‹ Problème de la classification des sciences d'Aristote à St. ThomasChapitre 15 sur 24 · U5 — CHAPITRE [V · texte numérisé non relu

U5 — CHAPITRE [V

CLASSIFICATION DF:S SCIENCES d'aPRÈS JEAN DE SAUSBURY

■SOMMAIRE

Double influaice d-e Platoii et d'Aristote. Différentes définitions dt îa Sagesse. — Jean de S. rappelle la division donnée par saint Augustin mais qu'il attribue à Platon, — Rôle de l'Ethique et raisons de son importance, — Ce que devient la Physique. — Nature et utilité de la Logique. — Cette science n'est point décriée au XÎI^ siècle comme le pense Hauréau, — Autres divisions mentionnées par Jean de S. — Quelle classification il paraît adopter — Importance des arts libéraux. Rôle effacé de la Philosophie spéculative.

Cette double influence de Platon et d Aristote se liait également sentir dans les écrits de Jean de Salisburv {j 1180), (( Técrivain le plus correct, le plus élégant, le plus aimable du X1I« siècle^j*) Ce premier histojien <le la philosophie du moyeii-àge- rappelle Ja définition de la sagesse d'après les anciens.

(( Est, dit-ilj ut antiquis philosophis placet, sapienlia, rerum divinarum humanarumque princeps, et gel'endorum omittendorumque scientia. Huic vero insistere, ajoute-t-il, philosophariest, eoquod philosophia sit studium sapientise... Philosophia^ finis, sapientia est'^ )♦ Le principe, dit-il, et la perfection de la charité ou de la sagesse, c'est la crainte non point servile mais filiale*. L'amour de Dieu, telle est la véritable

♦ Hauréau, Histoire de la Philos. scoL, h^ P., p. 536. - de Wulf, Histoire de la Thilo^. incdù'vale, p. 213. ' joannis Sarresberiensis, Polycraticiis, 1. V, c. IX, Patr. lat., ed, Migne, T. 199, col. 561.

'' Cf. Ibid., col. 56 1.

pfiKosaphie. Pour niériler le nom <le Phil(js()[)fiie, i( ne suffit pas ^'enseigner la vérité; il faut surtout mettre en pratique ce que l'on enseigne^ De là cette dé- (irtition descriptive de la Philoso[)hie : Klle est la source, la voie, le guide du salut, la lumière de l'àme, la règle de la vie, un doux et agréable repos^. La Philosophie a pour objet de chercher, de scruter les voies de la sagesse'^

Jean de Salisbury se fait une idée essentiellement augustinienne de la sagesse et de la Philosophie. A la suite de l'illustre évêque d'Hippone à qui il fait beaucoup d'emprunts^, Jean rappelle la division de la Philosophie en éthique ou morale, physique ou naturelle, logique ou ratiounelle^. A Platon, dit-il, revient l'honneur d'avoir donné la dernière perfection à la Philosophie. Car c'est lui qui, en unissant la science active ♦Je Socrate et la science spéculative de Pythagore et en y joignant la Logique, a véritablement fondé les trois parties de la philosophie^.

^ Cf- Tolycrat., \. VII, c. XI, col. 66 1 B : « Si amor Dei exstinguitur, philosophias nomen evanescit... qui recte quae docet sequitur, vere philosophus est. » loc. cit. col. 66 1 D.

2 a Philosophia quid est, nisi fons, via, duxque salutis, lux animac, vitae régula, grata quies ? » Entheticm, T. 199, col. 971.

■^ « Altéra (Philosophia) sapientiae vias affectât, investigat, et circuit, et interdum pro studio efficaciter apprchendit. » !Metalogicns, 1. I, c. VI, T, cit., col. 834.

"^ Ainsi les Ch. IV, V, VI du Vile livre du Tolycraticiis, col. 642-649, correspondent aux Ch. II, III, IV et XII du Ville livre T)e Civitate Tici. Un certain nombre sont textueUcniLiit les mêmes.

'' Cf. Polycraticti^, 1. VII, c. V, col. 645 ; îMetaloc^icus, 1. II, c. XIII, col. 870 et c. XV, col. 872.

•^ Cf. MetalogKHS, 1. II, c. II, col. 858-859.

De ces dilTérentes sciences, l'Ethique, au dire de Jean de Saiisbury, doit èlre préférée à toutes les autres. Supprimez l'éthique, ajoute-t-il, le nom de philosophe n a plus sa raison d'être'. Aristote avait, au contraire, l'éservé tout spécialement le nom de Philosophe au Métaphysicien. D'où provient la haute idée que se fait le philosophe anglais de la science morale ? Evidemment de ce qu'il voit en elle le chemin qui conduit directement à la sagesse, c.à.d. à la charité ou à l'amour de Dieu. Car la Philosophie de Jean de Sahsbury est essentiellement morale. 11 se préoccupe beaucoup moins de la partie spéculative. S'il consent à ce que le Philosophe s'adomie à la science théorique, ce n'esl <[u'à la condition qu'il s'ef\ serve pour arriver à hi béatitude^. Or la vertu seule conduit à ce but désiré^. Mais c'est à l'Ethique qu'incombe spécialement l'oblii>ation de traiter de la vertu et des moyens de l'acquérir, du vice et des moyens de le fuir*. La Philosophie morale est donc la philosophie pju' excellence et l'on comprend que Jean de Saiisbury ne veuille plus enten- Ire prononcer le nom de Philosophe dès l'instant on

' (( nia autem quae cœterîs philosophîae partîbus praeeminet, ethicam dico, sine qua nec philosophi subsistit nomem, collati decoris gratia omncs alias antecedit. » MeUiIoo-., lib, I, c. XXIV, col. 854,

■2 « Philosophus... rébus agnoscendis applicat animuni, ut his agniti^ .td veram beatitudinem possit accedere. » PoJvcraticiis, lib. \'II. c. VIII, col. 652.

^ « ...nisi per virtutcm, nemo ad beatitudinem pergit. » Tolycraticu'-, lib. VII, c. VIII, col. 651.

'' Cf. Mt'talooicus, lib. II, c. XV, col. 872. Nous disons spccialnnent. (^ar Jean de Saiisbury veut que la Physique ait quelque part dans celte question. Cf. hc. cit., col. 872.

- im —

l\f\\ siï[)pnrnerait TRlhique. Cette conclusion n'est que logique.

Si Jean <ie Salisbury estime la science rnoi'ale, il rur semble pas avoir eu beaucoup le synjpathie poiu- la science physique. II rappelle une fois ou l'autre comme appartenant à la Physique, le problème posé par Arislote , «Utrum mundus sit seternus, velnon^» Tl nous dit, en outre, que la Physique étudie les œuvres de (a nature^ œuvres qui se composent d'éléments ou de matière et de forme^. Les êtres naturels, dont s'occupe cette science sont corporels et soumis aux changements. De là vient, ajoute-t-il, que la démonstration physique est le plus souvent faible^. Voilà à peu près tout ce que nous apprend Jean de Salisbur'v relativement à la science naturelle ou physique.

On trouve cependant plus d'une fois encore le nom de «physici» ou de «Physica»*; mais ce mot ne désigne plus la science naturelle telle qu'on l'avait comprise jusqu'ici. La science Physique devient la science qui s'occupe des causes de la maladie, de la santé, en un mot la Physique n'est autre que la médecine, a In Physica vero, dit en effet Jean de Salisbury, ante omnia causam œgritudinis prsevide ; eamque cura et amo-

^ Cf. Metologkus, lib. II, g. XIII, col. 870 et c. XV, col 872.

'^ «... si quis opéra uaturae^ quae ex démentis, vel materia constant et forma, pertractet cum physico, ratiocinandi viam ab indicio jensuum mutuatur. » Metalogictis, Hd. IV, c, IX, col. 921.

•' «Vacillât itac]ue in naturalibus plerumque (corporalibus et mutabilibus dico) ratio demonstrandi «. Metaloi^icus, lib. II, c, XIII, col. 871.

^* Cf. 'PôJycratkus, lib, II, c. II, col. 417 et c. XXIX, col. 475 : Mctalogicus, lib. II, c. VI, col, 863 et c. XV, col. 872 ; Ibidem, lib. IV, c. XXXVI, col. 939.

re : etexindelanidiu reparativiset conservativis a^griinri (M'ige et fove, donec plenissime convalescat^ » Le mot (( physica », dans les écrits de Jean de Salisbiiry, est même employé le plus souvent pour désigner la médecine. On rencontre également, dans le même chapiti'e pai'fois, ce mot faisant double emploi^. A l'époque où vivait Jean de Salisbiiry, le mot «Physica» paraît donc avoir été un peu détourné de son ancienne signification. C'est ce que l'on ne doit pas perdre de vue dans la lecture de certains passages se rapportant à la science Physique ou aux Physiciens. »

Passons au troisième membre de la (hvision énoncée plus haut, à la Logique, dont Jean de Salisbury déclare avoir pris la défense contre les Gornificiens. (,( Logicse suscepi patrocinium^. » La logique est l'art de parler ou de discuter*. Soit (ju'elle nous indique la rèL;le à suivre dans les discours, soit qu'elle nous enseigne les voies du raisonnement, la logique est toujours d'une très grande utilité, et la méconnaître, c'est se tromper étrangement^"*. Elle est indispensable à la science Physique et à l'Ethique qui, toutes deux, doivent demander à la Logique la manière do pi'océder dans leurs assertions^. C'est ainsi que, seule entre les

» Cf. M'^taJogiciis, lib. II, c. VI, col. 863.

■^ Cf. Metahgiciis, lib. II, c. XV, col. 872.

■^ Cf. Metaloif., Proloe., loI. S 24.

'• « Est itaque logica, (ut nominis significatio latissime pateatj, loqucndi vel disserendi ratio. » îM^etalogicw^, lib. I, c. X, col. 857.

•' Cf. Une]., col. 837.

'■ '( PhysicLis enim, et ethicus, in suis assertionibus non procedunt, nisi probationibus a logico mutuatis. Nemo eorum recte définit aut dividit, nisi eis artis suaelogicusgratiam faciat. » ^etalogicus,nh. II, c. V, coi. 861.

partiels de la Philosophie, la Logique jouit du double privilèg^e (Vùliv à la fois un des principaux iwati]bres de la Philosophie) et de servir* en inêrne lern[)S d'instrunnent aux autres sciences ou à la P[jilosop}ii<' elle-même^ Elle est une partie si imfjoriante que Jean de Salisbury la consirlère comme le souffle anirnanl toutes les autres parties de la Philosophie, de telle sorte que toute philosophie qui n'est pas onlonnée 011 dirigée vers la Logique est une philosophie vaine et inutile^. C'est par elle que doivent commencer tous ceux qui se livrent à l'étude et celui-là s'interdit le culte de la Sagesse et la connaissance de toutes choses, qui prétend enseigner ou apprendre la Philosophie sans la Logique^. Après avoir ainsi démontré l'importance et la nécessité de la Logique, Jean de Salisbury rappelle que Platon a divisé cette discipline en deux parties: la dialectique et la Rhétorique^ qui, toutes deux ont pour but de persuader, l'une un adversaire, l'autre unjuge^. Mais, ajoute-t-il, ceux qui apprécient plus hautement encore sa puissance lui su-

' (c Inler cœteras itnque philosophiae partes, privilégie duplici insignita est : quia et principalis membri decoratur honore, et in toto philosophiae corpore, efficacis instrumenti exercet officium ». Ihid. col. 86i.

^ «... et sic philosophiae pars insignis est Mogica) ut per omnia membra ejus quadam spiritus vice discurrat ; iners enim est omnis philosophia, quae ad logicam non disponitur ». Metalogicus, lib. II, c. VI, col. 862.

•^ « Q Lii vero sine logica philosophiam doceri putat, idem a sapienti:v culta. omnium rerum exterminet rationes, quia eis logica prassidet. » MetaloiTicus, Hb. II, c. III, col. 8/9.

^ Cf Metalogicus, lib. II, c. III, col. 859.

^ Cf. Ibidem., col. 860.

bordonnent la science déinonstralive, probable et sophistique'. Car Jean de Salisbury veut que Ton regarde cette dernière comme une partie de la Philosophie-. De ce que nous venons d'exposer il ressort que la loijique ou la dialectique n'est point universellement déciiée à la ih\ duXIT« s. comme le prétend Hauréau^. Jean de Salisbury a pour cette science une très haute estime. Il entreprend même de revendiquer ses droits, comme nous l'avons dit précédemment. Mais pourquoi cette sollicitude à l'égard d'un art dont on a abusé tant de fois ? C'est que Jean de Salisbury voit dans la dialectique l'art destiné à indiquera toutes les sciences la méthode dont elles doivent se servir^. Telle est la raison pour laquelle J. de Salisbury considère la rlialectique comme la discipline libérale la plus utile^. S'il a parfois pour la Logique des paroles dures et sévères^, ce n'est point à la dialectique ou à la Logique véritable et sincère qu'il adresse ces reproches, mais à \[\ dialectique de quelcjues uns de ses contemporains.

' « Sed qui efficaciam cjus (logic9e) altius meiiuntur, ei plura attribuant. Siquideni ei demonstrativa, probabilis et sophistica subjiciuntur. » Metaloo-icus, lib. II, c. III, col. 859.

'^ (( Ergo et sophistica sic rationalis est : et, quamvis fallat, sibi inter partes philosophise locum vindicat. » Mclaloi^icus, lib. II, c. V, col. 861.

•^ Cf. Histoire de la Philos, scolast., I^e Part., p. 548.

* « Cum autem dialectica inquisitiva sit, ad omnium melhodorum principia viam habet. » îMelalo-ficu:, lib. II, c. XIII, col. 870.

•'' (( Quo circa nullam liberalium disciplinarum utiliorem esse crediderim, juam istam, a qua in omnes philosophiae partes facilis et felix est processus. » Ibitieni, c. XV, col, 873.

^' Polycraticiis, lib. IV, c. III, col. 518, Jean de Salisbury, dit en parlant de la Logique : « Astutias Aristotelis. » Ailleurs, Metalooicus, lib. III, c. VIII, col. 906, il s'exprime dans les termes suivants par rapport à la Logique : '< Aristoteles argutias procurât. »

(^e qu'il blàiDC, c'esl l'aljiis (]u«; l'iiil <!<' ((31 art (jijcîIqiies ergoteurs qui on! une très grande estime pcjur* la Logique, non point qu'ils soient versés flans cet art, naais parce qu'ils désirent passer pour logiciens^ On voit par ce dernier texte encore que la logique ou dialectique est loin d'être décriée à la fin du XII'' siècle puisqu'on se (ait une gloire de paraître logicien. I>c chapitre XII du VII^ Liv. de Polycraticus, sur le(juel Hauréau semble s'appuyer pour défendre son assertion, prouve plutôt le contraire de ce que veut établir l'auteur cité. Car, si Jean de Salisbury s'élève contj'e ceux qui réduisent la Philosophie à n'être plus qu'une question de mots, c'est que la dialectic^ue^ loin d'être mépri'^ée, est, au contraire, la science la plus cultivée et la plus estimée. L'abus même qu'on en fait en est une preuve frappante. Et si quelque secte, celle des Cornificiens, alïecte, pour la Logique, un dédain irrationnel, Jean de Salisbury prend lui-même la plume et écrit son Metalogicus pour défendre la discipline attaquée.

Nous venons d'étudiei' la division de la Philosophie d'après J. de Salisbury. Nous avons fait observer que le Philosophe anglais paraît avoir adopté la division platonicienne. Mais, à ccJté de cette répartition, J. de SaUsbury en mentionne d'autres. C'est ainsi que dans ÏEnlheticus^ il rappelle la division donnée par Hugues

^ « Logica sola placct. Non tamen ista placer, ut eam quis scirc laboret, si quis credatur logicus, hoc satis est. » Eiithcticus, col. 967, vers 1 14.

^ « Haec (divina pagina) scripturarum regina vocatur... Hanc caput agnoscit philosophia suum ; huic omnes artes lamuke ; mechanica

<^]e S^ Victor. Ailleui-s, il semble diviser la Philosophie^ en Physique, Mathématique et Logique, (^ La raison, <lit-il, a trois modes divers de considérer les choses ; on en chercherait vainement un quatrième. D'après le premier mode appelé <( concrétion y> la i*aison étudie les choses concrètes; cest ce que fait la Physique. Dans le second mode, elle sépare les choses concrètes: tel est l'objet de la mathématique. D'après le troisième mode enfin, la raison compare une chose à une autre; c'est ce que fait la LogiqueL

Quelle importance doit-on attribuer à ces derniers modes de divisions? Quelle est la classification que lean de Salisbury donne comme étant la sienne? Il est difficile de connaître le sentiment intime du Philosophe anglais. Peut-être pourrait-on dire que Jean tle Salisbury ne se prononce d'une manière absolue pour aucune de ces classifications. Il semble cependant qu'il ait eu quelques préférences pour la division l»]atonicienne. Car on la rencontre plusieurs fois : il n'en est pas ainsi des deux autres. Philosophe éclecti- <jue-, Jean de Salisbury se contente d'énumérer les classifications qu'il connaît. Sa profession et son titre d'Académicien^^ lui permettent de douter, etdenedonner son adhésion complète à aucune de ces divisions.

quaeque dogmata, quae variis usibus apta vides... Practicus huic servit, seivitque theoricus. >•> Entheticus, col. 974-975, vers. 441 et sq.

' Cf. Entheticus, col. 979, vers 664.

- Cette remarque est de Prantl^ Gesdnchte dcr Loirik ivi ^4h'iilandi\ II B, p. 23).

•' Jean de Salisbury affirme plus d'une lois qu'il appartient à la secte des Académiciens. » Nec academicorum, dit-il dans le Prologue du Polycraticus, col. 388, erubesco protessionem, qui in his quae sunt dubi-

(Juanl aux arts Hbéraux, Jean de Salisbury leur altribue^ comme tous les auteurs du moyen-âge que nous avons rencontrés jusqu'ici, urn; très gi-ande importance. Les sciences (Ju Triviuni (ît du Quadrivium réunis forment cette admirable échelle par laquelle notre esprit acquiert l'éloquence et la sagesse'. C'est en parcourant ces voies que notre àme parvient à se réformer elle-même et à se rapprocher de Dieu^. Si Tétude des arts Hbéraux n'aboutit point à ce résultat moral, elle ne mérite pas qu'on s'y adonne^. C'est ainsi que tout, dans la pensée de L de Salisbury, doit converger vers ce point unique: rendre l'homme ver-

tabilia sapienti, ab eorum vestigiis non recedo. » Ailleurs, Metalogicus , lib. III, Prolog., col. 890, il dit également : « acaderaicus sum. » Cependant J. de Salisbury n'admet point le doute universel comme certains Académiciens qu'il tourne en ridicule dans le livre VII du Polycraticus. c. II, col, 638-639. C'est qu'en effet cette secte, nous dit J. de Salisbury lui-même, Metaîogicus, lib. IV, c. A''XXI, col. 935, comprend trois branches. Certains académiciens qui ne méritent plus le nom de Philosophes doutent de tout ; d'autres admettent les vérités nécessaires et évidentes par elles-mêmes. Il est enfin un dernier groupe d'académiciens que Jean de Salisbury appelle « nostrorum », loc. cit., col. 935. Ceux-ci ont pour principe de ne point précipiter leur jugement dans toutes les choses qui paraissent douteuses au sage. Or le sage, dit-il Ailleurs, Toi] craticus, lib.VIÎ, c. Il, col. 640, peut douter de tout ce qui n'est pas attesté comme manifeste par l'autorité de la foi, des sens ou de la raison.

' « Sic igitur animus erudientis per has septem trivii et quadrivii vias elcquentiam et sapientiam adipiscitur. » De septem septcnis, Patr. lat., cd. Migne, T. 199, sect. I, col. 949.

■^ « ... anima cujuslibet in iisdem viis et iisdem modis, quibus dictum cst^ sui rcformationem et accessum ad Deum consequitur. » Ibid., col. 949.

•^ « duid enim prodest, dit J. de Salisbury, grammatico regulariter pro ferre et enormem vhx gibbum ferre ? » "De scptcni septeuis, col. 949.

liieui'. La Philosophie spéculative se trouve parle fait même mise au secoud plan. Jeau deSalisbury, avonsnous dit, ne parait pas s'en être beaucoup préoccupé. Car il ne parle pas même de la triple division de la science spéculative en Physique, mathématique et théologie ; et cependant des dilïérentes répartitions signalées, aucune n'avait été plus souvent et plus fidèlement reproduite. Mais laissons se lever le Xlll^ siècle, l'époque par excellence de la Philosophie scolastique; nous verrons les esprits se livrer aux études philosophiques avec une intensité nouvelle. L'apparition de divers ouvrages d'Aristote inconnus jusqu'alors provo- (juera ce grand mouvement qui marque l'apogée delà Scolastique. Nous assisterons à la constitution définilive de la synthèse scolastique et le problème de la classification recevra la solution la plus rationnelle (ju'on en aie jamais dormée.

' « Est enim quaclibet professio philosophandi inutilis, et falsa, quas se ipsam in cultu virtutis, et vitce exhibitione non aperit. » Metalogiais, Proloous, col. 825.

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