‹ Problème de la certitudeChapitre 17 sur 21 · MOBLÈME · texte numérisé non relu

MOBLÈME

est engage dnns \à matière. 'Or, la matière est un principe inerte, indéterminé et complètement passif; elle est j)rivée de toute forme, et par là elle est susceptible de les toutes recevoir, en d'autres mots, elle^i'est qu'une possibilité, une puissance; et l^'* matière absolue c'est la puissance absolue.

' Ainsi donc ,' les deux éléments constitutifs des êtres, ce sont la matière et la forme, la puissance et l'acte. Le passage de la puissance à l'acte, *d'e ce * qui peut être à ce qui est, de l'indétermination à laMéternimation, c'est là ce qui fait le devenir et la vie de la nature. La statue est en puissance dans l'airain, mais elle n'est en acte que lorsque la pensée et la main de l'artiste ont donné à l'airain une forme déterminée. L'homme n'est qu'en puissance dans telle matière, terre, air ou feu, etc., etc., qui ne devient homme que par la présence d'une forme paiement (|çterminée. Or, comment ce^ devenir a-twl lieu? comment des matières et des;formes séparées peuvent-elles se rapprocher, et venir à coïncider et à s'unir ? Ce ne peut être qu'en vertu 'j^' mouvement. Mais la matière, ne se meut pas|ftiiis- ' qu'elle n'est qu'une simple possibilité. L'ac)^5ipn plus ne se meut pas , car l'essence est immob^^SLe mouvement est donc un principe qui vient JUpl^* cer entre la puissance et l'acte, qui n'est ni^Ui^ne ni l'autre ( car ce qui se meut est plus qu'une simple possibilité, puisqu'il a commencé d'être; mais c'est moins que l'acte, puisque son œuvre n'est pas accomplie ) et dont la fonction consiste à les rappro-

cher et h les combiner pour former un tout (duvoXov), un et indivisible^ c'est-à-dire rindivîdu. Ainsi le mouvement commence a la puissance et se termine à l'acte, et, entre ces Jeux limites, se trouve le devenir. Mais ce qui devient n'est pas encore, et il de-* vient en vue de quelque chose, en vue d'une fin dernière où cesse tout devenir. L'acte est donc la fin du devenir. Laecomplissement de l'oeuvre est la fin de l'artiste» et Vest ce qui nieut sa main et sa pensée ; la vie parfaite de l'âme est la fin du corps ej de la vie physique; la virilité est la fin de l'enfance et de la jeunesse. Mais si le mouvement est dans l'acte parfait, il ne faudrait point se représen-

fr l'a^cte comme constituant un état d'inertie et immobilité. C'est au contraire l'état de l'activité parfaite ; où l'être a acquis tout ce qui était dans sa nature d'acquérir, où il n'y a plus en lui ni possi- * biliié ni changement, où se possédant tout entier, disposant librement de lui-même^ et n'étant ni sollicité ni arrêté par une force étrangère, son activité n'est pas un état qui exige un effort, ce n'ei^t pas non plus une simple habitude ', mais c'est sa vie même et son suprême bonheur \

"Cependant l'être fini ne saurait atteindre à cet idéal. L'âme humaine ne s'élève qu'à de rares mo* ments à cet état de parfaite activité. Enveloppée

* Ataôgfftç, Met. V. p. ii3. De An. II. V.

• SwÔflpta, De An. II. V. f^ojr, Ravaisson , Essai sur la me'ta' physique d'Aristote, liv. III, p. 398-400.

qu'elle est cUns h matière» elle né petit s'affranchir des nécessites de la nature; elle succombe sous le poids de la chair ^ et sa vie c'est la perpétuelle alternative de la science et ^ To^li » de la veille et du sommeil', de l'action et du repos.

Il suit'de là que la cause du mouvc^iq^^^^ ^^^ saurait résider dans la nature. Car la matière, qui n'est qu'une sifnple puissance, reçoit le mouvement et ne le produit pas. Mais l'acte même, bien que ce soit une force, une énergie, ne peut être la cause du mouvement. Car il est inséparable de la matière |J^ qui fait que son action n'est pas parfaite et continue. Et. cependant , it n'y a pas d^interruption <Ëins le mouvement de la nature. Ensuite^ comme il ne ^MÉ^ stitne qu'une existence individuelle, l'acte lîe poi^ rait communiquer le mouvement qu'à la matière dont il est l'essence; en ce cas, la transformation de la matière, c'est-shdire son passage d'une forme dé- ' terminée à une m^re forme également déterminée , serait impossible, ce passage ne pouvant s'eifectuer que. par l'action d'un principe qui se distingué de chaque forme individuelle. Enfin, par cela mémeque les essences individuelles n'imprimeraient- que des mouvements partiels et isolés à la matièi^e, il n'y aurait pas d'unité dans le mouvement de la nature. Et cependant cette unité 'existe. Car tout se lient dans l'univers, tout s'y .meut d'un mouvement comqnun , tout y est ordonné en vue d'une fin unique.

11 faut donc admettre une existence parfaite, un

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acte pur $éparé*|le la nature , qui meuve le monde sans ^é mouvoir, et dotit ractian une et continue engendre runité^et la continuité de mouvement du foonde. De là )|i dooferine d'un premier moteur.

Cette rapide expo^tion de lé théorie d'Arisiote nous suffira pour pouvoir la discuter. *

Et d'abord, l'acte est une certaine forme, ou plur tôt un certarn état de l'essence et non l'essence elle-r méme.Gar, sous l'acte, il y a la chose même qui est en acte* Que l'énergie soit la forme intrinsèque de fiigpunfi, qu'elle constitue son état le plus parfait , €elii se peut ; mais est état c'est l'essence elle-même qui le produit et se le donne en quelque sorte. L'on voit donc déjà que l'acte n'est qu'un mode, un aeci^ dent, une afattraction de l'essence. Mais nous alléns le vdéi^^n ti'er d'^ine manière plus complète en nous -j^^MiàvÇ^n point de vue d'Aristote lui-même.

Suivant Aristote , l'acte est . dans les itidividus, puisqu'il les fait être ce qu'ils soilt , des êtres actuels et iréels, et il ne peut être séparé des individus, si ce n'est par la pensée. Et cependant toute çssence^ et l'aolSe, en tant qu'esseneei doit être çon\mune à une se-rie,lfune classed' individus. Il y aura donc autant d'es^ sences que d'individus, c'est-à-^lire qu'il n^y aura ni essence ni 'science de l'essence; car l^s individus sont infinis en nombre, et ils é<;h^pp^nt à la détermina-^ lion exacte d^ la pensée. X)u bien l'essence ne sera qu'une conception logique; et alors, ou ce n'est qu'une pure possibilité , ou il faudra dire que tout est formé de pensées. Nous voilà , dans ce second

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cas f retombés dans les conséquences que l'on voulait éviter et que Ton reprochait à Platon. Car ici aussi Ton composera les êtres d'élémentMogiques. Et cette alternative est inévitable; (^r il faut expliquer et l'unité de l'espèce dans la multiplicité des individus, et le raf)port des individus. Or, ou il y a une essende réelle séparée des individus qui fait cette unité et ce rapport , ou bien ce sera la pensée. Ari'stote prétend échapper a cette difficulté en les expliquant par la génération. Le semblable/ suivant lui, engendre le ^semblable « l'homme engendre l'homme , le cfaçVal le cheval , etc.» etc., et c'est ainsi que se perpétue l'unité de l'espèce dans la multiplicité des individus, sans qu'il y ait besoin d'avoir recours à u» autre principe.

ïitéJ||U î au'ilv

Mais indépendamment de ce que;!^ val^u^de cet argument repose sur la supposition de FétêFffité, monde, indépendamment aussi de la difficulté qu' a à concevoir comment l^ssence simple qui constitue rindividu puisse se communiquer, il faudra, en tout cas , admettre qu'une seule essence individuelle contient un nombre infini d'essences , et qu'elle les'contient en puissance. Voilà donc la puissance, c'é5t-*adire la matière qui pénètre dans l'essence. Et c'est là ce qui arrive dans .ce système. En e^t, l'on a d'un côté, la matière et, de l'autre, la forme. Mais il n'y a ni une matière etr<soi, ni une forme en soi. Ce qu'il y a, c'est tellematière jointe à telle forme. La matière et la forme en soi ne sont donc que deux abstractions et deux possibilités. Et cependant l'on

e^: obligé de leur accorder unfe existence réelle , si Ton veut expliquer le mouvement et ie passage d'une forme à l'autre , et de telle matière à telle autre matière. Car le feu i^SSj^ut se. changer en air, ni l'air en eau, etc., etc., s'il n'y a pas une matière cornmi|6e au. feu, à l'air et à Teau, et qui en même temps se. distingue de chacun d'eux ; et c*est ce qui arrive ici-^J^ristote n'admet pas l'exislence.réelle d'une matière, en soi, et puis il se sert de la matière comme si un tel principe existait. Or, dès que Ton accorde une certaine réalité a la matière générale, il est impe^ible de se la représenter comme compléteirhent {passive, comme privée de toute force propre, c'est-a-dire, îcî, de toute forme ; car l'être et la force sont inséparables. Voilà donc la forme qui n'est plu$ une essence distincte de la matière, mais qui est devenue. une propriété intrinsèque de la matière, ou, pour mieux dire,- qui s'est matérialisée.

C'est ce qu'Aristote avancjç implicitement lorsqu'il dit que tel acte est à la fois acte et puissance; acte sous. un certain, point de vue et puissance sous un autre * , qàe par exemple l'airain est en acte en tant qu'airain et en puissance en tant que statue. L'on pourrait croire que la pui^ance est ici la raatière de l'airain qui doit ^levenîr statue , et que l'acte est celte forme déterminée qui constiuie l'aircHU. C'est ce qui aurait lieu s'il y avait une matière cdpimune à l'airain et à la statue. Mais comme, pour*

* Fo}\ Arist. Phvs. VIII. 4- et Ritter, Logique d'^rist.

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Aristole^ il uy a que des matières déterminées, et que la détermination c'est la forme, c'est aussi Tairain , c'est-à»dîi*e une matière déterminée par la forme 9 qui devient statue , et cmt aussi la forme de l'airain qui est la puissance de la statue. Pour que la forme ne devint pas avec la matière , il fau(£pait qu'elle pût en être séparée. Or. elle ne le peut pas, ou elle ne peut l'être que par la penlée (Xoy&)).

L'on dira qu'à la vérité la forme est inséparable de la matière en général , mais pas de telle matière particulière , et que Ton conçoit dès lors comment les substances matérielles puissent changer sacs queJj^^ forme subisse aucun changement.

Mais c'est là précisément ce que l'on ne peut expliquer dans cette théorie ; car telle forme n'est pas un état accidentel de telle matière : elle le serait s'il y avait une matière en soi ; mais comme il n'y a que des matières particulières, (elle forme est essentiellement liée à telle matière; da telle sorte que le changement âe l'une amène nécessairement le changement de l'autre. Aristote a lui-même senti cette difficulté • et voilà pourquoi il dit, quelque part, qtie ce qui devient *' ce n'est ni la matière ni la forme, mais leur ensemble, w Ce n'est pas, dit-il , la sphère cf airain qui est produite, m^iê, une sphère d'airain. On ne produit ni la sphère ni la rondéuf. Si elles ne préexistaient pas il faudrait les tirer d'un autre sujel: , *et l'on irait ainsi à l'infini. » Elles préexistent donc

* MéUphys. liv. VH.

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et elles onl une existence séparée; il y aura donc la sphère en soi, la rondeur en soi, l'homme en soi, etc.; mais c'est là la théorie cfês idées. Ainsi '^ ofi Aristote se tiiQBttra en contradiction avec luimême y ou bien la forme en soi et la matière en soi, di^nt il est ici question , ne soni que (les entité^ logiques : et c^est là ce qu il a pu dire s'il a voulu rester fidèle à ^a doctrine. Aiasi , de même qu'il dh ailleurs que la matière et la forme ne sont séps^p raUes que par la pensée, de même ici la sphère et {a rondeur en soi n'existent pas, pour lui , séparées d^, choses, mais cette séparation ne se fait que dans la pensée. Aristote est par conséquent placé dans ralleruative de matérialiser la forme et l'essence , ou bien, pour échapper à cette difficulté» de tomber dans la conséquence opposée et de former les êtres de deux éléments abstraits , d'une matière et d'une forme logiques» Et cette matière et cette forme ne peuvent être ici , au sens d'Âristote i les idées platoniciennes qui trouvent leur unité et leur réalité dans l'âme , d'abord dans l'âme humaine et puis dans Tftme divine; mais ce ne sont que de pures absti*actions créées en quelque sorte pour l'u^^ge et la commodité dé la pensée. Qtt^est-ce, en effet, que l'âme pour Aristote? Ce n'est que la (orme, l'acte d'une matière^ orgahique ayant la vie en piiissance \ L'âme est donc une fdrme, et comme«forme inséparable du corps, elle nait et périt avec lui*

* Foy.De Anim. li?. II. i.

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