‹ Problèmes de l'Ouest africainChapitre 23 sur 35 · IS · texte numérisé non relu

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pagnies subsidiaires et de disposer d'une partie de son actif en faveur d'une de ces compagnies, à la condition que les membres de l'Association puissent, selon le montant de leurs souscriptions, se réserver par première préférence des actions de la compagnie nouvelle;

6° Un comité général sera nommé;

7° Un comité général désignera, en le clioisissant dans son sein, un comité exécutif;

8° Le comité exécutif réunira immédiatement toutes informations utiles sur la question et organisera avec un personnel qualifié des missions en vue de s'enquérir des meilleures méthodes à suivre. Il aura pouvoir : a) d'acquérir des terres sur lesquelles des expériences puissent être tentées et des plantations créées; h) de distribuer des graines parmi les indigènes pour les amener, en leur donnant les renseignements 'et l'aide nécessaires, à cultiver du coton sur leurs terres et pour recruter des travailleurs dans ce but s'il est utile; c) de créer des établissements pour l'acbat et la vente du coton, ou de produits similaires, d'animaux, matériel d'exploitation, et autres articles ou marcbandises nécessaires aux entreprises à organiser; d) d'adopter toutes autres mesures qui lui sembleraient à lui-même, à un moment donné, les plus propres à atteindre le résultat cherclié;

9° Le comité général publiera un rapport chaque semestre sur les opérations qui auront été effectuées.

Une troisième réunion eut lieu à la chambre de commerce de Liverpool le 14 juillet en présence de sir William Mac Gregor, gouverneur de Lagos, et de sir A.. King Harman, gouverneur de Sierra- Leone; on y délibéra sur les voies et moj'ens pratiques de développer la culture du coton dans ces deux colonies (1).

Ayant ainsi brièvement indiqué quelles ont été les mesures déjà prises, nous avons intérêt à nous renseigner sur l'origine et les causes du mouvement. Cette enquête ne peut que montrer au public qui raisonne toute l'importance de la question. Tous les ans, la

(1) Dans la déclaration publiée par l'Association en octobre figui'c une liste de vice-présidents ayant à sa tête sir Alfred Jones, K. CM. G, et ne comprenant pas moins de 22 membres du Parlement, parmi lesquels on remarque des noms aussi counus que ceux de Winston S. Churchill, R. Ycrburgh, Alfred Emmotl, sir William Mather, lord Stanley, l'Honorable Arthur Stanley, l'Honorable W. R. W. Peel, C. A. Cripps, K. C, J. M. Whitlcy, sir J. Leijgh, etc. [Note de l'Auteur.)

Grande-Bretagne est de plus en plus tributaire des Etas-Unis pour ses approvisionnements en coton, et tous les ans la production cotonnière de l'Amérique s'accroît de plus en plus par comparaison avec celle des autres pays. Ainsi dans les périodes 1870-80, 1880-90, et 1890-1900, l'Amérique a produit 4 millions 1/2, G millions 1/2 et 9 millions 1/2 de balles de coton, tandis que l'Inde en produisait, dans les mêmes périodes, 2 millions, 2 millions 1/2 et 2 millions, l'Egypte 384,000, 400,000 et 700,000, et le Brésil 000,000, 300,000 et 380,000. La situation de plus en plus forte de l'Amérique au premier rang de la production cotonnièr'e du monde est dès lors évidente, et, bien que la production de l'Egypte et de l'Inde augmente, la proportion dans laquelle elle s'accroît est faible par rapport à l'Amérique, tandis ciue diminue la production des autres pays.

Voilà une considération. En voici une autre. Il y a quarante ans, l'Angleterre aclietait la totalité du coton américain. Aujourd'hui le Continent, grâce au développement et aux merveilleux succès de ses filatures, achète le tiers de la production totale de l'Amérique.

Il y a encore un autre facteur à envisager, c'est la consommation américaine du coton. Il y a quelques années cette consommation était presque nulla L'Amérique maintenant consomme un tiers de ses produits. Selon quelques personnes au courant de la question,

— bien que dans certaines régions l'opinion contraire soit soutenue,

— l'Amérique consommera à la fin de l'année prochaine la moitié au moins de ce qu'elle aura produit.

Il faut citer aussi des faits très graves en ce qui concerne la région industrielle du Lancashire. La crise terrible que ce pays a traversée au temps de la guerre civile des Etats-Unis est encore assez récente pour qu'on ne l'ait pas oubliée, et l'on frémit à la pensée des événements qui se produiraient si le Lancashire était quelque jour dans l'impossibilité de se procurer une partie du coton récolté en Amérique et ne pouvait plus compter que sur les stocks insuffisants provenant d'autres parties du monde. Le danger est très réel et très menaçant. Dans l'état actuel des choses, la Grande- Bretagne est, en fait, à la merci des Etats-Unis et sa situation commerciale dépend presque entièrement des variations que font subir au marché les spéculateurs américains, qui peuvent régler les cours à leur convenance. La situation présente des affaires est si peu satisfaisante que depuis trois ans il est peu rémunérateur

u'importer du coton à tlesîmatiou de LiverpooL La craiuto d'un syndicat américain du coton n'est peut-être pas dénuée de fondement à cette époque de vastes trusts et de coalitions, alors que la concurrence des manufactures continentales et surtout l'accroissement de la consommation américaine rendent l'avenir aussi sombre que possible. Aussi est-il indispensable de faire quelque chose pour étendre la zone de production cotonnière sous le drapeau britannique. C'est là le côté de la question le plus important.

Ceux que le problème intéresse particulièrement ont naturellement tourné les yeux vers l'Ouest africain, et c'est en ce qui touclie le développement possible dans cette partie du monde de l'exportation du coton que quelques observations sont bien à leur place dans ce volume. Je parle de 1' « exportation » du coton, car, nous le savons, une industrie indigène du coton, répondant aux besoins locaux, existe depuis des siècles en Afrique occidentale. îs ous avons ainsi constaté la part importante que l'industrie du coton a dans la prospérité de Kano et d'une manière générale de la Nigeria septentrionale, où, sans parler de la consommation locale, des tissus fabriqués de coton sont un article d'échange. Dans certaines régions ces tissus sont même une véritable monnaie qui se répand dans tout l'intérieur de l'Ouest afiûcain où l'article de Kano, à cause de son excellente qualité, est constamment demandé. Mais ce qui est vrai de Kano l'est aussi de bien d'autres pays de l'Afrique occidentale. L'arbustxî à coton (gossyj)iinn hcrhaceuvi) se rencontre partout à l'état sauvage dans l'Ouest africain, et il y est en outre cultivé sur des superficies très étendues. Partout où l'islam s'est propagé, cette culture s'est développée, mais dans les communautés païennes la confection dos tissus de coton offre également une assez grande importance. Les tribus fétichistes de Sierra-Leone, de la Côte d'Or et du Libéria fabriquent les tissus les plus remarquables. La qualité en est si belle, le dessin si heureux qu'on ne peut les voir sans être frappé des aptitudes des populations qui, avec des procédés primitifs, les ont produits. Les tentatives en vue de développer la culture du coton ne sont donc pas à proprement parler une expérience nouvelle, et ce qui pouvait être une première difficulté à vaincre se trouve heureusement ne pas exister.

Ce ne sera pas non plus la première fois que l'Afrique occidentale aura, dans son histoire, été appelcxî à fournir à l'Europe du coton brut. Lorsqu'éclala la guerre civile d'Amérique, on offrit des

prix élevés du coton de l'Afrique occidentale, que tous les connaisseurs trouvèrent d'excellente qualité. Le coton était exporté à l'état brut de la Côte d'Or, de Fernando Po, de Lagos, de la Gambie et de l'Angola. Cette exportation se continua longtemps apiès la guerre, et de 1878 à 1885 on a évalué à 5G,501 livres le coton importé en Europe de la Côte d'Or et de Lagos. Même avant la guerre de sécession, comme le rappelait récemment un membre de la secte des Quackers, M. Eli j ah Ilelm (1), la répugnance que ceux-ci, en raison de leurs principes, éprouvaient à utiliser le produit du travail des esclaves les avait amenés à former une association restreinte qui importait de l'Afrique occidentale un coton d'assez belle qualité et en quantités as«ez considérable? pour satisfaire aux besoins peu étendus d'ailleurs de leur communauté religieuse.

Mais après la guerre, et avec la baisse de prix très importante qui s'ensuivit, l'exportation du coton de l'Ouest african devint à peu près nulle.. Lne quantité très faible s'achemine encore vers l'Europe, je crois, des rives de la Volta et de l'Angola, mais c'est tout, sauf l'expérience que le Togo a faite l'année dernière et dont je parlerai plus loin.

Les quatre conditions qu'exige la culture du coton sont les suivantes : 1° un sol approprie ; 2" une irrigation appropriée ou des pluies se produisant à intervalles réguliers; 3" une main-d'œuvre suffisante ; 4° des facilités de transport. Les possessions britanniques de l'Afrique occidentale peuvent, en général, remplir les trois premières conditions, sur certains points mieux que sur d'autres. Elles pourront ou non satisfaire à la quatrième, selon que les plaines herbeuses (^u'on rencontre en remontant vers l'intérieur du pays seront ou non jugées plus propres à la culture du coton que les régions, marécag'euses et mieux arrosées, de la côte. Si les premières semblaient les mieux appropriées à cette culture, l'arrière pays de Lagos serait seul actuellement à présenter toutes les conditions requises. Le territoire de Lagos, au surplus, est spécialement favorisé en ce qui concerne la troisième condition, celle de la main-d'œuvre. Un chemin de fer s'étend, sur une distance de 125 milles, du chef-lieu vers l'intérieur, en traversant la zone forestière, naturellement riche et productive, où il ne faut pas compter

(1) Secrctairc do la chambre de commerce de Maucliestcr. [Note de l'Auteur.)

pouvoir tenter, où il serait dangereux d'encourager, la culture du coton. Mais au delà de la forêt se trouve un véritable parc ayant une superficie d'environ 10,000 milles carrés, dont la plus grande partie conviendrait à la culture du coton, et qui justifierait et hâterait, s'il était possible de l'espérer, l'extension vers le Niger de la voie ferrée actuellement existante. Si donc il s'agit de tenter des essais dans une région de plaines couvertes d'herbes — semblables à celles du Texas — la colonie de Lagos, à cause de son chemin de fer, est la seule possession britannique oiî de telles expériences puissent actuellement être entreprises. L'intelligence des Yorubas, leurs dispositions pour le commerce et l'industrie, la densité de la population qu'on y trouve dans le pays, la nécessité qu'il y a d'y agir ou de s'y fortifier par des moyens économiques plutôt que stratégiques, ce qui plaide en faveur de continuation de la ligne vers le Niger (espérons fermement qu'elle se fera sous d'autres conditions que celles oii se poursuit actuellement sa construction), tous ces différents facteurs permettent au plus haut point de croire que Lagos peut être choisi comme centre d'action pour l'entreprise nouvelle. Lagos, il ne faut jamais l'oublier, est une des portes de la Nigeria septentrionale.

Si, d'un autre côté, l'avis général de ceux qui connaissent la question est favorable aux régions basses voisines du littoral, où le transport par voie fluviale jusqu'au port actuel d'embarquement est relativement facile, la Gambie et la Nigeria méridionale s'offrent elles-mêmes tout d'abord. Ces possessions me semblent devoir être préférées à Sierra-Leone et à la Côte d'Or. La situation présente de Sierra-Leone n'est pas encourageante. Le chemin de fer, s'il sert à quelque chose, ce qui est douteux, ne peut être utile qu'à la condition d'accroître la production du palmier, et de mettre les régions de l'intérieur où se récolte l'huile de palme en relations plus étroites avec les marchés de la côte. C'est le seul moyen de permettre à cette malheureuse colonie de supporter les lourdes charges qui l'écrasent actuellement. Déboiser les régions orientales de Sierra-Leone pour y planter du coton, ce serait le suicide de la colonie. Dans la Côte d'Or, de même, il y a un obstacle à la culture du coton, c'est l'industrie minière. Les sociétés de mines se plaignent sans cesse de la rareté de la main-d'œuvre, ce dont souvent elles sont la cause. Los appels qu'elles adressent à la population ont eu déjà pour effet d'éloigner nombre de gens de leurs profes-

sions ordinaires, d'où est résultée une diminution dans Texportation des bois. Toute nouvelle dérivation di3 la main-d'œuvre disponible, comme la culture du coton en amènerait une, amoindrirait sérieusement la capacité de rendement du pays, non seulement en ce qui concerne les bois, mais encore pour ce qui touche les autres produits naturels et les produits cultivés, tels que l'huile et les amandes de palme parmi les premiers, et le cacao parmi les seconds.

Pour la Gambie, par contre, l'introduction d'une nouvelle industrie serait un bienfait.. La Gambie vit uniquement de l'arachide. II est toujours mauvais de mettre, selon le proverbe, tous ses œufs dans un même panier. Quand il s'agit d'un produit comme l'arachide, c'est très dangereux, car on est à la merci d'une saison défa vorable. L'arachide est pour cette raison un produit nécessairement variable, et l'on peut, après une bonne récolte, avoir, l'année suivante, une récolte médiocre. Sir George Denton — le gouverneur habile et populaire de la Gambie — a déjà songé, je le sais, à tenter d'établir un meilleur système d'irrigation dans certaines parties do cette colonie, pour développer la zone de production de l'arachide, et ce projet serait naturellement très favorable à la culture du coton. La population de la Gambie étant en majorité musulmane, et se trouvant en grande partie composée de Mandingucs, indigènes très entreprenants, et particulièrement de Mandingues croisés de sang peul, — ayant survécu au vieil empire de Melle, — l'industrie cotonnière (avec laqiielle ils sont depuis longtemps familiarisés) pourrait s'y développer avec les plus grandes chances de succès.

Dans la Nigeria méridionale (1), le champ est vaste. On peut durant des milles, en suivant les rives du fleuve, traverser une région productrice de coton. La densité de la population y est naturellement variable. Les moyens de transport par voie fluviale abondent. Les indigènes, il est vrai, pour leur bonheur ou leur malheur, ont peu de besoins. Mais si l'on veut s'en donner la peine et les traiter avec sympathie ; si l'on veut améliorer les moyens d'exploitations des amandes de palme, et, comme je l'ai déjà indiqué, laisser ainsi disponible pour l'utiliser ailleurs une grande partie de la

(1) La capacité de production qu'offre pour le coton la Nigeria septentrionale a déjà été indiquée. (Note de l'Auteur.)

main-d'œuvre locale ; si l'on veut introduire une plus étroite union entre les fonctionnaires et les commerçants ; si l'on veut rendre beaucoup plus rares les expéditions répressives et sanglantes, ces moyens violents « de se débarrasser du rebut de la population », ces « mesures énergiques », ■etc., on voit difficilement pourquoi, ces conditions étant remplies, les indigènes de la ^Xigéria méridionale ne se décideraient à entreprendre ia culture du coton, en vue de l'exportation de ce produit.

Xous avons montré la nécessité de cette culture; nous avons indiqué les conditions qu'elle exige, au point de vue du sol, de son irrigation artificielle ou naturelle, de la main-d'œuvre et des moyens de transport; nous avons rencontré chez les indigènes des essais de culture, de filature et de tissage de cotoik Que reste-t-il à étudier encore daus cette grande entreprise destinée, nous l'espérons, à faire de l'Afrique occidentale une immense région de production cotonnicre sur laquelle l'Angleterre puisse compter en cas de besoin; à nous permettr^e de nous libérer largement d'une position de dépendance envers l'Amérique et à éviter ainsi les périls qui s'accumulent actuellement; à contribuer sûrement enfin de la façon la plus sensible à la prospérité des possessions britanniques de l'Afrique occidentale.

Assurément, ce qu'il faut considérer tout d'abord, c'est le prix de revient. L'industrie du coton en Afrique occidentale peut-elle être rémunératrice? Peut-elle offrir à l'indigène un intérêt suffisant pour l'enccuragcr à produire du coton en vue de l'exportation? Le coton de l'Afrique occidentale peut-il lutter avec quelque chance de succès, sous le rapport du prix, avec le produit américain ? Sur quelles bases peut-on encourager l'industrie cotonnière en Afrique occiflentale ? En tenant compte des données dont on dispose et qui sont d'ailleurs forcément incomplètes, les personnes au courant de la question sont, en général, d'accord pour penser que, si l'on inculque des méthodes scientifiques de culture, si l'on soumet l'arbuste à une récolte annuelle au lieu d'en renouveler sans cesse l'exploitation, si l'on introduit le matériel nécessaire et notamment des machines d'égrénage et de peighage, il sera possible de cultiver le coton avec bénéfice. A cet égard les expériences des Allemands au Togo sont particulièrement intéressantes. A l'Allemagne appartient l'honneur d'avoir pris l'initiative du nouveau mouvement. Do la colonie allemande de Togo, pour la première

fois dans son histoire, on a exporté l'année dernière pour 15,000 marcs de coton. Les conclusions du comité allemand de l'apiculture furent très nettes. L'absence des facilités de transport nécessaires avait seule empêché le plein succès, au point de vue financier, de ce premier essai. En outre, il fut démontré après analyse, en comparant les variétés de coton exportées de l'Amérique, de l'Egypte et de l'Inde avec le produit indigène de l'Ouest africain, que ce dernier était, dans son ensemble, excellent, de qualité égale à celle de l'espèce moyenne des Etats-Unis. L'absence de facilités de transport est destinée vraisemblablement à ne pas durer, car on procède actuellement à l'étude d'un chemin de fer entre la côte et Misahohe. En attendant, les Allemands sont si loin d'être découragés par ce premier essai qu'une compagnie est, je crois, à la veille de se constituer au capital de 37,500 livres dans le but exprès de développer l'industrie cotonnière au Togo (1).

En France aussi l'on se préoccupe fort aujourd'hui de la question. Il y a quelques années, le gouverneur, alors militaire, du Soudan français, le général de Trentinian, y avait pris intérêt. Ses efforts demeurèrent stériles, mais M. Eoume, le nouveau gouverneur général de l'Afrique occidentale française, a fait de la question une de celles qui constituent son programme, sa plate-forme pour ainsi dire. Il est très désireux de créer une industrie cotonnière au Sénégal qui, comme la Gambie, vit uniquement de la récolte de l'arachide. On examine, encore vaguement, d'ambitieux projets et les enthousiastes parlent et écrivent déjà comme si le bassin du Haut-Niger allait être transformé, pour ainsi dire d'un coup de baguette magique, en un pays rival des Etats-Unis. Que la vallée du Haut-Niger, avec son sol magnifique et son merveilleux système d'irrigation naturelle, doive un jour réaliser les aspirations des Français, c'est peut-être parfaitement possible (2). Mais ce jour est encore bien éloigné»

On a peine à croire dès lors que ces initiatives simultanées âe personnalités compétentes en Angleterre, en Allemagne et en France puissent reposer sur une erreur de calcul dans les frais d'exploitation. Nous pouvons, je crois, être à peu près certains, si

(1) Il s'agit do la « Deutsche Togo-Gesellschaft». [Note de V Auteur.)

(2) Il en est du riz comme du coton — Les Sonraïs cultivaient beaucoup le riz, et Gao, ou Gago, leur ancienne capitale, signifiait riz, paraît-il, dans leur langue. (Note de V Auteur.)

le prix de revient du coton, au Texas, est en moyenne de 2 1/8 d. par livre, que l'on pourra, dans certaines régions de l'Afrique occidentale — susceptibles de jouir des mêmes facilités au point de vue des installations mécaniques et disposant de moyens Je transport par voie ferrée ou fluviale, — cultiver le coton dans des conditions plus avantageuses encore. Et comme l'intérêt des armateurs en relations avec l'Afrique occidentale est d'assurer du fret à leurs navires revenant en Europe, nous pouvons supposer aussi qu'ils feront des concessions raisonnables en vue d'encourager la nouvelle industrie (1).

Il reste la question de savoir comment doit s'établir une industrie cotonnière en Afrique occidentale si l'on veut lui donner une base solide. Sera-t-elle entreprise sous forme de plantations dirigées par des surveillants européens, avec des travailleurs indigènes recevant un salaire ; ou bien sera-t-elle très largement abandonnée à l'initiative indigène, se développera-t-elle en tant qu'industrie indigène, — comme c'est, je crois, le cas pour l'Inde ? Tous ceux, je le crois, qui ont quelques 'notions des cboses de l'Afrique occidentale se prononceront sans hésiter en faveur de la seconde solution. L'Afrique occidentale est essentiellement un pays d'industries indigènes, et les meilleurs résultats qu'on y ait obtenus dans l'ordre économique se sont produits quand on a pu utiliser comme force motrice (2) le travail indigène avec l'Européen pour enseigner, instruire, guider, mais non pas pour jouer le rôle de surveillant ou de contremaître (3), Daus l'exécution des travaux publics, on constate le même phénomène sous une forme quelque peu différente. Lorsqu'on a laissé aux chefs le soin de recruter la main-d'œuvre nécessaire à la construction de chemins de fer ou de routes, l'expérience a démontré qu'ils trouvaient les travailleurs nécessaires, tout en laissant dans les villages un personnel suffisant pour les cultures habituelles. Au contraire, lorsque les opérations de recrutement ont été dirigées par des Européens en dehors de l'autorité

(1) Sir Alfred Jones a spontanément offert d'exporter du coton de l'Afrique occidentale, avec gratuité de fret, pendant deux ans et je crois que M. Wœrmann, delà ligne maritime de ce nom, a accepté da rislnn.tmc condition une quantité considérable de coton originaire du Togo (Note de V Auteur).

(2) C'est aussi quand l'entreprise a eu pour base un travail accompli chez lui par le noir, ce qu'on a pu comparer alors au système du paysan propriétaire [Note de l'Auteur).

(3) M. Roume vient de s'exprimer de la même façon (Noucelle note de l'Auteur).

des chefs, on ne pouvait, en réalité, se procurer une main-d'œuvre qu'à la condition de porter atteinte à l'organisation générale du travail dans le pays, non sans porter préjudice, par voie de conséquence, au commerce d'exportation.

Ces faits donnent à penser dès lors que l'industrie du coton peut être entreprise avec les plus grandes chances de succès si l'on y intéresse les chefs et les notables du pays; si on leur apporte le secours d'avis éclairés; si on conquiert leurs sympathies et leur bonne volonté; si on leur fournit gratuitement des graines, des outils, des machines d'égrenage se manœuvrant à la main, et ainsi de suite. Là, du moins, apparaît clairement la nécessité d'un enseignement technique. Il s'agit d'améliorer une industrie existante, de l'étendre considérablement et de la rendre plus méthodique, d^y intéresser la 2)02}i(Iat{on du pays. Si l'indigène peut voir que l'affaire lui profitera, il l'entreprendra. Ceci est moralement certain. Il en a été de même dans toutes les branches du commerce de l'Afrique occidentale. L'indigène a si vivement le sens des débouchés qu'un nouveau genre de négoce lui ouvre qu'à l'occasion on l'a vu, dans l'ignorance où il est des lois économiques de la production, compromettre l'avenir. Une collaboration absolue et entière des fonctionnaires et des commerçants est essentielle, si l'on veut que le mouvement actuel conduise au succès. Les Allemands peuvent encore ici nous servir de modèle. Le gouvernement métropolitain, l'administration locale; les forces vives de l'industrie et du commerce en Allemagne et dans la colonie particulière oîi les essais ont lieu, tout, à l'envi, s'est employé à parvenir au but que l'intérêt général commande d'atteindre. Des centres d'enseignement ont été organisés dans la colonie; des fermes-modèles ont été créées; des fermiers noirs, venus des Etats-Unis, ont été recrutés grâce au concours de ]\f. Booker T. "Washington, l'Américain de couleur, élève et directeur distingué de l'Institut de Tuskegee (1). Pour ces diverses questions le monde officiel a travaillé la main dans la main avec le monde commercial.

Il importe également qiie les associations cotonnières et les négociants se prêtent sérieusement à l'opération tentée. Il ne suffira pas de se baisser pour recueillir des bénéfices. On doit escompter à

(1) De l'engrais chimique a été fourni gratuitement par les usines ou ce produit est fabriqué. Une exposition de tissus manufactures on coton du Togo s'est tenue à Dusseldorf, etc. (Note de {V Auteur.)

l'avance les déceptions et les délais ; il y aura certainement des unes et des autres. Il faut installer des machines d'égrenage et de peignage, soit sur la côte, soit, si l'on se décide à prendre la colonie de Lagos pour champ d'expérience, dans des centres importants tels qu'Ibadan et Abéokouta (1). De préférence il faut adopter l'appareil connu sous le nom de o American round lap », qui assure simultanément l'égrenage et le peignage de balles rondes de 250 livres, au lieu des machines plus encombrantes et plus coûteuses d'égrenage et de peignage séparés, qui permettent de produire la balle carrée de 500 livres. En résumé, le mouvement doit être, dès le début, dirigé d'après des méthodes vraiment scientifiques. Si le Togo, malgré des difficultés de transport, a pu dès la première année d'essais exporter 70,000 a livres décimales » de coton, que ne peut-on attendre de celles de nos colonies de l'Afrique occidentale oii des facilités de transport existent ; où la population est au moins aussi dense, sinon plus dense; où des sujets britanniques sont en contact avec les indigènes depuis des périodes variant de cinquante à cent ans?

Je ne puis abandonner ce sujet sans mentionner le rapport indirect qu'il présente avec le problème nègre aux Etats-Unis. En ce moment tout est vague et incertain. Nous ne pouvons prévoir ce que le mouvement actuel peut donner; mais, s'il réussit, que ne permet-il pas d'envisager pour l'avenir? Nous avons vu comment les Allemands ont demandé la collaboration de nègres habitués à la culture du coton. Ceux qui sont venus, peu nombreux encore, ont décidé — les rapports allemands nous l'assurent, — de rester dans le pays. On en attend, déclare-t-on, un plus grand nombre. Quelle serait l'attitude du gouvernement américain si l'on voyait la population de couleur des Etats du sud développer ce courant d'émigration, afin d'aider à l'introduction dans son pays d'origine de cultures qu'elle a créées sur le nouveau continent ? De quel œil le gouvernement américain verrait-il la naissance d'une grande industrie du coton en Afrique occidentale? Si, comme les circonstances semblent l'indiquer, les Etats-Unis doivent devenir, dans une proportion sans cesse croissante, les principaux consommateurs du coton brut qu'ils produisent, un événement de cette importance laissera-t-il le public américain indifférent? Ou bien, s'il n'y est pas

(1) Aujourd'hui Abéokouta a sa machine d'égrenage et cinq autres machines sont en route. {Noucelle note de l'Auteur.)

indifférent, se sentira-t-il disposé du moins à envisager d'un cœur léger ce qu'il considérera comme un danger, à la pensée qu'un péril plus grand encore pourra par là même être atténué, et plus tard peut-être tout à fait écarté ? Une main-d'œuvre européenne, dans les plantations de coton américaines, pourrait-elle, si l'on excepte les régions les plus marécageuses et les plus malsaines, &e substituer aux travailleurs nègres, au cas où l'émigration se développerait de manière appréciable? Ce sont là des questions auxquelles doivent répondre les liommes publics et les théoriciens des Etats-Unis. Si les Américains voient dans ces suggestions l'indice, si faible soit-il, d'événements que peut réserver l'avenir, un indice qui oblige à réfléchir et à se renseigner, qu'ils songent à ce territoire africain d'un million de milles carrés, qui fut en 1884 librement ouvert au commerce international, et dont la situation, sous le régime actuel, s'est consolidée, en grande partie grâce à leur gouvernement, — qu'ils veuillent bien se rappeler que ce pays est maintenant la proie d'une bande d'accapareurs avides, insensibles aux scrupules, à la pitié, à l'humanité, laissant derrière eux des ruines sanglantes, partout où leur influence peut s'affirmer. Si l'Amérique se préoccupe sérieusement de l'Afrique occidentale et y aperçoit la solution du plus grand problème de sa politique intérieure, qu'elle jette les yeux sur l'Etat du Congo, nommé à tort Etat libre, — devenu le foyer de la cruauté et de la persécution, de l'esclavage et de la violence^

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