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Ce sont les sept degrés qu'il se pi'opose de parcourii' avec ses élèves pour les conduire, dit-il, jusqu'au sommet des saintes Ecritures ^ Car Alcuin considère la théologie comme ce la reine » des sciences. Les autres connaissances sont ses dames d'iionneur^. On voit par laque la tendance observée chez Gassiodore et Isiiore de Séville se perpétue et que tout converge vers la science de Dieu.
La place faite à la Philosophie dénote quelle était encore réduite à n'être qu'une partie de la dialectique ou du moins à n'être autre chose que la dialectique. C'est, en effet, dans son traité (( de Dialectica » que Alcuin donne la définition et la division de la Philosophie. (( Philosophia, dit-il, est naturarum inquisitio, rerum humanarum divinarumque cognitio, quantum homini possibile est sestimare ^ .» Alcuin adopte l'ancienne définition en y ajoutant un membre de phrase ([ui semble indiquer une manière différente de comprendre le (T rerum humanarum.» Jusqu'alors l'emploi de ces deux mots avait été adopté pour désigner, par opposition à la science divine, toute la science pro-
jusqu'à nous les autres ouvrages qu'Alcuin avait certainement écrits sur la Géométrie, la Musique, l'Astronomie. l'Arithmétique et la Poésie. »
^ « vobisque ad videndum ostendam septem philosophi^e gradus
per eosdemque Deo donante et vita comité pro nostrarum portione virium pênes temporis & aetatis opportunitatem ad sublimiora specula-
tivse scientiae deduxero Per has vem, filii carissimi, semitas vestra
quotidie currat adolescentia, donec perfectior £etas & animus sensus robustior ad culmina sanctarum Scripturarum perveniat. «Albini sive Alcu'mï, opéra didasc, 'De Granr,natica, Patr. iat., éd. Migne, T. loi, col.
'^ Laforêt, op. cit.., p. 130.
3 Albini, Opéra didasc, De Dialectica, col. 952.
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fane, soit spéculative soit pratique ^ Alcuin n'a vraisemblablement compris sous cette dénomination que les actions humaines, c'est-à-dire la science morale ou pratique. Aussi, pour désigner la science spéculative, a-t-il ajouté : Philosophia eëtnaturaruminquisitio Pourquoi cette distinclion? C'est qu'avec Alcuin, la philosophie morale, complètement méconnue dans les traités des arts libéraux soit de Gassiodore soit d'Isidore de Séville, reparaît et se trouve représentée dans le (ïDialoi^us de Rhetorica et Virtutibus >^2, et dans le traité «de Virtutibus et vitiis^» Alcuin songea très proba-
^ Quand en effet, Ciceron définit la philosophie « humanarum et divinarum rerum, causarumque qiiibus hœ res continentur, scientia, » De OJficiis, lib. II, éd. Teubner, c. 2, p. 58, il comprend sous le nom de « rerum humanarum » non seulement la philosophie morale ou éthique, mais encore la Physique ou science spéculative. Car la Physique est considérée par l'orateur romain comme une partie de cette philosophie dont nous venons de donner la définition. Cf. / ,yicaâ, Post., éd. cit., c. 5, p. 10. Cassiodore, De ^rtihus ac Discipl. libéral, litter., c. III, col. 1167 & Isid. de Séville, // Etymolog., c. XXIV, col. 141, l'avaient reproduite sans songer à v ajouter le «naturarum inquisitio». Pour eux, l'expression « rerum humanarum » était donc censée comprendre et la science pratique et la science spéculative.
Plus tard Saint Thomas dira également : Cont. Geiit., lib. III, c. LXXX « Per res autem humanas intelligenda^ sunt onnies inferiores naturœ et causai particulares quie ad hominem ordinantur et in usum hominis cedunt » Par conséquent ce mot comprend la nature physique et l'expression « res humanas » s'applique à la science spéculative aussi bien qu'à la science morale. Mais Alcuin a attribué à cette expression un sens plus restreint.
^ Albini, opéra didasc.^ col. 919 & sq. Ce traité « de Virtutibus » commence à col, 943.
^ Quoique ce second opuscule ou traité de morale ne soit pas rangé parmi les arts libéraux comme le précédent, nous l'avons mentionné cependant parce qu'il indique 1.^ tendance qui se fait jour chez Alcuin, de faire rentrer la partie morale dans l'enseignement. — L'opuscule « de Virtutibus et Vitiis » se trouve parmi les Op. inoraîia, Patr. lat., T. ICI, col. 613 & sq.
blerrient à établir cette distiriction, parce que, ayant été amené par suite de la nouvelle matière qu'il introduisait dans le programme scolaire, à mieux approfondir la définition reçue, il ne la crut pas sulfisante pour désigner tout le domaine de la Philosophie. Telle serait peut-être, selon nous, la raison pour laquelle Alcuin ajoute l'expression « naturarum inquisitio » réservant uniquement à la philosophie morale le ce rerum humanarum » que Cassiodore et Isidore avaient employé après Gicéron pour désigner sans distinction toute la science profane. Nous retrouvons, dans le siècle suivant, la définition d'Alcuin reproduite par Raban Maur.
Cette philosophie^ dont le domaine est encore si restreint, se divise en Physique, Ethique et Logique^ A la demande de son interlocuteur Charles, Alcuin donne de chacune de ces sciences la dénomination latine. (( Physica, dit-il, est naturalis, Ethica est moralis, Lo- j gica est rationalis ^. » Mais il ne s'étend pas davantage sur la définition et l'objet de chacune de ces trois sciences. Indiquant cependant brièvement les devoirs de la Physique, de la Morale et de la Logique, il emprunte à Isidore de Séville une formule caractéristique (u'il est difficile de rendre en français avec la uiénie concision. «In Physica, dit-il, causa quyerendi, in ethica ordo Vivendi, in logica ratio intelligendi versatur '^. » Par rapport à ces différentes sciences, Alcuin nous
• c. In quot partes dividitur philosophia ? a. In très : physicam, ethicam, logicam. 'De TDialectica, c. i, coL 952.
2 Ihid.
3 Ihid.
fournit encore moins de renseignements qu'Isidore de Séville à qui le maître de l'école palatine fait du reste l»eaucoup d'emprunts'.
Toutefois Alcuin indique les subdivisions de chacune des parties de la Philosophie. La Physique comprend l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. L'Ethique se divise également en quatre parties qui sont la prudence, la justice, la force et la tempérance.
La logique à son tour se subdivise en deux parties : la dialectique et la Rhétorique^.
A la suite d'Isidore de Séville, Alcuin applique cette triple division de la Philosophie aux livres de l'Ecriture sainte. Il veut qu'on remplace la logique par la théologie dans cette répartition appliquée aux divines Ecritures^.
Mais ce mot « théologie » attire l'attention de l'interlocuteur. Qu'est ce que la science théologique, deman- (le-t-ilt^ La théologie qu'on appelle en latin ce science
^ Pour les différents emprunts faits à Isidore de Séville par Alcuin, d. Prantl, Gcschichte der Logik im Ahend lande, II B, p. 15. Monnier, .alcuin et Charktnagne, p. 44-45.
Cet auteur, après avoir rapproché plusieurs passages des deux écrivains, ajoute : « Ces traités sur les sept arts sont moins des ouvrages originaux que des livres cahiers. » Op. cit., p. 55.
2 c. In quot species physica dividitur ? — a. In quatuor : Arithmeticam, Geometriam, musicam, astronomiam. — c. In quot partes dividitur ethica ? — In quatuor quoque : prudentiam, justitiam, fortitudinem, temperantiam, — c. Logica in quot species dividitur ? — a. In duas, in dialecticam et rhetoricam, » Alcuini, op. de diaJectica, c. i, col. 952.
•^ Cf. Ihid., col. 9)2. Prantl, op. cit., II B, p. 14, dit, en parlant de la division donnée par Alcuin : a Es gibt Alcuin nicht bloss die Ein-
iiispective », répond Alcuiri, est hi science qui nous permet, en nous élevant au dessus des choses visibles, de contempler, dans une certaine mesure, les choses divines et célestes. Car, ajoute immédiatement Alcuin, la vraie philosophie peut aussi se diviser en Inspective et Actuelle^ » « Qu'est-<:e donc que la science actuelle, continue Charles ? C'est, répond encore Alcuin, la science qui a pour objet les opérations nécessaires à cette vie mortelle ^)). Cette seconde division qu'indique Alcuin est encore tirée d'Isidore de Séville. Mais le célèbre régent du palais confond la science théoloi^ique avec la science inspective. Il s'est produit une confusion dans son esprit par suite des dilïérentes classifications qu'il a rencontrées chez Isidore de Séville. Ce dernier, nous l'avons dit, avait adopté la division platonicienne; s'il mentionne celle qu' Alcuin vient d'indiquer en dernier lieu, il ne la fait point sienne, il rénumère afm que ses Etymologies puissent otTrir le plus de renseignements possible. Mais il faut remarquer qu'Isidore ne dit point que la science théologique et inspective soit une seule et même science. Il n'est même pas permis de tirer cette conclusion des écrits de l'évêque de Séville. Car, dans la subdivision de la science inspective, il indique comme faisant par-
theilung der Wissenschaften in eineni *^chema nach Isidorus, sondern wiederholt auch wôrterlich aus demselben obige theologische Auftas- SLing der Logik ».
^ « Theologia est, quit latine inspectiva dicitur, qua supergressi visibilia de divinis et cœlestibus aliquid mente solum contemplamur. Nam et in has quoque duas partes philosopliia vera dividitur, id est^ in inspectivam & actualem » De DlaîecHca, loc. cit., col. 952.
- Ihid., coi. 295.
lie de cette science, la Physique ou science naturelle, la science doctrinale ou mathématique^ Or, il est évident que ces deux sciences ne peuvent pas être appelées « théologiques. » La troisième subdivision de la science inspective est appelée « scientia divin alis. » C'est à celle-ci que doit être réservé le nom de a théologie. » Isidore la détinit, en effet: « La science qui traite de la nature ineffable de Dieu et des créatures spirituelles considérées dans leur aspect le plus élevé^. » Alcuin aurait donc dû réserver le nom de science théologique à cette partie de la science inspective mais non à toute la science inspective. Les nombreuses divisions qu'avait rappelées Isidore de Séville amenèrent probablement la confusion que nous venons de signaler dans les écrits d' Alcuin, C'est là un nouveau fait que nous tenons à enregistrer, car il prouve encore qu'au VlIIt' siècle, à part la division des sept arts libéraux, il n'y a pas de classification établie. On remarque chez tous les auteurs un embarras très visible et une grande confusion lorsqu'il est question du problème de la classification. C'est ainsi qu'Alcuin, cet érudit à qui a se rattache tout le niouvement scientifique de l'épo- <{ue de Charleniagne ^ » parait avoir éprouvé le même embarras que ses prédécesseurs. Nous aurons l'occasion de le constater plus d'une fois encore chez différents auteurs des siècles suivants.
» Cf. Isid. Hisp., // ElymoloiT., c. XXIV, col. 142. '^ Isid. Hisp., Op. cit., col. 142.
•^ Cf. Laforêt, Hist. d' Alcuin, p. 22.
— 1(X) — CIIAPITRK Vfl.