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LA QUESTION SANITAIRE EN AFRIQUE OCCIDENTALE

Par le major Ronald ROSS, F. R. C, S., F. R. S., C. B., de l'École de médecine

tropicale de Liverpool.

La première question que posera quiconque a étudié l'histoire de l'Afrique occidentale est celle-ci : Pourquoi ce pays a-t-il été si lent à se développer? Il est actuellement plus rapproché de l'Europe et plus accessible que plusieurs contrées de la zone tropicale qui ont certainement avancé plus vite dans la voie de la civilisation; tel est Le cas des Indes occidentales et orientales, de l'Amérique centrale et (lu littoral de la Chine. C'est, d'une manière générale, un pays plus riche; le sol y est fertile, les pluies y sont abondantes; il y a de larges cours d'eau, de bons ports, de belles plaines bien arrosées, une population nombreuse et le climat n'est pas d'une chaleur excessive. On s'attendrait à trouver ici des établissements florissants, de grandes villes, une agriculture prospère, un commerce important. Mais ce que nous voyons en réalité, c'est une série d'établissements de second, pour ne pas dire de troisième ordre, à peine en état de vivre au milieu des forêts et des solitudes qui les environnent, et une population indigène qui, si l'on s'éloigne un peu de ces établissements, doit être considérée comme se trouvant en pleine barbarie. La distance qui sépare ici le rêve de la réalité est remarquable. L'Inde, par exemple, avec ses immenses étendues de terres bien cultivées, ses villes, ses ports, ses universités, ses milliers de

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kilomètres de chemins de fer, sa société mondaine, son gouvernement fortement organisé, est en vérité dans une situation bien supérieure à celle de l'Afrique occidentale. Si le plus beau pays de l'Ouest africain pouvait être dans son intégralité transporté vers l'est et placé tout à côté de provinces hindoues, fussent-elles même sur les confins de l'empire comme l'Assam et le Burma, il paraîtrait peu de cbose en comparaison. Les villes les plus importantes de l'Ouest africain que j'aie visitées, Lagos, Accra et Freetown, ne peuvent pas un seul instant être mises en parallèle avec les grandes cités de l'Inde telles que Calcutta, Bombay, Madras, Eangoon, Secunderabad, Allahabad, Delhi, Benares, Pindi, Lahore. Comme aspect général, par les édifices qu'elles renferment, le genre de vie qu'on y mène, elles sont au rang de localités aussi obscures que peuvent l'être Moulmein dans le Burma, Nowgong dans l'Assam, ou Masulipatam dans l'Inde méridionale. L'Afrique occidentale n'a rien qui rappelle Simla, Bangalore, Darjeeling ou Ootacamund.

L'ensemble de l'Ouest africain rappelle surtout la côte délaissée de Coromandel, exception faite du chef-lieu de cette dernière région. Et pourtant l'on peut se demander si, par son étendue, sa fertilité, ses richesses naturelles, l'Afrique occidentale est bien inférieure à l'Inde. L'Europe fait du commerce depuis des siècles avec l'Afrique occidentale ; elle en a longtemps retiré bien des avantages appréciables; elle l'a explorée et y a créé des établissements qui subsistent depuis des centaines d'années. Pourquoi donc l'Europe alors n'a-t-elle pas fait davantage pour l'Afrique? La question est vraiment très importante si l'on considère à un point de vue philosophique l'histoire de la civilisation, à notre époque surtout où la civilisation a si nettement tendance à se répandre des climats tempérés jusque dans la zone tropicale. jS^ous nous trouvons en face de deux contrées également douées de richesses naturelles, également exposées aux rayonnements de la civilisation européenne. Cependant, tandis que l'une, l'Inde, est déjà par elle-même une des plus grandes puissances du monde, l'autre demeure dans la situation d'un continent dont la découverte est récente et que l'avenir seul doit ouvrir au progrès.

Des trois raisons que l'on donne ordinairement pour expliquer ce fait singulier, la première, c'est, le plus souvent, que, dans l'Inde, les Européens ont trouvé une certaine civilisation préexistant à leur

arrivée, tandis que dans l'Afrique occidentale ils oni entrepris de transformer un pays en pleine barbarie. 11 n'est pas douteux que cette cause ait eu quelque effet; néanmoins nous ne pouvons oublier que bien des régions, aujourd'hui fort en avance sur l'Afrique occidentale, n'étaient guère, si elles l'étaient, il y a seulement plusieurs siècles, plus éloignées qu'elle-même de l'état de barbarie; c'était le cas de différentes parties de l'Amérique tropicale, du Burma et des îles du Pacifique. Il est difficile de soutenir que la demi-civilisation de l'Inde et de la Chine, antérieure à l'arrivée des Européens, ait toujours été favorable au progrès, ou, par contre, qu'un état de complète barbarie lui soit inévitablement défavorable. Une autre raison, que l'on donne plus fréquemment peut-être, c'est que les indigènes de l'Afrique occidentale sont d'une incorrigible indolence. Cependant c'est le travail de ces mêmes indigènes qui, sous le contrôle d'Européens, a donné aux Etats du sud de l'Amérique leur prospérité. A mon humble avis, l'indigène de l'Ouest africain devrait offrir un terrain très propice à la civilisation. Comparé à l'habitant des Indes orientales, il n'est peut-être pas aussi patient, aussi laborieux, aussi économe, mais, d'autre part, il a plus de vitalité, plus d'énergie; il ne connaît pas l'entrave des distinctions de castes; au point de vue physique il est plein de force et de vigueur; il peut produire des hommes qui ne soient nullement inférieurs dans l'ordre intellectuel à l'Européen die moyenne valeur; et surtout, loin de s'attacher obstinément à ses propres coutumes comme il arrive si souvent avec l'habitant des Indes, il montre une vive inclination pour les mœurs et la culture de l'Europe. En réalité, je puis me tromper, mais j'estime quant à moi que les noirs de l'Ouest africain sont plus accessibles à la civilisation que les habitants des Indes orientales, et je ne crois pas que, si l'xVfrique occidentale est demeurée tellement en arrière, l'indigène en ait, par ses défauts, toute la responsabilité ou même une grande part de responsabilité.

Pour beaucoup d'entre nous cet état de choses doit être attribué sans hésitation à ce qu'on appelle l'insalubrité que présente pour les Européens le climat de l'Afrique occidentale. On doit reconnaître que l'Européen ne peut vivre dans l'Ouest africain aussi bien protégé contre les dangers de maladie qu'il l'est dans les Indes orientales et occidentales. Et selon moi c'est ce fait, et non pas l'état de barbarie des populations, ou encore leur indolence, qui

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retarde ici le progrès. L'agent de la civilisation meurt au seuil du pays dont il vient hâter le développement.

Il faudrait tout un volume pour traiter comme il convient cette importante question, et je ne puis ici qu'en ébaucher l'examen. Nous nous demanderons premièrement quelle est la cause de cette insalubrité, secondement quel est le remède.

Je n'essaierai pas de présenter des statistiques sur la mortalité parmi les Européens ou les indigènes, car je n'ai qu'une confiance limitée dans celles qui existent. Mais le fait même de l'extrême insalubrité du pays pour les Européens est universellement accepté ; de plus, il est vérifié par le taux élevé des assurances sur la vie, par la fréquence des congés que le gouvernement accorde à ses fonctionnaires et par les difficultés qu'on éprouve partout à trouver un personnel européen, même largement rétribué, pour servir dans l'Ouest africain. En vérité, la réputation du pays est si bien établie à ce point de vue qu'il n'est pas nécessaire d'insister davantage.

Quelles sont les causes de l'insalubrité de l'Afrique occidentale pour des Européens ? Une première série de causes tient assurément à l'ensemble des maladies infectieuses, qu'explique avec vraisemblance, sinon même avec certitude, l'invasion du corps par des parasites. Il en est ainsi principalement de ce qu'on appelle la malaria ou fièvre intermittente, ou, sous sa forme la plus dangereuse, fièvre bilieuse; il en est également ainsi d'autres genres de fièvres, de la dysenterie, et, selon beaucoup de médecins, de la fièvre jaune. La première de ces maladies s'attaque aux Européens avec plus de force qu'aux indigènes déjà acclimatés, mais néanmoins elle produit de grands ravages parmi les enfants de ces derniers. Son effet est tel que souvent de nouveaux venus succombent à son atteinte en quelques semaines, tandis qu'on voit souvent des habitants du paj's, y résidant depuis longtemps, avoir sans cesse de nouveaux accès pendant la durée entière de leur séjour. Il arrive, en outre, que des épidémies, soit de cette fièvre, soit de la fièvre jaune ou de toute autre maladie de la même famille, sévissent dans les établissements européens, y produisant une importante mortalité; sur certains points, il y a lieu de redouter presque à l'égal de ces épidémies les ravages causés par la dysenteiio et les maladies intestinales. L'histoire de l'Afrique occidentale porte }o deuil de ces terribles fléanx qui, de temps en temps,

ont effacé le nom des plus audacieux voyageurs, fies gouverneurs les plus capables, des colons les plus entreprenants; qui abrègent la vie de ceux qu'ils ne tuent pas, et qui entravent tout projet politique ou commercial en atteignant ou en effrayant les agents cliargés de l'exécuter..

Mais il ne faut pas croire que ce soient là les seuls facteurs à considérer dans l'état de choses actuel. La chaleur et rhumiditc du climat ont pour l'Européen un effet des plus anémiants. La privation générale de bonne nourriture — viande de bonne qualité, pain, légumes, lait, — tend à produire la dypepsie et la mélancolie. L'absence de la plupart des commodités et des soins auxquels les Européens sont habitués chez eux — maisons confortables, bons domestiques, exercices physiques, toutes les distractions de la vie sociale, sans parler de l'éloignement de la femme et des enfants, — cette absence déprime la volonté; et si l'on ajoute à ce tableau la crainte toujours présente de maladies graves, les piqûres fréquentes d'insectes, le voisinage désagréable d'indigènes malpropres, il faut avouer que le colon a bien des motifs de découragement. Quoi d'étonnant si, dans ces circonstances, l'alcool et la débauche viennent s'associer parfois à une telle existence ! La vérité, c'est ce que nous appelons parfois « l'insalubrité » de l'Afrique occidentale est un phénomène complexe dû à des causes nombreuses qui se complètent l'une par l'autre. On est exposé parfois à tomber dans un cercle vicieux d'oiî il est malaisé de s'échapper. Je crois, en vérité, que l'Afrique occidentale tout entière s'est enfermée dans un cercle vicieux de ce geni'e et n'est pas près d'en sortir. Mais approfondissons davantage la question.

Quand nous trouvons beaucoup de malades dans une contrée déterminée, nous sommes trop enclins à penser que le mauvais état de leur santé est uniquement dii à certaines circonstances naturelles qui se rencontrent dans le pays et le rendent insalubre. Nous oublions que la maladie peut tenir, non pas à la situation mêine du pays, mais à ce fait que les habitants ne prennent pas les précautions requises contre les dangers qui les menacent. Tout l'efiort de la science médicale tend présentement à montrer de façon persuasive que les principales maladies infectieuses peuvent être évitées, pour peu que l'on prenne les précautions exigées. De temps en temps, nous voyons ces maladies disparaître entièrement, ou du moins pai-tiellement, de tout un pays. Ainsi, la petite vérole et le

typlius ont presque complètement disparu des grands Etats d'Europe ; nous pouvons du moins l'affirmer en comparant leurs ravages passés à leurs effets présents. La fièvre typhoïde et la diphtérie diminuent tous les jours.. La fièvre paludéenne et la dysenterie, qui étaient autrefois le fléau de certaines régions de la Grande- Bretagne, y sont à peu près inconnues aujourd'hui. Même dans la zone tropicale, nous pouvons citer de nombreux exemples de faits de ce genre. Calcutta fut autrefois le foyer de la fièvre et du choléra, et fut vraisemblablement aussi funeste aux Européens que l'Afrique occidentale est réputée l'être aujourd'hui. Le séjour de Eangoon était mortel quand, pour la première fois, les Anglais s'y établirent. Il y a un siècle, le choléra anéantissait souvent dans l'Inde des régiments tout entiers. Xous ne voyons rien de semblable aujourd'hui. Dans son ensemble l'Inde est peut-être aussi saine pour des Européens que l'est l'Angleterre, si nous négligeons du moins l'effet anémiant de la chaleur; et je crois même, en vérité, qu'à certains égards les Européens dans l'Inde, à l'abri des rhumes et des maladies de poitrine et avec tous les avantages de la vie et de l'exercice au grand air, sont plus favorisés que ceux de leurs compatriotes qui restent dans leurs foyers.

Ces faits suffisent à démontrer nettement que bien des maladies ne tiennent pas à des causes naturelles indéjiendantes de la volonté humaine. Mais la science appuie encore cette affirmation en démontrant que bon nombre de maladies infectieuses sont dues à des microorganismes venant de malades antérieurement atteints et n'ayant pas leur origine dans l'air, la ierrc, ou l'eau. Quand, dès lors, nous disons qu'une localité est malsaine, nous entendons simplement que, pour une cause ou pour une autre, une maladie infectieuse s'y propage facilement de personnes indemnes. Cette contagion peut, en partie, tenir à des circonstances locales, telles que la chaleur, l'humidité, etc., particulièrement favorables à la transmission de germes morbides, mais elle peut aussi être due à ce fait qu'on ne prend pas les précautions nécessaires pour empêcher cette transmission. Ainsi, pour l'Afrique occidentale, la question à résoudre est celle de savoir si l'insalubrité du pays tient réellement à ce que le climat est particulièrement favorable à la contagion, ou si elle est due à l'absence des précautions requises. Je ne saurais affirmer que, sous le rapport de la chaleur, de l'humidité, d'une végétation luxuriante — conditions que l'on sait depuis longtemps être parti-

culièrement favorables à la malaria — l'Afrique occidentale diffère beaucoup de Calcutta ou de Rangoon. Au point de vue de l'action des éléments naturels je ne vois guère de diiïérence entre l'Ouest africain et d'autres régions de la zone tropicale que j'ai visitées. J'en vois une très grande, au contraire, entre le genre de vie cj[ue les Européens ont adopté en Afrique occidentale et l'existence qu'ils mènent dans l'Inde; et jo suis convaincu que la moiialité excessive constatée parmi eux tient sensiblement, sinon principalement, à cet état de cboses, qui vient aggraver encore les conditions défectueuses que le pays olïrc par lui-même au maintien de la santé publique.

Mes séjours personnels en Afrique occidentale ont été peu fréquents et de peu de durée.. J'ai par trois fois passé quelque temps à Freetown, et j'ai visité rapidement Batlmrst, Accra, Lagos et Ibadan. Mais bien que je n'aie guère eu le temps de bien connaître le paj^s, j'ai toujours été bien placé pour être renseigné pendant mes difPérents séjours, et mes observations médicales étaient, à vrai dire, facilitées par huit années de présence dans les services sanitaires de l'Inde. En outre, au cours des trois dernières années j'ai été en relations constantes avec plusieurs des anciens habitants du pays; je me suis de plus sérieusement documenté auprès des membres de diverses missions envoyées en Afrique occidentale par l'Ecole de médecine tropicale de Liverpool et dans de nombreux rapports sur l'état sanitaire du pays. Je précise ces divers points uniquement pour permettre au lecteur d'apprécier la valeur de mes déclarations sur ce sujet. Je ne prétends nullement qu'avec plus d'ex» périence on ne puisse se prononcer avec plus d'autorité; mais il convient aussi de remarquer qu'un hygiéniste de quelque compétence, tout comme un médecin exercé, peut souvent établir, en un délai relativement court, un diagnostic exact, et qu'il n'est pas nécessaire de visiter toutes les villes d'un pays pour avoir une idée générale de l'état sanitaire de la région. Au surplus, les villes que j'ai visitées sont les chefs-lieux de quatre, sur six, des possessions britanniques de la côte.

Selon l'expérience que j'ai pu acquérir, le genre do vie des Européens en Afrique ne convient pas à la zone tropicale.

Pi'enons les maisons pour commencer. Elles sont généralement défectueus'es. Il est absolument essentiel, sous les tropiques, d'avoir d'excellentes toitures et de vastes chambres bien aérées. Isos pères

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ont avec sagesse de bonne heure, clans Tlnde, discerné cette vérité ; ils ont construit ces grands et solides édifices qui sont l'un des traits dominants de Calcutta, de Madras, et de bien des villes de l'Hindoustan. Je n'ai rien vu de semblable dans l'Ouest africain^ Même à Lagos et à Accra, les maisons ne sont que des bâtisses de second ordre. A Freetown, elles sont simplement exécrables, et il est monstrueux que des Anglais, et surtout que des dames soient obligés d'y vivre. Et ces constructions misérables sont, il est bon de le rappeler, l'œuvre du gouvernement. A Ibadan, j'ai vu une magnifique maison toute en fer, que l'on m'a dit avoir coûté 6,000 livres au gouvernement, mais dont le plan est si mal conçu, dont l'emplacement est si mal choisi qu'au plus fort de la chaleur du jour les habitants ne peuvent y rester et vont s'asseoir à l'abri du feuillage. A un autre point de vue, dans l'Inde les Européens et quelques indigènes des hautes classes occupent un quartier séparé; mais c'est rarement ce qui se produit en Afrique occidentale, et même, à Freetown, les Européens habitent souvent au-dessus de boutiques indigènes. Si l'on se rappelle que des maladies infectieuses se transmettent souvent par contagion, on comprendra facilement pourquoi l'absence d'un quartier séparé est si contraire à la santé. D'autre part, diverses installations absolument indispensables au confort sous les tropiques, telles que celles des pankhas et les moustiquaires, d'un usage courant dans l'Inde, se rencontrent souvent à l'état d'exception dans l'Afrique occidentale, ou du moins y étaient, hier encore, extrêmement rares.

En ce qui concerne l'alimentation, nous ne voyons pas qu'on ait fait de grands efforts pour aider les Européens, en Afrique, à bien s'approvisionner. Souvent il est impossible de se procurer du lait frais et du beurre, là même oii existent de nombreux bestiaiix. Le gouvernement parfois entretient à grands frais des jardins botaniques en se plaçant à divers points de vue d'ordre économique. On m'a dit qu'il tHait dans les habitudes de faire pousser des légumes dans ces jardins jusqu'à ce qu'un ordre venu d'Angleterre eût mis un terme à cet usage, sous le prétexte qu'un botaniste officiel ne pouvait être chargé de l'entretien d'un potager; c'est bien là cette incurable absence d'esprit pratique qui a pénétré dans toute l'administration britannique^ Il en résulte que l'Européen a recours aux légumes indigènes, auxquels il n'est pas accoutumé. La viande est généralement anémiée et de qualité com-

mune, et l'on n'a fait aucun effort sérieux pour l'améliorer. La glace, cet autre besoin de l'Européen sous ks tropiques, ne peut le plus souvent lui être procurée. On m'a dit gravement que les machines à glace ne fonctionnaient pas en Afrique occidentale. On ne voit pas bien pourquoi il en est ainsi, car elles fonctionnent certainement dans les régions les plus chaudes et les i^lus humides de l'Inde. Des eaux gazeuses, qu'on a cru devoir importer dans le [■ays, se vendent environ 0 fr. HO la bouteille; elles aussi, sans doute, ne peuvent être fabriquées dans l'Afrique occidentale ! Dans l'Inde cependant on en fabrique partout et on les vend environ 0 fr. 10 la bouteille. Singulier effet du climat de l'Ouest africain!

Quoi de plus nécessaire partout que l'exercice, les distractions, les réunions mondaines? Dans l'Inde, la plus petite localité a son « gymkhana », son polo, son tennis, son cricket, et même son football, des dîners, des a afternoon-parties », des bals; on s'y livre à l'exercice du tir et à l'équitation. En ce qui concerne l'Afrique occidentale, — bien que, grâce aux encouragements judicieux des gouverneurs, on s'intéresse beaucoup à ce côté de la question, — les choses sont toutes différentes. Un résident de Sekondi m'a dit que la seule distraction du pays a était de boire ».. Il y paraissait. En bien des endroits, il n'y a pas de chevaux, car on assure qir'ils n'y perrvent vivre. A ma connaissarrce, le gouvernemerrt n'a jamais entrepris la plirs élémentaire enquête scientifique sur ce sujet important, bien qire vraisemblablement, si les chevaux ne peirvent vivre, la seule cause en soit une maladie due à la présence de parasites et facile à éviter. A Er^eetown, bien des gens ne prennent nul exercice et se font porter en hamac même sur de courtes distances. Loin de la côte, dit-on, la vie devient souvent, faute de distractions et d'exercice, d'rrne monotonie intolérable et navrante.

Si nous passons maintenant à l'organisation des services sanitaires, demandons-nous tout d'abord quelles mesures le gouvernement, en bonne logique et selon son intérêt bien compris, aurait dû prescrire à l'origine même de ces colonies. Témoin de ce fait que tout le développement du pays était retardé par la maladie et la mortalité parmi les fonctionnaires et les négociants européens, un gouvernement vraiment pratique se serait dès le début vivement efforcé de remédier à cet état de choses ; il aurait employé jusqu'à son dernier sou pour rendre plus salubres les villes de la côte, qui sont, en fait, les portes d'entrée du continent; il aurait voulu que

celles-ci fussent d'une propreté scrupuleuse, sans immondices ni eaux stagnantes; il aurait logé ses employés de façon très confortable dans des quartiers retirés, loin du voisinage dangereux des habitations indigènes les plus misérables; il aurait encouragé les commerçants à agir de même à l'égard de leurs agents; il aurait créé des fermes pour qu'on puisse se procurer une alimentation saine en viande fraîche, lait, beurre et légumes ; il aurait installé des lieux d'exercice et de récréation, ou contribué à la dépense de cette installation; il aurait, par tous les moyens, essayé d'améliorer le sort des Européens, qui sont la force vive des colonies, sachant qu'un confort raisonnable est pour moitié dans la santé et le bonheur et que, si l'on s'en prive sans raison et sans nécessité, on a fait plus de la moitié du chemin vers la maladie et le désespoir; il se serait préoccupé de façon scrupuleuse d'assurer des approvisionnements en eau et d'assécher les marais; il n'aurait rien négligé pour rendre plus salubres les habitations des indigènes voisines des résidences européennes, aussi bien dans l'intérêt des noirs que dans celui des Européens; il aurait institué de façon permanente un service médical et sanitaire, disposant des pouvoirs suffisants et muni des fonds nécessaires à son fonctionnement; il aurait fait tenir avec soin les statistiques de la maladie et de la mortalité, surtout parmi les Européens; il aurait prescrit de nombreuses recherches scientifiques sur les causes des maladies les plus terribles de l'Afrique occidentale, à la fois chez les hommes et chez les animaux domestiques; enfin et surtout, il aurait remis la direction des services sanitaires aux mains des hommes de l'art les plus capables dont le concours aurait pu lui être assuré.

Certes, je n'ai pas l'intention de dresser un réquisitoire ; mais je dois dire qu'à ma connaissance — je souhaite de me tromper — le Colonial Office et les gouvernements ainsi que les municipalités de l'Afrique occidentale ne peuvent guère être considérés comme ayant consacré toute l'attention voulue à un seul des points de ce programme, — du moins jusqu'à ces derniers temps. Prenez par exemple la question de l'assèchement du sol. On n'ignore pas, depuis l'époque romaine, que cet assèchement fait disparaître la malaria ; et la malaria est l'ennemi le plus redoutable des colonies de l'Ouest africain. Assurément dès lors les considérations les plus décisives auraient dû amener le gouvernement à faire disparaître les marécages étendus, qu'on trouve aux abords des principaux éta-

blissemcnts. Une dépense peu élevée tous les ans, avec quelque persistance, aurait graduellement permis de mener cette œuvre à bonne fin; et, comme le fit remarquer un jour sir William Mac Gregor, les gouvernements locaux ont eu depuis des années des sections nombreuses de condamnés qui pouvaient avec avantage être employés à ces travaux d'utilité générale. Mais non; on a laissé les marécages dans l'état où ils se trouvaient. Ce n'est que tout récemment qu'on a touché aux marais de Lagos et de Batliurst. A Freetown, il y avait des marécages dans presque toutes les rues du quartier indigène pendant les pluies, et naguère encore ils étaient la conséquence de travaux mal conçus, venant s'ajouter à l'incurie la plus frappante — les égouts, de cbaque côté des rues, n'étant le plus souvent qu'une suite d'excavations profondes remplies d'une eau stagnante favorable à l'éclosion d'insectes.. Et pourtant cette ville fut appelée le tombeau des blancs; et l'on blâma le ciel de laisser se produire un foyer d'épidémie qu'il était facile d'éviter en suivant les principes les plus élémentaires de l'hygiène. Môme après qu'on eût pleinement reconnu et démontré que l'eau stagnante et le paludisme étaient choses inséparables, — constatation due à cette découverte, complétée en 1899, de la transmission de la maladie par certaines espèces de moustiques dont les marais favorisent la multiplication — même alors aucun effort ne fut spontanément accompli par le gouvernement en vue d'assurer l'écoulement des eaux à Freetown.

En 1899 l'Ecole de Liverpool prit la peine d'envoyer une mission qui dressa une carte complète des marais de la ville favorables 8 l'éclosion de moustiques; l'année suivante la commission de la Royal Society fit connaître le résultat de nos observations. Deux ans après, cependant, une nouvelle mission de l'Ecole de Liverpool constata que tout était demeuré exactement dans le même état, si ce n'est que le traitement du cbef du service de santé avait été sensiblement accru. Pas un marais, pas un fossé n'avait été asséché ; pas un effort digne d'être noté n'avait été fait pour tenir compte de la nouvelle découverte si importante pour les colonies de la côte ; et ce ne fut qu'à l'arrivée du nouveau gouverneur, sir Charles King-Harman, secondé par l'Ecole de Liverpool, qu'une tentative sérieuse fut faite pour assainir Freetown et y assurer l'écoulement des eaux. Dans les autres colonies le progrès ne fut pas moins lent jusqu'à ce que sir William Mac Gregor et le D"" Stra-

clian eussent commencé leur campagne antipaludiste à Lagos. L'auroiité centrale, le Colonial Office, au lieu d'édicter des dispositions promptement efficaces et vraiment pratiques, s'est contentée de publier une notice excellente, que tout le monde avait lue déjà une douzaine de fois. Les gouverneurs de la Côte d'Or (sir Mathew iNathan) et de la Gambie (sir George Denton) sont résolument entrés aujourd'hui dans la voie ouverte à Freetown et Lagos; nous ne pouvons que souhaiter pour l'avenir dans toutes les colonies la continuation des progrès réalisés.

Les autres points du programme que nous avons exposé n'ont également que fort peu attiré l'attention. Le service médical et le service sanitaire n'ont pas l'organisation qui convient aux nécessités présentes.

Ainsi, en 1880, Laveran a découvert le microbe du paludisme; mais vingt ans après il n'y avait encore que peu de médecins pour tenir compte de cette découverte dans le diagnostic et le traitement des fièvres qui se développent sur la côte. Dans la plupart des cas les médecins n'étaient même pas pourvus de microscopes. A ces divers points de vue les services médicaux de l'Afrique occidentale étaient dans la situation où se trouvent partout ces mêmes services sous une organisation officielle ; tout en comptant souvent des hommes extrêmement distingués, ces services sont d'ordinaire totalement dépourvus de compétence et d'initiative, et n'ont pas l'influence dont ils dépendent. Un haut fonctionnaire m'a dit un jour que de tous les agents placés sous ses ordres les médecins étaient ceux chez qui le sentiment du devoir était le moins développé. Ceci ne doit guère surprendre, car je sais par moi-même que parmi eux les services rendus ne sont pas nécessaires à l'avancement, les plus négligents étant aussi vite promus que les plus méritants. J'ai noté une douzaine d'exemples de la plus complète indifi'érence envers la science montrés dans les services sanitaires. Ainsi, quand la première mission envoyée de Liverpool parvint à Sieria-Leone en 1899, l'officier principal du service de santé de la marine nous interdit d'entretenir des moustiques, en vue d'expériences, dans les (|uartiers réservés aux malades atteints de paludisme, bien que ni luimême ni ses subordonnés ne prissent la moindre peine d'empêcher kurs hommes d'être piqués nuit et jour par les insectes dans les casernes et dans les hôpitaux. Cet ordre, nous en fûmes convaincus, était donné sans l'intention voulue de faire obstacle à nos

projets. De même, dans l'Inde, un médecin militaire me défendit un jour de piquer les doigts de ses malades afin d'étudier leur sang. La façon dont les médecins officiels ont interrompu les recherclies du colonel Bruce sur la mouche tsé-tsé et la maladie des clievaux dans l'Afrique du Sud, la manière aussi dont le gouvernement de Madras a persécuté le D"" Iving pour ses travaux sur la petite vérole sont des faits bien connus. Il serait insensé d'attendre de services ainsi administrés un rôle d'initiative dans l'organisation de campagnes vraiment sérieuses contre les ravages de la maladie dans nos possessions. Je crains fort que les services médicaux de l'Afrique occidentale, jusqu'à ce que sir William Mac Gregor se soit consacré résolument à cette œuvre à Lagos, aient fait peu pour améliorer l'état sanitaire du pays, ciuoiqu'ils aient compté plus d'un homme de valeur. La faute en est certainement aux administrations dirigeantes, qui trop souvent placent et maintiennent à la tête des services médicaux des hommes qui n'ont pas les titres voulus ou simplement le savoir nécessaire, et qui, en même temps, ne prennent nullement la peine de récompenser le mérit». Je sais de ceci de nombreux exemples^ Il y aurait tout avantage, selon moi, à recruter le personnel de ces administrations dans les rangs de praticiens civils d'une capacité reconnue, de savants adonnés à l'étude, plutôt que de choisir des hommes dont le seul titre est l'ancienneté de leurs services.

L'un des plus grands torts de l'administration sanitaire de l'Afrique occidentale c'est d'avoir refusé toujours de rechercher l'origine des maladies existantes en utilisant le concours de personnes expérimentées. Le gouvernement objecte qu'il n'est pas de son devoir de procéder à cette étude; mais est-ce bien exact? II admet qu'il doit maintenir des services médicaux d'ailleurs coûteux, mais il ne veut pas aider ces services à accroître leur compétence technique. Situation logique en vérité ! A mon humble avis, le Colonial Office aurait dû dépenser au moins 5,000 livres par an pendant les cinquante dernières années pour faire rechercher les causes des maladies constatées dans les seuls territoires de l'Ouest africain. Qu'on ne parle pas du manque de fonds. On dispose de sommes considérables, mais on les gaspille en expéditions militaires; en traitements de magistrats qui ne servent à rien, juges et procureurs de villages obscurs; en construction d'édifices comme oelui d'Ibadan que j'ai mentionné, qui coûîe 6,000 livres, — de

quoi payer pendant des années des recherches médicales, — et qui est inhabitable ! Rien ne fait mieux apparaître cette tournure d'esprit particulière qui oblige à considérer toute recherche, toute étude, comme une pure frivolité, une simple perte de temps et d'argent, — tournure d'esprit qui semble spéciale aux Anglais. Nous paraissons ignorer de cette vérité évidente que^ si l'on veut faire une chose, il faut d'abord examiner avec méthode comment on doit la faire. Les maladies ne disparaîtront pas d'un continent uniquement parce qu'on y aura créé un service médical; encore faut-il aider celui-ci à compléter son bagage scientifique. Le bras et le cerveau sont choS'Cs différentes. En Afrique, nous avons le bras depuis longtem^Ds, mais le cerveau nous a manqué*

La vérité, c'est que les vices des services sanitaires de l'Afrique occidentale tiennent à la prépondérance au sein des conseils coloniaux de certaines castes, étrangères au monde scientifique et faisant peu de cas des questions d'hygiène. Je veux parler des politiciens, des militaires, des fonctionnaires des finances, des hommes de loi.. Pour tout ce monde il n'importe guère qu'on nettoie les rues, qu'on désinfecte les villes, qu'on éloigne la maladie de milliers de demeures. Il ne lui est pas donné de rester impuissant près d'un lit de mort et d'entendre les cris des agonisants. S'il a de l'argent à dépenser, le consacre-t-il à l'objet pour lequel, en vérité, le contribuable a surtout payé l'impôt, c'est-à-dire à l'assainissement du pays et à l'hygiène publique ? A cette question on trouve la réponse dans l'état de malpropreté où sont la plupart des villages indigènes des possessions britanniques de la zone tropicale. Il est bien plus intéressant de construire dans un style grandiose un nouvel hôtel des postes, un nouveau palais de justice, ou de diriger une politique de conquêtes militaires qui sera mentionnée dans les journaux de la métropole, et comblera d'aise, en déjeunant, le premier fruitier venu (électeur en même temps) de la Grande-Bretagne. Après tout, c'est humain; chacun défend les intérêts du milieu où il vit. Pour moi, j'ai trop longtemps été fonctionnaire, pour ne pas m'explifiuer toutes ces faiblesses.

J'ai dit que l'Afrique occidentale était tombée dans un cercle vicieux et l'on verra maintenant en quoi consiste oe cercle vicieux. L'insalubrité de la côte tend à arrêter en tout sens l'activité des Européens, et, en même temps, par voie de conséquence, à entraver

leurs efïorts en vue de l'assainissenient du pays. Ces deux effets du climat vont de pair l'un avec l'autra II est impossible de ne pas voir les conséquences désastreuses de l'insalubrité de la côte au point de vue économique. Elles obligent à changer constamment le personnel dirigeant du pays, non seulement par suite de mort et de maladie, mais encore à cause des congés fréquents qui sont rendus nécessaires. Du haut en bas de la hiérarchie, il y a peu d'Européens qui restent en Afrique occidentale plus de deux ou trois ans, sans interruption de séjour, et bien des agents du gouvernement sont autorisés à rentrer dans la métropole au bout d'une année. Cette situation fait disparaître tout esprit de suite dans la marche des affaires. A peine a-t-ou commencé une œuvre quelconque qu'on doit interrompre le travail entrepris, pour en laisser le soin à un successeur. Dans l'Inde, la période de séjour dans le pays avant qu'on puisse solliciter un congé est de cinq ans au moins, et même alors l'interruption, qui se produit, pendant l'absence du fonctionnaire, dans la gestion des affaires, est encore souvent très préjudiciable. Combien doit l'être plus encore l'interruption qui se produit en Afrique occidentale tous les ans ou tous les deux ans ! Les mêmes raisons empêchent les Européens en Afrique occidentale de s'attacher suffisamment au foyer que leur réserve cette terre d'exil. Beaucoup d'entre eux m'ont assuré que pendant toute la durée de leur séjour en Afrique ils sont indifférents à tout événement, qu'ils vivent uniquement au jour le jour, sans prendre intérêt à ce qui se passe autour d'eux, et n'attendant que le jour où, si le destin les épargne, ils pourront quitter le pays une fois encore et passer quelque temps en Europe. C'est cette pensée qui les rend indifférents à la maison où ils vivent, à la nourriture qu'ils prennent, à ce qui les entoure, et quelquefois aussi, je le crains, à leurs devoirs. L'incertitude du lendemain, l'absence de confort, la mélancolie de l'existence sont telles qu'on voit souvent se produire chez l'Européen un état chronique d'insensibilité, hostile à tout effort sérieux» Il faut nous rappeler ces faits quand nous sommes disposés au blâme. Quoi d'étonnant alors à ce qu'une question comme celle de l'assainissement d'un pays, qui exige une attention soutenue, soit exposée à être négligée. Ainsi le cercle se ferme complètement et la négligence apportée aux questions sanitaires entraîne une insalubrité énervante qui oblige à son tour à négliger davantage encore ces mêmes questions. J'ai constaté la

même chose partout ailleurs, — notamment dans les régions malsaines des paj's agricoles de l'Inde.

Que devons-nous faire pour améliorer cet état de choses ? Il faut à tout prix sortir de ce cercle vicieux.

Mais comment P Je ne vois, en vérité, qu'un moyen, c'est de redoubler d'énergie dans la lutte contre les dangers du climat. Je fais appel à l'opinion et je sollicite l'efiort du public anglais. Il faut que l'une et l'autre s'éveillent par intérêt pour nos compatriotes de l'Ouest africain. Xotre pays devrait comprendre qu'il ne suffit pas d'admirer des défilés de troupes coloniales et d'être fier de son empire. Il a le devoir de veiller à ce que cet empire dont il se glorifie soit bien administré, à ce que ceux de nos compati iotes qui sont chargés d'eu gérer les intérêts, publics et privés, ne soient pas exposés à mourir sans nécessité. C'est un devoir qui certainement dans le passé a été des plus négligés. Ce devrait être le rôle de chacun de nous, surtout de ceux qui gouvernent le pays, des riches négociants qui y font du commerce, des gens fortunés qui ne savent que faire de leur argent, et de ceux qui, comme moimême, sont payés pour étudier et enseigner les moyens d'assainir les régions tropicales, — ce devrait être le rôle de chacun de nous de veiller à ce qu'un tel devoir ne soit pas négligé dans l'avenir.

Comme on le sait, ce réveil d'énergie s'est déjà manifesté. Chaque jour voit paraître quelque note dans la presse sur les affaires de l'Ouest africain. Les habiles gouverneurs de nos colonies font, je crois, tout ce qu'ils peuvent, dans la mesure des moyens limités dont ils disposent. Les négociants de Liverpool et de Londres ont très généreusement pris la tête du mouvement, en créant des écoles de médecine tropicale, dont je me permets également de citer les excellents travaux. Un philanthrope vient à lui seul d'assurer, à ses frais, pour un certain temps, le drainage et la désinfection des maisons de Freetown, et tout dernièrement, — non certes les derniers par le mérite, ■ — quelques jeunes pathologistes ont consacré leur temps et risqué leur vie pour l'assainissement du pays.

Mais cruelles sont exactement les mesures à prendre? Je les ai déjà indiquées. C'est le devoir du gouvernement de veiller à ce que, dans les principaux centres, l'enlèvement des immondices et l'écoulement des eaux soient scrupuleusement assurés; de faire dresser et de publier des statistiques précises de la maladie et de la mor-

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talité parmi les Européens; d'organiser un service Je santé permanent; de faire observer les règlements sanitaires; d'encourager la construction de maisons confortables, l'établissement de laiteries, de fermes-modèles, de gymkhanas, et toutes autres institutions ou entreprises privées susceptibles de donner aux Européens le bienêtre et la santé. Le gouvernement a beaucoup à faire dans cette voie; il vient seulement d'y entier.

Mais ce n'est pas le gouvernement qui doit agir. Sir William Mac Gregor a récemment démontré à la chambre de commerce de Liverpool que les chefs d'entreprises privées à la côte occidentale ont beaucoup à faire pour leurs employés — en leur assurant un logement convenable, en les obligeant à prendre les précautions requises contre le paludisme, en ajoutant à leur confort par tous les moyens possibles.

Il y a ensuite le philanthrope millionnaire. Je souhaite que nous le rencontrions. Sir Charles King Haiman m'a dit un jour qu'un don volontaire de 100,000 livres suffirait à transformer la côte occidentale, en permettant au gouvernement d'entreprendre la création de gymkhanas, de fermes, et toutes autres installations utiles aux Européens. C'est exact; et l'on devrait dans ce but trouver l'argent nécessaire.

Récemment, le Colonial Office allait prendre une décision que l'on sollicitait depuis quelque temps du ministre. Il devait charger un commissaire de l'hygiène publique (sanitary coTnmissioner), à l'instar de l'Inde, de se livrer à des enquêtes sur les questions sanitaires dans les colonies de l'Afrique occidentale et de lui adresser directement ses rapports. On objecta toutefois que ce projet était trop dispendieux et impossible à réaliser. Mais peu de temps après on instituait irn fonctionnaire largement rétribué pour l'inspection des havresacs, etc., des troupes indigènes, — question beaucoup plus importante que l'hygiène publique !

Je puis citer ici une opinion que j'ai souvent entendu exprimer sur la côte, à savoir que les colonies de l'Afrique occidentale ne sont plus en harmonie avec leur système actuel d'administration, celui de petits gouvernements séparés, relevant de bureaux à Londres. On prétend que tout le pays devrait être dirigé par un gouverneur général selon les principes adoptés dans l'Tndo. J'imagine que les services sanitaires ne perdraient rien à cette réforme.

Telle est mon humble opinion sur les questions sanitaires en

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Afrique occidentale. -Je la donne pour répondre à l'invitation que m'en a faite l'auteur de cet ouvrage; et l'on s'expliquera que, faute de placée, je n'aie pu m'étendre sur certains points qui devraient être examinés d'une manière approfondie, ce qui exigerait tout un volume. J'ai pensé que le mieux était de dire sans détours ce que je crois être la vérité; mais certes il est possible que mes vues ne soient pas aussi justes que je le suppose. Ce serait l'œuvre la plus belle que l'on pût accomplir que d'assurer par l'hygiène à la civilisation la conquête glorieuse de l'Afrique occidentale; je crois qu'il en sera ainsi. Mais ce résultat ne se peut obtenir que si l'on parle avec droiture, si l'on frappe fort, si l'on ne se départit pas un instant de l'action la plus persévérante.

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