CHAPITRE VI
LA DÉCOUVERTE DE LA NIGERIA SEPTENTRIONALE (suitc).
Sur les bords du lac, les voyageurs observèrent que le cotonnier croisisait sans difficulté et que des troupes innombrables d'oiseaux aquatiques prenaient leurs ébats. Ceux-ci étaient si peu farouches que si l'on s'en approchait ils « se bornaient à se déplacer quelque peu à gauche ou à droite ». En suivant la rive occidentale du Tchad, les voyageurs poussèrent jusqu'à Kouka. A quelques jours de marche de cette cité autrefois florissante, ils commencèrent à comprendre combien étaient fausses les idées courantes sur le « Soudan ». Au lieu de « nègres en guenilles armés de lances », qui, avec l'aide de quelques Arabes, s'efforçaient de terroriser le pays, les voyageurs furent étonnés de voir un nuage épais de cavalerie s'a-
vaiicer vers eux; c'était la garde d'honneur envoyée par le cheikli du Bornou pour leur souhaiter la bienvenue. En criant a Bénédiction I Bienvenue ! », les noirs cavaliers, « vêtus de cottes de mailles, formées de chaînons de fer, » s'avançaient vers eux en bonne ordonnance, brandissant des épées et des lances. Entourés de cette masse imposante de cavaliers, ils entrèrent à Kouka et furent reçus en audience par le Cheikh. Après un court séjour à Kouka les compagnons se séparèrent, Denham allant avec Bu-Kalum prendre part au « raid » qui devait si bien tourner à la confusion de tous ceux qui s'y seraient engagés.
L'énergique major visita ensuite une grande partie des régions orientales du Bornou, reconnut et remonta le Chari jusqu'à Logone, alors la capitale d'un important royaume et explora une partie étendue des rives orientales du lac. Les renseignements qu'il recueillit au cours de ses pérégrinations et les cartes de la région qu'il établit eui'ent une valeur considérable. Les rives méridionales et orientales du Tchad étaient jusqu'alors entiè.oment inconnues ; du lac lui-même on ignorait en fait la situation exacte, et l'on ne soupçonnait pas l'existence du Chari. J'ai toujours considéré que Denham n'eut jamais le crédit qu'il méritait en tant qu'explorateur. Eu égard à l'absence oti il se trouvait de toute préparation scientifique, il n'était pas en état de tirer de ses découvertes le meilleur parti possible, mais, tout pesé, ses investigations ont témoigné en lui d'une remarquable précision d'esprit. Il avait également contre lui son ignorance de l'histoire d'Afrique. Il était nettement illettré, ne savait pas manier une plume et n'avait guère d'imagination. L'effet naturel de ces faiblesses apparaît à chaque page de son journal. Nous le trouvons s'attachant à noter les incidents les plus vulgaires, et négligeant presque les problèmes sociaux, politiques et ethnologiques au contact desquels il était journellement. Cette même absence d'observation studieuse, de recherche éclairée, — à vrai dire cette absence d'éducation — est visible, mais peut-être à un degré moindre, dans les ouvrages de Clapperton.
C'était, pour ainsi dire, dans un nouveau monde que les explorateurs étaient entrés, monde d'intérêt passionnant, où la magnificence de riJricnt et le spectacle de la barbarie se mêlaient aux mœurs ouvertement sauvages de l'Afrique ; où l'on voyait des potentats à moitié arabes partir en guerre avec une suite de chevaliers bardés de fer, et de puissants barons amener leur contingent
de vassaux pour assister le seigneur dans ses campagnes de rapines et de conquêtes. Les voyageurs avaient laissé le xix° siècle en Angleterre, ils avaient pénétré dans le désert et s'étaient trouvés aussitôt au milieu d'un régime féodal qui, par bien des côtés, rappelait celui de leur propre patrie au moyen âge. Quelle belle occasion ils avaient de faire connaître au monde ce pays qui, pendant des siècles, à cause de sa fertilité, avait eu la puissance magnétique de provoquer des migrations de peuples du nord, de l'est et de l'ouest. Quelque vingt ans plus tard, un homme à l'esprit vraiment scientifique vint à son tour en ces pays et alors, mais alors seulement, on put apprendre tout ce que Denbam et Clapperton avaient négligé de dire. Mais, bien qu'il fût réservé à l'Allemand de génie et d'esprit cultivé qui succéda à Denliam de montrer combien est profond l'abîme entre un caractère comme celui de Barth, studieux et observateur, amplement pourvu de connaissances historiques et scientifiques, et celui d'hommes tels que Denham et Clapperton, remarquables seulement par leur courage, leur persévérance opiniâtre et leur amour de la vie d'aventure, malgré c«tte supériorité, le prestige du premier, qui augmente plus qu'il ne diminue à mesure que nous connaissons mieux ces régions, ne pourra jamais ravir à des Anglais leur droit à la priorité des découvertes. Ils furent les premiers blancs qui atteignirent le Tchad, découvrirent le Chari, explorèrent le Bornou, le Sokoto et une partie du Kanem, et décrivirent, assez mal, il est vrai, le système social singulier, la civilisation pittoresque, où se développent des qualités d'énergie et d'activité, qui existaient alors, qui existent encore, dans la partie supérieure du bassin du Niger.
Pendant que Denham se dirigeait vers l'est, Clapperton et Oudney qxiittaient Kouka dans la direction de l'ouest avec l'intention d'entrer dans l'empire de Sokoto, fondé par Othmnn Fodio (le réformateur peul des premières années du xix" siècle) en dehors des Etats haoussas hétérogènes et réciproquement antagonistes. De cet empire et de la remarquable population qui l'avait créé, les explorateurs avaient beaucoup entendu parler pendant leur séjour au Bornou. Ces deux Etats étaient alors en paix, et le cheikh Mohammed-el-Kanemy, le chef véritable, et par suite le maître absolu du Bornou, n'avait fait aucune opposition à la visite des Anglais. Peu de temps après avoir quitté Katagum, au petit village de Murmur, le D' Oudney, qui était malade depuis plusieurs
mois, mourait, à lu grande douleur de Clapperton. C-e triste événement n'empêcha pas cependant Clapperton de poursuivre sa route, en remarquant au passage la beauté extraordinaire et la fertilité du pays, les nombreuses plantations de coton, de tabac et d'indigo, les groupes de dattiers rencontrés à tout instant, le magnifique bétail, le feuillage luxuriant, non sans être frappé, en même temps, par l'activité des habitants, occupés à garder leurs troupeaux, à travailler dans les cliamps, à porter des fruits et du beurre aux marchés, à tisser et à teindre avec soin leurs vêtements de coton. Le 19 janvier 1824, Clapperton atteignit Kano, le grand entrepôt du Soudan central; sa première impression fut d'être désenchanté, impression que n'atténua pas l'insouciance complète que, bien qu'il eût revêtu son uniforme de la marine, on eut pour sa propre personne, a Chacun, dit-il, s'occupait de ses affaires et me laissait passer sans prendre attention à moi. » Ce petit incident, insignifiant en lui-même, jette un jour intéressant sur le caractère du vaillant marin, qui était imbu d'une notion particulière de la dignité compatible avec sa situation et ne s'en départit jamais, comme en témoigne la conversation suivante qui eut lieu entre lui et le gouverneur de Kano. Il y a notamment dans ce court dialogue un passage qui se recommande à l'attention de certains missionnaires du temps présent, trop remplis d'enthousiasme :
a — Comment allez-vous, Abdallah (nom indigène de Clapperton) ? Viendrez-vous me voir à Hadyja à votre retour? Je répondis : — Si telle est la volonté de Dieu, avec toute la solennité d'un musulman. — Vous êtes chrétien, Abdallah ? — Oui.. — Et qu'êtesvous venu voir ici? — Le pays. — Qu'en pensez-vous? — C'est un beau pays, mais fort malsain. Cette observation le lit sourire et il reprit ses questions : — • Les chrétiens nous permettraient-ils d'aller voir leur pays. Je répondis : — Certainement. — Nous forceriez-vous à devenir chrétiens? — Aucunement; nous ne nous occupons jamais de la religion d'autrui. - — Vraiment, dit-il, et priez-vous jamais? — Quelquefois; notre religion nous ordonne de prier toujours ; mais nous prions en secret, et non en public excepté les dimanches. Un de ses compagnons brusquement demanda ce que c'était qu'un chrétien. — Un infidèle, répondit le gouverneur. — Oii est votre domestique juif? demanda encore le gouverneur ; vous deviez me le laisser voir. — Excusez-moi, il s'y oppose, et je ne permets jamais qu'on moleste mes domestiques
pour leurs opinions religieuses. — Eh bien ! Abdallah, vous êtes un homme de grand sens ; il faut que vous veniez me voir à Hadyja. »
Clapperton termina cet entretien à son entière satisfaction, mais n'eut pas le même bonheur plus tard, dans une conversation avec le sultan Belle, maître de l'empire du Sokoto, qui lui demanda certain jour s'il était nestorien ou socinien. L'Anglais embarrassé, car probablement il n'avait jamais entendu parler de l'une et l'autre sectes, essaya de se tirer d'affaiie en répondant qu'il était protestant. Le fait qu'une telle question lui ait été posée à des milliers de milles dans l'intérieur du continent noir, refuge supposé de la barbarie primitive, montre suffisamment l'intelligence des, habitants, dont Clapperton eut des preuves nombreuses à mesure qu'il prolongea son séjour dans le pays. Sous l'habile direction de Bello, successeur d'Othman, et, selon Clapperton, personnage de grande allure (sans doute avec les traits aristocratiques et pleins de finesse propres aux Peuls), les qualités politiques de la race dominante ainsi que l'activité commerciale et industrielle de la population haoussa atteignirent tout leur développement ; le droit et l'ordre régnèrent dans cette partie des nouveaux Etats qui avaient accepté la domination des Peuls. Le pays avait été divisé en provinces dont chacune avait à sa fête un gouverneur. Le commerce éiait encouragé, l'industrie protégée, les manufactures se multipliaient. La prospérité était partout apparente, et, selon les termes qu'employait Clapperton au cours d'un de ses entretiens avec Bello : 0 Les Anglais savaient tous lire et écrire et avaient des notions sur la plupart des auti-es pays de la terre ; mais de cette contrée seulement ils ne savaient rien pour ainsi dire jusqu'à ce jour, ils en regardaient à tort les habitants comme de purs sauvages, dénués de tout sentiment religieux et peu éloignés de la condition des bêtes ; au contraire, je trouvai en eux, d'après mon observation personnelle, des êtres civilisés, humains et pieux. »
Clapp'orton désirait vivement poursuivre son voyage vers l'ouest, et, s'il était possible, atteindre le îsiger, le suivre jusqu'à son embouchure et parvenir ainsi au but sujDrême de sa mission ; car les renseignements qu'il avait recueillis à Sokoto l'avaient pratifjuoment convaincu que le Niger se jetait quelque part dans l'Océan Atlantique. Mais Bello faisait des objections, alléguant la situalion troublée des pays situés à l'ouest et qui n'avaient pas encore
été soumis. Bien à contre-cœur Texplorateur fut donc obligé de renoncer à ses plans. Il partit cependant dans les meilleurs termes avec son hôte illustre qui lui donna une lettre pour le roi d'Angleterre et lui demanda de revenir aussitôt qu'il en aurait roccasion. La lettre mérite d'être reproduite ici :
« Bello au roi George IV.
« Au nom de Dieu, le miséricordieux et le clément, que Dieu bénisse notre propliète bien-aimé Mahomet et ceux qui suivent sa saine doctrine. Au chef de la nation chrétienne, George lY, roi de la Grande-Bretagne. Louange à Dieu qui inspire et paix à ceux qui suivent le droit chemin. Le serviteur de Votre Majesté, Rayes Abdallah, est venu à nous, et nous avons trouvé en lui un homme d'intelligence et de sagesse, représentant à tous égards votre giandeur, votre raison, votre dignité, votre clémence, votre clairvoj-ance. Quand le moment de son départ arriva, il nous demanda d'entrer on relations amicales et de correspondre avec vous, et en même temps de défendre à noa commerçants d'exporter des esclaves vers l'Ataghar, le Dahomey et l'Ashanti. Nous y consentons, à cause du bien qui en résultera à la fois pour vous et pour nous ; nous désirons qu'un de vos vaisseaux vienne dans le port de Racka, avec deux canons, et les quantités de poudre et de plomb nécessaires, ainsi qu'avec un certain nombre de fusils. Nous enverrons un représentant pour prendre avec votre consul toutes les dispositions qui seront utiles et fixer une période pour l'arrivée de vos navires de commerce qui pourront, quand ils viendront, trafiquer et traiter avec nos marchands. Puis, après le départ des navires, votre consul pourra résider dans ce port, c'est-à-dire E,acka, pour y exercer un protectorat, de concert avec notre représentant en ce lieu. Que Dieu nous approuve. Daté du premier jour de Rhamadan, année 12:39 de l'Hégire, 18 avril 1824. »
Muni de cette lettre qu'il était en droit de regarder comme une preuve éclatante de succès, et qui promettait pour l'avenir le développement de relations fécondes, Clapperton repartit pour Kouka, où Denham le rejoignit en temps voulu, après son départ du Tchad, Le retour dansi la patrie s'accomplit sans obstacle et, le 25 janvier 1825, les survivants de la mission arrivaient à Tripoli
après quatre années d'aventures, pleines d'intérêt pour leur pays et pour l'univers tout entier.
Comme on l'a dit déjà, Clapperton, en quittant le sultan Bello, avait bien l'intention de revenir à la première occasion. Bello s'était montré lui-même très désireux d'établir des relations durables avec la Grande-Bretagne et avait proposé qu'un vaisseau anglais se rendît à Eacka pour y débarquer le matériel de guerre qui devait cimenter l'accord entre Sa Majesté Chrétienne George TV et le souverain peul. Clapperton trouva le gouvernement anglais empressé à profiter de cette occasion d'une alliance avec un clief aussi influent. Sans perdre de temps on donna à l'explorateur (qui avait été élevé au grade de commandant) pleins pouvoirs pour organiser une autre expédition. Clapperton lui-même était plein d'enthousiasme. Le 27 août 1825, il quitta l'Angleterre sur le navire de la marine roj'ale le Brazcn, avec son fidèle serviteur, E,ichard Lander, et trois compagnons de route, M. Dickson, le capitaine Pearce, et le D' Morrison. Dickson, pour quelque raison demeurée obscure, débarqua à W hydah avec l'intention de gagner seul Sokoto, et l'on n'entendit jamais plus parler de lui. Contrarié de ne pas rencontrer à Lagos, malgré les dispositions que Bello, paraît-il, avait promis de prendre, un envoyé de ce dernier, Clapperton se mit en route vers l'intérieur en partant de Badagry, après avoir tenté de suivre la route du Bénin et en avoir été dissuadé par un commerçant anglais établi dans cette région. Peu de temps après, le capitaine Pearce et le D"" Morrison contractaient tous deux la fièvre et mouraient. Clapperton et Lander poursuivirent leur route sans difficulté par le Yoruba et le Borgou et arrivèrent sans nouveau malheur à Boussa. Le fleuve fut traversé au-dessous des rapides, et l'expédition parvint jusqu'à Kano par la route de Zeg-Zeg. A Boussa on recueillit des renseignements précis sur la fin prématurée de Park, renseignements confirmant les informations déjà reçues en Angleterre.
Tout semblait plein de promesses pour le résultat final de la mission. Par malheur toutefois, nombre de causes vini'ent détruire le confiant espoir de son chef. Comme Clapperton approchait de son but, il semble que des doutes sur la réception qui l'attendait à Sokoto aient lourdement pesé sur son esprit. Tout d'abord, les envoyés de Bello n'avaient pas paru à Lagos ; puis le port de a Racka », mentionné sur la carte de Bello, n'existait pas tel qu'il
était indiqué, circonstance qui excita chez Clapperton de sérieuses appréhensions sur la bonne foi de son premier hôte. L'absence de messagers pouvait aisément s'expliquer en considération de l'état troublé du pays entre Yoruba et le Niger, car les Peuls étendaient leurs conquêtes vers le sud, et le pays entier était en état d'effervescence, mais l'erreur sur « Racka » est certainement étrange. Il est difficile de croire que Belle eut de propos délibéré l'intention de tromper. Il avait parlé du « port » de Racka, mais, comme le montre l'introduction du journal de Clapperton, le mot arabe a Bahr », employé siur le manuscrit, ne s'applique pas nécessairement à la mer, mais désigne toute étendue d'eau, soit un lac, soit un fleuve (1). Sur la carte de Belle, le Niger est indiqué comme étant a la mer ». Il est donc probable que Belle était de parfaite bonne foi en décrivant « Racka » comme étant un « port », et que le mot hahr du manuscrit aurait été plus exactement traduit par a fleuve » que par a mer ». Il se trouve néanmoins que Racka était une ville située dans l'intérieur des terres, et le fait fortifia les soupçons de Clapperton. Quelle était l'origine de la confusion? Il est impossible de la déterminer avec les docximents au témoignage desquels on peut recourir, mais il est vraisemblable que Racka doit avoir été pris pour Rabba, ville importante des rives du Niger, à quelque distance au-dessous de Boussa et ancienne capitale du royaume du Nupé.
A cette erreur d'interprétation et de géographie il faut, en réalité, attribuer les malheurs que Clapperton éprouva dans la suite, car si la crainte d'être joué par Belle ne l'avait pas préoccupé, l'intrépide Anglais aurait difficilement adopté l'attitude peu sage qu'il adopta plus tard dans ses négociations avec le souverain peul. Cette attitude l'obligea à l'inaction et fut la cause directe de sa mort. Cet état d'esprit ne lui permit pas de se rendre compte du changement apporté à la situation générale des affaires depuis sa première visite. Le Sokoto était alors en paix avec le Bornou. Mais dans l'intervalle la guerre avait éclaté de nouveau. De plus, en outre des présents que Clapperton avait apportés à Belle, il avait aussi dans ses bagages un certain nombre de cadeaux, comprenant du matériel de guerre, et destinés au Sheik-el-Kanemy,
(1) Par exemple, le Hahr-el-Ghaza!, le Bahr-el-Areck, le Uaiir-el-Abiad, etc., qui ont des fleuves. {Note de V Auteur.)
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chef de Bornou, deTeiiu rennemi mortel de Bello. Il était évidemment impossible à ce dernier de laisser passer ces présents par son pays en une période d'hostilités, et il écrivit dans ce sens à Clapperton. A quoi celui-ci répondit qu'il était chargé par son gouvernement d'aller au Bornou, qu'il avait une lettre du comte Bathurst pour le Sheik-el-Kanemy et qu'il avait le devoir strict d'accomplir son mandat. Cette insistance éveilla la méfiance de Bello, méfiance que semblent avoir accrue des rapports, sans doute transmis par l'intermédiaire de marchands arabes redoutant une rivalité commerciale, et qui représentaient Clapperton comme un espion au service du gouvernement britannique chargé de recueillir des renseignements en vue de faciliter aux Anglais une invasion future du pays. Clapperton à diverses» reprises, et avec une exaspération croissante, fit valoir ses désirs auprès du sultan, et Bello, dont la méfiance augmentait, négligea, par des refus répétés, d'en tenir compte. La contrainte et la vexation furent trop fortes, même pour la constitution robuste de Clapperton, et quand Bello, cédant à ses propres soupçons et à l'avfs de ses conseillers, réclama la production des présents destinés au Sheik, l'explorateur tomba sérieusement malade. Après avoir oscillé plusieurs jours entre la vie et la mort, il expira finalement dans les bras de son dévoué serviteur, Lander.
Ainsi se termina une carrière dont on ne peut mesurer tout le mérite. A l'Angleterre et à la science Clapperton a rendu de grands services, et si sa valeur intellectuelle avait égalé son courage et sa résolution, ces services auraient été plus grands encore. De lui nous pouvons dire vraiment qu'il fut un modèle accompli de l'Anglais de distinction, tel qu'il existait dans l'ancienne école, c'est-à-dire sans beaucoup d'érudition, mais simple, craignant Dieu, honnête, humain, l'honneur en un mot de son pays et de sa race.