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CHAPITRE PREMIER

CINy ANNÉES DU COMMERCE BRITANNIQUE AVEC l' AFRIQUE OCCIDENTALE

<• L'Afrique occidentale, ce grand pays où s'absorbe l'activité des manufactures anglaises. » Mary Kingsley.

Un rencontre encore — et trop souvent liélas ! — des gens qui s'étonnent de voir l'Angleterre prendre un souci quelconque de rOuest africain ; ils ne veulent pas convenir que nous avons là, dans le présent, des intérêts qui méritent quelques égards, et, quant à la question de savoir si plus tard dans ces immenses régions l'esprit d'entreprise britannique pourra se donner carrière, ils ne daignent pas même un instant s'en préoccuper.

Les chiffres assurément sont d'ordinaire, pour le lecteur, d'un intérêt médiocre; ils possèdent toutefois une portée pratique supérieure à beaucoup des plus brillantes dissertations). Ceux qui liront cet ouvrage me pardonneront donc, je l'espère, si, pour me justifier à leurs yeux de leur infliger une publication nouvelle, je réunis quelques chiffres que je leur présenterai comme particulièrement

dignes de leur attention. Les statistiques auxquelles je me réfère sont empruntées à l'administration des douanes; elles montrent l'étendue, la nature, le cliamp d'action du commerce anglais dans l'Afrique occidentale durant les cinquante dernières années. En les parcourant, il est facile de constater trois faits. Tout d'abord, bien que des Européens se livrent au négoce sur la côte occidentale depuis cinq siècles et demi, ces transactions, jusqu'à l'abolition sur mer de la traite des noirs, ont été limitées, à de très rares exceptions (1) — en ce qui concerne tout au moins les exportations — à la marchandise humaine, à la poudre d'or et à l'ivoire : le commerce de l'huile et des amandes de palme, qui sont aujourd'hui les principaux articles d'exportation de l'Ouest africain, est ainsi d'origine relativement récente, tandis que l'acajou et le caoutchouc apparaissent, en quantités appréciables, depuis quelques années seulement, ce qui prouve bien la fertilité, la puissance de production et les ressources, presque infinies de ces contrées. En second lieu, le développement des relations commerciales qui se sont établies, sous la forme d'un commerce légitime, entre la Grande-Bretagne et l'Ouest africain, a rencontré jusqu'à ce jour des circonstances absolument défavorables; il s'est poursuivi en l'absence de voies ferrées, facilité seulement par quelques routes, au milieu de guerres intestines arrêtant souvent pendant des mois entiers toutes transactions, et alors qu'on se bornait à gratter la surface du sol de la plus fertile région qui fût au monde. En troisiième lieu,les chiffres reproduits ci-dessous n'indiquent que l'importance actuelle du commerce de la Grande- Bretagne avec l'Ouest africain et les gains réalisés par les milliers d'Anglais et d'Anglaises qui bénéficient directement ou indirectement de ce négoce; il faudrait y ajouter les capitaux anglais que représentent en Afrique occidentale l'installation de factoreries, l'achat de machines, l'acquisition d'un matériel de navigation fluviale, des dépôts de charbon, des surf-boats et des allèges, des magasins, etc., sans négliger d'y comprendre aujourd'hui les chemins de fer, les dragues, les appareils électriques et bientôt, nous pouvons l'espérer, les machines à égrener le coton, et sans omettre de mentionner une flotte d'une soixantaine do vapeurs employés au transport des marchandises et des passagers, toutes choses qui doi-

(i) Parmi les principales exceptions on peut mentionner la gomn)c provenant, du Sénégal, le poivre et les épices, provenant de la côte de Guinée. (\'ote de\ l'auteur.)

vent entrer en ligne de compte si l'on veut estimer, au regard de l'Angleterre, la valeur de l'Afrique occidentale.

L'importance totale des produits naturels ou fabriqués (1) d'origine anglaise, importés dans les possessions anglaises de l'Ouest africain, de 1896 à 1000, était respectivement représentée par les chiffres suivants :

1896 1,828,395 liv.

Total g6néral 9,855,590 liv. (216,389,750 Ir.)

Augmentation en cinq ans, 17 1/2 0/0.

L'importance totale des produits naturels ou fabriqués d'origine anglaise, importés dans les possessions étrangères de l'Ouest africain, pendant la même période, était respectivement représentée par les chiffres suivants :

1896 970,080 liv.

Total général 6,856,311 liv. (171,-108,600 fr.)

Augmentation en cinq ans, 121 0/0.

Si nous ajoutons les deux totaux nous trouvons que la valeur des produits naturels ou fabriqués d'origine anglaise transportés dans l'Ouest africain de 1896 à 1900 a été de 16,711,934 livres, en augmentation de 138 0/0.

Du commerce anglais d'exportation dans l'Ouest africain, passons au commerce anglais d'importation dans la métropole, en provenance des mêmes régions.

L'importance totale des produits bruts importés par la Grande- Bretagne, en provenance de l'Afrique occidentale anglaise, dans

(1) Les chitl'res ici donnés ne comprennent pas, cela va sans dire, les marchandises d'origine étrangère ou coloniale transportées des ports anglais dans l'Afrique occidentale anglaise. [Note de Vautour.)

les années écoulées de 1896 à 1900, a été représentée respectivement par les chifEres salivants :

1836 2,223,925 liv.

Total général 11,294,591 liv. (282,364,775 fr.)

L'importance totale des produits bruts importés par la Grande- Bretagne, en provenance des possessions étrangères de l'Afrique occidentale, pendant la même période, a été représentée respectivement par les chiffres suivants :

1896 333,803 liv.

Total général 2,966,340 liv. (74,158,500 fr.)

Ces deux totaux réunis montrent que la valeur des produits originaires de l'Afrique occidentale, importés en Angleterre de 1896 à 1900, a été de 14,260,931 livres.

La valeur du commerce direct de la Grande-Bretagne avec l'Ouest africain pendant les cinq années écoulées de 1896 à 1900 a donc été de 30,972,865 livres. Il y aurait lieu d'y ajouter une somme de 1,750,888 livres, représentant les marchandises d'origine étrangèie ou coloniale transportées des ports anglais jusqu'en Afrique occidentale pendant la même période (1).

(1) L'importance totale du commerce, — avec l'Angleterre, l'étranger, ou cruii port du littoral à l'autre, — dans chacune des colonies de l'Ouest africain de 1806 à 1900, y compris le numéraire, est ainsi repré^icntcc ;

Gambie 1,7U7,916 livres.

Sierra-Leone 4, 64»), 503 —

Côte d'Or 10,393,850 —

Lagos 8,853,461 —

Pruloctoratd..' l,i cùle du Niger (et pour 19(H) « Nigeria ») 8,183,288 —

Total général 42,728,479 livies.

Le commerce des anciens territoires de la Compagnie du Niger, de 1896 à 1S09 inclus, n'est pas compris dans ce total, le public n'ayant à cet égard aucun chiffre à sa disposition. {Note de l'auteur.)

Parmi les possessions étrangères de l'Afrique occidentale, il y a certainement intérêt à voir quelles sont celles où les marchandises britanniques se sont principalement écoulées, et quelles sont celles en provenance desquelles l'Angleterre a principalement importé des produits bruts. Cet examen conduit aux constatations suivantes :

Les possessions étrangères ayant acheté en cinq ans pour 6,856,334 livres de marchandises anglaises, sont ainsi réparties :

Autres

151,022 liv 149,653 — 178,246 — 167,513 — 212,175 —

Les possessions étrangères ayant exporté pendant la même période, à destination de la Grande-Bretagne, pour 2,9GG,340 livres de produits bruts sont ainsi réparties :

Possessions

Possessions

Possessions

françaises

portugaises

allemandes

. 348,258 liv.

402,445 liv.

68,355 liv.

Possessions

Possessions

Possessions

Autres

françaises

portugaises

allemandes

. 203,442 liv.

33,937 liv.

42,001 liv.

54,423 liv

Les possessions françaises sont de beaucoup dans cette liste, on l'observera, au rang de nos principaux acheteurs et de nos principaux fournisseurs. Xos exportations et nos importations, à destination ou en provenance de ces possessions, se sont élevées à 4,027,543 livres, soit à 50 0/0 de notre commerce total d'importation et d'exportation avec l'ensemble des colonies étrangères de l'Afrique occidentale. L'importance croissante des possessions françaises de l'Ouest africain aussi bien pour la vente des marchandises britan-

(1) Les chiffres donnés ne comprennent pas naturellement les marchandises d'origine étrangère ou coloniale transportées dans ces mêmes possessions en provenance de ports anglais. [Note de l'auteur.)

(2) Augmentation due à des importations exceptionnelles de charbon et de matériel télégraphique. [Note de Vauteur.)

niques que pour rapprovisionnement des marcliés anglais de la métropole est un fait que, pour nos hommes d'Etat, il est de la plus haute conséquence d'avoir à cœur. J'aurai l'occasion de revenir sur ce sujet. C'est déjà l'un des facteurs principaux de la situation dans l'Ouest africain en tant que cette situation aô'ecte les intérC'ts commerciaux britanniques, et ce le sera de plus en plus avec le temps, car la France, maîtresse de ces régions au point de vue territorial, peut le devenir au point de vue commercial.

Les conclusions générales auxquelles conduit l'examen de ces statistiques sont de diverse nature. Avant tout, un fait apparaît clairement, c'est que le commerce de l'Angleterre avec l'Afrique occidentale se développe considérablement et qu'il a devant lui des perspectives illimitées; il en est ainsi surtout aujourd'hui que des efforts sérieux et persévérants sont tentés de toutes parts pour rendre accessibles les ressources encore intactes de l'intérieur au moyen de routes et de voies ferrées, ainsi que par l'amélioration des cours d'eau navigables, tandis que la cessation des guerres intestines doit, sur beaucoup de points, permettre un accroissement notable de la population, et, par voie de conséquence, augmenter chez les indigènes la puissance de production et d'achat. Il est également démontré que tous les ans l'Afrique occidentale absorbe une quantité de plus en plus grande de marchandises manufacturées d'origine anglaise ; que l'exportation de ces mêmes marchandises à destination des possessions britanniques de l'Ouest africain est en augmentation constante et qu'elle s'accroît dans des proportions exceptionnelles à destination des pays étiangers de la même région, pai'ticulièrement des colonies françaises; que, dans l'industrie des transports de l'Afrique occidentale, l'Angleterre tient une place qu'elle consolide sans cesse, comme en témoignent les quantités de plus en plus fortes de marchandises d'origine étrangère ou coloniale transportées par mer à la côte occidentale d'Afrique en provenance de ports britanniques ; enfin, que le continent européen — l'Allemagne surtout (1) — reçoit des possessions anglaises de l'Afrique occidentale une quantité de plus en plus grande de produits bruts, déduction qui semble raisonnable si l'on considère que de tels produits sont importés par la Grande-Bretagne elle-

(1) Les importations allemandes, comme les importations anglaises, sont en grande partie destinées à Être réexportées à destination d'autres pays d'Europe et d'Amérique. (Note de l'auteur).

même, sur son propre sol, dans des proportions restant stationnaires. Et la conclusion finale, c'est que, eu égard à l'étendue limitée des possessions anglaises de l'Afrique occidentale, par comparaison avec les possessions des puissances étrangères dans cette partie du monde, ces dernières offrent un cliamp baucoup plus vaste pour la vente des marchandises britanniques. Par conséquent, il est du devoir étroit du gouvernement anglaisi et des chambres de commerce anglaises, sans négliger en rien les brillantes perspectives que, sous une sage administration, les possessions britanniques de l'Ouest africain offrent à l'esprit d'entreprise de nos compatriotes, d'être toujours prêts à considérer l'avenir et à protéger notre commerce avec les possessions étrangères de l'Afrique occidentale contre une légisilation quelconque qui tendrait à lui en fermer l'accès.. Ils ont l'obligation d'insister pour assurer la stricte observation par les signataires de tous les traités internationaux garantissant en Afrique occidentale la liberté du commerce aux sujets de toutes les nations. A cet égard, la diplomatie britannique s'est montrée d'une faiblesse singulière. Mais il est possible encore de remédier aux fautes déjà commises et de nouveaux dangers qui semblent menaçants seront évités si le peuple anglais sait seulement comprendre avant qu'il soit trop tard l'importance des intérêts en jeu.

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