B PROBLEME
une lifiison constante entre les phénomèneSy et, avec CQ^te habitude, la notion de cause quLqous fait considérer le phéno^iène qui précède comme cause de celui qui suit. Mais il n'y a là qu'un rapport arbitraire et nominal. En réalité, il n'y a pas de liaison nécessaire et intrinsèque entre les choses, puisque l'on conçoit la possibilité d'un tout autre ordre et d'un tout autre rapport. Les arbres qui fleurissent au printemps pourraient très-biç^ fleurir en hiver, et il n'implique point que le pain, qui me nourrit, perdît sa vertu nutritive; le mouvement d'une bille ne sj{ip|y)se pas nécessairement le mouvement antérieur d'une autre bille. Il n'y a là que deux événements distincts et séparés où l'on ne trouye pas la moindre trace de causalité.
Nous répondrons d'abord à la première objection, qu'il n'est point exact (le dire que les raisons qui appuient les opinions contraires se J)»lancent. Les rai^ sons ne se comptent pas, mais elles se pèsent. De deux opinions contraires, l'une affirme et l'autre nie. Si l'affirmation et la négation avaient une égale va- .leur, il faudrait dire que non-seulement il y a du néant dans les choses, mais qu'il y a autant de néant que d être. Et cependant il faudra que l'être et, par suite, l'affirmation l'emporte, ne fût-ce que par l'affirmation de l'être de celui qui affirme. Il y a donc une opinion fausse et une opinion vraie.
En outre, pour que de l'opposition des opinions l'on pût conclure l'impossibilité de la connaissance, il faudrait prouver que toute connaissance est opi-
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«ion, et qu'il n'y a pas des vérités, utie seule vérité, car une seule ^ffit, placée en dehom des contradû> tions et des incertitudes de l'opinion. Or, c'est ce que les sceptiques ne pjpuyent pas; et même il faut que cette vérité ils la reconnaissent, s'ils veulent que leur doctrine ait une valeur. Nous l'avons déjà remarqué.
. ^Enfin, à quel titce* est-ce que j'admets et je dé-fends une opinion 4^ préférence à une aulre? évidemmejut parce que je la crois la meilleure.. Ory je reconipSk par là, que je l'avoue^u non, que j'en aie conscience ou non, l'existence d'un principe dNme mesure invariable et absolue qui me guide et me dé+ termine dans mon choix. Et ce principe, mon ad^ versaire est obligé de l'admettre tout aussi bien que moi^-
IVlsSi, nous dira-t-on , en accordant qu'un, tel |)rimipe existe, il restera toujours à savoir de quel cotSQpt la vérité, et de quel côté est Terreur dans ui> cas donné. Or cela n'est ni impossible ni difficile, sinon dans tous les cas, au moins dans la plupart, et cela nous suffit. Faut-il choisir entre l'Iliade, la Vénus de Médicis, etc., etc., et l'oeuvre d'un médiocre poëte et d'un médiocre sculpteur'j^- faut-il admirer les vertus de Marc-Aurèle, ou la cruauté d§ Tibère? Pour un esprit attentif et de bonne foi le choix ne sera pas douteux.
La seconde objection est fondée sur l'analyse de l'idée de cause.
L'idée de cause, dit-on, n'est pas une idée simple,
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mais uue idée de rapporl^ car elle contieni Tidëe ^effet. ,
A cela * nous rcpondrons que l'idée de cause contient ^ il est vrai, l'idée, d'icfiet, mais comme une simple possibilité^ et non comme un être actuel et réalisé. Elle le contient comme une possibilité; car si elle ne pouyait le produire, elle ne serait pas cause; mais^ par cela mémieiqu'elle estcause, elle ne le contient pas comme chose réalisée; Car, en ce ca&> dd^vant le produire nécessairement, eyae pouvant pas ne pas le^^produire^ elle cesseraît^ar là d'être cause. Sans doute il est difficile, impossible même ^e concevoir comment la cause produit son effet; mais &ensuit-H de là qu'il faille nier la réalité dçla cause? De ce que je ne puis comprendre com* ment s'qpè^ le contact de deux corps, suis-inondé à Qp* conclure qu'il n'y a entre eux aucun ]^|)ort de causalité? De ce que j'ignore comment ma .vor- *;L3nté meut mon bras, suit-il de là que je doiv^^^ier^ qu'elle soit la cause de ce mouvement?
Li'on dit : une cause n'est cause que par son effet, c'est-à-dire qu'elle ne commence d'être cause que du moment où elle commence de produire son effet. Mais qu'était-jem avant? Il faut bien qu'elle soit, autrement on fera venir l'effet du néant. Or, si elle était, ellenepouvait être qu'une cause en puissance.
Il ' n'y a pas de milieu ; ou il faut admettre l'antériorité de la cause , ou dire que tout est cause ou que tout est effet, ou bien qu'on ne peut rienaf>-
'Cette discussion sera complétée pins bas. f^ojr. chap. VII.
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firmer de rien , ni qu'il soit cause , ni qu'il soit effet ; ce qui revient à dire que rien n'es^
Mais ^jve que tout est cause, c'est dire que tout est effet.
Dire que tout est efiet ^ c'est dire que FétKe vient du néant; car, comme le propre de l'effet c'est de commencer et de devenir, ne pouvant le faire vienir ni de lui-*]péme ni d'une cause, il faudra le faire ve^ nir du iiéânt. «
Rieiu^onc ne sera si la cause n'est pas anténeure àvâpn^Jpl&t ; car, comme toutes les choses ne sont que aes causes ou des effets, {$àr cela môme qu'elles ne peuvent être ni causes ni effets, elles ne serout pas. La négation de la cause aboutit donc au nihilisme, au néant de la pensée , comme au néant de l'éCre» Au péant de la pensée; car nous concevons toutes choses» le général et le particulier, l'absolu et le re- ^latifj la substance elle-même et les phénomènes ^ ^sàtshi raison de cause; de l'étrje, en l'être ne peut êlre communiqué et reçu que dans le rapport de cause et d'effet.
Qujglt allume, il prétend expliquer l'idée de cause par la sensation et l'habitude.
L'on peut d'abord aisément voir que l'habitude ne rend compte d'aucune origine, et qu'il faut que les autres facultés, la volonté , La mémoire, l'iatel* ligeuce lui livrent, pour ainsi dire, les matÀ^iaux sur lesquels elle puisse s'exercer. Au début de la vie physique ou intellectuelle il n'y a pas d'habitude ; et cependant la vie commence, et cependant Ton
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pODsCj 1-on vei|it, l'on marche, Ton voit, etc. Comme la faculté de lirQ s'est mainteDant conrertic en habitaide, nous il'ëpeloiis pliu les mots, c^^^dire notre attention ne se porte plus sur chaque syllabe et sur 'chaque lettre; c'i^t là cependant un travail auquel nous avons dû nous assujettir au commen^-' cernent. C'est donc la volonté et l'attention et non l'habitude qui expliquent la faculté de lire.^n appli- ^ quant ces»observations à la question actuelle , l'on voit .qu'il a bien fallu un premier acte de la^pensée affirmant l'idée de cause, avant que l'habitm^e .^ lier les phénomènes d'après le rapport de causalité se formât dans Tintelligence.
Puis donc que l'habitude ne peut rendre compte de l'idée de cause , il faudra avoir recours à la sen-* satidn. Le problème ramené à ces termes rentre dans la doctrine générale du sensualisme. Nous ne nous étendi'ons pas , par conséquent , sur ce point ,^.., qiie d'autres ont déjà victorieusement réfuté ; nous *nous bornerons seulement à présenter quelques considérations qui nous paraissent décisives.
Si l'idée de cause a son origine daps la sensation , il faudra la faire sortir tout entière de la sensation, c'est-à-dire la trouver dans la sensation elie-méme. Or, de même que la sensiation n'explit[ue ni Tintelligence , ni ses facultés, ni ses connaisssTnoes, ainsi, et par la même raison, elle ne pourra expliquer l'idée de cause. Examinons la sensation sous le double point de vue du sujet où elle se passe, et de l'objet qui la produit. Sous le pre-