liv. st
Exportation de Lwjos.
Années. Valeurs. Années. Valeurs.
1895 Néant. 1898 12.941 liv. st.
1896 275 liv. st. 1899 34.737 —
Liverpool, le Havre, Hambourg, Marseille et Bordeaux absorbent les neuf dixièmes de l'acajou exporté d'Afrique, mais une certaine quantité est réembarquée dans ces ports à destination des Etats-Unis (2). Parmi les ports ainsi mentionnés, Liverpool occupe de beaucoup la première place.
Si l'on considère ce développement manifeste du commerce de l'acajou, il semble presque déplacé de dire que la situation actuelle et l'avenir de cette branche de négoce ont, il y a quelques mois, causé beaucoup d'appréhension dans les cercles intéressés. La vérité, c'est que la progression de ce commerce s'est trouvée, entravée, et qu'on a pu constater, durant les douze derniers mois certains signes de déclin. Les exportations de 1901 ont été, en
(1) Et aussi, d'après ceux qui pratiquent ce genre de commerce, à cause de l'élévation du fret. {Note de l'Auteur.)
(2) Les demandes de l'Amérique sont, je crois, en voie d'augmentation. (Note de l'Auteur.)
décroissance, de plus de 11,000 tonnes, et les chiffres donnés pour les six premiers mois de 1902 montrent une nouvelle diminution, bien que les prix soient sensiblement en hausse, et que la demande soit, pour les bois de bonne qualité, de beaucoup supérieure à l'oflïe.
C'est néanmoins un fait reconnu par tous les intéressés que l'exportation de l'acajou de l'Afrique occidentale a subi un recul sérieux. Quelles en sont les raisons? Elles varient avec les pays. Dans la Côte d'Or le fléchissement qui s'est produit est dû, avant tout, à ce fait que la main-d'œuvre a délaissé le commerce des bois pour l'industrie des mines d'or et que la construction du chemin de fer exige de nombreux travailleurs. Plusieurs milliers d'indigènes ont, de la sorte, été distraits de l'abatage des bois pour travailler sur la voie ferrée, dans les mines, ou pour être utilisés comme porteurs par les nombreuses missions de prospection envoyées dans l'intérieur de la colonie. Ce qui a contribué, en outre, à la diminution constatée, c'est l'état d'hostilités, la guerre ashanti, qui nécessairement devait entraîner un certain tioubîe dans les affaires, avec les grandes perturbations et les désordres que provoquent les réquisitions excessives de porteurs, etc. A la Côte d'Ivoire, les missions de prospection ont eu de même leur répercussion sur l'exportation des bois. En ce qui concerne Lagos, le dernier rapport du gouverneur de cette colonie produit toutes les explications désirables (1).
Le taux élevé du fret est certainement aussi destiné à faire obstacle au développement du commerce des bois, et l'on avait ouvertement prédit que l'effet commencerait à s'en manifester dès l'année dernière. Quelle est la part de cette question du fret, quelle est l'influence relative des autres causes indiquées, dans la décroissance générale du commerce des bois, il serait difficile de l'affirmer. Je ne veux pas fatiguer mes lecteurs avec les côtés techniques du sujet. Qu'il suffise de dire que la principale objection formulée contre les armateurs tient à la façon dont on pratique le système connu sous le nom d' a échelle mobile »•. Actuellement les billes dont le poids dépasse 2 tonnes sont soumises à un tarif déjà relevé, et le relèvement est plus fort encore pour les billes de 3 tonnes et au-dessus. On fait observer que cette progression pourrait, à la
(1) Rapport du Colonial Office, n« 348.
rigueur, se défendre si la qualité du bois augmentait en raison directe de son volume ; mais il arrive que le prix moyen de vente pour une bille d'une tonne est sensiblement le même que pour un^e bille de 2, 3 ou 4 tonnes ; pour qu'il en soit autrement, il faut que la bille la plus lourde soit ce qu'on appelle (1) bien o veinée ». Les billes de cette dernière catégorie atteignent toute espèce de prix, selon le caprice de l'aclLcteur, et la question de fret est alors insignifiante. Mais le plus souvent ces conditions ne se rencontrent pas, et le taux élevé du fret sur les billes les plus lourdes pèse de tout son poids sur le commerçant, et peut même, quand les cours sont faibles sur les marchés d'Europe, aller jusqu'à rendre impossible tout bénéfice sur la vente. Naturellement, l'armateur a sa réponse toute prête ; et toujours il considère qu'elle suffit à justifier les tarifs existants.
On aura beau dire et beau faire, il n'en subsiste pas moins que le commerce des bois est languissant. Il serait vraiment pitoyable de laisser cette situation se prolonger, si l'on peut faire autrement. Un genre de commerce, s'il est un jour abandonné ou paralysé, reprend difficilement son essor.. C'est l'intérêt de tous ceux que la question préoccupe d'arriver à un inodus vivendi permettant à l'indigène qui coupe et taille le bois, comme au commerçant qui l'expédie en Europe, comme à l'armateur qui le transporte, de réaliser un bénéfice. A ce point de vue, comme à tout autre, on serait heureux de voir inculquer, avec méthode, aux indigènes, à la fois sous les auspices des fonctionnaires et des commerçants, les notions nécessaires pour qu'ils sachent choisir les arbres les plus propres à être abattus. On éviterait ainsi l'envoi en Europe d'une grande quantité de bois sans valeur ou trop verts encore, destinés parfois à encombrer le marché et à avilir les prix, non sans avoir endommagé les forêts africaines.