‹ Problème de la classification des sciences d'Aristote à St. ThomasChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l.A CLASSIFICATION DES SCIENCES d'APUÈS ARISTOTE

SOMMAIRE

La science d'après Aristote. — Divisions indiquées par le Stagirite. — Division fondamentale. — Objection de Zeller. — Place faite à la logique. — Objet et subdivision de la Philosophie spéculative, en physique, mathématique et théologie ou Philosophie première. — Objet de chacune de ces sciences. — Objet et subdivision de la Philosophie pratique. — Opinion de Barthélémy St-Hilaire sur le rôle de la science dite Politique. — Conclusion du 1er chapitre.

Il est bon, au début de cette étude, de se hippeler ((iielle est la portée ou |)lutôt la définition de ce mot M science^) dans les écrits d' Aristote. «Alors seulement, (( dit le Philosophe, nous croyons avoir la science c( d'ime chose, lorsque nous en comiaissons la cause : »

> II ^Aua]. Post., c. X. p. i6i, lig. 19. Cf. etiam I Aiial. Post., c. II. p. 122 hg. 33.

De cette définition il ressort clairement qu'Ernest Na\ ïlle n'a pas saisi le caractère propre de la science en la définissant « Tétat de la pensée qui possède la vérité ». Xavîlle, Di'finitiou de la philosophie, Paris, 1894, p. 3. — On peut en effet avoir la connaissance certaine d'une chose, et par conséquent en posséder la vérité, sans cependant en avoir la science. Telles sont toutes les vérités acquises par le critérium d'autorité.

Mais quelle est ceUcî cmiso ? r:ir* Ar'istoU' en (•()tn[)lf* '[iiiiti'c^ (<'(îsl In (';iijs(i cssentiellfî, celle (jiii nous fîiil (.•ominilr'c l:i iiahii'e ou le rô u /]// ctVw/, friui èln^'^. (^esl eelle qui est re([uise pour* loule (léfiriiliou scieritifi(jue puisque Ja délinilion est le fondement de toute science^. Par conséquent, nous n'aurons la science d'un être, qu'aiitant que nous en connaîtrons l'essence. Mais, à ce titre, toute connaissance est scientifique et devient pour Aristote une philosophie. Nous verrons bientôt, en etïet, que, d'après le Stagirite, ces deuxmots (( t7H(Tzr]jur] )) et <( ç>i'Ào(Toàta » sout syuonvmes. Il les emploie indifféremment pour désigner les mêmes sciences '* ; ce qui nous permet de conclure que le jjroblèine de ]?. classification des sciences, pour le fondateiu' du l^yc ée n'est autre que celui de la division de la P?iilosophie rpii com[)rend, dès lors, toutes les sciences, ainsi que nous le montreront les écrits du Stagirite .

Ces préliminaires établis, demandons à Aristote comment il divise la science ou la Philosophie. Nous devons reconnaître tout d'abord que le Philosophe de Stagire ne paraît pas s'être préoccupé de la question

' II Anal. Post., c. X, p. i6i, lig. 20 & sq.

^ ^EniaiqiÀïj yÙQ éxàaiof Iffily ozat^ zo xC ï]v...Elvat yt^wfiet'. II Métaph., c. 6, p. 543, lig. 16 & 17.

^^Erszl <r o()o: fzli^ Kôyoç b zo zt fji^ elt^aiarj^att^cût'. I Top., c. 5, p. 1 74, 1 . 2 j ; — nàaat al tTiiazfjuai âi ^biiM^aov yiyvovzoii. II Anal . Post. , c. 14, p.-:/''^,]. 31.^

'' Parlant, en effet, de la subdivision de la science spéculative, il dit qu'il \' a trois philosophies spéculatives, <f~z^et^cKf elet^ oû.oaoéiat, ^ad-i]uazcAÎ], <pvsnxri^ OeoXoyiy.ïi.» V Met., c. i, p. 535, I. 7 & 8. Ailleurs, X Métaph., c. 7, p. 592, 1. 52, il emploie le mot <c science » au lieu de « philos; f ''■*-' "> T^Layét^T] zco^' OecoorjziXMu Iniazriu&f tazi ,<fn (ji'/.r^. y., z.l.

(le la classification des sciences an même degré (|ue les Philosophes du haut moyen-âge on de la grande époque scolastique. Il semble n'avoir attribué qu'une importance secondaire à cette (jnestion. Il indique néanmoins à diverses reprises des divisions de la Philosophie. Mais ces indications ne nous permettent [)as de démêler clairement la pensée (TAristote. Car, n'étant pas identiques, elles donnent lieu à des discussions et engendrent une certaine confusion.

« Si nous cherchons à connaître l'organisation du système d'Aristote, dit à ce sujet un historien de la Philosophie grecque, nous nous trouvons en pj'ésence d'un cas souverainement troublant pour lequel nous n'avons aucun éclaircissement suffisant ni dans les écrits d'Aristote lui-même, ni dans une tradition certaine sur le mode de division adopté par le Philosophe ^ Quoiqu'il y ait, à notre avis, quelque clioï-e d'un peu exagéré dans ces paroles, du moins quant à ce qui regarde la tradition^, il faut convenir cependant que, pour certaines divisions, les indications que fournissent les écrits d'Aristote ne sont pas assez précises pour porter un jugement définitif.

Le Stagirite indique divers modes de diviser la Philophie, comme le dit justement de Wulf^, qui ne

^ Zeller, dit Philosophie de?- Grieclxn, II Theil, II Abtheilung, Leipzig, 1879, p. 176.

* Nous verrons, en effet, dans la suite de ce travail que les philosophes qui ont le mieux compris et interprété Aristote, ne paraissent pjs éprouver le trouble dont parle Zeller. Leur autorité étant cependant d'une très grande valeur, ils ne forment pas une tradition aussi peu certaine que le croit l'historien cité.

^ Histoire de la Philosophie Médiévale, p. 60.

cite (|iie la division en sciences spéculative, pratique et poétique comme étant la plus célèbre ^

Cependant les écrits d'Aristote font mention d'un autre mode de répartition d'après lequel la Philosophie se divise en spéculative et pratique seulement ^

De ces deux modes de diviser la science d'après Aristote, celui qui répartit la philosophie en spéculati-

^ Cette division revient à plusieurs reprises dans les écrits d'Aristote: VI Top., c. 6, p. 244, 1. 36 ; VIII Top., c. i, p. 263, lig. 35 ; v Métaph., c. I, p. 534, lig. 22 etc. II, p. 535, lig- 32 et 33; X Métaph., c. 7, p. 592, lig. 27.

2 Cf. VII Top., c. I, p. 256, lig. 16-17 ; I Métaph., c. i Bl^Uov IXaxiop^ p. 486. — Quelques auteurs, parmi lesquels Zeller, op. c, p. 183 ; Ueberweg, Grundriss der Geschichte der 'Philosophie des KAlterthums, ^ 47 p. 186, parlent d'un troisième mode de division, qu'aurait indiqué Aristote ; ce serait la répartition des sciences en éthiques, physiques et logiques, I Top.,c. 12, p. 180, lig. 42 et sq. Ueberweg, il est vrai, pense qu'il ne s'agit à l'endroit cité que d'une pure esquisse. Cet auteur voii dans la division dont nous parlons, une influence des doctrines de Platon. « Eine Eintheilung, dit-il, die noch der platonischen nahe steht. finden wir in der Topik. » op. c, §47, p. 186. Cette division était-elle bien de Platon, nous ne le croyons pas. Ritter et Preller font remarquer avec raison, que cette division a été attribuée ■ imprudemment à Platon par Diog. Laër., III, 56 ; par Atticusap. Euseb.,?;-. Ev.,W, 2, et par Cicéron, / Acad., 19. Platon, en effet, ne l'indique nulle part dans ses écrits. Toutefois ses' différents ouvrages pourraient, semble-t-il se répartir d'après une semblable division. Cf. Ritter et Preller, Eletnenta Thilosophiœ ^nvcœ. cd. 8, Gothœ, 1898, p. 237 a. Sèxt. Math., VII, 16, dit que Platon en est l'auteur en puissance, âvi^âuei ulf nXàzoiP aatiy à^xw^^- Voir Ritter et Preller, op. c.,-Ç). 181; cf. Ueberweg, op. c, p. 145.

A notre avis, Zeller et Ueberweg ont tort de voir dans le passage cité d'Aristote, l'indication d'une division. Le texte allégué ne prouve nullement qu'il soit question d'une division des sciences, mais bien d'une division des propositions, établie d'après les trois degrés de certitude: morale, physique et logique ou métaphysique. « ''Ëaiï J'iw? zvnoi neçijia^Ett' X(ou Ti()oaiàae(ût^ xai x&f nço^'Arjuàtcoy f^éQr^ zQÎa. Al iiiy yÙQ, ï)Oixat nçoGiàaEiç elaip^ al âh ovotxat, ai âh koyixaî. I Top., c. 12 p. 180, 1. 42 et sq.

ve, pratique et poétique ' a été généralement a(lo[)té, parles historiens de la Philosophie-. CcMte division, nous la retrouvons, en ellét, plus (Tune l'ois dans les écrits dWristote ^. Mais doil-{dle être considérée comme fondamentale ou essentielle dans la pensée même ilu Stagirite? On peut en douter, car au hvre VIL' des Topiques \ Aristote ne parle que de la science spéculative et pratique, alors qu'il eut semblé très naturel qu'il fit mention de la science poétique à cet endroit. 11 y est, enetîet, question de la méthode à suivre {)Our déterminer si deux sujets proposés sont du domaine de la même science ou de sciences différentes. Eimmérant les sciences diverses, Aristote ne parle pas de la science poétique.

' Ce mot « poétique » ne doit pas être pris dans le sens restreint que nous lui donnons aujourd'hui. Chez les Grecs, ce mot a un sens bien plus large. La langue grecque, comme le remarque Barthélémy St-Hilaire. Morale à Nicom. Paris, 1856, T. I, C. I, § 2, note i,asu mieux rendre la différence qui existe entre le mot qui exprime l'action faite pour elle seule (nçàzzeiy) et le mot qui exprime l'action faite en vue d'un résultat différent d'elle {noieïp). La langue latine plus heureuse aussi, a traduit le mot nçà^tç par « actio» et le mot 7io/?y(T«ç par «cffectio ». De là, le nom de science « effective « donné parfois à la science poétique.

^ Stôckl, Lehrhuch der Geschichte der Philosophie, Mainz, 1888, 3e éd., I<^Abth., p. 109; Ueberweg, Grwtdriss der Geschichte der Philos, des ,jllterthums. p. 186, §47 ; Ritter et Preller, Historia 'Philosophiae Graecae p. 294. a ; Barthélémy St-Hilaire, VII liv. Top. Ch. /er § 70, IsLote, p. 271, Tom. IV; Paul Janet, ///5/01/Y de la Philosophie : Les Problèmes et les Ecoles, Paris, 1894, p. 4 ; de Wulf., Histoire de la Philoophlr médiévale, p. 60. Quant à Zeller, il ne se rallie à aucun de ces modes de division. Pour étudier l'ensemble du système d'Aristote il se fait une division fondée sur les divers genres d'écrits du Stagirite. Zeller, op. cit., p. 183.

■^ Voir page 14, note i.

* VII Top., c. I, p. 256, lig. 16 et 17.

De plus, si nous examinons le but que se propose chacune de ces sciences, nous voyons que ce qui distingue la science pratique de la science spéculative, c'est que la première a pour but l'action, tandis que la seconde a pour but la contemplation de la vérité, sans aucune considération ultérieure. L'une a donc un but essentiellement utilitaire, tandis que celui que] se propose la science spéculative est essentiellement ' désintéressé K !

Si, après cela, nous comparons le but que se pro-^ pose la science poétique avec celui des deux sciences i dont nous venons de parler, nous constatons que le : but de la science poétique ne diffère pas essentielle- ! ment de celui de la science pratique. Car, la science ■ poétique a pour but l'action aussi bien que la science ^ pratique-. Il est vrai que la première de ces deux i sciences se propose « une action faite en vue d'un ' résultat dilïérent d'elle. » Mais cette distinction, à la- (luelle Aristote lui-même n'attache pas une grande i importance, du moins quant à la fm dernière que ; poursuivent et la science pratique et la science poéti-^ que ^, cette distinction n'empêche pas que la science '

1 C'est pour cette raison qu'Aristote considère la science spéculative comme beaucoup plus noble que la science pratique qui se propose autre chose que le savoir pur et simple: x&t^ èntazr^^uœy âa zrjy abzfjç eVsast^ xal loî) eiâéfai /«('«^^ aifjsir^t' ovaat^ fiàkkoy slvai aooiai^ r] ziqv z(bv ano^aLv6vz(i)v tvEv.av.\ Métaph. c. II, p. 470, lig. 12-14.

2 téXoç Ô£ Zï]ç lûf noiTjZtxfjg zb EQyof. III T^e Cœlo, c. 7, p. 421, 1. 14. Vol. II. — TiQaxztxfjÇ âè (zé/ioç) £()yoy. I Mctaph. c. i,Aëkazzoi^ p. 486, lig. 25.

3 Ethica Nicom., c. i, p. i, lig. 17-19.

[loétique ail un but ulilitaire, f« wo^. aussi bien que la science prati({ue. Ce sera donc en vertu de celte note caractéristique que la science poétique partage avec la science pratique, que l'une et l'autre se distingueront essentiellement de la science spéculative. ()uant à la distinction entre l'action faite pour ellemême ou en vue d'un résultat différent d'elle, cette distinction peut former une subdivision delà science pratique générale, ou mieux, faire de la sciencspoéti- (jue, une science subordonnée à la science pratique. Mais elle nepermet pas d'établir, en principe, que deux sciences dont la fin générale est la même, s'opposent connue cssentielleme)il distinctes.

Xous venons de dire que la science poétique peut èti'e considérée comme subordonnée à la science pratique. Aristote déclare, en efïet, au commencement de son Ethique à Nicomaque, que tous les arts — parconséquent la science poétique tout entière ^ — sont subordoimés à la science Politique 2. Or, comme cette dernière est une science pratique, ou plutôt ne désigne pas autre chose que la philosophie pratique d'apr'ès Aristote -^ il est vrai de dire que la science

' La science poétique, pour Aristote, renternie, en effet, tous les arts, puisque la fin de tout art comme de la science poétique est la production d'une œuvre quehonque, tmi âh Téx>^Yl nàaansfilyérsffii^, xai lo rex^'àÇeif. IV Eth. Nicom, c. 4, p. 68, lig. 29- 30.

De là vient qu' Aristote dit encore pour exprimer la même pensée: At^àyxr^ ii]v rs/vT^i^' nod](T£coç, aû^ov n(jà^6Cûç slfai. Loco cit., 1. 35-36. '^ Cf. les chap. i & 2 du I'^'' Liv. Ethi. ^iconi. Nous n'insistons pas davantage sur ce point. Nous montrerons, en étudiant la subordination des arts à la Philosophie pratique, quels sont les arts qu'Aristote nomme explicitement.

' Soit que la science Politique ne désigne que la science de l'Ktat, soit

poéliqiKî (îsl siibordoiirKîc à la scj(;rj('(3 on j)liil()SO[)lii<' prali(jue. Mais une science subordonnée ii(3 doit |);i.- (igurer dans une division générale et essentielle de la Philosophie, |)uis([u'elle se trouve corn|)rise dans lui fies inenribres de la division fondamentale '.

Pour les raisons (jue nous venons d'énuniérer, nou admettrions volontiers que, d'après la doctrine rl'Aristote lui-même et les indications que nous fournissent ses écrits, la division de la Philosophie en sfjéculative et pratique seulement peut-être regardée comme fondanientale de la Philosophie aristotélicienne et comme ayant été admise par le Stagirîte lui-même. Cette division correspond, du reste, au partage de laraison en spéculative et pratique '^ et elle a l'avantage encore de s'harmoniser parfaitement avec les deux genres de vie rappelés par Aristote à plusieurs reprises^: la vie contemplative ou vie des philosophes et la vie civile ou pratique.

Si donc l'on admet que le mode de division dont nous venons de parler a été adopté par le Stagirite,

qu'elle désigne dans un sens plus large la Philosophie pratique tout entière — ce que nous étudierons plus loin — elle est dans l'un et l'autre cas considérée comme science pratique.

• Une des conditions de toute bonne division est en effet que les membres s'excluent. Or, il n'en serait pas ainsi dans ce cas, car une science subordonnée est comprise dans l'énoncé de la science dont elle est subalterne. Cf. Arist., / ^nal. Post., c. 28, p. 149. Il indique à cet endroit le mode de connaître comment une science est essentiellement distincte d'une autre.

"^ JiriQijzai Te (^txf}> ^ci^^oyne^ elaydaïuey ZQÔTioy âiai^sïf ô ^ly yào n^axiixô^ êtni Xôyoç, ô as OsœQrjuxôg. VII Polit., c. 13, p. 618, lig. 7 & suiv.

^ VII ToHK, c. II, p. 602, lig. 36-38 & 42; X Eth. Xicom.., c. 8, p. 126, lig. 19-22.

la triple division souvent énoncée dans ronivre d'Aristote n'indiquerait point une division essentielle de la Philosophie, mais elle aui'ait poui' butde montrer plus clairement que les théories exposées aux passages cités, s'appliquent à toutes les sciences, même à la science poétique, qui était déjà implicitement comprise dans l'énoncé de la science pratique, mais que les lecteurs auraient pu ne pas remarquer.

Zeller fait à ce mode de division en deux parties, comme nissi à la li'iple division, l'objection suivante: (( Si l'on admet l'une ou l'autre de ces divisions, la loi^ique ou la science analytique ne trouve pas place dans cette répartition. Il est vrai, ajoute-t-il, que les Péripatéticiens postérieurs se tirent d'embarras en altirmant que la Logique n'est pas une partie, mais un instrument de la Philosophie. Aristote cependant ne laisse nulle part entrevoir cette distinction. Du reste, il n'est pas possible que le Stagirite, qui a travaillé cette science avec tant de soin, ne lui ait pas assigné une place déterminée dans l'ensemble de sa Philosophie ^)). Qu'Aristote ait mis un très grand soin à élaborer la science analytique, dont il est, comme il

* « Nicht Linbedenkliçh ist esendlich, dassinder obigen Eintheilung, ob wir sie nun zwei oder dreigliedrig fassen, die Logik keinen Raum (indet. Die jùngeren Peripatetiker helfen sich hier mit der Behauptung, welche einen Streitpunkî zwischen ihnen und den Stoïkern bildet, dass die Logik nicht ein Theil, sondern nur ein Werkzeug der Philosophie sei. Aristoteles selbst jedoch deutet dièse Unterscheidung nirgends an. » Opus cit., p. 182. Puis il ajoute :« ... da er(Arist.) die Logik einmal mit solcher Sorgfalt wissenschaftlich bearbeitet hat, muss ihr auch in dem Ganzen seiner Philosophie ein bestimmter Ort angewiesen werden. »

l(; (li( liii-inôrne, rinveuleur ', (''(;sl b'i un poiiil incoiilesla[)le. Mais peul-nn (•oiiclurc de eu (ail qu'Arislolc il HùnéccssaireiDenliair'erlf la Lo^nqiir, non pas un sirji pie inslrunicnl, irjais une partie de la IMiilosopliie / Nous ne le croyons pas. Car', la question <ie la .Métliofiologie (levant précéder l'étude de tout(iS les sciences, est, par elle-inénie, assez imporlante pour* exjiJifjueile soin avec le(juel x\ristote a traité la science analytique, ne Teùt-il iTii-;rne regardée que comme un instrument ou comme une science purement propédeutique, ainsi que le pense Ueberweg -.

Quoi <iu'il en soit du rijle attribué à la logi(.[ue j)ar Aristote et bien que nous ne prétendions pas aftirmer (Tune manière absolue que le Stagirite a considéré la science analytique comme nn instrument de la Philosophie, nous trouvons cependant Tassertion de Zeller Irop catégorique : « Aristote ne laisse nulle part entendre qu'il attribue à la Logique rôle d'instrumentou

^ Le Stagirite affirme, en effet, à la fin de son traité des Sophismes. que personne jusqu'à lui ne s'était occupé de l'art svllogistique, auquel il a consacré beaucoup de temps et dont il est parvenu, pour ainsi dire, à fixer les régies après de nombreuses recherches : » neçl âh lov avX- XoylteaOai Ttat^TeX(oç oôâsy sixoiust^ 7i(}(ÔT€()oy à'/.ko XéyEiy, àAAà z^i^î] ^r^zovie^ no/ivi^ X(jôyoy ènoi^ovfj.Ey. » De sophis. eîenchis, <:. 34, p. 309, lig., 6 & seq. Sous C(t mot avX'jioyî^eaSai, se trouve donc compris tout ce qui a rapport aux syllogismes apodictiques, probables & sophistiques ; par conséquent, les Analytiques, la dialectique, les Topiques et le traité des sophismes, car c'est à la fin du de sophis. elench. qu'Aristote parle de la sorte. Cf. loco cit., c. 2. Ces traités réunis formèrent plus tard VOrganon. '"'est surtout sous ce nom qu'ils furent connus en Occident. V. Ritter et Preller, Historia Thil. grœcœ, p. 296 ; Ueberweg, Grundriss der Geschichte der Philosophie, p. 177, §'46.

'^ Selon cet auteur, Aristote aurait fait de la logique une science propédeutique, non seulement de la métaphysique, comme l'indique, à son

de Science propédeutique '. Car ie texte du troisième livre de la Métaphysique 2 nous parait être susceptible de rinterprétatioii de Ueberweg -^ aussi bien que de celle de Zeller. Pour notre part, nous trouvons rinterprétation du premier de ces auteurs beaucoup plus naturelle. S'il est requis de toute nécessité que celui qui veut se livrer à letude de la science métaphysique, connaisse la science analytique, ne semble-t-il pas juste de concku'e que cette dernière est une science propédeutique, du moins par l'apport à la Métaphysique ?

Xous trouvons, de plus, au commencement de la dialectique un renseignement qui peut nous être de

avis, le texte du III livre de la i^{c'l., c. 3, p. 503. lig. 21-25, mais de toute la Philosophie et de la Logique elle-même : « Da die Logik in unserm Sinne oder die aristotelische Analytik in dieser Eintheilung keiiie Stellehat, sokann Aristoteles sie wohl nur alsPropâdeutik betrachtet laben, und hiermit trifft seine, oben angefùhrte Erklàrung (Mel. IV., ], 1005, éd. Bekk.) ùber die Notwendigkeit, sie vor dem Studium der Metaphysik bereits zu kennen, zusammen, die zwar die Logik zunâchst iiur zur Metaphysik in eine propàdeutische Beziehung setzt... aber doch wohl auch ein gleiches propàdeutisches Verhàltniss derselben zuder hik und Physik voraussetzt, sofern aus der oben angefuhrten Vorausiverweisung. » Anal. PosL, II, 12, folgt, dass die Analytik wenigstens luch vor der Physik verfasst worden sei, und die im prganon gelehrte VIcthode, mit welcher der Philosophie Studierende vor'ihrer Anwen- -lung vertraut sein soll, nicht nur die Méthode der Metaphysik, soniern jeder philosophischen Doctrin, also auch der Ethik und Physik ist. ^Veilich ist dieselbe auch die Méthode der Logik selbst. Grwulriss der je^chichte der ThUoiophie, p. 187, § 47.

• Voir page 19, note i.

•2 Aristote, /// Mêtaph., c. 4, p. 5C3, lig. 21-25: « oaa â'êyxEi()ov(n Sïv l^yôvKûv xivlçnB{iï zfjg àkï]Oeîa:;, w t^ônoi' âeî ànoâéxeadaù' âi^àlaiÔEvaîav zàw àya'AvTiy.chi^ lovio (fo(7)atf' âet yà() neo/ zovzmt^ i)xsiy r()omiaiaiuét'ovç, al'Kà ^urj àxovoi^zag Cri^sf^*"- >

^ Grundriss der Geschichle der Philosophie, p. 187, §47.

quelque iilililé. Ai'isloUMlil, à cfLerKJroit (jik; la science ou l'art de la (Jialectique est utile aux seieiiees philosophiques. (T Car* nous pouvons facilement, Hil-il. ijràce à cet art, connaître ce qui est vrai ou faux : l;j dialectique nous permet en outre dediscutei'les principes premiers de toutes les sciences ^ » Mais si le rôle de la dialectique se borne à servir aux sciences philosophiques 2, qu'est-elle autre chose qu'un moyen, qu'un instrument, qu'une science propédeutique V Et si, de ravis même de Zeller, on ne peut pas séparer la Dialectique des Analytiques -^ n'est-il pas rationnel d'appliquer aux Analytiques le rôle attribué à la Dialectique, ces sciences étant inséparables ? En tous cas, il nous sufiit, pour infirmer l'assertion de Zeller, de savoir qu'au moins une partie de la Lo,ç(ique peut être regardéecomme un instrument delà Philosophie et qu'Aristote parait réellement l'avoir considérée comme telle. Du reste, nous croyons que, pour se rendre compte de la place faite à la logique par le Philosophe de Stagire, il faut se rappeler l'union étroite qui existe entre la logique et la Métaphysique. Ces deux sciences,

« IIqoç âl xàç xazà ipiloaoéiav IntavriLia:;, bit âv^àuei^oL nçoç à^u- (pôiSQa âtanoQTqaat Qàoy, Iv éxâaioiç xazoïpô^ueOa xàkï]6ég zs xa't zb ipsvâoq, £Zi âe TiQb!^ zà TiQ&za zà^y nsQÏ éxàazrjy ènKTzrjurjy ào/wy » I Top., c. 2, p. 173, lig. 24-27.

'^ Remarquez qu'Aristote ne dit point, dans le texte cité, que la dia: lectique sert aux atiires sciences philosophiques, ce qui serait faire de la dialectique elle-même une philosophie ou une partie de la philosophie.

3 « Die Dialektik ohnedem làsst sich von der Analytik, unserer Logik, nicht trennen. Die Thilosophie der Griechen, Il Th., 2 Abth., p. 181. Et c'est sur les écrits mêmes d'Aristote que Zeller s'appuve pour avan-l cer cette asssrtion dont nous ne contestons point la valeur. Zeller cite' le i<^i- ch. du lef liv, des Topiques. Voir Zeller, op. fit., 1. c.

1 elïet, ont entr'elles des rapports si intimes qu'il est fipossible d'étudier la genèse de Tune et le processus 3 l'autre sans s'aider à la fois de l'une et de l'autre. a logique a, vis-à-vis de la Métaphysique, des rapports 3 dépendance que l'on ne peut nier sans ruiner

science logique elle-même. Cette dernière, étant en ïel, la ((Scientia rationalis » suppose nécessairement existence du principe rationnel, c'est à dire de l'àme lisonnable, de ses facultés et de la possibilité d'arri- 3r à la connaissance de la vérité. Or, l'étudede l'âme, 3 ses facultés, etc, appartient à cette partie de la Métaphysique spéciale appelée Psychologie. De plus, - et c'est pour la Logique un second rapport de désndance, — la science rationnelle reçoit de la Méta- ^ysique générale les principes fondamentaux de l'art

llogistique, ainsi que le remarque Aristote ({7i€()i t^p

/.koyiGiixdùt^ «(>/fô/^ lavly (zoï) (pcÀoaoçoî)) tniaxLipaaOai. 1. D'autrC

u't, la métaphysique a, elle aussi, des rapports de dépenmce vis-à-vis de la logique. Car il appartient à la loque d'indiquer à la métaphysique, comme à toutes ■i sciences du reste, le mode de procéder dans leurs cherches et la méthode à suivre dans l'étude de l'être nt s'occupe chaque science sous un point de vue écial.

Il est ridicule, dit en elfét Aristote, de chercher à

Jmaître en même temps et la science et la méthode

uivre pour arriver à la coimaissance de la science.

àut, avant tout, être instruit du mode de procéder

'' /// !Métaph., c. III, p. 503, lig. 27. — Il ne faut pas oublier que lot « ô oiXôfToooç » seul désigne toujours, dans la métaphysique d'A- )te, celui qui étudie la sagesse ou la Philosophie première que nous

pfopi'c à cliaqiKî science '. Aussi Arislote se rn<jiilre- 1-il li(lèl(; à ce [)rinci|)(;, loi'squ'mi fV'' livi'e de hi Méluphysique, cli. IV, il nous avcîi'liL (|u';ivaiil de (Jélinir la substance sensible, il i'np|)eller;i tout d'abord ce (jue c'est que la déiinition an point (Je vue log^ique : n^w-

xoy elnoofiei^ ti^ia neçï avzov 'Àoyiy.côg, oit laii xbie fit' eiyai ixàaioj 6 'Aéyszai xa6^ avzo.»

La logique se trouve ainsi mêlée à la Métaphysi(jue et l'union étroite de ces deux sciences, dont Tune sert d'introduction à l'autre, est peut-être la raison pour la- ([uelle Aristote ne parle pas de la Logique, dans les divisions qu'il donne de la Philosophie. Ils se contente de nommer la Métaphysique, enveloppant sous ce nom la logique elle-même. Cette hypothèse qui nous paraît possible, ne change en rien le rôle de la logique (pii ne serait encore qu'un instrument ou une science propédeutique.

On peut donc, croyons-nous, expliquer facilement pourquoi Aristote ne fait pas mention de la Logique dans la division de la Philosophie, en deux parties, comme aussi dans la division tripartite : c'est parce qu'il considère la Logique comme un instrument de la Philosophie, — et, dans ce cas, elle ne doit pas entrer dans la division fondamentale de la Philosophie, — et parce qu'il considère la Logique comme si intimement unie à la Métaphysique, qu'en nommant h

nommons généralement aujourd'hui Métaphysique. Voir à ce sujet, 1 D^étaph., c. t et 2 et tous les chapitres où l'on rencontre ce mot. Par tout le contexte indique qu'il est question du métaphysicien.

1 / Mêtaph., c. III, A skaTToy,p. 488, lig. 20 et sq. : « âib âec ns natâevaHat. n(b^ exanza ànoâexzéoy, ôg àzonoy ay.a ^rjzsii^ IniGiri^r] xal ZQÔnoy IntazrjfÂrjç. «

seconde, Aristoie y renferme implicitement le nom (le la première.

Dans Tun et Tautre cas, par conséquent la logique est une science propédeutique ou un instrument de la Philosophie. Dès lors, Tobjectiontiréede cefait que dans la division bipartite ou tripartite, il n'est réservé aucune place à la Logique, ne nous semble pas être un obstacle à ce que Ton adopte la première de ces deux divisions comme étant, dans la pensée même du Stagirite et d'après les indications que nous fournissent ses écrits, la division fondamentale de sa Philosophie.

Cette division fondamentale établie, ou tout au moins discutée, nous devons étudier les subdivisions de chacun des membres de la division générale, c'est-à-dire de la Philosophie spéculative et de la Philosophie pratiijue. Nous commencerons par la partie spéculative. Le premier rang lui est dû, puisque la <( spéculation est ce qu'il y a de plus noble et de plus agréable» L Elle nous rapproche en effet de Dieu et nous met en possession du vrai bonheur 2. »

Quelles sont donc les sciences comprises sous le nom de spéculatives ? Aristote en compte trois. « Il y a, dit-il, trois philosophies spéculatives, s^^e xQeïg av

BLev éûoaooCai OBmQrjZLyiai, fxaôr^^aztxri, ^vaixr], ÔeoXoytxt] ^, Ailleurs, il se sert du mot a Science d au lieu de philosophie : (( Il y a trois genres de sciences spéculatives )>^

1 Aristote, XI Métaph., c. 7, p. 605, lig. 46.

'^ Aristote, X Eth. ''Micom., c. 8, p. 126, lig. 21 & 30.

3 V Métaph., c. I, p. 53/, lig. 7 & 8.

yixi] ^ .

Mais sur quel principe est fondée cette division la science spéculative en physique, nnatliénaatiqiie et théologique '? Aristote va nous renseigner encore. Partant de cette loi fondamentale qu'une chose ne f)eiit devenir intelligible qu'autant qu'on lui a fait siibii' cette transformation qui s'appelle c( l'abstraction ''\ /> h^ Philosophe de Stagire divise les sciences selon le degré d'abstraction propre à chacune d'elles. Que toutes les sciences supposent ce travail d'absti'action, cela est évident, puisque l'objet propre de la science, n'est autre que l'universel ^. «Des choses singulières^ en effet, ajoute le Philosophe *, il n'y a pas de science possible, puisque tout ce qui est singulier est marqué du caractère de contingence et soumis au changement. » Mais pourobtenir l'universel, il est nécessaire de faire abstraction des notes propres à chaque individu pour ne saisir que ce qu'il a de commun avec les êtres de la même espèce ou d'un même genre. Or, ce quelque chose de commun à plusieurs êtres d'une même espèce, c'est, dit Aristote -% ce que nous appelons l'universel, c'est l'essence. Et comme la science a pour but de connaître l'essence des choses, le

' X Métaph., c. 7, p. 592, lig. 52 & sq.

2 (( o/Lcoç a(ia &=, y^w^Laia là n^ày^axa tfjg vXr]^, ovico xaî nsoi zou yovf. )) /// de ,Amma, c. 4, p. 468, lig. 4 & 5 : Les choses deviennent intelligibles selon qu'elles sont séparées de la matière.

^ «■ nàaa tniaiî][^ z(x-)i^ xadô'Aov » X V\iétaph., c. i, p. 585, lig. 38.

^ II Métaph., c. 4- p. 494, lig. 37 & sq.

^ I de Partihus ^nim., c. 4, p. 226, lig. et 6.

Iravail d'abstraction sera donc une condition indispensable à toute science.

Mais toutes les sciences font-elles abstraction de la matière au même degré ? Non, et c'est précisément de la ditîérence dans la manière d'abstraire que naît la division des sciences spéculatives.

La philosophie physique ou science naturelle ne lait pas abstraction totale de la matière. Et cela^ parce que son objet n'est autre ({ue la substance qui possède en elle-même le principe du mouvement et du l'epos • et qui, par conséquent, est composée de matière sensible et de forme. Toute substance, en eiïet, sujette au mouvement ou au changement - étant en puissance k de nouvelles formes, suppose une matière 3. « Toutes les substances sensibles, dit Aristote, ont une matière*. « Par conséquent, puisque la Philosophie naturelle doit définir et par là même faire connaître Tesrence ou la nature des substances sensibles '\ elle devra faire mention des deux principes

* Jleçf yà() trjy zoiavzrjp loxiv ovaCav Ivrir] àQX^ zfjçxiurjaecoçèt^aiifj. V ïMétaph., c. i, p. 534, lig. 20.

- Par mouvement, Aristote entend tout changement « nàaa xét^r^aiç fxeia^oXi] it^ » X Métaph., c, 11, lig. 21. Il compte quatre espèces de mouvements ou de changements : changement de lieu, de quantité, de qualité et de substance. Fil Métaph., c. i, p. 558, lig. 34-40.

•■' La matière est le principe des choses qui deviennent. VII Métaph., c. 4, p. 561, lig. 27. Sur le rôle de la matière et de la forme, comme principes essentiels ou constitutifs des substances sensibles, cf. I Phys., ou Natur. Auscult., 9, & VII Métaph., ci.

^ V. ai â^aîahr^iai obaîai nàaat vX^v a/ovait' » VH Métaph., c. i, p. 558, lig. 25-26.

^' X Métaph., c. 7, p. 592, lig. 32. — « Vouloir autre chose, dit Aristote, que faire connaître l'essence en définissant, c'est ne rien faire. V Métaph., c. i, p. 534,* 1. 30-32. Puis donc que la Physique est une

conslilutirs (les corps naturels qui soni l;i niatière sensible et la l'orme substantielle ^

Cependant, si la l^liysique ou science natundhî ne peut Taire abstraction de la matière sensible en général, elle doit abstraire de la matière sensible inriividucllc, puisqu'il n'est pas possible de définir les substances

Sensibl6îS singulières '. T^^yy ovamPKJiU alaSrji&y Zfny y.afi^ Lxania

oWoQLa^ôz. 2 Car, ajoute le Philosophe, elles ont une matière dont la nature est d'être contingente. C'est pourquoi toutes les choses singulières sont soumises à la corruption^ et ne peuvent, par conséquent, entant que singulières, devenir l'objet de la science.

Grâce à cette abstraction de la matière sensible individuelle, la Philosophie physique devient une science dont le domaine embrasse tous les corps naturels qu'Aristote répartit de la manière suivante : corps naturels possédant le principe vital et ceux ne le possédant pas. Les premiers se subdivisent selon qu'ils ne possèdent que le principe vital végétatif (Plantes) ou qu'ils ont de plus la vie sensitive (Brutes) ou qu'ils jouissent en outre de la vie intellectuelle (Hommes^.)

science, elle doit aussi faire connaître l'essence des objets ou des êtres soumis à son domaine. Cf. x. Métaph., c. 7, p. 592.

* Au II Phy. ou Natur. Ausc, ch. II, p. 263, 1. 22 & suiv. et au VI Métaph., c. II, p. 551, lig. n & suiv., il montre comment il appartient au Physicien de considérer non seulement le principe matériel, mais encore et surtout le principe formel en tant qu'il se trouve dans les êtres composés de matière. Aller plus loin, ce serait empiéter sur le domaine de la Métaphysique. Cf. // Isiatw'. ^usc, c. 2, p. 263, 1. 45-5 1 .

2 VI Métaph., c. 15, p. 555, lig. 3.

3 Ibidem, lig. 4.

^ II De ^iiima, c. i & 2.

La Phy^ique comprend rlonc ce que nous appelons aujourd'hui le règne minéral, le règne végétal et le règne animal, et de plus, la science qui Iraite de l'âme en lant que forme du corps '. Car le physicien doit étu<her non seulement le principe matériel, mais encore le principe formel. Voilà pourquoi le physicien doit, d'api'ès Aristote, s'occuper de l'àmedans uTiecer- Liine mesure -, non pas assurément en tant que substance spirituelle, mais en tant que principe formel de WHve vivant.

Si ce tableau nous indique l'étendue de la science ou tMiilosophie physique, il nous montre surtout que la

' Si Aristote n'indique pas ces différentes subdivisions de la science Physique, c'est que pour lui, le Physicien, tel qu'il l'enteud, doit connaître tous les êtres dont s'occupent les sciences particulières citées plus iiaut. Il .se contente dénuniérer, à titre d'exemple, un cerlain nombre de substances physiques, objet de In science dont nous parlons. Aiusi, il appartient au Physicien d'étudier la plante el ses diverses parties, l'animal dans son entier: « El ârj nàvza zà ovGiy.à... oiof (ù-, d(^6aX[j.oç^ TjQÔaamof^, aàQ^, onzovy, oX(oz Çvooy. ovkjior, (iîÇo., éXoibç. o/Lco: (j)vxôv. .. xai TTE^l il^vXfjç tpîaç deoifjfjiTat zov (/>va:txov. onrj /ur] àvev zfjç (v^r]ç{ laziv. V Métaph., c. i, p. 534, lig. 36-42. — Les principaux ouvrages d'Aristote sur la science Physique sont : La Physique comprenant huit livres, la Météréologie, le Traité du Ciel, l'Histoire naturelle des Animaux, le Traité de l'Ame en partie, etc. Ce nombre atteste l'importance que le Stagirite attachait à la Philosophie ou science Physique qu'il a, pour ainsi dire, fondée et portée du même coup à un haut degré de perfection, d'après le témoignage des savants modernes, qui reconnaissent qu'Aristote « a résumé en lui le génie de la Métaphysique... et le génie des sciences, surtout des sciences biologiques, qu'il a créées et où il excellait déjà. » Farges, Le Cerveau, l'Ame et les Facnltés, Fans, 1897, 5e éd. p. 14.

« Il (Aristote), dit Paul Janet, fonde l'anatomie et la physiologie comparées, et, dans cette science délicate des êtres vivants, il fait preuve d'un esprit d'observation et d'un génie créateur qu'admireut encore les savants modernes. » Histoire de la Philosophie, c. IV, p. 951.

' I de Parlihus .Animal., c. i, p, 221, lig. 25 & sq.

division adoptée [)ai- le Slaj^irilc n'csl |)oiril purf-niciil arl)ilrair'e, comme le sont trop souvent les divisions dormées pai* l(3S p[iilosopli(3s modtirnes. Elle repose sur un principe (pii est le mèrrj(î pour la <livision fie tonte la philosophie spéculative.

En elïet, si après cette pi'eniière étape dans le domaine de Tabstraction, nous avançons (îiicoi'c, nous nous trouvons en présence de la philosojihie ou science inathématique (jui Fait luie abstraction |)lns complète de la matière. Le mathématicien en ei^et, abstrait non seulement de la matière individuelle, mais encoi'e de la matière sensible commune. Il lait abstraction de toutes les qualités sensibles, dit Aristote, pour ne conserver que la quantité et la continuité. '. 11 n'étudie les êtres soumis à son domaine qu'autant quils sont étendus et continus, peu lui importe quelescorps^ soient composés de tel ou tel métal, qu'ils soient en bois ou en pierre ^. Ce qui le préoccupe, c'est leur étendue, leurs dimensions. Dans la définition qu'il donnera du triangle, il ne fera pas mention de la matière sensible commune, non pas qu'il prétend affirmer que l'être quantitatif, ou, sil'onveut, l'êtreétendu n'existe pas dans la matière sensible 3, ce qui serait

^ X Métaph., c. 3, p. 588, lig. 6 Se sq.

■^ Vf Métaph., c. 11, p. 550, lig. 9& lO.Tout enreconnaissantqu'elle est difficile, cette opération par laquelle l'esprit sépare ou abstrait de l'être quantitatif les qualités sensibles sons lesquelles il nous apparaît, Aristote avoue cependant que, lors même que tous les cercles seraient d'airain, p. ex., il n'en resterait pas moins vrai que l'airain ne ferait pas partie de l'essence du cercle et n'entrerait nullement dans sa définition, Loco cit.; cf. IX Métaph. c. 9, p. 583, lig. 40 & sq.

3 Le Stagirite dit, en effet, que la science mathématique s'occupe des

contraire à la vérité ; mais le mathématicien fait abstraction de cette matière. Il examine en un mot, la matière quantitative comme matière intelligible et non comme matière affectée de qualités sensibles. Car il y a, dit Aristote \ une matière intelligible propre aux êtres mathématiques, comme il y a une matière sensible propre aux êtres mobiles, c'est-à-dire soumis h un changement quelconque.

La science ou Philosophie mathématique ^ ne fait donc pas abstraction totale de la matière, lorsqu'elle doit définir Têtre quantitatif ou étendu.

Après avoir établi le mode d'abstraction propre à la philosophie ou science mathématique, nous devons montrer comment elle se subdivise et ce que comprend ce terme générique de aï uaeruxauxai x&y InLazrj^ibt^ -^ Car, dit Aristote, de même que la philosophie se divise selon la diversité des substances, ainsi la science mathématique se subdivise * selon que l'objet étudié est

ctresqui, tout en n'étant pas soumis au changement, ne sont cependant pas séparés en réalité de la matière sensible : ^ âe f^adrjuaztxri ôsa)(JT]iiaî] txh^ xai nsQi uéfot^ià ztç avxr], dAA'oè /ft)^t(Trd. X Métaph., c. 7, p. 592, lig- 44-45-

Mais le mathématicien n'a pas à tenir compte de ce mode — propre aux êtres mathématiques — d'exister dans la matière sensible. Ils peuvent se concevoir et se conçoivent, en effet, indépendemment de toutes qualités sensibles, « puisque la quantité est le premier accident inhérent à la substance. » VI Métaph., c. 3, p. 539, lig. 43-45.

* VI Métaph., c. 10, p. 549, lig. 35.

* « Urj (f' r/ ^aè// aiffOrjzi] êffzty f; âe yorjzrj, aiadr^zr] /uht' otoi^ /«Axôç xaiH^'Aoy xal offr] xiyrjzr] vlri, yorjZT] âh f] Iv zoig aiaôrjzoï? bnaQXovaa fJ-fj f] aîaHrizà, olou xà ^uafiT]^azixà. » VI Métaph., c. 10, p. 549, lig. 35-38.

^ I Ami. Tost., c. 14, p. 135, lig. 24. « êffzt yÙQ ô <^ij\,6ao(^oç ôitmeQ 6 ixaerj^azt.xbg Xeyô^ei^oç' xal yàç avxr] ëxet fU6(Jr], xai nQwxr^ xig xal âsvzé^a taziy iniazr]ur] xal allai è^eèfjç tV Tocg uaÔrj^uaaLt^. » III Métaph., c. 2. p. 501, lig. 17 & sq.

l'unité, U; ()()i!il ou l;i lii^ric. E\\ j)i'(,'rïii<'i' I'umj, nous devons ranger TAridjinétique qui est, paraii toulc^s les sciences niattiéuiatiques, celle qui nous fouiTiil lu [)lus grande certitude, ' et cela, parce ({ue son (jt)j('t (?sl plus simple et plus éloigné de toute matière. Elle mérite encore la première place parce que les autres sciences soit la géométrie, soit les sciences subalternes l;i supposent nécessairement, étant donné que; toutes doivent faire usage des nombres.

A côté de cette science qui a pour objet l'étude des nombres 2, dont le principe est l'unité, Ai'istote place la géométrie, dont le domaine est très étendu. Elle s'occupe, en etîet, du point, de la ligne, de la superficie, en un mot, detoutes les grandeurs •^. Telles sont les deux sciences purement mathématiques. Elles ont des principes communs à l'une et à l'autre et des principes propres à chacune d'elles ^.

Mais de l'arithmétique et de la géométrie dépendent d'autres sciences appelées subalternes parce qu'elles empruntent leurs principes à une science supérieure. Ce sont la musique qui emprunte à l'arithmétique les nombres, l'optique ou la perspective qui reçoit de la géométrie la ligne qu'elle applique à son objet propre, la stéréométrie, science subalterne aussi de la géométrie et dont le but est de fournir les principes des me-

■• Cf. / Anal. Post., c. 27, p. 149, lig. 23 et suiv. '^ I Anal. Post., c X, p. 130, lig. 39.

3 "^ (ff yecofXETQÎa (OscûQeT) atj^BÏa xal y()âuiuaç. I Anal . 'Post., c. X, p. 130, 1. 39 & sq. Pour les autres grandeurs, cf. IV Métaph., c. XIII, p. 525, lig. 25 & sq. & X Métaph., c. III, p. 588, lig. 11 & sq.

4 / Anal. Tost., c. X, p. 130, lig. 28 & sq.

sures des corps ^ L'astrologie est également regT\rdée comme une « philosophie spéciale » des sciences mathé-

maticrueS- tx lî]^ olxeioiâit^ç <^i).oao<^Ca t(oi^ ^uaôr^fxazixôiy tJiiair^fÀ&t^ âei axoTielf èx ii]ç àffi(toXoyiaç zo TiXfjf^oçiœtr ^o()(X)y 2 Qgc- gcicnCCS

subalternes ont à leur tour d'autres sciences qui empruntent d'elles leurs principes. Ainsi la mécanique est une science subalterne de la stéréométrie, la science de la navigation reçoit de l'astrologie ses principes; l'optique a comme dépendante d'elle la science de l'arc-en-ciel ^. Le tableau que nous venons d'exposer permet donc <le conclure que la philosophie mathématique, d'après Aristote, était bien plus étendue que ne le sont aujourd'hui les sciences mathématiques. Le Stagirite n'a cependant pas composé de traités spéciaux sur cette partie de la Philosophie ; du moins aucun n'est parvenu jusqu'à nous. Néanmoins, il déclare d'une manière très formelle, comme nous l'avons vu, que la philosophie mathématique est une science spéculative, qu'elle a ses principes, ses éléments et ses causes *.

* l ^nal. PosL, c. XIII, p. I34,lig. 53 Se sq.

- XI D\,Cétaph., c. VIII, p. 607, lig. 2 &: sq. — La musique, l'optiqui; et 1 astrologie sont considérées dans d'autres traites comme étant les sciences mathématiques se rapprochant le plus de la science physique, ou comme étant plutôt physiques que mathématiques : « Ji]Xoi (fl yjxi là ovGr/.ûneoa zchy uaOï^fiazixcoi^. oroi^ ôiTit/.î]. -/.ni ài)uoi^tx'i^ xaï ckjiqokoyt'a. » Il "N^atur. tjîiisc., c. 2, p. 263, lig. 1-2.

•^ « Ta oTTZty.à n()b~ ye(û(j.£iQLaf y.ai zà uiqxoii'Lyà TT()d=: GZt(iBouez()Lat^ y.a'i zà àoaovixà ttoo: àoiH^r^zixijt' y.al zà ôaLi^ôutinx (appelée plus bas « vavZLxr^.) ttooç àaz(mXoyLy.î]i^ » c. 15, p. 135. — « h/Eiôl xcÙttqÎ)^ tt^i^ oniLx'i]i'. ror avzr^ nooç zî^y y£ù)ii£Z()iat^. àk'ÀJ] niihz zaïzr^i'. oloi^ ib TTùQÏ zijz f\nô'o=. lAr.al. Po.d., locociL, p. 134, lig. 53 tx sq.

'' « î^ âl uaffi'uaziy,')^. hicûor^ZLy.)]. » A' î\{(''taph., c. VII, p. 592, lig. 44; « ra;r ua6)juaziy(hr tfali^ ào/ai yjxl azo/tïa yai ali/a. » V Métaph.^ C. I, p. 5^4, lia. 3.

Si, :t|)rrs ctîln, nous luisons iiiic (''tape encofe (I;jiis le (loiiiJiiue de ra[)slracli()ii, nous airivoiis à la science abstraite par excellence, c'est-à-dire à la philosophie? premièï'e. FJIeest ainsi appelée parceqLreil(î apour-ol»jet rétude des causes premières - de l'éln* en lanl (pie tel. Mais dir*a-t-on, la [)liysi(p.ie et la science inathéniatic|iie ont aussi pour ol)j(it de c(jnnaître l'être. — Oui, assurément ; mais tan<iis (jue la physique le consi(Jère et l'étudié en tant que mobile, la philosophie mathématique en tant qu'étendue, la science première le considère à un point de vue transcendental. Elle examine l'être en tant qu'être ^. Elle fait par conséquent abstraction de toute matière soit sensible soit intelligible et s'élève au dessus du monde physique et mathématique.

Les autres sciences, dit Aristote, s'emparent d'une partie de l'être^ qu'elle spécialise pour l'étudier. La Philosophie première cherche les causes suprêmes de l'être considéré dans sa plus grande extension et en dehors de toutes les notes qui pourraient le circonscrire -^

Si on la considère dans ses rapports avec les sciences physiques et mathématiques, il est évident qu'elle leur fournit les principes premiers ^. Ces sciences, en effet,

^ ^^'Pi'Aoao^ta nçwzî]. xal xa6ôj^,ov ovT(û~ on rrocÔTr^. »V Mi'taph., c. l, p. 53J, lig. 20 et suiv.

^ Jls^i Tov byzo? f] Sy zaviri^ a^ eïr] d^ecoçr^aat. Loco cit., p. 535.

3 OMeiÂia yào z&t^ àl'Acùi^ Iniay.oTïel y.ad^ôXov nec/i zov ot^zozr] ov ak'Ka ui^oç avzov zi ànozeaôaet^ai tteoI zovzov HecûQovai zb (Tvu^ie^ir^y.ôç. III Métaph., c. I, p. 500, lig. 3 et suiv. — "Enei âl zàç aQ/à? xal zà? àxQozàia^ aïziaç Çrizovfxet^, âf]Xoi^ à)- àvaewç zifoz avzàç hvay/^alov ùvat xa6^ahzr]v . loco cil.

'* // M.ét2iph., c. II, p. 4(^1, lig. 23 et suiv.

— Xy —

supposent l'existence des attributs Iranscendcntaiix et surtout (le l'être en général qu'il appartient à la philosophie première d'étudier ^ Car elle a l'obligation de regarder comme son objet propre non-seulement l'être en général, mais ce qui est convertible avec l'être et tout ce qui se rapporte à l'être pris dans son acception métaphysique -.

Le rôle que remplit ainsi la philosophie première à l'égard des autres sciences lui a mérité, delapartd'Arisiote le nom de (((rooîa» sagesse. Car, dit-il, celle-là doit être appelée science par excellence qui n'est soumise à aucune autre, et de laquelle dépendent, quant à leurs principes premiers, des sciences subalternes ''^. Et c'est ce rapport de dépendance des sciences physiques et mathématiques qui a fait dire au Stagirite que ces deux philosophies ou sciences spéculatives peuvent être regardées en quelque sorte comme des parties de la sagesse \

l^'nvisagée sous un autre point de vue,laphi1osophie première est encore appelée ((théologie» ou science théologicjue ((deo>.oycy,7p) ''. Et cela, parce que, parmi tous les êtres immatériels dont elle s'occupe, l'être divin

< Cf. /// Métaph., c. II, p. 500.

- Cf. /// Métapb., c. II, p. 500. Il cluimèrc dans ce chc-.pitre tout ce a quoi doit s'étendre l'étude du n-.éta).",h}siLien. Voir encore

V Métaph., c. I, p. 535 1. 21 et 22 « ttequov oi^io^ fj 01/ zavVTjg ày ei}] OecDofjfîai, /.aï li lait '/.aï là tnàQ/ot^za !■ or.

3 / Metaph., c II, p. 470, 1. 14 & i) ; « itstpakrit' è/ovaa Itikjiîiuij (ffooîa) tà)i' viucùidzMt'. » VI Elhic. Niconi., c. VII, p. 70, lig. 13.

'• .Y Mi'Uiph., c. IV, p. 588, 1. 51 et j2. X Mi'laph., c. VII, p. 593, 1. I.

est le plus exce'Ilent. Car il est acte pur ^, pfiriripf^ prciniei' et suprême de toutes choses -.

Telles sont les dénominations diverses employées par Aristote pour désigner une seule et même science» qu'il appelle parfois simplement encore crpliilosopliie,>> sans y ajouter l'épithète <f rtfxhzrj » première •''. Nous tenons à signaler ce fait, parce que la plupart des scolastiques modernes ont attribué à ce mot.une portée qu'Aristote ne lui a point donnée. Ils ont cru voir, en effet, dans la définition de cette science, que le Strigirite appelle «philosophie» une définition s'appliquant k tout ce que nous comprenons aujourd'hui sous le nom de philosophie ^\ Or cela n'est pas exact. Car les textes invoqués en faveur de cette assertion ne s'appliquent pas à toute la philosophie, mais à une partie seulement^ à ce que nous appelons la Métaphysique. « La philosophie, dit en effet Aristote, étudie l'être en tant qu'être ^. » Mais la science de l'être en général, n'est-ce

* XI Mctaph., c. VII, p. 605. I. 50 et sq.

^ « Kaï e/TiSQ LazL Tt=. xoiaviïj (pvai^ li^ zoig oûaiv. l^iav&'ai^ itr^ nov xai to 6bÏov, xal avirj ai' sl'î] nQibiïj y,ai xvçecozàtrj à^/i]. » X SvCétapl)., c. VII, p. 592, lig. 49 et suiv.

•^ f] ât çtkoaoma ne^Jt zà)/^ Iv uéfisi.,. ov (TXOTteT, jteçt tb iir âîq w iwt^ joiovzm^ i'y.afTtot^ âeoiftsl. X Métaph,, c. IV, p. 588, lig. 43 et suiv; cf. op. cit., c. III, p. 588, lig. 20;' de même lorsqu'Arisiote parle du savant qui étudie l'être métaphysique, il l'appelle simplement (f oe'/jàao- Qoi ». Cf. III Me'taph., c. II, p. 501, lig. 17, 47 et 49 et X Métapb.^ c. III, p. 587, lig. 18: « fcoT^^ /;" ZOL) oiKo(T9qH>v IntGzr^ar] zov oyzoç /; o// y.aSôXov xal ov xcczà ^uéooç: la science du philosophe est celle de l'être en tant que tel et non d'une partie seulement de l'être.

^ De là vient que la plupart des scolastiques modernes définissent h: philosophie « Scientia per ultimas causas. »

^ Voir texte cité plus haut, p. 25, note 6.

pas celle que nous nommons ((Ontologie» ou HMétaphvsique?» On voit par laque le mot philosophie est pris pour la Métaphysique et qu'on ne peut pas l'étendreà tout ce que nous comprenons actuellement sous le nom de philosophie.

Il en est de même du mot *sagesse))qu'Aristote définit la science des causes premières '. Vouloir appliquer cette définition à la cosmologie et aux autres parties de la phih:)sophie réunies, c'est oublier que le mot sagesse, d'après Aristote, désigne la science par excellence, c'est-à-dire la métaphysique encore, comme le démontre la définition que nous venons de reproduire. C'est donc à tort, croyons-nous, que D. Mercier, dont nous reconnaissons cependant la grande compétence en matière de philosophie, emprunte à Aristote, pour l'appliquer à la philosophie tout entière, la définition que le Stagirite réserve à la Métaphysique seule 'K

Nous avons employé plusieurs fois déjà le mot de de Métaphysique. Nous ferons remarquer que cette dénomination ne se rencontre pas dans les ouvrages du Stagirite, bien que Gliarles Adam prétende que\( c'est bien ainsi qu'Aristote appelait déjà son grand ouvrage qui avait pour objet ce qui est supérieurà l'expérieiice, ou le surnaturel ^. »

Tr;t^ àt^oua:ouéyï]t^ nocuay 7iE()i là n<)(7na ahia xai làz ào/àr Ino- Anu^iàt'oriTtnât^ia:. I Mt'laph., c. I, p. 469, Hg. 46 et suiv.'

' Me^^ier, Conr^Je ThUoopbw, Logique, page i. (2c Ed., Louvain. I«97.) et. btôkl, Gnimi:^uje der PhllosophU', S i.

■■' Etudes sur les principaux philosophes, Ed. Paris, 1886, p. 3 1 — L'uiteur se fonde sur l'autorité de Pierron et Ch. Zévort qui apportent a 1 appui de leur r.^sertion, non pas un texte d'Aristote, mais d'Alexandre d'Aphrodisée. Voir ioc. cit., note i. On remarquera, en outre que

(^eLLc dénoiniiialioii (îsI doiv/iiii' posir'riciiic. On la (loil aux (lisciph^s (TArislolc (jiii r'iMinircnl, itoiir (mi former des livres séparés des (jueslioiis |)liysi<|ii('S, tout ce qu'ils trouvèrent dans les éci-ils du Mailtc, ^ ra()por'tanl à la Philosophie première ^

Après avoir examiné ror'L;anisation de la [)hil(jso[)hie spéculative, d'après Aristote, nous devons aborder la philosophie pratique et chercher à saisir la subordination et la filiation des sciences pratiques dan^; l'œuvre du Stai>irite.

Parmi les sciences qui ont pour but l'aclioii, celle qui prime et commande toutes les autres, c'est la science politique. Elle possède en effet les qualités requise: poui' être appelée souveraine ou a àQxasy.Toi^Lxri yy -^ elle commande aux autres sciences pratiques et elle s'en sert pour arriver à sa fin ^. Mais d'où lui vient cette supériorité? De son objet et de la fin qu'elle se propose. La science poUtique étudie en effet ce qui est beau et

ce qui est juste « ^« f^^ y.aXà xal zà âixaia. n£(Ji o)t^ r^ 7To?.iztxrj

axonsïzai » 3 et elle a pour but de rendre les citoyens

le mot « surnaturel » dont l'auteur se sert est fort mal choisi et aurait besoin de quelque commentaire. Mais cela ne rentre pas dans le cadre de notre étude.

* Cf. Zeller, die Philosophie der Griccht'U, II. 2, p. 80, note i ; Ritter et Preller, Historia Philosophiœ grœcx, p. 294, c. Tous deux font remonter cette dénomination à Andronicus de Rhodes. — Quant au mode dont s'est formée, de divers écrits du Philosophe, la Métaphysique d'Aristote telle que nous la possédons aujourd'hui, voir Zeller, op. cit.. loc. cit., note 2.

"^ <( ydô^sis ffar r^? xvQCOiiâzrj^ xal ^aKiGia à(iXi^^x^oi^f.xî]=. Totavzrj â^f] no'Aniy.i] (paLvEzai. TLvaç yào élirai '/Qecot^ z&f Iniaii^^ucot^ ù^ taïz 7iôXe<Ji, xal noia:^ êxàaiovç ixavÔûveiv xaï ^é/ql zu'oç, avzi] (hazâffasf. n I Eth. Kicom., c. 2, p. i, lig. 29-33.

3 / Eth. Niconi., c. III, p. 2, lig. 12.

bons et aptes à accomplir (les actions lionnètes *, ce([ui revient à dire ((ue son but est de rendre les citoyens heureux. Car, pour Aristote, bien vivre et bien a<>ir, c'est être heureux 2.

Ce simple exposé de roi)jet et de la lin propre à la science politique nous permet de déterminer ce qu'Arislole comprend sous le nom de science politique. Il ressort tout d'abord de ce que nous venons de dire, (|ue pour le Stagirite, la politi(|ue ne se borne pas à ce que nous entendons aujourd'hui sous le nom de «science politique. »

Cette expression a, en eflet, dans l'œuvre d'Aristote mie double signilication qu'il est impoi'tant de signaler. La science politique désigne la science de l'Etat, lors- (|ue le mot politique est pris dans le sens strict ^. Dans im sens plus large, rappellation de science politique s'applique à l'éthique aussi bien qu'à la science de l'Etat. Parlant de l'objet de la Politique, Aristote, avonsnous dit, atlirme que cet objet n'est autre que le bien et le juste. Or, il est évident que cette étude appartient en propre à cette partie de la politique qui s'occupe des mœurs ^ connue de nos jours sous le nom de Morale

' (' To yà() ir]^ no/iizixfj? lé/ioç à()iaiot^ èztOeusy, avtï] SI nXslazrjy i^iLué'/.siai^ noieïiai lov noiov=. iiva^ xal ayaOov? lov? noXliaç 7ioiï]aat xaï TïQaitiLXobç iGw -AaK&v. » / Eth, Nicoiii., c. IX, p. 9 ,lig. 32 et suiv.

■2 « Tr]u yà() svâai^uot'ia^' xai ol noAXoi xal ol ^aftLBfieç Xéyovaii^" zb ô^ev Çi]^ xal z'o se nqàzzBtv. » I Eth. ^icorfi., c. IV, p. 2, lig 47.

•■' Cf. // Polit., c. I, p. 496, lig. 29. Ce mot. selon son étymologic, dcsigne en effet la science de la cité; cf. III Polit., c. 7, p. 533, lig. 15

/; Tiokizfxj] âvt/açiL~ » ou « QLKoao(f>tav no'KLZLXÎqv . » loco cit., lig. 22*

'* Rappelant à quelles sciences se rattache la Rhétorique, Aristote affirme que c'est à la science analytique et à la politique qui s'occupe des mœurs « 'îx iï]=, àyaXvzixfjç Intacqfurjç xaï zfj^ nsQt zà rjOrj no'Aiztxî]^ . »

<^t qu'il est juste, au dire même d'Aristote, d'apiicilei* Politique aussi ^ Par conséquent, le mot (]e seienee politique est un terme g"énérique servant à désigner la science qui comprend et l'éthique et la science de l'Etat ou politique au sens restreint de ce mot.

Telle est, à notre avis, après examen et comparaison des textes cités plus liaut, la portée de cette dénomination de (( science politique. » Hien de surprenant dès lors qu'Aristote appelle cette science la maîtresse de toutes les sciences pratiques, et nous ne saurions, pour notre part, souscrire au jugement de Barthélémy St- Hilaire reprochant à Aristote ce de mettre la [)oli tique au dessus de la morale j) et d'attribuer à la [politique le rôle «de régler et de faire mênie la morale^». Telle n'a jamais été^ croyons-nous, la pensée du Stagirite. Si ce que nous avons dit précédemment ne suiïisait pas à démontrer que l'assertion de Barthélémy St-Hilaire est erronnée, le texte suivant tiré d'Aristote même en seraitune preuve convaincante. Rappelant Topinion extravagante de quelques sophistes, Aristote dit qu'on est allé jusqu'à soutenir que le juste et le bien existent uni- (juementen vertu de la loi, et n'ont aucun fondement

/ 'BJk't., c. 4, p. 318, lig. 47. On voit parce texte que le mot « politique » désigne non seulement la science spéciale que nous nommons « politique », mais aussi la morale, en sortj qu'il désigne toute la philosophie pratique puisqu'il s'applique a la science de l'état proprement dite et à la Morale ou Ethique.

' Il s'agit encore de la morale « tteqi là i)fiï] ni^ayuaisLa:;. 1] âiy.atôy ((Tilu noo(Tayo(Ji-vf:iy nojiczr/,T]i^. » / 'Rhet., c. 2, p. 313, lig. 44-45-

■^ Barthélémy St-Hilaire, Morale cF^4ris-toh', Tom. I, Morale à ''Miconiaqtic, liv. i, ch. i, § 10, note; d. loco cit., § 9, note. Il paraît, d'après cette note, que Garve a déjà fait ce reproche a Avii,tot:c.

dans la nature '. Si le Stagirite combat ce principe faux, peut-on croire que lui-même l'ait admis un peu plus liaut en accordant à la Politique le droit de faire la morale ? Ce serait prêter à Aristote une contradiction qu'il n'aurait pas pu ne pas voir, d'autant plus que ces textes se trouvent très rapprochés.

Nous croyons donc que Barthélémy St-Hi4aire a été induit en erreur par ce mot « Politique», qu'il n'a interprété que dans le sens « de science de l'Etat.» Pour notre part, nous pensons avec Ueberweg -, que la morale d'après Aristote lui-même, loin d'être réglée par la politique, en est bien plutôt le fondement. Que ce soit là la pensée d' Aristote, c'est ce que paraissent iiidiquerassez clairement et la place qu'il réserve à l'Ethique et la tin qu'il se propose en abordant la science de l'Etat. ? 11 veut, dit-il, traiter de la Politique afin que la philosophie des choses humaines soit complète^. » Notez que c'est à la lin de son Ethique à Nicomaque qu'Aristote parle ainsi. Il suppose donc que la partie fondamentale de son ouvrage est achevée et qu'il lui reste à y ajouter un complément qu'il regarde à la vérité comuie très important, car l'Etat devra, par son organisation et ses lois, fournir aux citoyens, les moyens

' " Toaavzr^t^ t/£i ô^aoooàt^ -/.ai n'/.àt^r^t^ [ôaïf- (îoy.str t^ôtj.<o uôt^ot^ elt^ai, '>insiài 1X7]. I Elh. N/c, c. 3, p. 2, lig. 13-14.

'^ Gniiuhiis der Ge^chichte dcr Thilosophic p. 170, §46: « die Schiift Politicœ ist eine Staatslehre auf dem Grundc der Kthik.

' « ITaoa/.inôi^Tcor o<V r o/-' n()nTB()cot^ àt^eosvft^zoy 10 nsol if]=. youo- Osdtaç, aviobç Iniay.éiJ'aa^ar /uà'A'Aoy ^■iÛAiLoy /'<tù)ç. y.ai oMoz ârj neol ttohiBtaç. oncûç elz <\vyauiy i] nsQt zà àyf^ç ôrn^a oLkoaooia ze?.si(hftij » X J:lh. Xicoii/., c. IX, p. 130, lig. 19 et suiv.

^('atlejiidt'c i'i (:el.l(; vif; lic.ui'eiise que l'^lhique a éliidicic^ Mais si l'inlcîfprélalion de Bailhélerny-St llilaire [)hi* rappai'l aux relations des dilïérentes parties de \\\ philosophie pratique n'est pas exacte, est-Il plus juste d<.' dire qu'Aristote divise cette même science en Ethique, Economique et Politique ^V Nous ne le croyons pas davantage. Cette triple division^ dont l'origine remonte à l'un des premiers disciples d'Aristote, à Eudèine, '^ a été accréditée par l'apparition d'un livre qui ti-aitait uniquement de la science économique ^^ et que Ton a attribué faussement à Aristote\ Le philosophe deStagire en el'tet, n'a jamais regardé la science économique comme indépendante delà Politique. Car, dés le début

' Zeller nous paraît avoir très" bien marqué le rôle de chacune de ces sciences, tout en reconnaissant qu'elles sont deux parties d'une seule et même science: « Er (Aristoteles) begrùndet, dit-il, die Xotwendigkeit dieser weiteren Untersuchung damit dass, die Reden (oder das Wissen, Xôyoc) allein nicht ausweichen, um die Menschen tugendhaft zu machen ; so dass, sich demnach die Ethik und die Politik wie der reine und der angewandte Theil einer und derselben Wissenschaft verhalten sollen. » T>ic Thilosophie der Griechen, II, 2, p. 608, note,

^V. Charles Adam, Etudes sur les principaux philosophes, p. 49. Zeller dit : « Was weiter die praktische Philosophie betrifft, so theilt sie Aristoteles nicht, wie die Spàteren., welchedurchdieunàchte Oekonomikdazu verleitetsind, in Ethik, Oekonomik, Politik, sondern er untercheidet zunàchst dieethischeHaupt wissenschaft, die er Politik genannt wissen will, von den blossen Hûlfswissenschaften, der Oekonomik, Feldherrnkunst und Rhetorik : sodann der Politik àtn Theil w-elcher von der sittlichen ThàtigkeitdesEinzelnenunddenwelcher vomStaathandelt. 0/'.r.,p. 181.

'^ I. Mor. Euch'viiaruni, c. VIII, p. 191, lig. 36.

^ Ce traité est placé après la Politique dans l'édition Didot. Cet éditeur reconnaît comme authentique le icr livre de l'Economique, Vândis qu'il rcgaide le 2'-' livre comme étant d'une authenticité douteuse.; C'est pour ce motif que ce 2^ livre est précédé d'un astérisque, cf. Préface du ler vol. de l'édition Didot.

5 Zeller prouve la non-authenticité de ce traité. Qtiant au l'-r livre, il croit qu'il est d'un auteur postérieur. Op. cit., p. 105, not. 2.

We M)ii Ethique à Nicomaque, il déclare fonnellemeril que cette scieuce o^'^o^^ot^^x?} esl subordonnée à la science pratique par excellence, c.-à-d. à la Politique^ Si, en outre, nous lui demandons de mieux préciser cette déclaration et de déterminer à quelle partie de la Politique générale se rattache la science économique, il nous apprend que c'est à la science de l'Etat ou à la Politique proprement dite ^. Car, de même que le bien particulier doit être subordonné au bien général, ainsi la science économique, dont le but est de procurer un bien moins général et partant, moins noble et moins parfait, doit être et est réellement subordonnée à la science de l'État dont la fin est de rendre les citoyens bons et aptes à accomplir des actions honnêtes : ce qui constitue, selon la doctrine d'Aristote, la béatitude et le souverain bien-''. Loin donc (Fêtre indépendante, la science économique est bien plutôt ime partie ou subdivision de la science politique spéciale, de même que la famille ou la société domestique est considérée par Aristote comme une partie de la société civile*.

Mais la science économique n'est pas la seule science subordonnée à la Politique. Parlant, en effet, de la supériorité et de rexcellence de cette dernière, Aristote allirme que même les arts qui sont le plus en honneur sont soumis à cette souveraine. 11 cite en parti-

' O(i(ou€y âl y.aï làç limuoiàzaç K.ni^ ôvimuscoi^ tnh lavzrjt^ o'voaz. otoi/ (Ttoazrjytx'r^i^, (jrjVOQcxrjiy. I Ht. Kicoiii., c. 2, p. i, lig. 33-35.

■^ Loco cit., c. 2, lig. 3 etsq.

' I Eth. Xic, c. 9, p. 9, lig. 32 et sq. c(. Ul Polit., c. 5, p. 530, lig. icS et sq.

* / Polit., c. 2, p. 484, lig. 24 et SLiiv. ; c. 5, p. ^96, lig. 15 : « oi'x/'a uty nàaa [ÀtQoç. nôkecoç. »

culier l'art de la Stratégie et de la Rhétor'ique ^ Que le premier de ces arts soit subordonné à la Politique, cela se conçoit aisénnent ; puisque l'armée est constituée pour la défense de la société ^, il est évident que la fm de l'art stratégique est ordonnée à une fin ultérieure, àcelle que se propose la Science Politique : le bonheur des citoyens.

Mais les rapports de dépendance de la Rhétorique vis-à-vis de la Politique sont peut-être moins évidents. Et c'est probablement ce qui a induit en erreur certains auteurs qui prétendent que l'on doit ranger la Rliétorique au nombre des sciences poétiques au même titre que la dialectique et la poésie ^. Cependant il est certain qu'Aristote regarde la Rhétorique comme subordonnée à la science Politique, du moins sous certains rapports. Outre le passage cité plus haut '% nous trouvons dans sa Rhétorique même, des indications très formelles à ce sujet. « La Rhétorique, dit-il, est un rejeton de la morale « naaàvég n... ifj: n^Qï zà rjOr^ TTQayiuaisiag...^ Elle cst composée de la science analytique et de la politique morale « f] (irjwfjixr^ Gvyy.etmL ulf ly.

1 ''Oq(ù^Ev âl 'Aal làç Ifii.^xoiàiaç i(bv ^vvàaecûv bnh lavirjt' (tto/utixr]y) ovffag, oloi^ azoaitjyr/i'r])^, oiy.oi^ofxi>ci]t^... (njzp()f/cr]t^. I Eth. Xicon/.. c. 2, p. I, lig. 33-35.

2 VII Polit., c, 7. p. 610, lig, 4 et sq.

-''Ainsi pense entr'autres Charles Adam, Etudes sur les principaux philosophes, p. 49. Il n'est pas exact non plus que la dialectique fasse partie de la science poétique, comme le pen:e l'auteur cité. Car Aristotc n'a jamais séparé la dialectique de la science logique ou analytique. On le voit par ce qu'il rapporte à la fin de son traité sur les sophismes. c. 34. p. 309, lig. 16 et sq. Nous avons parlé de ce texte plus haut (Vid. p. 1 1, not. 2.)

^ I Eth. Nicoui., c. 2, p. I, lig. 35.

^^ / Rhet., c. 2, p. 313, lig. 43 et 44.

te i)]X àyaXvxrixijç tntaT))ia]^ xaî if]=, ne^l zà rjÔ)^ 7fo'Àiiii{i}? ^ . »

L'orateur ayant eu ell'et pour but vie déterminer la conviction chez les auditeurs doit avoir étudié, dit Aristote, les nnœurs, les vertus et les passions humaines sous tous leurs aspects-. Voilà par quel côté la ihétorique se rattache à la Politique morale ^. D'autre [lart, l'orateur doit savoir raisonner ou connaître les

l'ègleS du syllogisme a t^ov Gvlloytaaafiac dwa^ilvov )) {laû

ka^seit^) ^. Et c'est ce qui fait que la Rhétorique est aussi un rejeton de la dialectique « Tia(}a(pi)dç n xî^g âtaUxnxf]=.'^^ ou encore composée de science analytique •'. II n'est pas vrai par conséquent qu'Aristota range la Rhétorique parmi les sciences ellectives ou poétiques. Mais, dira-t-on, quelles sont donc les sciences que vous rangez sous ce troisième membre de la triple division « science poétique )) puisque vous en excluez la Khétorique et la dialectique? Il ne reste f|ue la science poétique proprement dite, répond Zeller ^, qui est obligé de reconnaître que la dialectique et la Rhétorique ne sont que des sciences subordonnées soit à la science Analytique, soit à la Politique ou à la Morale^.

' I Rhet., c. 4, p. 318 lig. 46 et sq.

'^ Cf. loco cit., c. 2, p. 313, lig. 38-43.

•' Elle a aussi des rapports avec la Politique au sens restreint de science de l'Etat, en tant que l'orateur doit connaître les lois et les constitutions. C. I Khct., c. 8, p, 329, lig, 20 et sq.

^ Loco cit. ^c. 2, p. 313, lig. 39,-40.

'• Voyez p. 29, note 7.

•' I RJk't., c. 4, p. 318, lig. 46 et sq.

" Opus cit., p. 180: « Zur poetischen Wissenschaft Wùrde von allem, was Aristoteles geschrieben hat nur die Pœtik gehôren. ''

'^ Opiis cit., p. 181. ,, Die Dialektik ohne demlàsst sich von der Ana- I\tik... nicht trennen — Die Rhetorikstellter selbst unter einen andern- (jesichtspunkt, indem er sie als einen Seitenzweig der Dialektik und der Politike bezeichnet. Op. cit. p. 180.

Nous croyons avec Uel)(;r'\v(î«^ ^, (jiic l:i science poéli- (]ue elle-même n'esl, pas [)lus indépcindanle que la IiIk'lorique, puisqu'elle est un art et (pie tous les arts sont soumis à la Politique générale ^. De plus, pour Ar*istote, la Poésie a un but tout à fait moral. KlledevienI une purification, selon l'expression même rlii Sta<^ i rite *^ Le poète doit apprendre ce qu'il convient de dire et de faire ^ C'est par ce côté que la poésie est, conjme la Rhétorique, subordonnée à la Politique. Elle doit rendre les citoyens bons et c'est en ce sens qu'elle concoure à la fin que poursuit la science politique. D'autre part, il est certain qu'elle a des rapports intimes avec la Rhétorique '\

Mais, s'il en est ainsi, si tous les arts, même la poésie sont subordonnés à la science Politique générale ou Philosophie pratique, tout en ayant certains rapports avec la science Analytique, ne peut-on pas conclure, r'ommenousle disions plus haut, que la triple division de la science en spéculative, pratique et effective n'est pas une division fondamentale? N'avons-nous pas quelc[ue raison, pour n'admettre que la division en deux

^ Gnnidriss der Geschichte der Philosophie, p. 170, § 46. « Die Rlietorik und die Toctik schliesscn sich theils an die logischen, theils und 7x1nàchst an die ethischen Schriften an. »

- Cf. I Eih. Nie, c. 2, p. i, lig. 29.

^ Aristote emploie le mot « xàSaQai:;. >> Cf. Poet., c. 6, p. 461, 1. 16. ïl est vrai qu'il s'agit à cet endroit de la tragédie. iMais que ce but soit aussi celui de la comédie, c'est ce qui ressort de la fin même qu'elle se propose: tourner les vices en ridicule. Poet., c. 5, p. 460, 1. 30 &sq,

''* Poetica, c.9 p. 464, lig. 11-14.

^ / ^Jet., c. II, p. 337, lig, 51. QjLioiqu'il ne s'agisse dans ce texte que d'un sujet particulier, il est certain que. de sa nature même, la Poésie a bien des points de contact avec la Rhétorique.

()arLies : spéculativt; et pi'alii|ue, celUi <l(M'iiièi'(^ coiu- ])i'enant la science poétique comme subordonnée ?

Quoiqu'il en soit de ces modes divers de diviser la philosophie, la conclusion que l'on peut tirer, nous scnd)l(^-t-il, du premier chapitre de cette étude, c'est ipie le problème de la classification des sciences n'a pas reçu d'Aristote une solution détinitive. Le Philoso])he de Stagire ayant, poui'ainsi dire, créé les différentes branches du savoir humain, s'est occupé de défuiii', d'ordonner chaque science en particulier, d'en déterminer l'objet et l'étendue plutôt que de faire une synthèse générale complète et défmitive des sciences et d'en donner une classification parfaite, il faut reconnaître cependant que certaines subdivisions, telles que celles concernant la science spéculative, sont très bien établies.

CIIAPriRK H.

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