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LA PRATIQUA ET LA THEORIE

« Le caractère des indigêiias, le climat, tout est contre une action précipitée et iiâtivc. Avancer lentement, sans laisser derrière soi une œuvre mauvaise ou incomplète, gagner le respect et les égards des indigènes, et n'user de la force que quand on est obligé d'y recourir comme à une ressource suprême, tels sont les moyens qui, à mon humble avis, conduisent au succès dans l'Afrique occidentale. Rappelons-nous les paroles d'un célèbre voyageur français : « Ne rêvons pas d'une transformation subite de l'Afrique. Employons une méthode lente, mais sûre. Efforçons-nous de transmettre aux indigènes le savoir que nous avons acquis, mais sans prétendre leur enseigner en quelques années ce que nous avons mis vingt siècles à connaître. » — Sir Claude Macuonald, à Liverpool, 1892.

« Ces chiffres sont surprenants. Naturellement on s'attendrait à ce que, le commerce s'accroissant, la proportion des dépenses eût décru... Depuis cette date pourtant, les dépenses ont augmenté par sauts et par bonds, et en 1900 se sont élevées à 28 0/0 des exportations. En d'autres termes, les dépenses se sont accrues plus

rapidement que le commerce Si cependant les dépenses avaient eu la même

base que les années précédentes nous aurions pu échanger plus d'un million

de livres en marchandises européennes contre la même somme en produits. En d'autres termes, plus élevées sont les dépenses, plus haut est le prix que le commerçant doit demander pour ses marchandises européennes, ou moins il peut donner pour des produits indigènes. Une double conséquence en résulte, c'est de réduire la demande de marchandises manufacturées et de diminuer le zèle des indigènes à recueillir des produits. Il peut s'ensuivre une autre éventualité qui ne devrait pas être perdue de vue; nos colonies, en effet, sont cernées par nos voisins français et allemands. Si, par suite de l'augmentation des dépenses et des taxes plus lourdes qu'elle rend nécessaires, nous ne pouvons plus offrir aux indigènes des marcliandises en aussi grande quantité et à un prix aussi avantageux que nos concurrents, les produits qui se recueillent sur les frontières de nos colonies sont exposées à être attirées sur le territoire étranger, non sans préjudice pour le commerce national. » — M. Arthur Huïton, président de la section africaine à la Chambre de commerce de Manchester (1).

Un homme d'esprit a dit que le meilleur moyen de faire passer un reproche était de le glisser sur le dos d'un compliment ; aussi, avant toute critique de certaines phases de l'administration anglaise en Afrique occidentale, quelques éloges sont-ils à la fois justes et nécessaires. Eviter d'ailleurs toutes personnalités, — qu'il s'agisse de louer ou de blâmer, — ce devrait être la préoccupation constante du critique en abordant les problèmes que nous voulons discuter,

(1) Journal of the Afrlcan Society, janvier 1902.

car c'est dans le principe le système qui se trouve en cause, ce ne sont pas les agents du système. Par malheur, les colonies de la Couronne étant ce qu'elles sont, c'est-à-dire le despotisme organisé, — sans qu'il faille y voir nécessairement un despotisme tyrannique, — il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d'écarter complètement les questions de personnes.

Le changement qui s'est produit dans la politique anglaise en Afrique occidentale est indissolublement lié à l'avènement au pouvoir du secrétaire d'Etat actuel pour les colonies, le très honorable Joseph Chamberlain. Son entrée en scène a coïncidé avec la période aiguë de certains événements qui fatalement ont dû modifier, quels que fussent les hommes d'Etat responsables à l'époque, notre première attitude en ce qui concerne l'Afrique occidentale. Ce point n'a pas besoin d'être approfondi, mais il est souvent négligé. Qu'on l'entende comme on voudra, il est un fait certain — un fait qiii est grandement à l'honneur de M. Chamberlain — c'est que nul secrétaire d'Etat pour les colonies avant lui n'a montré un intérêt si vif et si personnel, comme homme public et comme homme privé, aux affaires de l'Afrique occidentale anglaise, un intérêt qui n'a jamais fléchi pendant la durée entière de son administration. A différents points de vue les résultats ont été excellents. Des chemins de fer, dont les premiers travaux avaient été entrepris par ordre du prédécesseur de M. Chamberlain, le marquis do Eipon, avant son éloignement des affaires, ont été construits; d'autres sont commencés; pour un plus grand nombre, des tracés ont été reconnus. Les études en vue de combattre le paludisme ont reçu du très honorable gentleman l'aide la plus chaleureuse. L'Afrique occidentale anglaise a bénéficié d'une large publicité, du jour où l'a faite sienne une personnalité politique aussi puissante que celle de M. Chamberlain, ce qui a contribué matériellement à l'arracher à l'ornière de l'oubli et de l'ignorance populaire. On peut ajouter aussi que les déclarations publiques, pleines de confiance, du secrétaire d'Etat pour les colonies sur l'avenir de l'industrie minière à la Côte d'Or ont beaucoup contribué à attirer des capitaux vers cette région. M. Chamberlain, du reste, a récemment reconnu qu'il fallait réfréner l'introduction de certains éléments peu recommandables, inséparables d'une renaissance, selon les conditions modernes, des entreprises de mines d'or dans une partie de l'Afrique dont l'exportation du précieux métal avait autrefois fait la renommée; c'est tout à son honneur, bien

que cette initiative eût été plus efficace si elle s'était produite un peu plus tôt. D'autre part, les instructions qu'il fit publier en septembre 1901 sur la condition des travailleurs indigènes à la Côte d'Or constituent peut-être le document le plus admirable qui soit jamais sorti du Colonial Office (1). De même on peut avoir la conviction que tous les agents officiels dans l'Ouest africain sont animés des meilleures intentions, et cependant on peut, de temjDs en temps, contester certains de leurs actes, car il importe toujours de considérer qu'ils sont au service d'un sj^stème dont quelques-uns d'entre eux, en des conversations privées, volontiers reconnaissent les inconvénients, et qui laisse la porte ouverte à de fréquentes erreurs imputables avant tout à ses défectuosités, si pénible que soit le climat pour l'état physique et le moral des Européens. Mais il est déraisonnable, il est contraire aux vrais intérêts de l'Empire d'encourager certaines tendances qui pousseraient à transformer en une attaque personnelle contre un absent la critique sincère d'un acte déterminé de la politique anglaise dans l'Afrique occidentale, acte auquel on est bien obligé d'associer tel ou tel fonctionnaire, comme s'il fallait voir dans cette attitude un outrage à venger, presque un crime à stigmatiser, une offense suprême contre les convenances et l'honneur. Une semblable prétention serait absurde, funeste, coupable. Le pouvoir autocratique que le système des colonies de la Couronne confère aux gouverneurs de l'Ouest africain, aux commissaires de district, aux commandants militaires donne un intérêt absolument essentiel à ce que cette critique indépendante, aussi longtemps qu'elle est légitime, soit exercée chez eux par nos concitoyens, qu'il s'agisse ou non de mesures dont l'application se trouve assurée par un représentant spécial de l'autorité avec la pleine sanction du Colonial Office ou bien qu'on se trouve en présence de décisions dont le Colonial Office luimême a pris l'initiative. C'est seulement en discutant au grand jour que nous pouvons espérer éviter le retour d'erreurs aussi regrettables que celles auxquelles on a dû la guerre provoquée par l'impôt sur les cases à Sierra-Leone et la dernière révolte de l'Ashanti ; qui ont fait élaborer une législation en avance de beaucoup sur les besoins du pays et en opposition avec les sentiments des indigènes dont il est cependant à la fois de notre intérêt et de notre devoir impérieux de

(1) Ce document c.-^t ])iil)lic in extenso dans le rapport annuel de laChaii)bic de commerce deLiverpool pour l'JOl. {Note de l'auteur.)

tenir compte ; qui nous ont obligés à renouveler sans cesse ces expéditions destinées à réprimer des troubles et dont nous avons eu tellement à souffrir dans d'autres parties de notre empire de l'Afrique tropicale; qui ont enfin suscité des embarras financiers issus d'une administration maladroite, dépourvue de pondération comme de sens politique.

Une réaction est toujours dangereuse dans l'ordre physique comme dans Tordre politique; et peut-être ne faut-il pas trop s'étonner qu'une action soudainement hâtive, après le long effet de l'apathie officielle, n'ait pas été à labri de certaines objections. Mais on ne peut admettre que ce zèle intempestif, au lieu d'être un phénomène passager, s'enracine dans les habitudes et devienne une partie , une parcelle d'un nouvel ordre de choses. S'il en était ainsi, nous assisterions bientôt à une seconde réaction dans l'Ouest africain, et avec des finances embarrassées, des dépenses annuelles sans proportion avec le développement visible de la puissance de production, avec des taxes plus élevées, une population indigène sans liens avec nous et sans organisation, avec des rivaux énergiques qui progressent tandis que nous nous débattons dans une fondrière de difficultés spontanées, nous verrions une fois de plus le public retomber dans son ancienne indifférence empreinte d'hostilité. Il en serait ainsi jusqu'à ce que quelque personnalité brillante du Foreign Office, jugeant le moment opportun, abandonnât à une puissance étrangère un nouveau morceau de l'Afrique occidentale anglaise en échange de pêcheries de morues ou de toute autre chose également vitale pour la prospérité de l'Empire (1). La politique d'extension dans l'Afrique occidentale a eu son utilité; elle a maintenant atteint son but. Nous sommes assurés de posséder un territoire immense ayant une étendue de 700,000 milles carrés, dont les richesses naturelles ne le cèdent en rien à celles d'aucune autre partie du monde, qui renferme une population d'environ 30 à 35 millions d'habitants, sur les mœurs et les coutumes desquels nous n'avons d'ailleurs que des notions très confuses, dont nous ne connaissons pas même la langue le plus souvent : population composée des éléments les plus divers, dont il est difficile de pénétrer et d'utiliser les ressources, dont la collaboration volontaire, essentielle à notre domination, ne

(1) Le Foreign Office, nous ;i fait i>erdrc lu Cameroun, la cote du Congo franoais, le Foula-Djallon, et Dieu sait (|uoi encore. Ce faisant, il s'est montré le serviteur indifférent d'un public indifférent. {Note de Vauteur.)

peut être acquise qu'après une étude savante, attentive, à force de tact et de bienveillance. Ce serait maintenant pour l'Afrique occidentale anglaise le moment de se recueillir. Le pays, au point de vue politique, a besoin de repos. Il a pour ainsi dire été mis sens dessus dessous par la rivalité des Européens ; d'anciennes divisions territoriales ont été bilïées ; les frontières d'Etats indigènes ont dû se plier aux exigences de la diplomatie européenne; des routes suivies de temps immémorial par le commerce ont été modifiées. L'indigène aujourd'hui a besoin de reprendre haleine. L'activité officielle devrait pour le moment se limiter surtout, avec esprit de méthode et d'économie, à l'exécution de travaux publics indispensables; elle devrait se borner à recueillir des données sur les populations et les régions qu'elles habitent les unes et les autres, à fortifier l'autorité indigène si rudement troublée par les récents événements, à protéger le commerce, à encourager les capitaux, à développer les industries indigènes en améliorant celles qui existent et permettant à d'autres de se créer; en un mot elle devrait se restreindre à une œuvre de consolidation graduelle, sûre, systématique. Notre rôle devrait être d'intervenir aussi peu que possible dans les institutions indigènes en restant scrupuleusement fidèles à la lettre et à l'esprit des traités conclus avec les chefs; d'assurer le progrès des populations sur la base de leur propre civilisation pour les musulmans comme pour les païens; d'employer la conciliation de préférence à l'autorité, l'or de préférence au fer. Le zèle excessif de l'administration devrait être tenu rigoureusement en échec par la crainte d'écraser de nouvelles colonies sous le fardeau d'une dette ; l'armée et la police resteraient en réserve pour n'être utilisées qu'à la dernière extrémité. Le commerce, l'ouverture de bonnes routes et la science du gouvernement devraient être nos armes favorites pour arriver à atténuer des maux, dont quelques-uns pour le moins, en copiant l'Europe, ont autrefois été aggravés par nous, tandis que d'autres ont leur origine dans des croyances religieuses profondément enracinées et réclament au préalable une enquête approfondie, une étude attentive, avant qu'une action officielle intervienne pour les combattre si tout eft'ort pacifique a vainement été tenté. De la patience, encore de la patience et toujours de la patience. Ce devrait être là, de toute nécessité, la pierre angulaire de la politique anglaise dans l'Afrique occidentale. C'est la tortue, et non le lièvre, qui a gagné la course.

Par mallieur, le lièvre est pour le moment l'animal le plus populaire ; la politique d'aventure, aujourd'hui comme il y a cinq ans, se pratique dans l'Afrique occidentale anglaise, et le résultat c'est que tout concourt à transformer maintenant en désastre ce qui pouvait se justifier naguère et ce qui manque aujourd'liui d'opportunité, depuis qu'ont pris fin les rivalités internationales. On abuse de l'énergie, dans l'application comme dans la conception. Qu'on nous concède que le principe actuel de la domination anglaise en Afrique occidentale, le système des colonies de la Couronne, est ce qu'il y a de pire au monde pour seconder l'effort d'une influence dirigeante demeurant en haut lieu naturellement active. Qu'on reconnaisse l'imperfection, le manque de souplesse d'un instrument qui ne laisse aux gouvernés aucune voix dans le gouvernement, qui interdit à ceux qui paient l'impôt direct et indirect tout contrôle efficace sur l'emploi des recettes ainsi perçues, qui permet de voir un acte législatif inconsidéré gaspiller le fruit d'années entières d'effort commercial ; qu'on admette ces griefs et bien d'autres encore contre le système des colonies de la Couronne. Il n'en demeure pas moins certain que ce système peut être réformé, modifié, amendé complètement, selon les besoins du présent. La tâche n'irait pas au delà de ce qu'on peut demander à une politique. Peut-on soutenir avec raison que l'administration britannique s'est si bien dévoyée qu'un mécanisme fait pour le passé ne saurait s'améliorer et se remettre en état pour mieux s'approprier à notre situation nouvelle; que nous devons nécessairement nous' obstiner à nous servir des mêmes rouages dans leur ancien état, malgré les impuretés qui les obstruent et la rouille qui les ronge? Si la machine qu'on voudrait maintenir intacte avait, dans le passé, fourni un utile emploi, on serait excusable aujourd'hui, d'hésiter à ne s'en sei-vir qu'après l'avoir remise en état. Mais il est bien loin d'en être ainsi avec la machine gouvernementale de l'Ouest africain.

Et il est vraiment douloureux de voir que les quelques dernières années, loin d'apporter des améliorations, loin d'encourager pour l'avenir l'espérance des réformes, n'ont fait qu'aggraver le mal. Nous ne pouvons plus, il est vrai, perdre de nouveaux territoires, à moins d'abandonner volontairement ce que nous assurent les accords internationaux. Mais, à tous autres égards, pour ainsi dire, le système des colonies de la Couronne, tel qu'il est en vigueur dans l'Ouest africain et dans les nouvelles conditions où il fonctionne, nous

réserve une suite de complications que seuls les insouciants peuvent contempler d'un cœur léger, voir avec indiftérence ; braves gens qui ne veulent pas s'écarter des sentiers aimables et par principe sont hostiles à toute discussion critique, autant qu'un chat peut l'être à un bain forcé.

La hâte et la précipitation sont à l'ordre du jour dans l'Afrique occidentale anglaise. Les dépenses progressent par sauts et par bonds, sans parler de celles qui s'appliquent à des travaux publics. Lorsqu'il s'agit de ces derniers, on s'engage dans des projets étendus et coûteux, conçus de la façon la moins pratique, sans qu'on cherche à tirer parti de la concurrence, à recourir à l'adjudication, à prendre les garanties dont s'entoure un homme d'aiïaires d'intelligence moj'enne pour être sûr de faire produire à son argent le bénéfice le plus élevé. Une théorie étrange est devenue de mode dans l'ordre économique. Plus seraient élevés, dans cette opinion, les revenus d'une colonie déterminée de l'Ouest africain et plus prospère serait cette même colonie ; on oublie complètement les efiets de tout accroissement de taxes sur le commerce général qui se trouve alors diminué dans son importance et se porte sur le territoire voisin d'une puissance rivale. Si l'on trouve qu'une colonie de l'Afrique occidentale, une certaine année, en augmentant les impôts, a accru ses recettes de 10,000 livres, on manifeste aussitôt, dans les milieux officiels, une joie exagérée; on a bien soin de passer sous silence la diminution des transactions commerciales dont ces plus-values de recettes ont été accompagnées, ou bien on donne une toute autre explication. Le fait que les revenus ont augmenté est tenu pour la preuve positive d'une large prospérité et d'une sage administration. Puis tout accroissement de recettes est suivi d'une augmentation correspondante de dépenses. L'un va de pair avec l'autre. Cela ne réussit pas toujours, car il arrive que les dépenses dépassent les recettes quand viêTne (1). Il est également entré dans lesi usages d'assister pécuniairement ces colonies par voie de « prêts », de a subventions » ou d'« avances », à l'exemple des colonies de l'Inde occidentale ; ce qui n'empêche pas les rapports officiels de publier cette déclaration rassurante que « la colonie n'a pas de dette publique ». Mieux encore, il faut parfois l'aide d'un microscope pour y découvrir une trace de la « subvention », reléguée dans quelque

(1) En français dans le texte anglais.

passage discret, sous forme d'un habile renvoi. Lagos, Sierra- Lcone, la Côte d'Or, la xs'igéria, connaissent présentement toute la joie des emprunts d'Empire : Sierra-Leone, pour son chemin de fer et les frais de la dernière guerre suscitée par l'impôt des cases ; Lagos, pour son chemin de fer; la Côte d'Or pour son chemin de fer et les frais de la guerre de l'Ashanti ; la Nigeria, pour le rachat des droits que la Compagnie du Niger avait acquis par traités conclus avec les indigènes (traités aux termes desquels nous n'avons pas adhéré) et pour le recrutement d'une force armée. Et pendant ce temps nos voisins les Français — dans les possessions de la côte occidentale, proprement dites, les seules dont la comparaison soit possible avec les nôtres — obligent leurs colonies à payer une part considérable des dépenses de construction de leurs chemins de fer, imposent au commerce des charges moins lourdes, réduisent davantage les frais d'administration, gouvernent à meilleur marché et tout aussi bien, — mieux et de beaucoup dans certains cas.

La puissance de production de nos colonies, accusée par leur commerce d'exportation, seul témoignage véritable de la prospérité dans rOuest africain, tantôt croît lentement, par comparaison avec les dépenses, tantôt demeure stagnante, tantôt rétrograde. Quand elle 8'accroît, l'augmentation est de beaucoup inférieure à la proportion correspondante de l'accroissement des dépenses. On fait avaler à des indigènes qui n'y entendent rien de « fortes doses » — véritables purgatifs — d'une législation calquée sur celle d'Europe. Le nombre des ordonnances mises en vigueur dans les colonies anglaises de l'Afrique occidentale pendant les quelques dernières années, particulièrement dans la Nigeria du sud (1), est simplement stupéfiant. La plupart sont de beaucoup en avance sur le temps et ne peuvent que demeurer lettre morte, car. Dieu merci, le mécanisme actuel n'est pas suffisamment souple pour en supporter l'application. Elaborer aussi peu d'ordonnances que possible et s'assurer qu'elles auront, telles qu'on les prépave, une utilité permanente, ce sont là des choses qui ne semblent pas entrer dans les conceptions officielles. Les objections vont croissant contre cette promptitude et cette fécondité des cervelles administratives, dans l'élaboration d'une législation prématurée, non seulement de la part des

(1) A la fin d'avril 1000, selon le rapport de IDOO pour la Xifj;(!>ria du Sud « vingt « rèsrlcnieiils étaient publiés. » Je serais effrayé de dire combien d'autres se sont, depuis lors, ajoutés à ceux-là. (Note de l'auteur.)

indigènes dont ce zèle, de plus eu plus, einbiouilie toutes les notions, et qui deviennent, selon l'expression française, des déséquilibrés, mais encore de tous ceux qui, en relations d'affaires avec la côte, voudraient obtenir des sphères officielles moins de précipitation, de façon que leur œuvre, à chaque pas nouveau, soit réellement intelligible ; et cependant l'on continue, de gaieté de cœur, à faire paraître de malencontreux décrets, que les légistes eux-mêmes, de leur cabinet, ne peuvent comprendre dans leur exacte signification, ou mettre en accord avec des intentions avouées.

La répression succède à la répression. Nous avons eu une expédition à Sierra-Leone, une dans l'Aslianti, deux en Gambie, une autre, qui eut son importance, et coïncida avec d'autres difficultés moins sérieuses, à Cross Hiver dans la Nigeria du sud, tandis que dans la Nigeria du nord, qui n'a pas encore donné de revenus et qui n'a pas attiré un seul commerçant (on ne peut citer qu'une exploration, dont le but était la reclierche de mines), il faut constamment, avec quelques semaines d'intervalles au plus, faire œuvre de répression. Je ne veux pas maintenant insister sur cette situation de la Nigeria septentrionale, car j'examine plus loin cette très intéressante partie de notre empire de l'Ouest africain, mais il est do toute évidence que le Parlement est dans l'obligation de plus en plus urgente de porter son attention sur les dépenses de cette contrée. Lagos seule, sous l'habile direction de Sir William Mac Gregor, a connu les bienfaits de la paix. Puisse-t-il en être longtemps ainsi !

Ces appréciations d'ordre général seront confirmées par des faits, des exemples particuliers, épars à travers ce volume. Il était toutefois nécessaire de les exposer dans une vue d'ensemble. Dans le chapitre suivant, nous essaierons d'indiquer brièvement sur quelles bases on pourrait tenter certaines réformes et par quoi celles-ci seraient motivées. Malgré l'optimisme officiel, il n'est pas douteux que, si l'on ne fait rien à bref délai pour améliorer l'état actuel des choses, la plupart des possessions anglaises de l'Afrique occidentale tomberont dans la fange des difficultés financières, qui paralyseront leur développement et leur progrès, tandis que les populaions indigènes seront comparativement plus pauvres que dans les territoires voisins appartement à nos rivaux en colonisation.

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