LA CLASSIFICATION D'APRÈS BOÈCE
Détiî'ition et excellence de la Philosophie. — Objet de chacune des parties de la Philosophie. — Controverse au sujet du rôle de la Logique. — Conciliation proposée par Boèce. — Tendance diverse de l'école platonicienne et de l'école péripatéticienne au sujet de cette partie de la philosophie. — Ce qu'on peut en déduire. — Influence de Boèce sur le nioyen-âge
Avec Boèce apparaît pour la première fois le mot de (( (jiiadrivium » comprenant l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie L Mais ces sciences connues sous le terme générique de « mathématiques» ne sont considérées par l'ilhistre ministre de Théodoric que comme une partie de la Philosophie elle-même. Car Boèce que l'on peut appeler le trait d'union entre Aristote et les Péripatéticiens du Moyen- Age, adopte et reprend la division du Philosophe de Stagire. Mais avant de la reproduire, rappelons la définition qu'il donne de la Philosophie, puisque, au dire de Boèce lui-même, la division ressort de la définition de cette science par excellence. « La Philosophie, dit-il, n'est pas autre chose que l'étude et l'amour de la sagesse qui est esprit pur, et qui n'ayant besoin de rien, est la seule raison première de toutes choses. L'étude et l'amour de la sagesse se confondent ainsi avec l'étude ou la connaissance de la «hvinité et l'amour de
' Boetius, 'De ,^4ritbnictica, lib. I, Patr, lat., éd. Migne, T. 63, c. i, col. 1079 Se sq.
de riiil,('lli<^(Mi('(' piH'c. De celUî ôUnU' ti;iil l:i V('ril<'' (l< nos s[)é('iilarK)iis ri de nos |):Misées; (io cet iiiiioiir, lu pureté et la sainlelé de nos aelions: doidilc conséqiienee qui établit eti inèrne tein[;s le parlai^e d(3 la' Philosoj)liie en ttié()ri(|ue et |)r'atique on en spéculai ivc et active. '
Après avoir indiqué la division générale de la Philosophie, Boèce énurnère les subdivisions de la science spéculative. «Il y a, dit-il, autant d'espèces de philosophies théoriques qu'il y a d'êtres pouvant faire l'objet d'une véritable spéculation-. Or ces élres peuvent se ranger sous trois chefs : les êtres intellectuels, les êtres intelligibles et les êtres naturels ^. Sous !<• nom d'êtres intellectuels — exnression créée par Borce*, — sont compris tous les êtres existant réellemenl ou pouvant exister, indépendamment de la matière et
' « Est enim Philosophia amor et studium et amicitia quodammodo sapientiae — illius Sapientiae, qua^ nuUius indigens, vivax mens, et sola rerum primaeva ratio est... ut videatur studium a;que sapientia;, studium divinitatis et puras mentis illius amicitia... Hinc nascitur speculationum cogitationumque veritas. et sancta puraque actuum castimonia. Qua; res in ipsius Philosophia^ divisionem sectionemque convertitur. Est enim philosophia genus, species vero ejus duie, una qua: « 06(D()rjzr/.7] » dicitur, altéra quae « n^axuKr] » id est speculath'a et activa. « Boeti/ in Porphyrliun Diahs^u^ I, Patr. lat., éd. Migne, T. 64, col. 10 & 1 1.
2 « Erunt autem tôt sp^culativai philosophia; species, quotsunt res in quibus justa: speculatio considerationis habetur... Est igitur 0£(û()7]iixfji id est contemplativai vel spjculativœ triplex diversitas, atque ipsa pars philosophie^; in très species dividitur. » Lot", cit., col. 11.
•' « Est enim OemQrjZixfjg pars una de iutellcctibilibvs, alla de iiitc}- U'jihilibiis. « Loco cit., col. 11 ; encore De Trinitate, c. II, col. 1250 « cum très sint speculativa.' pr,] tes, iiaturalis.. Mathcnwtica... Thcolovica.. etc.
' Bjj^-c nous avertit, en ctîet, qu'il n'a point trouvé ce mot dans la lan'-.e latin.e : w Nota, dit-il /// Porpby. ifialog. l, col. 11, quoniam la-
1 fêtant, par conséquent pas soumis au changement : de ce nombre se trouvent l'être spirituel par excellence, Dieu et Fàme spirituelle. Tel est Tobjet de cette partie de la philosophie spéculative qui s'appelle « Théologie *. ^>
La théorie de Boèce par rapport aux êtres intelligibles e^ît un peu obscure. Ce sont des êtres jouissant d'une nature incorporelle et partageant comme tels le sort des êtres intellectuels. Mais, par suite du contact avec les corps, ils subissent le sort des âmes humaines; c'està-dire que d'intellectuels, ces êtrss deviennent intelligibles et sont soumis au changement en vertu de leur union avec les corps '^. Dans son traité de la Trinité ''^,
tino sermone nunquani dictum reperi a intcllectibilia » c^^oviet nica vérin coiiipositionc vocas'i. »
' /;/ Porphv. Diahnr. f, col, il & De Triuitatc, c. II, col. 1250. Il Cbt nécessaire de rapprocher ce second texte du premier pour saisir la pensée de Boèce Dans son Uiahg. I. in Porphy., il ne s'exprime pas clairement sur la nature des êtres intellectuels parmi lesquels il compte 'Dieu et l'àme incorporelle qu'il semble regarder comme quelque chose de divin. Car, dit-il, « est intellectibile quod unum atque idem per se « in propria semper diiviiitatc consistens, nullis inquam sensibus, sed « sola tantum mente intellectuque capitur . . . QLiam partem Grjeci « Hm'Koyiai'y^ nominant. « Dans son De Triuitate, c. II, col. 1250, il (lit : « Theologica ^pars), sine motu, abstracta atque separabilis : nam Dei substantia, et materia et motu caret . » Il n;^ fait pas mention de làiiie dans ce traité.
- « Secunda vero pars est intelligibilis, quit primam intellectibilem cogitatione atque intelligentia suscipiens... postremo humanarum animarum conditionem atque statum, (suscipiens) quix; omnia cum prioribus illis intellectibiles ."-ubstantia; fuissent, sed corporum tactu, ab intellectibilibus ad intelligibilia degenerarunt, ut non magis ipsa intelligantur quain intelligant. » /;/ Porph . Dinlo^r, [^ col. 11.
•^ Dans ce traité, il reproduit clairement Aristote : « Mathematica, sine motu, in abstracta : haec enim formas corporum speculatur sine materia, ac per hoc sine motu : qua: formai, cum in materia sint, ab ea ^cparari non possunt. » T)e Iriintale, c. II, col. 1250. Dans le traité
Roécc^. s'explique plus (*laii'eirierit. Ces êtres qu'éliiflir la philosopliie matliéniatique ne sonl point souniis ;iii changement. Toutel'ois ils n'existent pas en detior-s de la matière, (iaoi({iie la philoso[)hie mathématique étudie ces formes (les corps sans se préoccuper de la inatière dans laquelle elles existent. La catégorie des êtres naturels comprend tous les corps. La science qui recherche leur essence et leurs propriétés est appelée par Boècedu nom de « Physiologie»^ ou science naturelle^. Ce tableau nous permet de conclure que Boèce reproduit la division d'Aristote en ce qui concerne hi philosophie spécultative et la division générale de la philosophie. Mais il s'écarte de la théorie du Stagirite par rapport à la division de la philosophie Morale. Car il admet, pour cette partie comme pour la précédente, une triple répartition ^ correspondant au triple poini de vue sous lequel Thomme peut être considéré comme individu, comme membre de cette société ((ui est l'État ou la république, et comme membre de la famille ^
TDe Arithmelica, lib. I, c. I, col. 1080 & 1081, T. 63^ Boèce exprime l'idée que nous avons vue dans le dlalo^. I. Parlant des êtres mathématiques, il ajoute : « Quai ipsa quidem natura incorporea sunt et immutabilis substantiae ratione vigencia, participatione vero corporis permutantur, et tactu variabilis rei, in vertibileminconstantiam transeunt.»
^ « Tertia 0s(û()riztxï]ç species est, quit circa corporaatquo eorum scientiam cognitionemque versatur, id est pbi.^ioloo'ia, quiv naturas corporum passionesque déclarât.» In Porph. dial. I, col. 11.
'^ De Trhiitate, c. II, col. 1250: «...naturalis(parsj, in motu, in abstracto, ài^ane^atQstoz, id est inseparabilis : considérât enim corporum formas cum materia, quœ a corporibus actu separari non po:Sunt, quae corpora in motu sunt. »
■^ In Porphy. dialocr. /, col. 1 1 : « Practicit vero PhilosDphice, quam activam superius dici demonstratum est, hujus quoque triplex est divisio. »
'* Boèce suit cet ordre, quoi qu'il eût été plus logique dt placer la
La première partie de la IMiilusophie active est celle ([lie Ton peut appeler la Moi'ale proprement dite. Elle a pour objet de rendre Thomine vertueux, et de lui appi'tMidre à ne rien l'aire dont il n'ait lieu de se réjouir'. La seconde partie qui n'a point dans les écrits de Boèce un nom spécial n'est autre que la science connue avant et après Roèce sous le nom de « Politique ». Veiller au bieti de la république et au salut commun <les citoyens pai' la prévoyance, par l'équité, par la ttrmeté et la modération, tel est son objet ^. La troisième partie qu'Eudème avait appelée <( Economique » et considérée comme indépendante de la Politique, contrairement à Aristote, est aussi rei^ardéepar Boèce^ comme une science distincte des deux autres. En cela ce philoso])he suit la division des Péripatéticiens postérieurs à Aristote.
Pour Boèce, comme pour* tous les Péripatéticiens, rétude de la Philosophie spéculative et morale doit être précédée de l'étude de cet art que les Grecs appellent logique et que nous, dit-il, nous pouvons nommer science rationelle. Car elle a pour but de nous apprendre le mode de parvenir, par un raisonnement
seconde partie en djinier lieu. On peut voir la, pensons-nous, l'influence d'Aristote, qui, comme l'Ous Tavons vu, considère avant tout, l'homme en tant que membre de la République.
* « Est enim prima quae sui curam gerens cunctis sese erigit, exornat, augetque virtutibus, nihil invita admittens, quo non gaudeat, nihil faciens pœnitendum. » Loco cit., col. ii & 12.
^ « Secunda vero est quai reipublica^ curam suscipiens, cunctorum saluti suct providentia; solertia, et justitiit libra, et fortitudinis stabilitate, et temperantia; patientia medetur. » Loco cit., col. 12.
•' << Tertia vero qua; rei familiaris officium mediocri componens di ,positione distribuit » Loco cit., col. 12.
jiisLe, ù la (•oiiiiaissancc <](' lu V(;j'ité^ Ce r'ole, on en conviendra saris peine, est souver-dirHunent important. Aussi est-ce la raison pour laquelle Koéce recherche la place qui doit être r'éservée à la Logique dans une synthèse générale des sciences. Doit-on considérer la science rationelle comme une partie de la philosophie ou comme un instrument au moyen duquel la jjhilosophic connaît l'essence des choses '2. Voilà la question que se sont posée les pi'édécesseurs de Boèce. Ils y ont répondu en adoptant, les uns la |)remière de ces opinions, les autres, la seconde.
Après avoir rapporté cette divergence et énuméré brièvement les raisons des deux partis^, Boèce concilie les deux opinions en disant que la logique peut être considérée comme une partie et comme un instrument de la Philosophie. En tant qu'elle a une lin propre ei que cette (in rentrée dans le cadre des sujets, qu'étudie la Philosophie, on ])eut dir'e que la logique est une partie de la pliilosophie. Si on considère aucontrair'e la fm de la logique dans ses rapports avec les autr'es parties de la Philosophie, au service desquelles elle se constitue, la science rationelle joud
^ (c Ad hxc agitur ut sciri possint et superiora intelligi queant, necessarius maxime ubcnimusque fructus est artis ejus, quam Gntci « Xoyixrjf », nos rationalem possumus dicere, quod recta orationis ratione qiiid verum, quidque decens sit, nullo erroris flexu diverticulove fallatur. » /// Porphyr. dialoo-. /", col 12 ; sur l'importance attribuée à cette discipline par Boèce, et, /;/ 'Porpbyriuin coiiitin'utdrioniii/ lib. I, col. 73, T. 64.
'■^ (( ... an omnino quL\;dam sit pars philosophie;, an (ut quibusdani placet) supellex, atque instrumentum, per quod philosophie, cognitionem rerum uaturamque deprehendat.» /;/ Porphyr. Cotii., lib. I, col. 73.
■^ Cf. loco cit., col. 75 & 74.
le l'ole d'instrument'. Cette distinction est donc fondée sur le double point de vue d'après lequel la logique peut être considérée. Ce rôle mal détini encore de la science rationelle, nous le verrons mieux précisé par les grands philosophes du XlIIe siècle.
Pour le moment, nous ferons remarquer que les Platoniciens paraissent généralement avoir fait de la logique une partie de la Philosophie. St Augustin, nous Tavons vu, a partagé ce sentiment. Les Péripatéticiens, au contraire, ont vu volontiers dans la science rationelle un instrument ou tout au moins une science propédeutique à la Philosophie. Ceci ressortira plus clairement dans la suite de cette étude. De cette tendance opposée des deux écoles peut-on conclure que les maîtres eux-mêmes étaient divisés sur ce point? Il est difficile de le dire. Il faudrait pour se prononcer avoir des données plus claires et plus certaines sur le mode de division adopté par Platon. Toujours est-il que les disciples nous paraissent accuser une opposition plus grande que leurs maîtres. Cette tradition, cependant conservée dans l'école péripatéticienne, viendrait à l'appui de ce que nous avons essa^'é d'établir dans la première partie de ce travail, par rapport à la place faite à la logique dans la classification d'Aristote.
L'exposé que nous venons de faire, du système de
' «Hanc litem verotali ratione discernimus. Nihil quippe dicimus irapedire ut eadem logica partis vice simul instrumentique fungatur officio. Quoniam enim ipsa suum retinet finem, isque finis a sola philosophia consideratur, pars quidem philosophia; esse ponenda est : quoniam vero finis ille logica; quem sola speculatur philosophia, ad alias ejus partes suam operani pollicetur, instrumentum esse philosophiit non negamus.» Loco cit., col. 74.
répartition adopté par Hoèce, permet de conclure que l'illustre ministre de Théodoricest un disciple assez fidèle d'Aristote. La division générale de la Pliilosopiiie 1 est la même chez l'un et cliez l'autre. Quant aux subdivisions de la science spéculative, elles sont aussi communes aux deux Philosophes, avec cette dilléi-en- '% ^ ce toutefois que Boéce ne (ait mention dans sa théologie ou science iiiétaphysique que de Dieu et de l'àme. Aristote réserve de plus une place impjrlante à l'étude de l'être en tant qu'être, dans cette partie qu'il appelle comme Boéce du nom de ((Théologie)). Ce cti quoi les philosophes diffèrent, c'est dans la subdivision de la philosophie pratique. Boéce lait de la science économique une science distincte et indépendante de la Politique à laquelle Aîistote l'avait subordonnée. Quant à la logique, nous venons de voir ce qu'il laut en penser. Boècenous offre de plus des renseignements importants sur les sciencescomposant le ((Quadrivium.^ » Ses traités sur l'Arithmétique et la Musique seront la J source à laquelle viendront puiser tous ceux qui, dans la suite, s'occuperont des iVrts libéraux -.
^ Les ouvrages de Boèce sur les disciplines du « Quadrivium » ne sont pas tous parvenus jusqu'à nous. Nous ne possédons rien, en effet, sur l'astronomie. Il est probable cependant que Boèce avait écrit un traité sur cette discipline comme il l'avait f:tit pour les trois autres. Denk, dans son ouvrage GescLnchle des oallo-frauki cheu Unti'rn'chl^ iiud BiJduji^-.ywi'wiis, p. 239. éd. Mainz, 1892^ prétend que cet ouvrage a m été perdu depuis le ii*-* siècle : « Auch Boïtius, dit-ii, schrieb, v^-ahrscheinlich Claudius Ptolemaus benùtzend, ein Lehrbuch der Astronomie, das aber seit dem 11. jahrhundert leider verloren ist.» Le même auteur, /. cit., p. 210, parle de cinq livres sur la Géométrie. L'édition Migne n'en renferme que deux.
'-^ Nous possédons de Boèce deux livres sur rArithmétique et cinq
Si nous nous sommes un peu attardés à l'illustre ministre (le Théodoric, ce n'est pas sans raison. Le tableau ([ue nous venons d'esquisser prouve assez l'importance que Ton doit attribuer aux écrits de Boèce. Dii l'esté, les scolastiques du Xlil^ siècle, en particulier, feront mieux ressortir encore la i^rande influence de ce célèbre personnage qui a initié l'Occident aux secrets de la Philosophie d'Aristote.
sur la Musique. Parmi ces ouvrages, le traité sur l'Arithmétique avait été traduit de l'ouvrage grec de Nicomaque par Apulée en premier lieu, comme l'attestent Cassiodore, De Artihm ac discipllnis liheralium litterarum, Patr, lat., T. 70, col. 1208, et Isidore de Séville au liv. lll (le ses Etymologies. éd. Migne, T. 82, col. 15J. BoJce avait résumé Xicomaque: « Ea quce de numeris a Nicomacho diffusius aisputata sunt, moderata brevitate collegi. « 'De ^iritmetica (Pnef.) éd. Migne, T. 63, col. 1080. Aucun des ouvrages de Boèce sur les disciplines n'a été autant commenté que le traité « de Arithmetica » durant lout le moven àgv. Cf. P. Bock, die sieheu freùn Kîhi^le itii eilfteii Jaljrb., Donauwôrth, 1847, p. 61 : « Als Lehrbuch (der Arithmetik) galt beinahc durchaus Boethius, er wurde daher unzàhlige Malc commentirt und crklàrt. » C'était ce que 1 on possédait de plus parfait sur ce sujet, dit Suter : Man folgte... vor allem der Arithmetik des Boetius die jedenfalls als letKtes znd hôchstes Studium auf dem Gebiete der Arithmetik galt. » Suter, i//(' Mathoniatik auj dm Uiiiversilàleii </<••; Mittelalters, éd. Zurich, 1887, p. 55 ; cf. Dcnk, oh. cit., p. 222 ; P. Gabriel Meier, die >iehen jreifii K'hrle ini D\/Cittelalte}\ Schul-Programm, Einsiedeln 1886- 1887, p. 6.
Le traité de Boèce sur la Musique a également f^iit autorité durant le Moven-Age. cf. Denk, op. cit., p. 240. Au point de vue théorique, on ne pouvait rien trouver de plus complet. On joignait à cette étude théorique l'exercice du chant. Mais on distinguait très bien ces deux domaiijcs. Cf. P. Bock, Op. cit., p. 64, not. i ; Denk, op. cil,, p. 239.
Quant aux livres de Boèce sur la Géométrie, ils ont été beaucoup moins étudiés dans les écoles du mG}'en-f)ge. On attribuait peu d importance a cette discipline. C^f. Suter, op. cit., p. 55 : Denk. Op. cit., p. 240 ; P. Gabriel Meier, Op. cit., p. 16. Les deux livres de Boèce sur cette discipline n'aurai. nt été rctrcuvés qu'au M^ siècle, par Gerbert, selon Denk, Op. cil., p. 240.
Le P. Ciabricl, op. cit., p. 16, prouve que la Géométi ie de Boèce se trouvait dans la bibliothèque du couvent de Reichenau en 821.
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GHAFMTin: Il
Ce que devient l'étude de la Philosophie spéculative et pratique afirès Boèce — Importance des arts libéraux — Absence de système philosophique — Rapports de la Philosophie et des arts libéraux.
Après Boèce, dont la puissante activité s'était étendue à toutes les principales questions de la Philosophie^. on abandonne les hautes spéculations niétaphy-
^ Nous ne possédons plus, il tst vrai^ des ouvrages Philosophiques de Boèce, que son traité « de Consolatione philosophise » et des écrits sur la logique dont la plupart son des commentaires des ouvrages d'Aristote. Mais Boèce n'a-t-il commenté que la seule logique d'Aristote ? A. & Ch. Jourdain le prétendent : 'Recherches critiques sur l'dge cl l'origine des traductions latines d'Aristote, Paris, 1843, P- 52 & suiv. Le P. Mandonnet croit cette opinion erronnée et réfute les objections de A & Ch. Jourdain. Cf. P. Mandonnet, Siei^er de Brahant et l'averroïsrue latin au XIII"^ siècle, p. XXIV, not. 3. Ce qu'il y a de certain, c'est que Boèce s'était proposé de traduire tout ce qu'il trouverait des écrits d'Aristote comme il nous i'apprend lui-même. /;/ lihrnm de Interpretatioue, editio secunda, lib. secund., col. 433 : « Ego omne Aristotelis opus quodcumque in manus venerit, in Romanum stvlum vtrtens, torum omnium commenta Latina oratione perscribam, ut si quid ex Io2;icae artis siibtilitate et ex moralis gravitate peritiae, et ex naturalis acumine transferam atque id quodam lumine commentationis illustrem. » Or nous savons que Boèce a eu entre les mains non seulement les écrits d'Aristote sur la Logique, mais encore le livre sur le T)e Generatione el Corruptioue, les livres sur la Physique et les livres sur la Métaphysique. Parlant en efifet des deux catégories appelées « actio et passio », Boèce s'exprime de la manière suivante : « Et de facere quidem et pati nihil in hoc libro (commentaire sur les catégories), nisi quod contraria suscipiant, et intentionem imminutionemque ab Aristotele est disputatum. in aliis vero ejus operibus plene ab eo perfecteque tractata sunt, ut hoc ipsum de «facere et pati» in hislibris quos « Jle^iyEt^lasùoé y.aï o8o(Jà=>i inscripsit, de aliis quoque praedicamentis non illi minor in aliis operi bus disputatio fuit, ut de eo quod est c ubi et quando » /;/ Physicis et de omnibus quidem altius subtiliusque in libris quos « Mezà zà ôvçrxà vocavit, exquiritur. » Nous avons rru bon de citer ce texteen entier parce qu'il n'a pas été relevé par les critiques dont nous avons parlé. Il
si(|ues. L'enseignement même de la Philosophie Moitié ne ligure plus dans les programmes scolaires. Désormais rétudedes sept arts libéraux, dont la connaissance constituera pendant bien des années tout retïectif du savoir profane, sera le cercle dans lequel maîlies et disciples déploieront leur activité intellectuelle. Toutefois, cette étude n'avait pas généralement pour but une érudition purement profane. Nous avons vu déjtà que saint Augustin n'avait d'estime pour ces arts qu'autant qu'il voyait en eux un moyen d'arriver plus facilement à la connaissance de Dieu et de nous-mêmes. Après Martianus Gapella qui paraît n'avoir eu d'<iutre intention que d'écrire un ouvrage de rhéteur^ la plu-
nous paraît avoir une certaine importance en ce sens qu'il établit d'une manière formelle que Boèce connaît les livres sur la métaphysique d'Aristote et de plus le livre de la Génération et de la Corruption. Or A. «S: Ch. Jourdain paraissent l'ignorer. Ils font précisément valoir ce ù.h que dans le texte où Boèce manifeste son intention de traduire les ouvrages d'Aristote, il n'y est pas fait mention de la Métaphysique. Cf. Op. cit., p. 54. Mais puisque Boèce se propose de traduire tout ce qu'il trouvera des écrits d'Aristote et qu'il a entre les mains les livres sur la Métaphysique, il n'y a aucune raison de croire qu'il ait voulu faire une exception pour la Métaphysique. Du reste le P. Mandonnet a très bien montré que « sous le nom de science naturelle on comprend souvent la Phvsique et la Métaphysique.» Voir les preuves, Situer de Brahanl etc. p. XXIV note 3. Par conséquent le texte du «De interpretatione » cité, comprenait sous le nom de «Naturalis acumine » et la Physique et la Métaphvsique. Le passage que nous avons relevé ne fait donc que confirmer la Thèse défendue par le P. Mandonnet. Dans le 3"^'^ livre, /;/ Cateoorias ^4ristoteJis, col. 252, Boèce renvoie de même aux livres sur la Métaphvsique. Parlant de l'accident « de Qualitate », Boèce dit que Aristote n'énumére pas toutes les espèces de qualités dans ce traité. Mais, il ajoute « Quai vero hic desunt in libris qui Meià va çutrixà insciibuntur apposuit. »
' Martianus tint une école de rhétheur à Cartilage d'abord, puis à Rome. (X Denk, op. cit., p. 208.
part (les ailleurs (jui oui parlé des arts lit)éraux avaieni pour but de [)ré[)arer par là leurs disciples à TélurJc^ des Psaumes et des Saintes Kcritures^ Cela mous expliqiHî peut-être cette absence de système et de doctrine qu'llaiiréau reproche à Isidore de Séville ^. Ces auteurs en elïet, n'avaient pas Tintention de présenter un système doctrinal. Aussi se contentent-ils, comme le déclare Gassiodore •^, de l'ésumer les ouvrages des ditïérents rhéteurs auxquels ils n'empruntent que ce qu'ils croient sinon nécessaire, du moins utile à la compréhension des Saintes Lettres. 11 ne faut donc
* Ca:siodore parh à plusieurs reprise, de l'utilité des connaissances profanes pour Tétude des Saintes Lettres. « Illud quoque, dit-il, comniodendum esse credidimus quoniam tam in sacris litteris quam in expositoribus doctissimis multa per schemata, niulta per definitionem, multa per artem grammaticam, multa per artem rheioricam, multa per dialectic;im, multa per disciplinam arithmcticam, multa pjr musicam, multa per disciplinam geometncam, multa per astronomicam intelligere possumus. ;; Cassiod., De institiitione divinanuii litterariDH, Parr. lat., éd. Migne, T. je, col. 1140, c, 27.
Dans le chapitre suivant, col. 1142, il dit encore : <( Hec iliud Patres sanctissimi decreverunt ut ^aecularium litterarum studia respuantur, quia exinde non minimum ad sacras scripturas intelligendas sensu.-> noster instruitur;sitamen divina gratia suffragante, notititia ipsarum rerum sobrie ac rationatiliter inquiratur.w Cf. aussi Raban Maur, De lu tUutioue Ckricoruiii, lib. III. Patr. lat., éd. Migne, T. 107, c. 18 & %q. col. 395. Parlant des arts libéraux, il indique le parti qu'on pjut tirer de chacun d'eux soit pour l'intelligence du texte sacré, soit pour la prédication de la parole divine. On peut lésumer ce qu'il dit de chacun des arts libéraux dans cette proposition du ch. 18, lotO cit., col. 396. «... Quando in manus nostras libri vtniunt sapientix" sajcularis, si quid in eis utile reperimus, ad nu^tium dogma convertimus. )>
■^ Hauréau, H i taire de la Philosophie rcoIaUiqtie, Paris, 1872, T. i. p. III.
•^ Cassiod., Op. cit., col. 1141 : « Sit ergo antiquorum labor opus nostrum ; ut quod iili latius pluiimi^ codicibus ediderunt, nos brevissime... secundo voluniine collecta pandamus. Et quod illi ad exercendas versuti:is de.'ivaruiu, nos ad veritatis obsequi;i laudabili devotione revocemus. «
puinl chei'clier dans les écrits de cette époque un système philosophique semblable à celui d'Aristote ou de St Thomas.
D'autr'e part, si a la formation des sociétés médiévales sur les ruines accumulées par des envahisseurs barbares, présente comme le dit très justement de Wu in, tons les cîU'actères d'un début de civilisation », il ne faut pas s'étonner de l'absence d'une synthèse philosophi([ue. « Le moyen-àge, ajoute l'auteur cité^, n'a pa» a«iité du premier jour, tous les problèmes d'une philosophie intégrale. Forcé de renouer péniblement le fil <le la ti'adition interrompue par les inallieurs du temps, il a dû constituer pièce par pièce, grâce à un vigoureux eiloi'l de rétlexion, les cadres philosophiques. >^ • La conception que Ton se fait de la division des scien- <-es, à cette époque, se trouve singulièrement modifiée par suite de cette absence d'un, système philosophique On ne considère plus les arts libéraux comme des disciplines propédeutiques ou comme des subdivision de la Philosophie. Les rôles sont intervertis: les arts libéraux forment la science principale et la philosophie <létrônée n'est plus qu'une subdivision ou une partie de la Dialectique, l'un des sept ai'ts libéraux. Encore ne réserve-t-on à cette reine détnkiée qu'une très pelile place. Tout ce qu'on en dit consiste à rappeler les dillérentes divisions (pii ont été données de la Philosophie. (( Les docteurs qui enseignent la Philosophie ont
jcoutume, dit Cassiodore, avant d'exposer l'Isagogue,
<le rappelei' brièvement la division de la Philosopliie:
' De W'ulf, Histoire de la 'Philosopbii' Mcdicvalc, p. 150. - De Wulf, Op. cit., p. 151.
c/osl ce (juc nous Ici'ons aussi pour nous conrornicr à cet usai^e^ On peut, <lonc dire, comme le remai'(|ue dr Wulf, qu'au début du rnoyen-îi^e, la pljilosophie était réduite à la dialectique'^. Poui-nousen convaincre, nous n'avons qu'à passer en revue les classifications ado[jtées par les principaux représentants de cette première période.
^ Cassiod., Uc ^4rUhus ac Disciplinis lihcraliiuu lilteraruni, loco cil', col. 1168 : « Consuetudo itaque est doctoribus philosophia;, antequam ad Isagogen veniant exponendam, divisionem philosophice paucis attingere : quam nos quoque servantes, pra^senti tempore non immerito credimus intimandam. » (sic^ Nous croyons qu'il faut lire <f imitandam »•
2 De Wulf, Hist. de la Philosophie Médiévale, p. 151. Le texte que nous venons de citer (note précédente) permet d'établir d'une manière assez nette le domaine de la Philosophie à cette époque. La science du docteur en philosophie se borne à reproduire quelques définitions tirées de risagogue de Porphyre, des Catégories d'Aristote et du Perihermenias. En somme, tout ce que Ton sait de Philosophie se résume à quelques notions de Logique ou de dialectique. Vid. Cassiod., Op., cit., col. 1169 & sq. ; Isidore de Séville, Etymolojr. lib. IL Patr. 'at., éd. Migne, T. 82^ col. 142 & sq.
CHAPITRK IV.
LA CLASSIFICATION DES SaEN€I':S d'aPRÈS CASSIODOBF.
('.assiodore et les aits libéraux — Rôfe attribue à la logique — Nouvelle division des arts en spéculatifs, pratiques et poétiques — Etat des esprits au sujet de la classification des sciences — Influence de Boèce sur Cassiodore — Objet de chacun des arts libéraux et des différentes parties de la Philosophie — Ce que prouvent les nombreuses définitions de la Philosophie réunies par Cassiodore.
Avec Cassiodore (vers 470-570) disciple de Boéce, et ministre aussi de Théodoric/ les arts libéraux sont à j)(Mi près- définitivement divisé^ en arts proprement dits : ^"nûnmaire, rhétorique et logique, et en sciences x)\\ disciplines libérales: arithmétique, géométrie, mu* si(|ue et astronomie ^. Cassiodore toutefois ne paraît cojmaitre ni le «Trivium^- ni le « Ouadrivium »*, Ces
' Nommé Patrice par Theodoric en récompense de ses nombreux serx-ices, (Cassiod., Var'mniiii, îib. I, Epist. IV, loc. cil., T. 69, col. 508). il se retira ensuite dans le monastère de Viviers (Cassiod., Tfe Ins- HhitiGue div. litt., c. 29, col. 1143). ^^ écrivit ses ouvrages pour l'instruction de ses frères. Cf. Cassiod., op. cit., col. 1106 & 1107.
■2 Nous disons à peu près car Cassiodore ne se prononce pas lorsqu'il ii'agit d'établir si la dialectique est un art ou une discipline. Aussi évitet-il au commencement de son ouvrage de ,^4rlihHS ac T)hcipUnU etc. col. Il 51, de donner un dénominatif à la dialectique alors qu'il qualifie chacun des arts libéraux du nom d'Art (Grammaire et Rhétorique) ou de discipline (Sciences mathématiques.)
■' Cassiod., 'De ^4rtihh\ ac Di-^cipUiiU libéral iinn lill. (Pnufatio, col.
' Par contre Cassiodore donne la distinction entre «l'art et la science» en faisant remonter à Platon et a Aristote cette distinction. « Inter artem & disciplinam, dit-ii, Plato et Ari.'itoteles, opinabiles magistri sascularium litterarum, hanc differentiam esse voluerunt, dicentes : Artem e.se ^"'abitudinem operatricem, qua: se et aliter habere possunt : disciplina vero est qua: de his agit qua.- aliter cvenire non possunt. ,v Cnsssiod., Op. cil., col 1203.
(Ilhik expressions ([til nlhucnl rire consiicrue.s \y.ii' (iri \ony; usage el (l(uil rime iivail été employée «Jéjà |,>ai' J)Oècene se l'eiieonlrenL r/ulle part dans ses écrits On i'emarqiie He pins chez (iissiodore, comme chez son maître i:m certain emhai'ras lorsqu'il s'agit <le Héterniiner le rôle de la logique comme aussi sons le nom d<' dialectique^ Doit-on la considérer comme une science ou comme un art? Telle est la question que Ton continue à se poser. Cassiodore y répond de la manière (|ue voici : «Quelques uns, dit-il, ont donné le nom d'Art à la logique lorsqu'elle traite des syllogismes sophistiques, tandis qu'ils lui réservent le nom de « science )) (juand elle a pour objet l'étude des syllogismes apodictiques ou probables-»
Mais si Cassiodore ne tait pas mention de la division des arts libéraux en Trivium et Quadrivium, il rappelle une autre répartition des arts. Au commencement de son traité ^^ De Arte Rhetorica^» il divise les arts en
* Ces deux mots ont été employés l'un pour l'autre, durant le moven-âge, comme le remarque avec raison Hauréau, op. cit., p. 42 note i. En effet, Cassiodore, op. cit., col. 1151 dit « Tertia de logica, quae dialectica nuncupatur » et col. 1167 << Nunc ad Logicam quai & dialec tica dicitur. Isid. Hisp. / Etyinoloor. c. 2, col. 74 « Tertia dialectica cognomento Logica. » Rabanus Maurus, De Clericoruni institutwne, 1. c. c, 20, col. 397, « Dialectica est disciplina rationalis... » et à la fin duchapitre, il résume ce qu'il vient de dire et termine ainsi. « Sed quia de Logica jam diximus, etc. »
'^Cassiod. Op. cit., col. 1167.
'^ Cassiod. De ,Jirtihiis ac DiscipJini^ Hheraliuni lit t. col. 1157. ,, Artium aliae sunt positae in inspectione, Id est cognitione et aestimatione rerum, qualis est astrologia : nullum exigens actum, sed ipso rei cujus studium habet, in tellectu contenta, quae 0E(oor]uy.ij vocatur. Alia in agendo, cujus in hoc finis est, ut ipso actu perficiatur, nihilque post actum operisrelinquat, quae jioaxTi/.i] dicitur, qualis saltatio est. Alia in cffectu, quae operis, quod oculis subjicitur consummatione, finem accipiunt, quam noirjzix'i^f^ appellamus, qualis est pictura. "
tliéoriques, pratiques et poéti(jues. Sous le nom de théoriques, sont compris tous les arts qui ont pour but l'exameri ou la connaissance des choses, telle, par exemple, l'astrologie qui, dit-il, .,e demande aucun acle, mais se borne à contempler l'objet quelle étudie, Delàson nom de théorique. Par «arts pratiques*, Gassiodore entend ceux qui ont pour but la production dim acte dont il ne reste, après la position de l'acte même, aucun résultat. Il cite comme exemple l'art de la danse. Enfin sont appelés poétiques tous les arts qui se proposent comme fmde plaire à nos yeux : tel, p. ex., l'art de la peinture.
Ce tableau de la division des Arts, placé au commencement du traité cité, sans aucune liaison avec ce qui précède, ni avec ce qui suit, nous semble représenter parfaitement Tétat d'esprit des écrivains du premier moyen-àge par rapport au problème qui nous occupe, Kn présence de dilTérentes divisions provenant soit des Grecs soit des Romains, ils ne savent quel parti prendre ; ils confondent tout, appliquant aux arts la division qu'Aristote avait réservée à la philosophie, et mêlant la classification donnée par Aristote avec celle de Platon telle que l'avait reproduite St Augustin. En effet, lans son traité de la Dialectique, Gassiodore indi- <]ue, sous foi'uie de tableau synoptique, la division de la Philosopltie d'après Aristote et donne en même temps, sous le nom de «definitio philosophiae» la division de Platon. Voici ce tabieau te! qu'il se trouve dans
les o'uvres de Gassiodore*:
' Cf, op. cit., c. III. Dt' Di:ilrc.'icu col. 1167. Cette classification a été reproduite également par Denix, Geschichli' des Gallo-Jrâukiscbcn Un-
OUISIOX l)K LA LMILI.OSOL'Ilir.
'^in Ins Ma;c dividitur
pectivam i In
Naturakftn Doctrrnalcm Divinain
In Arithmerîcairj
Musicam
Gcomctriani
Astronomum
Philosophîa dividitur secundum )
Aristotelem
icQf^Tr]
et Actualem Haec dividitur'
( riftixrj ) olxoi^o/uexrf TiQaxixi]
Moralem
i]Htxr]y
Dispensativani
olxovo^Lxr\u
Civile m
no'kizixriy
Definitio Philosophiïe
âixaauxôy
deco(>r]Tixr]
TlQaXllXï]
0v(nxri koyixfj
Gassiodore croit reproduire la division aristotélicieiifie. Mais, bien qu'il ne le dise pas, cette répartition est empruntée à Boéce, dont Gassiodore adopte la nnanière de voir par rapport à la science économique^ Or, en
ti'rricbts-uiid Bildiinirsit'cu'ns, p. 214 & 215. ■»
■• Gassiodore fait en effet, de cette science « dispensative » une subdivision de la Philosophie active au même titre que la morale et que la science civile ou politique. » Le tableau exposé plus haut en est la preure évidente. Mais ce n'est pas l'unique fait établissant l'influence de Boèce sur Gassiodore. Ge dernier en effet a beaucoup empiunté aus écrits de Boèce qu'il reproduit textuellement dans plusieurs chapitres. Ainsi le chapitre «De Dialecticis locis, Gassiod., .f)i' ,4rtihui>., etc. col.
ce point, avons-nous dit, Boèce s'écarte du Stai^irite. Gassiodore n'a donc pas puisé dansAristote iTiême l'indication qu'il nous fournit touchant la division de la
II 76- II 79 D est copié textuellement de Boèce, De T)ijfcreutiis topicis, lib. I, col. 1174 c.. 1 176 A et de col. 1 180 c à la fin du livre 1er ; de même Cassiod., Ch. «De syllogisinis » et «de Mcdiis» col. 1179-1190, tirés textuellement de Boèce u 'De Differeutiis top., lib. II, col. 1183 c- 1 185 B et de col. 11 86 d à la fin du 2^ livre ; de même encore Gassiodore, Ch. « De locis rhetoricis » col. 1196 à la fin du ch. extraits de Boèce «Df DifferentiU top.» lib. IV, col. 1208 c- 1210B ; de même aussi Cassiod., Ch. «de Circumstantiis » col. 1 198-1202 c de Boèce » De Differentiis. top.» lib. IV, 1212 C-I2i6c. Ces nombreux emprunts textuel> que nous avons cru bon de signaler, parce que nous ne les avons trouvé mentionnés par aucun auteur, paraissent prouver assez nettemeiit jusqu'à quel point Cassiodore est tributaire des ouvrages de Boèce.
Toutefois, la similitude parfaite des deux versions a fait naître en nous un certain doute sur l'authenticité de la version de Cassiodore en ce qui concerne les passages cités ci-dessus. Nous savons, il est vrai, que généralement les écrivains du premier moyen-âge se font de fréquents emprunts. Cependant même en admettant ce fr)it, pour les écrits on question il est difficile d'expliquer certains textes de la version de C'assiodore. Ainsi dons un des passages tirés des écrits de Boèce, nous lisons : « Sed de hujusmodi propositionibus in hù coriDiientariis quos in Pcrlhcrnienias Aristotelis libros scrips'uiiu\, diligentius disseruinius »Ca.ssiod.. De ^4rtihm ac 'Discipîi!ni,ttc. col. 1177; cf. Boèce, T>e Differeuliii top., lib. I, ccl. II 76 ; Cassiod., /. c, col. 1183. «Nec in his explicandis diutius laboramus, si priores 'l{esohilorii, veî topica diligentius ingcniuia lectoris instruxerint. » Cf. Boèce, /. c, lib. II, col. 1193 ; Cassiod., /. r., col. 1181 « (\uoà. m priorihus re.'ohitorii, quœ ab Aristo-
tele transttilimui demonstratum est.» Cf. Boèce, /. c, lib. II, col. 1184. Cassiod.,/. c, col., 1 186 «...Quos(locos) i;/^-v/?o;//fo;7e' Topiconini AristotcJi^ diligentius persecuti mnius » Cf. Boèce, /. c, col. 1 191 ; Cassiod., /. c, col. 1187. «... Quorum omnium in rneo libro diligentius explical'i queni de diviAoïie coiiiposui. » Dans Boèce /. c, col. 1192, nous n'avons pas le nieo..
D'après ces différents textes, il résulterait que Cassiodore aurait écrit des commentaires sur le Perihermenias d'Aristote, des traductions des Premiers Analytiques et des Topiques d'Aristote, une exposition des Topiques de ce même Philosophe. Il aurait de plus composé un livre sur la « Division ». Tout cela est vrai, s'il s'ngit de Boèce dont ne us possédons encore les traités cités. Boèce pouvait donc renvoyer le lecteur à ses propres ouvrages. Mais il n'en est pas de môme de Cassiodore à qui l'on n'a jamais attribué ces écrits, et que l'on n'a jamais recon-
Philosophie'. De plus, la division de l.'i scieiiee doctrinale en ArilinnéLi(jue, Géomélrie, Miisiqnc; et Astronomie, n'est point d'Aristote, mais d(; l^)oè('e.
Quant an second mode de répartition, il rappelle la division de Platon, mais telle que nous l'avons fetronvee chez St Aug"ustin. Ce philosophe avait essayé d'accorder Platon et Aristote, disant ({ue la division de laî Philosophie en trois parties : Naturelle, Ethique et Lo-
nu comme auteur d'ouvrages dtî ce genre. Il n'v a pas de doute qu( ces textes s'appliquent à Bo jce. Cassiodore, du reste, nous a laissé une" liste des ouvrages sur la logique du Patrice Boèce, «Isagogen, dit-il, 1. c. col. 1202 & 1203, transtulit patricius Boetius, commenta ejus gémi-: na derelinquens. Categorias idem transtulit patricius Boetius, cujus commenta tribus libris ipse quoque formavit. Perihermenias supra memoratus patricius transtulit in Latinum : cujus commenta ipse duplicia minutis^ima disputatione tractavit... Supra memoratus vero patricius de s\'llogismis hypotheticis lucidissime pertractavit Topica Aristotelis uno libro Cicero transtulit in Latinum, cujus commenta prospector atque amator latinorum patricius Boetius octo libris exposuit. Nam et praedictus Boetius patricius eadem Topica Aristotelis octo libris in latinum vertit eloquium. » En outre, Cassiodore eût-il composé des ouvrages sur la logique, que nous ne posséderions plus, comment expliquer res diverses coïncidences: ces ouvrages seraient exactement les mêmes que ceux dont parle Boè:e, et Cassiodjre les citerait toujours aux nièmts endroits que Boèce. Par conséquent, à moins d'accuser le moine de Viviers ou de se dire l'auteur de livres qu'il n'a point écrits, ou d'avoir copié Boèce avec une servilité telle qu'il lui aurait même emprunté les expressions relatives aux ouvrages cités, il est difficile de ne pas voir, dans les textes dont nous avons parlé, au moins un indice assez proba- :'M ble d'une interpolation d'anciens manuscrits de Boèce dans les écrits de Cassiodore.
' Il faut noter, du reste, que cette division générale de la Philosophie spéculative ne se rencontre chez Aristote que dars la Métaphvsique. comme nous l'avons dit en parlant de la division aristotélicienne. C^r Cassiodore paraît ne pas connaître d'autres ouvrages d'Aristote que ses écrits sur la logique. Nous ne rencontrons en effet aucune mention soit de la Métaphysique soit d'ouvrages autres que ceux composant l'Organon. Tous les autres écrits du Stagirite seront dès cette époque inconnus jusqu'au XIII^ siècle. Cf. Hauréau, Hist. de la Philos. Scolast., T. I, p. 45 ; P. Mandonnet, Siger de Brabaiit, et l'averrohuic lati/i au Xllh
«^ique n'était nullement en 0|)f)Ositioj) avec celle qui n'établit dans la Philosophie que la double répartition en spéculative et pratique. Le tableau synoptique que nous venons d'exposer indique précisément la concilialion de la division de Platon avec celle d'Aristote, sous le titre de «definitio Phi'osophiae)). Nous pouvons donc conclure que Gassiodore essaie, h son tour, de concilier Boèce et St Augustin en rapprochant les classifications adoptées par ces deux philosophes.
Cependant, de ces deux systèmes, Gassiodore préfère celui de Boèce ^ Il ne développe, en effet, que la
siècle, p. XXVII.
• Gassiodore estime trop le patrice romain qu'il appelle dans son traité de Arithmetica » et « de Geonietria » vir magnifiais, pour ne pas idopter sa division à l'exclusion de tout autre. Boèce cependant n'est pas l'unique source a laquelle Gassiodore va puiser. Dans le traité « de Gramniatira » il s'inspire surtout de Donat, dont l'ouvrage lui paraît plus conforme aux enfants et à tous ceux qui ne sont pas encore bien avancés dans l'art delà Grammaire. Cf . <:/^ Artc Graïu., col. 1152. Dans le traité de la Rhétorique il suit comme modèles Cicéron, Marins Victorinus tv Quintillien. Gf. de Arte llhctorica, col. 1164. Boèce, Apulée de Madaure & Varron lui servent de guides dans la dialectique. Gf. 'De Diah'cticn, col. 1168 & 1203. 11 fait également quelques emprunts à Marius Victorinus pour ce qui concerne les syllogismes hvpothétiques. Gf. loc. cit.j col. 1173. Dans l'Arithmétique, il cite Nicomaque, Apulée dw Madaure & Boèce. Gf. de Arithmetica, col. 1208 ; dans la Musique, Mutianus, Gensorinus. Gf. de Mirica, col. 1208 & surtout Alb\nus ; loc. cit., col. 12 12. Il parle également à cet endroit des livres de Saint Augustin sur la Musique. Il suit Boèce dans son traité de Geovietria, col. 121 3. Dans le traité de l'Astronomie, il cite Sénèquc. Gf. de Astronomia, col. 1216, Ptolémée et Varron; loc. cit., col. 1217. Parmi tous les auteurs dont parle Gassiodore on ne voit pas figurer le nom de Martianus Gap^lla. Peut-on dès lors affirmer, comme le fait Hauréau, Op. cit., p. 25, que Ga>siodore a eu le De Xuptii'; Mercurii ■ l Philologix entre les mains ? Deux passages des écrits de Gcis:iodore pourraient provenir de Martianus Gapella : G'est le chap. « de Nominibus » Gassiod., De ^rtihui ac l)isciplini<, ctc, col. 11 54 et le ch. «De Verbis » loc. cit., col. 1155. Ges deux chapitres nous les retrouvons dans Martianus, lib. III, de Graniiii., p. 85 & sq. Toutefois dans les
division qu'il dit êlvc d'Arislote. Lu philosophie théorique ou inspeciive dit-il, nous permet de contempler' quelque chose des êtres célestes et divins^ en nous élevant au dessus du monde visible. La philosoj)hie naturelle étudie, comme son nom l'indique, la nature de chaque être, car rien dans la vie n'est engendi'é contrairement à la nature, mais à toute chose est assigné l'usage pour lequel le Créateur l'a produite, à moins que pai' la volonté de Dieu, il îie s'opère un miracle.
La science doctrinale a pourobjet l'étude de la quantité abstraite ainsi appelée parce que notre intelligence la considère séparément de la matière ou des autres accidents.
écrits de Cassiodore, ils sont incomplets. Au premier de ces chapitres manquent le commencement et au second, la fin. Le texte lui-même indique qu'il y a quelque lacune, ce dont on peut se convaincre en comparant ces chapitres avec ceux de Martianus. Malgré ces quelques points de ressemblance dans les ouvrages de ces deux écrivains, nous ne croyons pas pouvoir conclure que Cassiodore se soit inspiré de Capella. Car, comme les chapitres dont nous venons de parler se trouvent dans le de Arte Graniv/., ils sont empruntés à Donat et non à Martianus. Cassiodore nous avertit en eftet qu'il laissera de côté tous les auteurs pour ne se servir que de Donat. Cf. loc. cit., col. 1132. Ce que l'on peut conclure de la, c'est que Martianus et Cassiodore ont puisé à la même source, avec cette différence que le premier de ces auteurs ne n.us avertit point de l'emprunt qu'il fait. Cassiodore et Martianus ont aussi quelques points de ressemblance par rapport aux formes du syllogisme. Cf. Casssiod., de Dialeclica, Joe. cit., col. 1171 & Capella, lib. III, de T)iaJ., p. 130 et sq. Mais ici encore, on ne doit pas davantage croire à un emprunt fait à Martianus. Car Cassiodore a suivi l'ouvrage intitulé « Perihermenias » d'Apulée auquel il renvoie le lecteur : « Has formulas categ. s\'llogismorum qui pJene nosse desiderat, librum légat qui inscribitur Perihermenias Apuleii, et quse subtilius sunt tractata, cognoscet w. loc. cit., col. 1173. Pour ces raisons, nous croyons donc que le jugement d'Hauréau n'est pas bien fondé. Nous verrons bientôt ce qu'il faut penser de l'opinion de ce même historien relativement à Isidore de Séville.
' Cassiod., de ,,4rtihus ac 'DiscipJinii libéral litter., col. 1168 6n: 1169.
L'Arithmétique est la science de Ja quantité numérable.
La Musique est la science qui traite des nombres en tant qu'ils ont un rapport avec les sons' ; la Géométrie, la science des grandeurs qui ne varient point. L'astronomie étudie le cours et la figure des astres, le ra.[)port des étoiles entr'elles et avec la terre. La science divine étudie ou rineflable nature divine ou les créatures spirituelles. Tel est le domaine de la Philosophie théorique dans son ensemble'^. Parcourons aussi brièvement que Ta fait Cassiodore, la division de la Philosophie actuelle ou pratique dont le but est de mettre à exécution les choses proposées. Elle comprend i'da Morale qui recherche la manière de vivre honnête-
' Pour Cassiodore comme pour Platon, Aristote et les écrivains du premier moyen-âge, la musique a une signification ou plutôt une influence morale qu'ils se plaisent à faire ressortir. Ils lui attribuent un rôle dans tous les actes que nous accomplissons. « Musica... disciplina per omnes actus vitai nostra^ hac rationc dilTunditur. Primum si Creatoris mandata faciamus, & paris mentibus statutis ab eo regulis serviamus.... QjLiod si nos bona conversatione ti'actemus, tali discipliniie probamur semper esse sociati ; quando vero iniquitates gerimus, musicam non habemus. » Cassiod., de .Artihus ac T)isciplinis, etc. col. 1208 & 1209. « Sine Musica, dit Isid. de Séville, Et) mol., lib. III, col. 163, nulla disciplina potest esse perfecta, nihil enim est sine illa... Ad tolerandos quoque labores musica animum mulcet, et singulorum operum tatigationem modulatio vocis solatur... Sed et quidquid loquimur, vel intrinsecus venarum pulsibus commovemur, per musicos rvthmos harmoniai virtutibus probatur esse sociatum. »
Raban Maur, ck. Clericonim institutione, lib. III col. 1401, c. 24, reproduit textuellement Cassiodore et ajoute : « Haec ergo disciplina tam nobilis est, tamque utilis, ut qui ea caruerit, ecclesiasticum officium congrue implere non possit. » Cette conclusion n'a rien d'étonnant si on se rappelle que la musique a été regardée comme quelque chose de presque divin par Saint Augustin : pcnc divina ista disciplina» de DvCusica, lib. I. Patr. lat., éd. Migne, T. 32, c. I, col. 1084.
■^ Cassiod., de Artlhus ac Diiciplini< libéral, litt., col. 1168.