CHAPITRE XXVII
l'administration française et l'administration britannique en afrique occidentale
Nous avons vu, au cours du précédent chapitre, ce qu'il fallait penser de ce préjugé selon lequel la France serait incapable d'administrer avec succès ses possessions de l'Afrique occidentale; il est une autre opinion qui paraît également très répandue. Les moyens de domination qu'emploie la France en Afrique occidentale sont, dit-on, d'une rudesse excessive. Je ne vois rien qui i)uisse justifier cette affirmation. L'histoire de toutes les Puissances qui se sont établies dans l'Ouest africain est ternie par des actes d'oppression et d'injustice commis envers les indigènes, et rien ne me paraît démontrer que la France, à cet égard, ne puisse soutenir la
(1) Le numéraire est ordinairement compris dans les statistiques du commerce, et cette pratique peut être l'origine de fréquentes erreurs. [Note de V Auteur.)
comparaison avec l'Angleterre, l'Allemagne et le Portugal. Au total, la Trance est peut-être moins à blâmer que la plupart des aiHres Puissances. Au nord du golfe de Guinée, c'est-à-dire dans les régions de l'Afrique occidentale dont nous nous sommes occupés, j'oserais dire que le parallèle serait nettement à l'avantage de la France. C'est l'opinion de sir Charles Dilke; ce fut celle de feu Mary Kingsky, et d'une ou deux autres personnalités compétentes. Prenant la parole en septembre 1901 à une séance de la chambre de commerce de Liverpool, un savant distingué. Africain entre tous les Africains, le D'" riyden, qui peut si bien se prononcer en connaissance de cause et qui occupe encore une des fonctions officielles à Sierra-Leone, émettait à ce sujet une opinion très concluante.
« La France, disait-il, a une œuvre remarquable à accomplir en Afrique, une œuvre qui s'accommode, qui s'adapte admirablement au génie de la race celtique... La part que prendront les Français au développement de la civilisation en Afrique tient à coup sûr Tt ce qu'ils ont en commun avec toute l'humanité, mais à ce qui les distingue eux-mêmes tout spécialement. La France est la France. L'Angleterre est l'Angleterre. La France peut faire pour l'Afrique ce qui est impossible à l'Angleterre, et celle-ci ce qui est impossible à la France. Cette vérité, tous les Africains capables de raisonner l'îdmettent, et tous sont Tieureux de coopérer avec l'une et l'autre nation, dans la mesure oii les méthodes de chacune d'elles peuvent se concilier avec les idées, les coutumes et les traditions des indigènes. Et il semble que les méthodes françaises s'harmonisent mieux avec les sentiments indigènes que les procédés plus rudes, plus positifs des Anglo-Saxons. Tout ce qu'elle trouve parmi les indigènes d'original, de spécial ù la race, de pittoresque, l'administration française le laisse subsister. »
C'est parfaitement exact et cela contribue fort à nous expliquer les succès politiques des Français dans l'Ouest africain.
S'il est un fait dont nous devons être frappés, c'est que les Français aient réussi à établir l'impôt direct dans leurs possessions sans eiïusion de sang, sans troubles locaux, alors qu'à Sierra-Leone l'institution d'une taxe analogue bouleversait le pays de façon si désastreuse. Tout ce qui touche à l'impôt direct en Afrique occidentale est gros de péril; c'est un problème qui mérite l'attention et la réflexion la plus profonde, et vraiment il semble que nous devions nous arrêter assez longuement sur ce qui, en la matière, a
déjà été fait par les Français et par nous-mêmes. Un impôt de capitation fut établi en Guinée fiunçaise en 1897. En 1900, il produisait 90,000 livres, et j'apprends de bonne source que la perception en 1901 donnera un total de 140,000 livres, et que ce résultat ser* dépassé encore, l'impôt n'ayant pu atteindre jusqu'à présent tous les contribuables. Ce résultat a-t-il été de vive force obtenu par une action militaire? Pas du tout, car la Guinée française a maintenant une étendue trois fois supérieure à celle de Sierra-Leone, et la force armée, plus exactement, la force de police qu'elle entretient représente un peu plus de la moitié do celle que nous trouvons dans notre colonie. Le système qui consiste à « montrer sa force » brilla donc ici par sou absence. Il a été remplacé par beaucoup d'adresse, venant s'ajouter à l'observation de certains faits positifs. Quels sont ces faits, tout d'abord? Le taxe perçue en Guinée française est un impôt de capitation ; la taxe perçue à Sierra-Leone est un impôt foncier. Dans le premier cas, on n'eut pas à intervenir dans le régime des terres, tel qu'il résulte de la coutume indigène ; dans le second car, il fallut indirectement s'y ingérer. M. Chamberlain luimême (1) inclinait à penser que les « indigènes voyaient dans la taxe nouvelle une première atteinte à leurs droits de propriété ». Pourtant M. Chamberlain a maintenu la taxe. M. Chamberlain ajoute que « si les indigènes sont peu disposés à paj'er l'impôt on doit pouvoir triompher de leur opposition, puisqu'une taxe similaire est perçue sans difficulté par les Français sur des populations semblables à celles de Sierra-Leone, dans la colonie voisine ». Ici, M. Chamberlain a prouvé qu'il n'était pas exactement renseigné. La taxe n'était pas a similaire », et les populations du territoire français n'étaient pas semblables à celles de Sierra-Leone; il n'y avait pas similitude, il y avait dissemblance. Quelle similitude ethnique peut-il y avoir, par exemple, entre les Peuls, qui dominent sur une grande partie de la Guinée française, et les Mendis, les Timénés, les Konnos et les Soulimas de Sierra-Leone? Une telle confusion est extraordinaire. Les populations de la Guinée française sont, soit musulmanes, soit le plus souvent habituées depuis des siècles par la conquête musulmane à l'impôt direct (2). Les
(1) Rapport de sir David Chalmer, p. 169.
(2) Tel est, par exemple, le cas des Soussous, très nombreux en Guinée française, et dont une petite fraction seulement s'est établie dans le protectorat britannique voisin. [Note de l'x\uteur.)
populations de Sierra-Leone sont des tribus indépendantes qui ont résisté à tous les eiïorts de la conquête musulmane, et parmi lesquelles le paiement périodique d'un impôt est inconnu, contraire à toutes les idées des indigènes. On s'est servi d'un argument presque identique en ce qui concerne la Gambie, isous percevons un impôt sur les cases en Gambie; pourquoi n'en serait-il pas de même a Sierra-Leone P Toujours pour la raison que ce qui est bon dans un pays peut ne pas l'être dans un autre. On ne peut faire un bloc de toute l'Afrique occidentale et y appliquer partout une même législation. Le goût de l'assimilation est funeste à tout gouvernement dans l'Ouest africain. Ainsi les populations de la Gambie sont musulmanes ou bien ont subi le joug musulman. La situation de cette contrée est, en outre, à un autre point de vue, bien différente de celle de Sierra-Leone. Sierra-Leone est couverte d'épaisses forêts. La Gambie n'est qu'un fragment de territoire sur chaque rive du fleuve. Les villages situés sur ses bords sont toujours à portée des canonnières. La région tout entière est facilement accessible, et de l'autre côté de la frontière le pays est occupé par les Français. Comment dès lors, en Gambie, pourrait-on résister aux demandes du gouvernement même si l'impôt était excessif, ce qui n'est pas le cas pour les raisons exposées déjà, et bien que les indigènes, sans doute, aient pour cet impôt les sentiments que Yincome-tax nous fait éprouver à nous-mêmes ? L'impôt direct est toujours impopulaire; il en est ainsi particulièrement cbez les peuplades primitives. Enfin les indigènes de la Guinée française sont beaucoup plus riches que ceux de Sierra-Leone. Ce sont là les faits positifs à considérer. Et n'y aurait-il pas avantage pour le Colonial Office à s'assurer le concours d'un etlmologiste exercé, au moment où il v]ent d'instituer dans l'Afrique occidentale des conseils indigènes ayant toute indépendance et se trouvant en contact avec l'administration ?
Le Dahomey et l'Ashanti peuvent également, d'une autre manière, être mis en parallèle. Au Dahomey, l'impôt de capitation fut pour la première fois depuis la conquête (1892) mis en vigueur dans le courant de l'année 1899. Il produisit 8,200 livres en 1899 et 22,290 livres en 1900. Il n'y eut aucun trouble et, comme en Guinée française, la taxe n'a pas empêché un rapide accroissement des exportations, bien que plusieurs milliers de travailleurs fussent employés au chemin de fer. Au Dahomey comme dans l'Ashanti
les contribuables sont des noirs qui subirent autrefois une forme de gouvernement assez rare dans l'Afrique occidentale proprement dite, c'est-à-dire le despotisme. Ils ont été conquis par des Européens et la conquête implique tacitement le droit de lever l'impôt. Mais, après la victoire, les vaincus, dans l'Ouest africain, ont à réparer les plus grands maux. Dos villages et des magasins sont détruits, des récoltes brûlées, des terrains laissés en fricbe; on manque de bras pour semer, moissonner, faire la récolte, et la misère devient générale. C'est le moment où le vainqueur, plus civilisé, professant une religion dont l'idéal est élevé, devrait prendre le vaincu par la main et tenter de reconstruire ce qu'il a détruit, mais sur des bases plus solides, où il devrait, puisqu'il aime à voir dans le noir un enfant, le traiter comme un père, qui, lorsqu'il a puni un fils coupable, lui rend toute son affection en oubliant la faute commise. En d'autres termes, toute assistance devrait être prêtée, toutes facilités devraient être laissées à la population assez malheureuse pour avoir encouru la vengeance d'une nation supérieure, dont l'action réformatrice, pour être efficace, doit être généreuse. Les Français ont ainsi pendant sept ans laissé les Dahoméens respirer, avant de leur appliquer un impôt direct (1).
Qu'avons-nous fait dans l'Asbanti? A peine wne guerre funeste était-elle terminée, après avoir été accompagnée d'incidents qui ne sont guère à l'honneur de notre pays, après avoir été provoquée par une série de bévues administratives des plus grossières, — aussitôt les hostilités finies, nous mettons en vigueur un impôt direct, comme une prime offerte à des troubles futurs. En réalité, peu après que l'établissement de cette imposition eut été notifiée aux chefs vaincus, on n'évitait encore un nouveau soulèvement qu'en
(1) Il ne faut pas croire que ce parallèle entre la politique de la France au Dahomey et celle de l'Angleterre dans l'Ashanti implique une approbation de l'impôt direct en soi. Cet impôt est toujours une expérience dangereuse en Afrique occidentale, surtout envers les fétichistes, même après une conquête. Si le mode de perception des taxes n'est pas très minutieusement étudié, il est presque certain que des abus graves se produiront. Tout récemment, ccriaines rumeurs selon lesquelles la perception serait oppressive dans le Haut-Dahomey ont trouvé écho dans la presse française. Qu'y a-t-il de vrai dans ces bruits? je l'ignore. Mais ce qui est exact, je crois, c'est que les excellents fonctionnaires dont s'était entouré le gouverneur Ballot ont quitté In colonie depuis son départ et ont été remplacés par des agents qui connaissent moins le pays et sont moins compétents. {Note de l'Auteur.)
dirigeant en toute hâte des renforts sur Coumassie (1). Pouvait-on rien imaginer de plus maladroit, — pour ne pas dire davantage — que d'aller réclamer le paiement d'une indemnité de guerre vieille de près de trente ans, alors que sans l'attendre on avait obtenu justice en arrêtant et déportant Prempreh et en annexant le pays, alors aussi que le fait d'avoir en 1900 ressuscité cette demande passait pour n'être pas étranger au dernier soulèvement? Sir William Geary le remarquait avec raison :
a Pour emprunter, disait-il, une comparaison à la propriété privée, on ne peut faire saisir un gage immobilier, recevoir la rente et les revenus du sol, puis exiger, en outre, après s'être payé soimême, les intérêts de la dette. Ainsi, nous avons annexé l'Aslianti en 1896, et nous avons non seulement établi formellement sur le paj's notre souveraineté, mais encore fait de cette manière une excellente opération. Nous exportons du pays le minerai d'or, à l'avantage des actionnaires européens. Et maintenant nous voulons imposer les indigènes. »
Une telle politique j>eut-elle assurer la prospérité de l'Afrique occidentale britannique ! En 1864, le Times s'exprimait dans ces termes en ce qui concernait le roi de l'Asbanti :
a Au lieu d'accueillir ceux qui conspirent contre lui, au lieu de violer les traités que nous avons conclus avec lui, au lieu d'essayer de saper les fondements de son trône, nous devrions entretenir des relations avec lui, pacifiquement secondés par des opérations commerciales. Au fond de ses vastes Etats, vivant au pied des montagnes de Kong, habitent des indigènes qui lui doivent et lui prêtent obéissance. Comme il serait profitable au protectorat que nous nous unissions tous pour favoriser et affermir des relations basées sur l'amitié et sur le développement de légitimes transactions ! »
Paroles prudentes, conseils excellents. Pourquoi le Times ne les prêche-t-il pas aujourd'hui pour qu'il en soit tenu compte en d'autres parties de l'Afrique occidentale, là où le système des colonies de la Couronne n'est pas encore complètement parvenu à détruire ce qu'ont fait des générations d'efforts pacifiques et commerciaux ! S'il y a encore quelque vitalité dans les restes misérables de ce qui fut jadis la puissante nation des Ashantis, il est certain que de nouveaux troubles suivront de même la perception de
(1) Voir le dernier Livre bleu sur l'Ashanti, 1902. [Note de l'Auteur.)
la taxe. Il ne nous semble pas que cette éventualité soit considérée comme très lointaine, même par le gouvernement, et il y a des passages significatifs à ce sujet dans le dernier Livre Bleu. Par bonheur, nous avons un excellent résident à Coumassie en la personne du capitaine Donald Stewart, homme des plus sympathiques, et il est possible que son influence personnelle l'emporte sur le sourd mécontentement que la politique de ses supérieurs rend inévitable en ce pays, soit qu'on l'exprime ouvertement, soit qu'on le dissimule.
L'un des témoignages recueillis auprès d'Européens par sir David Chalmers, au cours d'une enquête sur les hostilités amenées par l'impôt des cases, met en évidence, mieux peut-être que toute autre explication, la différence qui sépare les procédés des Français en Guinée et ceux des autorités britanniques à Sierra-Leone. Ces procédés ne sont pas tellement compliqués. On suppose que le grand almamy Daoula perçoit la taxe pour son compte, et il apporte l'argent au gouverneur en disant : « Yoilà ce que j'ai pu percevoir », et le gouverneur répond : a ]Merci. » C'est précisément ce que les Français ont fait partout. Ils se sont présentés aux chefs comme étant pour eux des « amis puissants », ils leur ont expliqué qu'ils avaient besoin d'argent pour le chemin de fer, pour les routes, et ainsi de suite; ils leur ont fait remarquer les avantages de ces dépenses et leur ont demandé d'y contribuer; ils leur ont offert une très belle commission, un tiers des sommes recueillies (en d'autres termes ils les ont subventionnés) dans leur propre pays et ils ont fermé les yeux quand les sommes présentées étaient inférieures à celles qui se trouvaient dues. En même tempd, le prestige des chefs a partout été fortifié, les institutions indigènes ont été sauvegardées, les procédés vexatoires du formalisme européen ont été écartés; on a encouragé l'arrivée de négociants, on a pris conseil auprès d'eux sur la direction à donner aux services publics, on a restreint le nombre des fonctionnaires, réalisé des économies dans les diverses branches de l'administration et renoncé à toute application des méthcles militaires. Ilésultat, un succès magnifique au point de vue politique, commercial et financier. Comparez ce résultat à celui que nous avons obtenu à Sierra-Leone. î^ous détruisons le pouvoir des chefs au lieu de le fortifier (1). La
(1) Voir le témoignage du lieutenant-colonel Gore, secrétaire colonial pour Sierra-Leone. Rapport de sir David Chalinrs. {Notede l'Auteur.)
taxe des cases fut à l'oiigme appliquée d'une manièi-e hâtive, pour ne pas dire brutale. On s'est montré d'une exigence extrême dans la perception. On a vu des chefs arrachés de vive force à kurs villages, accusés de trahison, et conduits en prison les menottes aux mains, sous les yeux de leurs sujets incapables de résister. Le corps de la police des frontières, troupe mal disciplinée (1), recrutée dans les bas-fonds du protectorat, a commis toutes sortes d'exactions ; selon l'expression du haut commissaire royal on a fait preuve d'une a rigueur oppressive », on a traité cette très délicate question dans un esprit « d'autorité impérieuse et intiansigeante ». Un soulèvement devait naturellement s'ensuivre, qui bouleversa tout le Protectorat. Le rapport de sir David Chalmers, qui fut alors adressé et qui combattait l'impôt des cases en demandant sa suppression, ne fut pas suivi d'eâ'et; la taxe fut maintenue, les dépenses civiles et militaires, celles de la magistrature, se sont accrues et so sont trouvées hors de proportion avec les ressources du paj'S. Conséquence, les dépenses ont atteint environ 60 0/0 de la capacité de production du pays, qui diminue rapidement, et la machine administrative nécessaire à la perception de l'impôt coûte plus que celui-ci ne rapporte lui-même. Le Colonial Office, qui s'est confondu en ingénieuses explications pour enlever au soulèvement toute connexité avec l'impôt des cases, a récemment publié des déclarations optimistes — dépassant tout ce qu'on a pu voir en ce genre, — et reproduit le rapport du nouveau gouverneur sur son voyage dans l'intérieur (2). Il semble que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les indigènes sont satis-
(1) De juillet 1894 cà février 1898 il n'y eut pas moins de soixante cas de culpabilité, ne représentant qu'une faible proportion, on peut le penser, des délits commis actuellement relevés à la charge des miliciens de cette police pour sévices, pillage, et en général pour mauvais traitements envers les indigènes. [Note de V Auteur.)
(2) Un des arguments favoris des autorités consiste à invoquer les avantages qu'ont retirés les habitants du protectorat de la mise en vigueur de l'ordonnance supprimant le commerce des esclaves. En échange de ce bienfait les indigènes, selon les représentants de l'Administration, devaient sans difficulté consentir à payer l'impôt. Use peut qu'ils l'eussnt payé, à un certain moment, plus ou moins volontairement, si la taxe leur avait été présentée dans un esprit différent. Mais en ce qui concerne le commerce des esclaves, l'argument est singulièrement faible, si l'on considère que, d'après une déclaration publi<juc de sir F. Cardew, en 1805, ce « trafic avait complètement disparu en fait dans l'intérieur du protectorat ». (Ab/e de V Auteur.)
faits de leur sort, y compris l'impôt qu'où leur applique. La diminution des exportations (cet indice véritable de la prospérité dune colonie de l'Ouest africain), qui ont baissé considérablement depuis l'établissement de la taxe et l'année dernière sont descendues au chiffre le plus bas qu'on ait connu depuis vingt ans (Tannée de la révolte exceptée), cette diminution est attribuée à « un manquv> d'activité de la part des producteurs indigènes » et à l'action des Français. En ce qui concerne ces derniers, ils ont depuis plusieurs années perçu une taxe sur les caravanes indigènes traversant la frontière, et le rapide développement ainsi que l'administration judicieuse de la Guinée française ont tué le commerce de transit qui d'ordinaire passait alors via Freetown et qui maintenant est concentré à Conakry. Cependant, pour résister à la concurrence des Français, les autorités de Sierra-Leone croient qu'il est politique de maintenir la taxe des cases et toutes les dépenses qu'elle entraîne. Le trafic des caravanes avec les régions de l'intérieur les plus éloignées était condamné déjà le jour oii les Français ont occupé l'arrière-pays; et les doléances qui se réveillent sur la taxation des caravanes semblent légèrement manquer de sincérité. Il y a de cela plusieurs raisons; il faut considérer notamment que si les indigènes de notre protectorat voisins de la frontière regrettent de perdre les bénéfices que leur jarocurait le passage des caravanes par leur pays et font par suite entendre des plaintes, on n'a pas démontré que les habitants venant des régions plus éloignées, situées au delà de la limite et, on ne peut l'oublier, appartenant à la France, on n'a pas démontré que ceux-ci désirassent parcourir une longue distance jusqu'à Freetown pour vendre leurs produits, alors que des factoreries françaises, très rapprochées, les leur achètent à des prix aussi avantageux. Il est curieux aussi d'opposer les explications données par le Colonial Office à d'autres déclarations officielles, d'après lesquelles en 1899 et 1900 le pays devait se relever promptement des suites de la révolte déchaînée par l'impôt des cases, et le commerce d'exportation reprendre son importance normale. En définitive, ce commerce, il y a vingt ans, représentait 366,000 livres pour urre dépense de 72,000 livres; l'année dernière les dépenses étaient de 173,457 livres, y compris les frais du chemin de fer et de 154,210 livres, non compris ces derniers. Les dépenses dès lors, en retranchant celles du chemin de fer, ont augmenté de plus dp. 100 0/0, en face d'une diminution dans la capacité de pro-
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duction du pays. C'est la voie de la ruine financière, et ceux qui sont au courant de la question ne l'ignorent pas; mais tant que le public britannique ne se sera pas résolu à aborder sérieusement les problèmes de l'Ouest africain, les quelques personnes qui le diront continueront sans doute à être taxées de pessimisme, de sentimentalisme doctrinaire ou de folie, jusqu'au jour inévitable oii l'on reconnaîtra qu'elles avaient raison.