‹ Problème de la classification des sciences d'Aristote à St. ThomasChapitre 7 sur 24 · ISIDORE · texte numérisé non relu

ISIDORE

Status causarum apud rhetores dicitur ea res in qua causa consistit, id est constitutio. Graeci autem statum a contentione, aiàaiv, dicunt. Fit autem ex intentione et depulsione. Status autem causarum

(mkI qu'Isidore l'a empruntée à Philon le Juif '. Nous

:cneralcs qux'stioncs suai quatuor:

njcctura, finis, qualitas, translajonjecturalis status est, cum fac-

•1 quod ab alio abjicitur, ab ad- ^cisario peinegatur.

linitivus status est, cum id quod vibjicitur, non hoc esse contendimus; ised quid illud sit,adhibitis definitiojnibus approbamus.

Qualitas est, cum qualis res sit, quitritur ; et quia de vi et génère negotii controversia est, constitutio generalis vocatur.

Relatio criminis est, cum ideo jure factum dicitur, quod aliquis antc injuriam lacessicrit.

Comparatio est, cum aliud aliquod alterius fiictum honestum aut utile conteuditui , quod, ut lieret illud quod arguitur, dicitur esse commissum.

duo sunt rationalis & legalis. De rationali oriuntur conjectura, finis, qualitas, translatio...

Conjecturalis status est cum tactum quod alii objicitur ab alio pernegatur.

Definitivus status est, cum id quod objicitur, non hoc esse contenditur, sed quid illud sit, adhibitis definitionibus approbatur.

Qualitas est, dum qualis sit res quairitur, et quia de vi et génère negotii controversia agitur, constitutio generalis appellatur... Relatio criminis est, cum ideo jure factum dicitur, quod alius ante injuria lacessierit.

Comparatio est, cum aliquod alterius factum honestum aut utile contenditur, quod, ut fieret, illud quod arguitur, dicitur esse commissu m.

Nous pourrions continuer ce parallèle pour le reste du chapitre. Les chap. VI, VIII et IX d'Isidore, loc. cit., col. 127-130 sont également la reproduction fidèle des écrits de Cassiod., loc. cit., ch. « De controversia, etc., col. 1163-1167. Il en est de n.ème de la dialectique. Une partie des chap. 24, 26, 27 et les chap. 28 & 29 en entiers, sont identiques aux chapitres correspondants de Cassiodore. Voir ce dernier, ch. III, col. 1168-1 175.

Dans le traité « de Arithmetica » d'Isidore, /// Etyiiiol., col. 158 & sq. les chap. VI &: VII sont empruntés à Cassiodore. Cf. traité correspondant, chap. intitulé: «.Tcrtia divisio niinien» col. 1206-1208.

Dans le traité « de Geometria » qu'Isidore semble avoir négligé, le ch. XI ^st tiré de Cassiodore, col. 121 3. D'après l'indication qu'Isidore nous donne au ch. II, / Etymol., h traité de la géométrie devrait avoir sa place, non pas avant mais après le traité de la Musique, quoique dans l'édition Migne le traité « de Geometria » précède celui de la Musique. Dans les écrits de Cassiodore, l'ordre des traités est conforme à celui qu'Isidore mentionne au chapitre cité.

' Hauréau, Histoire de la Philosophie scolastique, T. I, p. 24.

lie parlu^eons point Tavis <l(* cf'L historien. Car, si Cassiodore a été le guide suivi par Isidore, n'est-il pas naturel d'anirnier (jue c'est du moine de Viviers que l'évêque de Séville reçoit cette indication ? D'autre pari . nous admettons volontiers avec Hauréau qu'Isidore n'a pas lu les écrits de Platon \ ni même ceux d'Aristote, puisque l'ouvrage où ce dernier établit la distinction dont nous parlons ne parait pas avoir été connu des écrivains de cette époque, comme nous l'avons dit au sujet de Gassiodore. Mais Isidore connaît fort bien Cassiodore et, de même qne ce dernier s'inspire de Boèce qu'il copie même parfois littéralement, ainsi Isidore à son toui' suit en général Gassiodore dont il reproduit en grande partie les définitions et les divisions ; le rapprochement et la comparaison des deux auteurs le prouvent d'une manière évidente 2. Si Hauréau avait fait ce travail etsi, aux auteurs cités, il avait joint Martianus Gapella, il aurait pu se convaincre sans peine qu'Isidore de Séville n'a pas lu aussi souvent que le pense Hauréau a le livre bizarre de Marti anus Gapella : De Nuptiis i)iter Philologiam et Mercurium et de ^eptem artihus liheralihus^. » Il aurait vu que le véritable inspirateur et maître d'Isidore n'est pas le rhéteur africain Mtirtianus, dont le nom paraît inconnu à

1 Hauréau, op. cit.., p. 25.

'^ Voir page 88, note 2.

•^ Cet historien reproche à Isidore de Séville d'avoir « fréquemment allégué la vénérable antiquité pour paraître plus savant qu'il ne l'était. Il avait lu, continue-t-il, les écrits de Philon et non ceux de Platon ; il avait lu plus souvent le livre bizarre de M. Capella... » Hauréau, op. cit., p. 24. Ce qu'il eût été bon d'indiquer, ce sont les faits sur lesquels

I evèque de Sévilk^' mais bien Gassiodore à qui Isidore emprunte textuellement un grand nombre de passages. Les quelques points de ressemblance que l'on peut remarquer entre Isidore et Martianus sont reproduits à peu près mot à mot, non pas de Martianus, mais (le Gassiodore, dont la version du reste n'est pas semblable à celle de Gapella -. De plus, les passages de Gassiodore cités plus haut comme ayant pu (Mre tirés de Gapella, ne se. retrouvent pas dans les écrits d'Isidore. L'influence de Mailianus sur Isidore de Séville paraît donc avoir été nulle et nous remplacerions volontiers la proposition d'Hauréau par la suivante : Isidore a lu très souvent et reproduit en pa>'tie le livre de Gassiodore de Artibus ac DiscipU- ///s UberaUum litierarum : \\ paraît, au contraire, avoir ignoré ou du moins très peu connu le «de Nuptiis inter Philologiam et Mercurium.

Haurcau s'appuie pour porter ce jugemeut. Car de ce que Isidore vivait du temps de Grégoire de Tours qui appelle Martianus « noster Martianus.) (Greg. Turon., Historia Franc, lib. X. c. 31 peut- on conclure comme le, fait Hauréau loc. cit., p. 25, que Martianus a dû être le maître d'Isidore ou qu'au moins il l'a lu très souvent ? Nous croyons que la conclusion ne s'impose pas nécessairement. Du reste les nombreux rapprochements que nous avons indiqués prouvent évidemment que Martianus n'est pas le maître d'Isidore. Reste à savoir si Isidore a même connu l'ouvrage de Gapella. C'est ce que nous examinerons un peu plus loin.

^ Isidore en effet ne cite jamais le nom de Martianus Capella. Nous ne prétendons point cependant que ce silence soit un argument prouvant qu'Isidore n'a pas connu les écrits de Capella. Car l'évêque de Séville ne cite pas davantage Gassiodore bien qu'il lui ait fait des emprunts manifestes, ainsi que nous l'avons montré et comme le reconnaît Monnier, ,jilcuin et Charlemagne, Paris, 1864, p. 32. « Isidore, dit-il, y reprend (dans ses Etymologies) l'œuvre de Gassiodore sur les sept arts, en copiant ses définitions souvent mot-à-mot... »

^ Dans le chapitre qui concerne les formules du syllogisme, on trou-

Mais, l)i(Mi qu'Isidore soit géiiéralomont (irl/'Ic ;i l;i (loclfiiic (1(3 (Jassiodofe, il ne scrnhifî cep(;ii(]aiil pas en avoir* partagé compUMeiiierit le S(3ritiiii('nt (mi ce (pii concerne la (Jivision de la Philosophie. Xous avons vu que Cassiodore avait ado[)té la division aristotélicienne et qu'il Tavait 'empruntée à Boèce. Quant à la division de Saint Augustin, il l'avait énoncée sans s'y arrêter. Isidore se prononce au contraire en faveur de la division de Platon. «La Philosophie, dit-il -, comprend

ve une assez grande ressemblance entre ces trois auteurs. Cf. Capella, De Dialectica, lib.IV, p. 130 etc. ; Cassiodore. DeDialecticay col. 1171- 1172 ; Isid. Hisp., H IitymoL, c. 28, col. 146 & sq. ; mais on remarque sans peine que le texte d'Isidore se rapproche de celui de Cassiodore plutôt que de la version de Martianus. Dans le chapitre « De Oppositis », // EtyiiioL, c. 31, col. 153, nous rencontrons une phrase ou l'autre q^ue l'on trouve aussi dans Capella, De Dialectica, lib. III, p. 118-11^. Mais Isidore s'est inspiré de Cicéron qu'il cite, !oc. cit., col. 155. Quant au lanibdacisine, (Etymol., c 32, col. 107.) Isidore en donn. une définition autre que celle que nous trouvons dans Capella, 'De RI torica, lib. V, p. 170. Il est une expression cependant qui provient d'au teurs autres que Boèce ou Cassiodore, celle de iwpariter impar qu'Isidore emploie en parlant des nombres, /// EtymoL, c. 5, col. 156. Cette expression se trouve dans Martianus, A' Arithmetica, ]. VII, p. 263. Mais puisque Isidore a reproduit dans ce traité, soit Cassiodore, comme nous l'avons montré plus haut, soit Boèce, Cf. Isid., /// Etyiuol., c. 5, col. 157 & Boèce, TDe ^4rithuietica, c. 19, T. 65, col. 1097, l'expression dont nous avons parlé permet-elle même de conclure qu'Isidore a connu Capella ? L'évèque de Séville peut l'avoir puisée soit dans Douât cité plusieurs fois par Isidore, (Cf. / Etyuiol., c. 6, 82 ; cap. 16, col. 89; c. 33, col. 108; c. 37, col. 112; Il EtymoL, c. 21, col. 135,^ soit dans Varron également connu d'Isidore, Cf. /. EtymoJ., c. 3, col. 74 ; c. 38, col. 117 ; // Etyiiiol , c. 23, col. 140. Comme Capella s'est aussi servi de Varron, cf, Capella, lib. IV, de Dialect., p. loi, Isidore et le rhéteur africain peuvent avoir emprunté à l'illustre romain cette .expression commune aux deux. Quoiqu'il en soit de ce dernier point, on ne peut pas conclure, croyons-nous, des écrifs d'Isidore que ce derlier ait lu souvent Martianus, comme le préiend Hauréau. ^ Isid. Hisp., //. EtymoL, c. 24, col. 141 : « Philosophiae species

trois parties : Tune, naturelle, appelée « Physique » par les Grecs; cette science a pour objet l'étude ou Texamen de la nature. Thaïes de Milet est le premier qui s'y soit adonné. Dans la suite, Platon l'a subdivisée en quatre parties : l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'asti'ononiie ^ La seconde partie de la Philosophie, connue sous le nom de «Moraleyy ou d'Ethique chez les Gre^'s, s'occupe des mœurs. L'origine de cette science remonte à Socrate qui l'a divisée d'après les quatre vertus de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance^.

((Enfin, dit-il, Platon a ajouté à ces deux sciences la Logique ou science ratioïielle. Cette dernière a pour but d'indiquer la méthode à suivre dans la recherche de la vérité, qu'il s'agisse de la science physique, ou de la Morale. Platon, ajoute Isidore, a divisé la Logique en Rhétorique et Dialectique ^. »

Appliquant ensuite cette division à l'Ecriture Sainte, Isidore trouve qu'elle s'adapte très bien aux dilTérents sujets dont s'occupent les Livres Saints. En elïet, ditil, ils traitent ou de la nature, tels que la Genèse et l'Ecclésiaste, ou des mœurs, tel, par exemple, le li-

tripart'ita est : una naturali^, qua; Gra^ce physica appellatur, in qua de naturic inquisitione disseritur ; altéra nioraUs, qua^ Graece ethica dicitur, in qua de moribus agitur ; tertia ratioualii, qua; Graico vocabulo logica appellatur, in qua disputatur quemadmodum in rerum causis, vel y'wx. moribus veritas ipsa quaeratur. »

^ Isid. Hisp., loc. cit., col. 141.

'^ « Ethicam Socrates prinius ad corrigendos componendosque mores instituit... dividens eam in quatuor virtutes anima;, id est, prudentiam, justitiam, foi'titudinem et temperantiam ». loc. cil., col. 141.

■' Isid. Hisp.. hc. cit., col. 141.

vre (i(îs proverbes, coiiune du resie, les autres Livres Saints qui, tous, renleririerit (;:< el, là des leçons inorales. D'autres livres enfin ont rapporta la Loi^i(jue, tels le Cantique des Cantiques et les Evanj^iles'.

A coté de cette division de la Philosophie, Isidore en mentionne uneautre. « Il en (;st, dit-il, qui divisent la philosophie en deux parties: la première est appelée hispecUve et la seconde. Actuelle ^ » fl énumère ensuite les subdivisions de ces deux parties, en reproduisant textuellement Cassiodore, sans toutefois le nommer. Tl rappelle en même temps les définitions de la Philosophie telles que nous les avons données plus haut. Mais si Isidore mentionne la division de Cassiodore, on voit clairement que ses préférences sont pour celle de Platon. Cette dernière^ en effet lui paraît si parfaite qu'il la juge digne d'être appliquée à l'Ecriture Sainte. Il Ténumère du reste en premiei' lieu et la fait sienne.

Isidore de Séville s'écarte donc de Cassiodore en ce point. Car, contrairement à ce dernier, il adopte la division dite platonicienne "^ Isidore en eflét, n'a assurément pas lu les écrits du fondateur de l'Académie. Il lui attribue en effet la division de la Physique en quatre parties : Arithmétique, Géométrie, Musi-

^ « In his quippe tribus generibus philosophise etiani eloquia divina consistunt. Nam, aut de natura disputare soient, ut in Genesi & Ecclcsiaste ; ant de moribus, ut in Proverbiis et in omnibus sparsum libris ; aut de logica pro qua no^tri theoricam sibi vindicanl, ut in Cantico canticoi'Um et Evangeliis » loc. cit., col. 141.

"^ « Alii dtfiaierunt philosophiae rationem in duabus consistere partibus, quarum prior inspectiva est, secunda actualis » loc. cit. y col. 142.

^^ Isid. Hisp., loc. cit., col. 142.

que et Astronomie. Or cette division est bien postérieure à Platon. L erreur d'Tsidore provient de la confusion produite par les dilTérentes divisions et subdivisions qui circulaient en ce moment. Gomme Isidore avait emprunté à Saint Augustin la division générale de la Philosophie, à peu près dans lestermes dont s'était servi le philosophe africain,' il a cru que la subdivision de la Physique devait être attribuée h Platon au même titre que la division générale lui était attî'ibuée par St Augustin,

Mais on peut se demander pourquoi Tévêque de Sévi Ile, qui suit généralement Cassiodore, n'en adopte cependant pas la théorie par rapport à la répartition de la Pliilosophie. Pourquoi se déclare-t-il en faveur de la division platonicienne? C'est, croyons-nous, parce (jue cette dernière était cellede Saint Augustin et que Tautorité de ce Père, à qui Isidore fait plus d'un empi'uiif-, était considérée par l'évêque de Séville comme supérieure à celle de Cassiodore.

De ce que nous venons de dire, il résulte que Cassiodore et Isidore représentent, en ce qui concerne la division de la Pliilosophie, les deux systèmes que nous trouverons en lutte durant tout le moyen-âge. On ne peut p;is conclure de là toutefois qu'Isidore soit platonicien. Car il n"a pas de système philosophique. Tout ce ([u'il nous apprend touchant la Philosophie

' Isidore se sjrt en effet des expressions mêmes de Saint Augustin, lorsqu'il indique l'objet de la Physique et de l'Ethique. Cf. Isid. Hisp., II Etymol., c. 24, col. 141, & Saint Augustin, VIII De civitatc Dci, Patr. L, éd. Migne, T. 41, col. 235, c. 10 et c. 3. col. 226.

'^ Entr'autres passages empruntés à Saint Augustin, on peut citer le

sfî borne à reîxposé dr la division et de la délinilion avec un résumé de l'Isagogue, du Periherrnenias et djs C.atéj^'^ories. Du reste pour Isidore, comme pour Cassiodore, la philosoptiie se réduit à la diahictique'.

Cependant, on remarque, avons-nous dit, un pr'ogrès de Cassiodore à Isidore de Séville. Ce dernier', en elïet, ajoute au cadre reçu une nouvelle science, ou plut()t un nouvel art: c'est la Médecine, qui a pour but, dit-il, de conserver ou de rendre la santé du

commencement du chapitre III, / Etyniolog.

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