'Esprit est, en quek[ue sorte^ le moyen teiyne où s'opère la conciliation et la fusion successive de ridée et de la Nature; son œuvre consiste à faire descendre Uldée dans la Nature , et puis à ramener la Nature à l'Idée papufi acte pur et simple de la pensée.
L'Esprit arrive à cette forme suprême de l'existence par des évolutions successives. 11 est d'abord esprit subjectif et ^enonnel dans la vie de l'individu;
U's'oppose ooiqnie esprit objectif dans la vie sociale ; il efface cette oppo^tion et revient h son unité dans l'esprit absolu. Cette unité. est confusément préparée parJ'art et la religion , et elle s'achève dans la vie philos^hique. Ici l'individu s'élève à fe double puissai^ce de Ja., personnalité et de- Timpersoniialité. De la persoripalité, car c'est l'individu qui pense l'absolu; de l'impersônnalité, car rindivîdu a su s'affranchir des fortnes périssables et finies,, et sajsir le vrai dans ridé.e et dans son existence infinie.
Ainsi ridée, la Nature et l'Esprit, voilà la triade dela'doctrine hégélienne. L'Idée est d'abord idée pure, idée aveugle et sans conscience; elle commence à se saydfv. et à se sentir, en quelque sortie, au choc de la nature , et du monde extérieur. Entre l'Idée et la Nature vient se placer l'Esprit qui les pense, et les concilie dans l'unité de sapensée. Le propre de l'Esprit c'est de devenir et de "devenir éternéHement. Ce devenir n'est pas l'œuvre du hasardvmais il est réglé par l'Idée elle-même. L'Idée ne dévîeptpas, à proprement parier; carpelle est éternelle et infinie; mais c'est avec le devenir de l'Esprit >||u'elle déploie toute la richesse de ses formes,* qu'elle pénètre danis la Nature et qu'elle entre en possession de son- existence absolue.
Tels sont Jes principaux traits de la théorie d'Hé^ gel. Examinons lâ^intenant si le problème rdatil%^ l'essence y est^i^ésolu. •
Le» deux éléments avec lesquels Hegel construit son système , ce sont , comme on vient de le voir ,
J aO PBOBLBME
ridée et le mouvemeni difilectique qui lui est propre. Ainsi, l'Idée à son début est Xéêfe pur trouvaùt sa négation dans le néant put ^ et sa condiliajbion avec lai dans le devenir^
Mais d'abord y est-il bien vr£(i que Vétre pur contienne le néant? {.'être pur ^ dit Hegel, appelle le néant, parce qu'il n'y a en Ibi aiK|un signe, aucun caractère, et qu^ rien ne peut, être pensé ni affirmé de lui. Mais ou l'être est ou il neU pas. S'il n'est pas , l'on pourra tout aussi bien commencer par le néant que par l'être. S'il esft, ce sera l'être , et seulement l'être où l'on ne trouve aucune trace de son contraire. L'idée du néant est ici ajoutée à l'être par une pensée finie, plutôt qu'elle n'est déduite par une analyse pure de l'idée même de l'être.
En outre , le troisième terme, ledevenit n'est pa^ l^itjmement déduit des deux précédents. En effet , si en présence de l'être pur il y a le néant pur, le néant annulera l'être , et il n'y aura point de devenir. De plus, ce que l'on peut dire de Ce quidevient', c'est qu'^ï est ouqu'// n est pas, mais pas {\%xilesi et qu'z7 n'est pas tout à la fois^ car, si ce qui devient est réellement à tel moment de soii deVenit*, l'on ne pourra dire de lui rien autre chose sinon qui/ est, et le néant sera avunt'Qu après lui. Si on se le représenta au contraire comme n'étant pas à chaque fnomeut de spn devenir , tout ce que l'on pourt^ dire de lui, c'est qu'il 72'^^/ /?a^ etnonqu'ij devient. Ensuite , duquel des deux termes le devenir est-il déduit? ce ne peut être que de l'Etre ou du Néant pris
DB lA CBatITUDE. 131
séparéméul^ bu de V]&tj^ et du Nàoit pris côtijôin^ temeot. Mais œ nè{ittui|étrê da Néant, car le Néattt^ n'étàfiit pas» ne peut dereorr. Ce ne peut être iioè plus de l'jptre par cela même r|iiç l'Etre est, et qu'il ne devient pas. Enfin, ce ne peut être de l'Etre et du.Nëant pris. ensemble, câr^ ce qu'ils ne peuTeot
Sèment, ils ne le pourront non plus conjointe-^ • Et d'ailleurs , quf estrce qui les. réunit? Est-ce le deyenir ? mais alors ce-troisième cas ne peu! avoir lieu-, c'esi-à-dire , le devenir ne- pourra être déduit de leur combinaison. Ou bien sont-<-ils réunis avant de devenir? mais alors on ne voit plus quel est le
rôle du devenir.
'Mais admettons que cette déduction puisse avoir lieu; admettons que l'Idée se développe par le même procédé è travers toutes les formes logiques. Il restera ensuite à montrer comment se fait le passage de ridée dans les deux règnes de la Nature et de l'Esprit. Or, ce passage n'est pas expliqué. L'on nous dit que l'Idée se donne un objet pour se connaître et se mànifeister. Lldée s'ignore donc dans la Logique, et pourtant c'est de l'idée logique qu'ilfaut tirer toutes choses , . la Nature et l'Esprit , l'être et la connaissance. D'un autre côté, l'on ne peut admettre que l'Idée s'ignore complètement, qu'elle ne se sache au moins comme Idée, et qu'à mesure qu'elle se développe, elle ne se connaisse comme être, comme devenir, comme bien, comme vérité pure, etc. *. Voilà donc un objet à sa pen-
* Ce sont là des détermiaations de l'idée dans la sphère de k logique.
sée, el c'est là l'objet le- plus élevé, l'objet final de la connaissance, puisque c'est pour revenir à l'état de*pure Idée qu'elle accomplit ses évolutions. L'on nous dira que, pour que Ildée jp connût comme teUe,. il faudrait qu'elle pensât, et que la pensée n'appartient qu'à l'Esprit. Nous répondrons à cela tout à l'heure. Mai;» en accordant provisoire-s tnent ce point, nous demanderons que l'on nous ex- ' plique comment l'idée logique peut devenir nature. Est-ce à l'aide d'une déduction logique par laquelle l'on démontrerait que la notion de la nature est contenue dans la notion d'idée absolue? C'esl là le procédé d'Hegel *. Mais bien qu'il soit difficile de voir comment l'on puisse faire sortir par une déduction pure, et sans que l'expérience tienne s'y joindre, l'idée de la nature de l'idée logique, l'on
* La logique comme science formelle De peat embi^asser ce qui fait l'objet des autres parties de la philosophie , savoir, la science de la nature et de l'esprit. Les sciences concrètes entrent dans une foï'rae plus réelle de Tldée que la logique. ... La logique montre rélévation de l'idée au degré où elle devient la créatrice de la nature , et passe dans la forme d'une existence simple concrète ( unmitlelbarkeit f littéralement, immédiatité) , laquelle forme est de nouveau brisée par l'idée qui devient esprit. Vis-à-vis de ces sciences concrètes, qui ont pour type intérieur (bildren^ sculpteur) la logique, celle-ci n'est qu'une science formelle, mais la science de hiforme^nbsolue qui contient la totalité et l'idée pure de la vérité. (Hegel, Logique, De la Notion en gênerai.) L'Idée est l'objet et la matière de la philosophie , et comme elle en contient toutes les détertqîpations et que sa marche essentielle consiste à revenir sur elle» mêmVa travers toutes ces déterminations, elle prend des formes diverses. L'œuvre de la philosophie consiste à la reconnaître dans ces formes. La nature et l'esprit ne sont que deux modes, deux faces distinctes de son existence. (/&., chap. III, De Vidée absolue, )
ne pourra, de toute manière^ tirer d'un être logique qu'un être également logique; et ainsi l'on n'aura pas une nature réelle mais une nature idéale; Ton n'aura p^s des êtres organisés , des qualités et une matière (!oncrètes> mais des êtres organisés, des qualités et une matière abstraites. Au fond ce sera toujours l'Idée logi(^ue. Seul^ént Y Idée-nature exprimera autre chose que Vldée-logique^ mais en tant ijp^Idéey il n'y aura entre elles aucune différence. Ceci s'applique également à l'Esprit. Car par une sem*^ blable déduction, l'on aura im esprit idéal et non un esprit réel et personnel.
IVOlis à l'égard de l'Esprit, il y a encore d'autres , difficultés. Ou ridée pense à son début, à son état d'idée logiqiie, ou la pensée ne se produit en elle que lorsqu'elle devient Esprit. Si elle pense à son débÂt^tout l'édifice d'Hegel s'écroule. Mais elle ne pense pas suivant lui; nous venons de le voir. C'est donc comme Idée-espnt qu'elle pense et non comme Idée-logique. Mais, en ce cas, ou la faculté de penser, de se penser elle-^-même , ou de penser autre chose, se trouve en elle dès le commencement, ou bien elle * vient s'ajouter à l'Idée lorsqu'elle se transforme en Esprit. Si elle s'y trouve dès le commencement , il est. impossible que l'Idée ne peqse pas, qu'elle ne se pense pas ^ ainsi que nous l'avons déjà remarqué, au moins comime Idée. Ce sera une pensée obscure,' irréfléchie, si l'on veut^ mais il y aura toujours pensée. Si elle s'y ajoute, la pensée sera, en cecas^ autre chose que l'Idée; ce sera un principe que l'Idée
f84 PROBLEME '-^
ne pourra expliquer, et qui aura mie autre origine; et comme ce serait la pensée qui penserait l'Idée et qui lui communiquerait en quelque sorte une iéalité^ en lui donnant la conscience d'eU^-méme^ la pensée serait un principe Mipérieur à l'idée^ efde tioute manière) eelle-ci ne seor^t plue l'essence ides choses^ > Mais l'on nous dira«:^ous seiAblet séparer ie» trois tei^mesy Vidée, la Nature et VEspriif et vous fe& représentez comme s'il y a^ait succession entre eux ^ sQÎt relativement à leuitétre ou à leur action. Mais il faut les saisir dans l'unité de .leur existence. et dans la simultanéité de leur rapport et de leul' action. Tous les trois ^sont inséparables , et c'es^leur •Gtion combinée et simultanée qui fait la plénitude . de l'existence, et la vie du monde*
Mais, s'il en est ainsi, tout est et rien ne devient^ tout est dans un état d'immobilité absolue, ^^ ti'y a plus de mouvement. En effet l'idée^ rkiée logique est une existence immuable , immobile , et consi*^ dérée comme telle elle ifê peut devenir^ Si elle devient, c'est-à*dire si elle se manMeste,- c'eSt par l'action successive de lesprit.qui la pense. Il Êiut donc admettre qu'il y a successivité, qu'il y a une antériorité et une postériorité entre les trois tern^et, entre l'idée logique, et l'Esprit, que l'Idée s'ignore à son 'origine, et qu'elle se sait dans l'Esprit, et qu!ainfii l'Esprit ajoute à l'idée uncaractèrei un état nouveau , une fiiculté nouvelle que l'idée ne possédât pas au commencement , et qu'elle n'a pu , par conséquent, se donner elle-*méme; Et en effet > l'Espo-it
qui pense l'Idée ne peut étire une idée précisément parce qu'il pen^ l'Idée ^ qu'il pense d'ailleurs Vidéelogi^t ou V idée^nature y ou qu'il sepense lui-même coi^mè i(|ée. L'eiprit idéal né pourrait pas plus se penser, ftû penser autre chose , que YidéeÂogiqt^ef ^ Y idée-nature. Il faut un sujet à la pensée comme -à l'idée 9 il faut \in sujet tU) ^t indivisible qui les engendlïl^^ qui les tire paé sou activité propi*e, des 'profondeurs de son essence, et qui iettr commtmique là réalité et k vie*
Du reste , en admettant que l'esprit fût uhe idée. Ton pourrait demander si c^est une idée sim{^ ou domposée, c'est-k^lire résultant de la combinaison dé V idée-Uigiquey etdtYidée^nutune. Dans cesecotid cas, il n'y aurait en réalité que deux idées, -et Y idéeisprit ne serait qu'un 'ilom. Dans le premicpr, il y am^une idée qui ne pourra être déduite des deœc premières. Car l'on ne voit pas commentd'unèdouble idée, d'jan double élément puisse provenir Une idée autres; Que aï l'on nous dit que c'est la même idée se Ithànifestaut sous trois aspects , mais qui n'en demeure pas moins une et indivisible- dans son essence , lions répondrons que nous concevi;ipns cette unité et cette tinpliçité avec iin suje( un et tndiujsible qui manifesterait tour à tour l'idée sous.qes trois formes : mais trois idées, si. elles scftit .trois principes réels, conune on le prétend ici , demeurent trois éléinents distincts et séparés ; ou bien Ton est conduit à l'alternative d'avoir recours à une quatrième idée; et alors la difficulté reste la même; ou
idS PHOBLBMB
de n'dCGOider une réalité qu'à une seule des trois idées, et de ne considérer les deux autres que comme des dénominatrons diverses de cette idée. Ce sera ïidée^spriiy ou Y idée-^natùre ^ ^ou Vid^lùgique. Or, quelle que soit l'idée que Ton choisisse^ il y aura deux parties de l'être et de lii connaissance qui n^ seront que de pures abstractions. . "
Ainsi,* cette unité de l'être et de la connaissance que l'on prétend réaliser dans l'odité de l'idée échappe, et la multiplicité des éléments reparait. Et, en effet , lors même que Ton accorderait que la pensée pût être tii'ée de l'idée , il n'est pas Trai que ce sok là un moyen terme où les contraires, Fêtre et le «néant, ridée et la nature, le bien et le mal, la justice et le crime, etc., viennent se confondre et s'effacer. La pensée les piçnse, il est vrai , tous les deux, mais . précisémentparce qu'elle les pense tous les deiuc, elle les distingue , et si elle les distingue, elle ne les unit point. Les contraires fonttourà tour leur Ofposition dans la pensée, ils peuvent mêmey coexister et, pour ainsi dire, s'y toucher; mais il n'y a pas là identifica* tion. De ce que je puis penser que je suis et que je ne suis pas tout à la fois , il pe suit pas que je .ne sois pas lorsque je suis; ou, ce qui revient au mêine, qu'être et n'être pas soientpour moiùiieseuteet même chose. 'D'ailleurs, lors même que la pensée pourrait effacer l'opposition des contraires, il ne suivrait pas de là nécessairement que l'opposition aurait disparu dans la réalité.
:Mais la pensée ne le peut pas. Nous l'avons fait
yoiraucomi}iencçment;''pour TEtre et le Néant, Nous allons le^d^ontrer^d'jaiie manière plus générale, en
:sigaa|^Dt; un vice qui atteint et ruine, smivant^ious, tout le sptèmexd'Hégel. =
- L'on peut voir, d'après la disposition même des
-termes que, dans ce*système, là vérité et^l'êtire j»^ sont, pas des principes, mais des résultats; quils ne
.sont pas, mais qu'ils deviennent. Ce qui meut la nature et la pensée, ce n'est pas un principe placé
. en d^h.Qrs du monde, possédant la plénitude de l'être et deja vérité, mais le<iïionde,* l'être et la vérité infinis, l'être et la vérité finis, tout est ici emporté dans le mouvement du devenir. Ce qui a lieu dans la-com))in^ison des trois premiers termes se reproduit dans tous les autres et dans l'ensemble du sys*
-tpme. L'Etre et le Néant s'unissent dans le devenir idée pure, comme l'Idée et la Nature opèrent leur fusion dans le devenir do l'Esprit. Le troisième terme.jpst donc supérieur aux deux premiers , puisqu'il les concilie et, pour ainsi dîre^ lés amène à l'acte en les faisant devenir. C'est, par^ conséquent, dans le devenir de l'Esprit que résident l'être et la vérité absolus. Et c'estlà yne conséquence à laquelle l'on est inévitablement conduit dès que l'on veut faire entrer les contraires dans ^'essence de l'être. Car. après l'avoir, pour ainsi dire, 'fait déchoir dans les contraires, il faut le réhabiliter dans un troisième terme qui [annule l'opposition , et qui constitue un état plus élevé et plus parfait. Or ce troisième terme ne peut être que le devenir. Car, la première
]3| , PWKLiMfi
opposition, Topposition cpii^j^ retrome au itmd de toutj^ les autres, étatit^elléile l'Être et du Néant, îl i^^àf pour ti^ conètlief", ttoturer tin terme qui les contienne tous deux, qui i^oit ht ne suit pas à la fo|5 : et o'est là le devenir. Tout va donc dams ce êfsthiuMe riinpel&ction à M peifectio^, de l'igno- * ranèe èfia Vérité, de la possibilité à l'acte, d'un état d'enTeloppement à un état de développiasient y si l'on peut ainsi s'6X{&*imèr. Or, c'est là tirer l'éti^ du néant; et c'^t au fond ce qui a lieu ici. Hegel prétend déduire le devenir éè VÈite et du Néant , mats cette déduction est impossible. En éSèi^ pour que quelle chose devîjpnne, cfue ce soit l'Idée OH autre chose, il faut qu'il y ait un être ^i 4e fasse devenir, et non-seulement un être qui ne devienne pas^ mats un être qui exclue le ûéàul; au- * trement, le néant, coijame noùà Tavons déjà remar- ^ que % annulera l'être, et le devenir ne potirra aVoiç lieu. C'est donc du liéant, ou de l'être anilulé par le néant, qu'est ici tiré le devenir. D'ailleurs, l'^n voit que ce qui fait devenir l'être, c'est là négation. Car, en tant qii'étre, il qe deviendrait pas. S^il eh est ainsi, et que le devenir.soijt l'état final de l'Etre, oe sera le néant qu'il fiiudra plutôt appeler l'Etre, puis(î|ue celui'^ci ^e devient que par lui. Dans les deux cas ce sera le néant qui produira le devenit".
Ceci se reproduit exactement dans l'ensemble du système. L'idée logique est une existence morte et
* Foy. plus haut, p. i3o.
igle^ et 4fbi a bcMiii de «e poder une n^ttdn
dsiil^ la nati|]p€^ poar se savoir et potlbagir« La fiia<^ ture est ^ia-a-'Tts ridée logique ce f|U'^t le uëant visà-vis de l'être ; et l'Esprit est à l'é^rd de Tldée et de la Mature ce qu'est le devenir à l'ëgàrd de Vêi/te et duE.Déant. Mats la difficulté est ici la méfenef car» ici aussi , il faudrf faire jT^fuir l'esprit de Hdée lo^ gique et de la ùature » spit qu'où l'envisagé sous t# rapport de l'être ou (Je 19 conuaissance. Ma^s eom* ment la connaissance peut- elle être déduite de àmx tei*mes qui en sont privés, puisque l'Idée aussf'bien
^que la Nature sont deux existences qui s'ignorent, ' et qui n^acquièi^ent la conscience d'elles-mêmes que dA)s l'Esprit? Que à l'on devait choisir entre VÎÛép etib Nsiturçy ce serait plutôt la Nature qu'il faudrait « • considérer comme le principe de l'Esprit. Comment ' en eflet l'Idée, qui, par elle*même, ne peut devenir,.
^mais qui a besoin ,à cet effet d'une uégation, com* ment pourrait-elle engendrer ce principe supérieur, qui, en devenant, la concilie avec sa négation ? Ce sera plutôt cette négation qui, pour ainsi dire, en sollicitant l'Idée, lui communiquera un certain mouvement, une certaine énergie qui sefa le principe du devenir et de l'Esprit. C'est qu'en effet il y* a plus d'affinité entre le néant et le devenir, qu'entre 1^ devenir et l'être; car si tout devient dans l'Esprjt,
.. ridée comme la Nature, rien n'a été, dauf l'acception rigoureuse du mo$; rien n'est, rien ne sera. Rien n'a été, car tout est devenu; rien n'est , Gar*to,ut devient encore ; rien ne sera , car tout deviendra
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éternellement. Tout se réduira danc S»une existence indéterminée tans commencement et^ns fin, flot-^-
tant entre l'être et le néant, maisoù l'être s'efface et s'abime dans le devenir et le néant. L'on nous dit
qije tou»^ Djô devient pas , que l'Idée est imm^^S^^le et éternelle, et que ce qui devient c'e§t fEsp^i Maïs i^est impossible que. l'Idée ne devienne pas; car, 'puisqu'elle s'ignore, en tant qu'idée logique, et qu'elle ne se sait que dans l'Esprit, et par le devenir y de F'Êsprit , il faut nécessairement qu'elle devienne, au moins en ce qui concerne la connaissance. Or comme , pour Hegel - l'être et la connaissance ne«^ font qu'un , qu'ils commencent et s'achèvent simultanément, la connaissance de l'Idée ajout^/aussf^^-à son être. Que si, pour échapper à cette difficulté, 1 on nous dit que l'Esprit non plus ne devient pas, que *" ce qui devient c'est l'esprit phénoménal et individuel , mais non l'esprit idéal ; nous répondrons quecette explication né peut être mise d'accord avec leiïsemble du système, et que ce n'est pas I^ non plus la pensée il'Hégel. En effet, ou la conciliation de l'Idée et de la Nature est accomplie, ou elle ne l'est pas. Si elle l'est , le devenir a cessé , et tout est rentré dans l'immobilité absolue. Mais, cela est ab-
rit
., surde. Elle ne l'est donc pas; et alors il faut que l'Esprit continue de travaillera cette œuvre de coijtr ciliation. Or, ce n'est pas l'esprit phénoménal etin- •• dividnel qui pourra l'açcomplnY mais l'esprit à sa pljj^£(iite puissance, l'esprit idépi, ou comme l'appelle HégeK l'esprit du monde. L'esprit du monde
MX LA CBBTITDnfi. « 141
tlevieiitira donc avec le monde ft avec les esprits finis, et ce sera leur Obtion incessante, successive^^ simultanée tout à la mis qui emicét^ l'opposition de l'Idée et delà Nature. ' . '
Késumons-nous et concluons'. La théorie d'Hegel aboutit à deux résultats également inadmissibles et op^sés, savoir^ qjje t^ut est et rien ne deriept, du levient'et rien n'est; et ces résultats nécessités imposées l'une par la logi- -e par l'expérience. La logique nous Pet, d'élever la Nature et l'Esprit jusqu'à on aura alors une nature idéale et un esprit idéal , c'est-à-dire trois idées pures, étei^ nelles et immobiles , où il est impossible de dé- ., couvrir la moindre trace de mouvement et de devenir. Ou bien, en présence de la réalité, de cette nature finie, visible et matérielle, l'on fera descendre ridé^ dans le monde , et alors il sera impossible de la relever de cette déchéance, de l'aflfranchir de toute ,in(j>erfection et dç' toute finité, et de la ramener à son état d'existence parfaite; et, comme le caractère essentiel du monde , c'est le changement et le ( it, tout sera
entrai
Dai conséquent ;
mais 1 rie, la réalité
et la cas, ce n'est
que SI e l'on péné-
trera logique' ne
peut engendrer qu'une entité logique; et puis.
•" i*8^ pagmiiw
I quand qo en voii^ra sortir/ et se* replacfir 4am le dÉtenaine des prirfcîpaa et dei* l'absolu > le vice du point de départ repaîtra êb l'on ^e trouvera ^n
•^ . .► présence d'une niku^elle idée logique, d'un devenir, d'un eap^t du motlde abiRrait ^t indéteiiapu^é , qpni ne^lt<r9H au imià^ qu'uike généralisation de l'expérience et des esprit finis* '
S II. Théorie de l'acte. ^
K^ ^trijQe d'Arif^oter^e produisit „ cofftm^'^^ s4|t, en pré^encç et s^ii;^ Tii^Qnenqe du platoi^me^>'' et dç la tli^éorie des idées» Àristpte ne diifere'pas dfs Platon si|r la manière 4'enTisager la sçi^ce et sou objets L'<>bjet de la sciience c'est > suivant luj> le V général > les causes » les principes^» lesquels peuvent .^e ramener^ l'e^ence* I^ l*ecberche, ^et la qpunais- * «ancede Vessence e^'est d^nc l'abjet de laphilosp^ ^ phie. Mais 41 1^ suffit pas de cqnnajitre l'essence/ il faul^dje^.plui^ expliquer le rapport de l'essence avec les cbosçs.Or.ressence^sf une, imm^uabie et é\,e^'^ 'nelJle.,£t cependant l'on ne peut nier la multipliqjtf^^ le ;^ohTe,nient et le devenir. Comment s'opèi^è le rapportde ces deux telles, de l'unité et delà multiplicité^ de ce qui est,. et de ce qui devient, en d'autres, mot^ a de l'e^ence et de la nature? Voilà le sçççnd prpblj^in^ qae la p hilospph i e dm t résçudre^. . l^a tbéqri^ 4^8 idées ne résout , suivait Anslole, ni lepremiei^ ni le secdmd. L'idée n'est qu'une cbnceptjion abstraite, une existence logique , et, en admettantque ce fût un principe réel, elle ne serait
DB m cHtniriFBK. us
qu'un être en soi , et séparé de» diiiMes dont elle ne pourrait, par conséquent, fonner^ressCQce. Ainsi II n'y aurait que des ^étis, et lea choses ne seraient pas expliquées par el\es,r Ensmte , comme l'idée est .un 4lre éternel et 'immabitt, elle est plutôt la ôause dé l'immobilité qne dtf mouTement.
Il faut donc uiK Asence qui , étant inhérente adx <
choses mémesy constitue l'être de chaque individu;
il ùiM, de pln^'nn prinripe qui eypiique-la nature et
le mou^emenÉ. De là !e double principe de I9 théo- *
rie d'Aristote, t'ac/eetla/>u/>jflnc€; l'acte, destina»
explicpiefrélre des choses, la puia&inpe, leurdevenir.
^fet<t peut se d^rire et se penser, mais il ne peut
se olmir, j^ree qu'il est l'essence et que l'essence
est wSe, d'une unité simpleel indivisible. L'acte est ce
qui tait qji'utie chose est ce qu'elle est et ce qu'elle
e individuelle et réelle possédant
Facultés et de sa nature. Marcher,
« sont là dés actes, mais des actes
utât un acheminement vers l'acte
Mais voir et avoir vu, seaiir le
!nti, être heureux et l'avoir été^
connu , c'est là l'acte accompli '.
enesepeut bien concevoir que par
I puissance. L'acte, considéi-é en
lui-q^pù, est une .forme parfaite ^ immt!tbile, qui
ne petit ni changer ni devenir. Gomment se fait-il
alors que quelque- chose devienne? C'est que l'acte
' Màatthy., Kv- IX, 6.