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CHAPITRE VII

LES IIAOUSSAS KT LEUR COMMERCE < l,a province de Kano est le jardin de l'Afrique centrale. » (D' Barth.)

On a dit des Haoussas qu'ils sont supérieurs « dans l'ordre inlellectuel comme dans l'ordre physique à tous les indi-

— silènes de l'Afrique équatoriale ». L'affirmation est manifestement exagérée. La moyenne intellectuelle des Haoussas est certainement inférieure à celle des Peuls qui, grâce aux dispositions qu'ils ont pour combiner et administrer, grâce à leur zèle religieux, à leur supériorité militaire, et à leur influence morale, ont complètement défait et subjugué leurs anciens maîtres, bien que l'avantage du nombre fût tout à fait en faveur de ces derniers. En outre, l'état pbj^sique des Haoussas, quoique généralement bon, est à coup sûr inférieur à celui de plusieurs des peuplades sénégalaises, à celui des habitants de la côte de Krou et des pays cafres et probablement aussi de deux ou trois des tribus Bantous qui habitent aujourd'hui le bassin du Congo supérieur. On a fait grand état de ce que 500 Haoussas, sous la conduite d'officiers anglais, ont battu plusieurs milliers de Peuls à Bida. Mais quelle chance ont les cavaliers Peuls de résister aux canons Maxim et aux fusils à répétition ? Les Arabes Baggara, universellement cités comme braves entre les braves, ont échoué de même contre les Soudanais que conduisait Macdonald.

Ces remarques ne tendent nullement à discréditer la race haoussa, qui est certainement très belle ; elles ont pour but de protester contre les appréciations d'une exagération quelque peu maladive qu'on applique à cette population, appréciations en faveur parmi ceux qui la considèrent comme offrant un admirable terrain à leur prosélytisme, et nous la représentent toujours comme victime d'une cruelle oppression, comme gémissant sous le pouvoir tyrannique des Peuls maudits. A dire vrai, bien des choses d'un sentimentalisme déraisonnable ont été dites et écrites, principalement par les missionnaires, sur les Haoussas, qui d'ordinaire sont contents de leur sort et qui, ayant adhéré à l'islam, n'ont pas à souffrir des .déprédations de la race conquérante. Peuls et Haoussas progressent côte à côte; les unions sont fréquentes entre eux, et le Haoussa bien posé jouit, par rapport à la classe dirigeante représentée par les Peuls, d'une position que l'on peut comparer à celle des commerçants d'autrefois dans notre propre pays par rapport à la classe aristocratique et gouvernante.

Il semble très nettement établi qu'au moins une partie de la population haoussa (1) habitait la région superbe et montagneuse

(1) Certains aulcurs considèrent les Haoussn.s comme une branche de la race Mamlingue. D'après cette opinion, les Mandingues forment la souche et les

de l'Aïr ou Asben, au temps (vers l'an 700 de notre ère) où les Berbères, — les modernes Touareg — ckassés vers le sud par les Arabes envahisseurs y pénétrèrent en traversant le désert et se rendirent maîtres du pays (2). Ces Haoussas de l' Asben appartenaient à la famille ou au clan du Gober. C'étaient les Goberawa qui prétendent constituer la branche la plus ancienne et la plus noble de la race haoussa. La prétention est très généralement admise par les historiens arabes et est expressément mentionnée dans la curieuse histoire peule du Soudan communiquée à Clapperton par le sultan Bello, fils d'Othman Fodio, en 1828 (3). Bello dit des habitants du Gober qu'ils sont « nés libres car ils étaient issus des coptes d'Egypte émigrés dans l'intérieur des pays du couchant ». C«tte affirmation est particulièrement intéressante quant à la possibilité d'une origine sémitique ou orientale de la branche Gober des Haoussas. Le D'" Barth, dont l'autorité en toutes matières se rattachant à l'ethnologie de l'Afrique occidentale et centrale demeure encore incontestée, bien que cinquante ans soient maintenant écoulés depuis la remarquable série de ses voyages, le D'" Barth attribuait aux Goberawa des affinités d'origine avec l'Afrique du Nord, Cette opinion apparaît également dans les traditions des Haoussas eux-mêmes, qui font remonter leur origine i3remière à une mère de race Diggera, les Diggera ou Deggara étant une tribu berbère qui, à une époque reculée, prédominait dans la ville de Daura, un des centres les plus anciens de l'influence houassa. Encore a ce jour, on trouve dans les légendes haoussas la trace assez vague d'une parenté lointaine avec l'Orient, et le chanoine Hobinson, durant son séjour à Kano, apprit des « hommes les plus éclairés du pays » que les Haoussas avaient autrefois émigré des régions extrêmes de l'Est, au delà de la Mecque (1). On ne saurait trop déplorer sous ce rapport que les mémoires nationaux des

Haoussas, les Songraïs, les Bambaras, etc., les rameaux d'une même grande famille. Bien qu'il puisse y avoir des raisons assez solides surtout à l'égard des Bambaras, — pour admettre une origine mandingue commune, ce que nous savons, au point de vue historique et ethnologique, des différentes races de l'Ouest africain, et qui est encore à l'état embryonnaire, n'implique rien qui permette une affirmation positive. (Note de l'Auteur.)

(1) Après la défaite finale des Berbères, devant Kuseila, par les Arabes en l'an 688. (Note de r Auteur.)

(2) Ifc'cit historique du Royaume de Teh-roor, par le sultan Mohammed Bello de Hoosa. Deriham et Clapperton, Vol. Il, Appendice XIII. (Note de l'Auteur.)

(3) Hausaland, par le Rcv. Charles Robinson, p. 179. (Note de l'Auteur.)

Haoussas aient été détruits par les Peuls à la prise de Katsena. Néanmoins, nous pouvons raisonnablement espérer, aujourd'hui que les relations de la Nigeria du nord avec le reste du monde sont destinée» à devenir plus fiéquentes, que quelque lumière nouvelle viendra avant peu contribuer à résoudre un problème qui passionne tous ceux qui étudient l'Ouest africain.

Après leur expulsion de l'Aïr par la marée montante de l'invasion berbère, les Haoussas peu à peu se répandirent à l'ouest et au sud, et dans le coursi du temps se répartirent entre sept Etats, le Gober, le Daura, le Biram, le Kano, le Rano, le Katsena et le Zeg-Zeg (2). Dans la mythologie haoussa, chacun de ces Etats représentait un des sept enfants légitimes, issus de la mère de race Diggera dont nous avons parlé, chacun d'eux ayant respectivement une tâche à accomplir. Ainsi le Gober était le guerrier serlà-n-yali (serl'i prince : n, du ; yaki combat) ; le Kano et le E,ano étaient les teinturiers saraki-n-haha (à cause de l'abondance de l'indigo et des préparations tinctoriales qui constituent l'une des industries nationales des Haoussas les plus considérables) ; le Katsena et le Daura étaient les commerçants saraki-n-Kasura et le Zeg-Zeg était le pourvoyeur d'esclaves serld-n-hay, ce qui, à l'occasion, prouverait évidemment, s'il en était besoin, que sur la question de l'esclavage les Haoussas ne peuvent guère prétendre avoir une supériorité morale sur leurs vainqueurs peulsi. Des querelles entre ces divers Etats étaient fréquentes et, bien que peuplés de la même race, ces pays étaient constamment en hostilités ouvertes les uns contre les autres. Leur antagonisme mutuel était, en vérité, si grand que, le jour oi\ les l'euls, surgissant à leur tour s'établirent dans le Gober, un nombre considérable de Haoussas, originaires principalement de la province de Zanfara, se rallia à l'étendard d'Othman, combattant côte à côte avec les Peuls contre leurs propres compatriotes.

Avant d'être, plus ou moins de vive force, convertis par les Peuls au début du xix^ siècle, les Haoussas étaient païens. A vrai dire, le roi haoussa de Katsena aurait embrassé l'islam vers le XVII® siècle; Katsena à cette époque étant la cité la plus florissante du pays — la « Elorence des Haoussas », — selon l'expression de

(1) Ils constituaient les Haoussa bokoji, ou sept Etats, pour les distinguer des Banza bokoy, ou Etats bâtards, représentant les sept autres régions où la langue haoussa s'était en partie répandue. (Note de l'Auteur.)

Eicliardson (1), elle était en relations régulières avec les Arabes des pays orientaux et la langue kaoussa y atteignait sa plus grande richesse et sa plus grande pureté de forme. Mais la grande masse de la population haoussa était demeurée en dehors de cette conversion. Le caractère véritable (le leur culte avant la conquête reste obscur. Il n'est pas impossible toutefois qu'à une certaine époque les Haoussas, les Sonraïs et autres peuplades du bassin du Niger aient adoré le serpent. Les historiens arabes Ahmed-Baba, Edrizi et El-Bekri affirment qu'au temps du premier roi Songhay — vers 679 de notre ère selon Barth, vers 776 selon d'autres — les indigènes rendaient hommage aux serpents. Le colonel Ti-ey (2), dans une étude intéressante et ingénieuse, émet cette opinion que ce culte peut fort bien avoir été étendu au a lamentin », animal curieux et quelque peu étrange que l'on rencontre sur le IS^iger.

Quoi qu'il en soit, au début du xix® siècle, un idéal plus élevé et une foi plus pure apparurent dans le pays haoussa et gagnèrent du terrain avec une rapidité merveilleuse. Il est certain que ce résultat ne fut pas obtenu sans effusion de sang, sans cruauté, sans ce que Joseph Thomson a appelé « la clameur terrible et les accompagnements redoutables de la guerre ». Il s'accomplit néanmoins, et personne, à moins d'être animé d'un complet fanatisme, ne soutiendra que les Haoussas n'en aient largement profité. Tout esprit non prévenu considérera comme un fait presque merveilleux que, dans un délai relativement si court, une race entière, non seulement se soit convertie à l'islam, mais encore soit restée fidèle aux préceptes de cette religion, alors qu'il lui eût été facile, et, en un certain sens, naturel de revenir au paganisme. En dehors de la considération plus forte que trouvent les sectateurs de l'islam dans leurs rapports avec les autres habitants d'un pays païen, cet événement doit s'expliquer probablement en ce que les Peuls, après avoir établi brutalement leur domination politique sur les Haoussas, n'en continuèrent pas moins avec persistance, i^ar des moyens pacifiques, leur propagande religieuse, et que le sentiment de la sécurité, s'il paraît avoir temporairement afl'aibli chez eux l'instinct de l'autorité, a produit au contraire un effet vivifiant sur leurs croyances religieuses. Il est en tout cas remarquable que l'islam,

(1) Une mission dans l'Afrique centrale, par James Richardson, ISÔO-BI. (Note de V Auteur.)

(2) U Annamite mère des langues, parle colonel Frey, 1892. (Note de l'Auteur.)

grâce à l'interniécliaire des prédicateurs pouls, ait de façon i>ersistante descendu le cours du Niger, pénétrant dans les villages païens, au milieu des marécages et des forêts. Les Igarras fétichistes que pendant longtemps la compagnie du Niger considérait comme devant constituer un rempart solide et une sorte d'Etat tampon contre la marée envahissante sont maintenant acquis complètement à l'islam, et l'on rencontre même des ûlàs pculs en arrière d'Akassa, à quelques milles de la côte.

Ce n'est pas chose facile que d'évaluer exactement la population haoussa. D'Haoussas véritables il doit y avoir probablement 5 ou 6 millions, sans parler des nombreux métis d'Haoussasi et de Pculs, d'Haoussas et de Kanouris, d'Haoussas et de Sonraïs ou d'Haoussas et de Touareg, ceux de cette dernière catégorie se rencontrant surtout dans les régions septentrionales de l'empire du Sokoto et n'étant pas d'une structure musculaire aussi forte que celle des Haoussas de sang pur. Les Haoussas sont, sans conteste, les négociants de l'Afrique. Leur aptitude au commerce est réputée des bords de la Méditerranée jusqu'au golfe de Guinée ; du golfe de Guinée jusqu'au Chari ; du Chari jusqu'à la mer. Ils sont de grands voyageurs et on les rencontre même sur la Sangha, l'Oubangui et le Congo. Tous les ports de l'Afrique du nord ont leur colonie de Haoussas. On peut dire la même chose des ports de la côte occidentale. Il n'est pas de centre commercial de quelque importance dans la boucle du Niger qui n'abrite une famille ou deux de Haoussas. Tous les ans de nombreux Haoussas quittent la Nigeria pour les pays situés en arrière de la Côte d'Or, de la Côte d'Ivoire et du Libéria, afin de recueillir les noix très recherchées» de kola ou guro, le fruit du Sterculia aruminata, qu'ils transportent avec des soins infinis, — délicatement enveloppées de feuilles, — et qu'ils vendent à gros bénéfices sur les marchés de Kano, Gando, Zaria, etc., d'où elles sont acheminées de nouveau vers le Bornou, le Ouadaï et même jusqu'à Khartoum..

Si l'instinct commercial des Haoussas est remarquablement développé, leur activité industrielle l'est davantage encore. On peut affirmer avec certitude que les produits de leurs métiers et de leurs teintureries constituent les articles les plus répandus du commerce intérieur du continent noir. Kano est la tête et le centre de cette industrie strictement indigente, qui est sans parallèle en Afrique, et Kano, selon tout-os les probabilités humaines, conservera

cette situation, demeurant la grande rivale de Mancliester sur les marelles de l'intérieur de l'Afrique. On a dit que Kano était le Manchester et le Birmingham du Soudan, et si l'on tient compte des circonstances et des conditions locales, la comparaison est parfaitement juste.

On peut compter sur ses dix doigts le nombre des Européens qui ont visité Kano. Les marchands arabes venant du nord et de l'est de l'Afrique ont cependant fréquenté cette ville de façon régulière depuis que les Haoussas ont été soumis par Othman Fodio ; Kano, en outre, a pendant très longtemps dans le passé été la résidence d'une colonie arabe, ayant un consul officiellement reconnu qui jouissait d'une influence considérable. Sa population sédentaire a été estimée à des chiffres variant de 30 à 60,000 habitants et sa population flottante à des chiffres variant de 60,000 à 2 millions (1), population comprenant les éléments les plus divers, Haoussas, Peuls, Kanouris, Baghirmiens, "Wadaiens, Arabes, Touareg et Juifs, marchands venus de l'Egypte, de Tunis, de Tripoli et du Eezzan, de la boucle du Niger, de l'Adamaoua et du Soudan oriental. La ville elle-même a une énorme étendue ; elle renferme dans l'enceinte de murailles qui l'entoure, et qui n'a pas moins, dit-on, de 15 milles de circonférence, de larges zones de terres cultivées. Ces murailles immenses ont joué un grand rôle dans les guerres qui avaient lieu périodiquement avec le Bornou au commencement et au milieu du siècle passé. Si les habitants de Kano ne se croyaient pas suffisamment forts pour rencontrer leurs agresseurs en rase campagne, ilsi se bornaient à fermer les murs de la ville et à garnir de troupes les remparts; et les Bornouans, pensant que la prudence est la meilleure part du courage^ ne tentaient jamais l'assaut. La situation de Kano est suffisamment élevée et offre certains avantages, mais se trouve insalubre à cause de l'existence de larges marais d'eau stagnante où l'on jette sans discernement des ordures de toute espèce. La ville se partage en différents quartiers, le quartier peul, le quartier arabe, le quartier haoussa, et d'autres encore. Le marché se tient tous les jours et il y a constamment à vendre des articles d'une infinie diversité : des vêtements indigènes, des pièces (tohcs) de soie brodée, des objets de cuir et de cuivre, de l'ivoire, des armes, des outils agricoles de

(1) Estimation donnée eu 18'Jl, par le liouleiiant-coloncl Monteil. [Noie de VAuteMr.)

fabrication rutlimentaire, des ornements et bijoux d'argent et de cuivre, de l'antimoine, des plumes d'autruche, du bétail, des cbevaux et des moutons, enfin d'innombrables provisions de bouche. On y rencontre de longues files d'ânes venant des lointains parages du Tchad, chargés de natron pour le Nupé, ou arrivant de la boucle du Niger avec des approvisionnements de kolas. On y trouve des chameaux en permanence, portant sur leur vigoureuse échine des tablettes de sel importées de Bilma ou des marchandises européennes importées de Tripoli. En un brillant appareil, des marchands arabes et tripolitains caracolent sur des coursiers agréablement carapaçounés, et les Touareg à l'œil fier, sombres habitants du désert (dont beaucoup, notons-le en passant, ont d'importantes propriétés dans la Nigeria septentrionale), lancent d'inquiétants regards du haut de leurs légers méharis. En cette grande cité palpite et vibre une activité industrielle qui n'a pas de rivale en Afrique (1).

CHAPITUE YIII

LES HAOUSSAS ET LEUR COMMERCE (suitc).

a Les voyageurs qui ont séjourné dans le pa^'s nous disent que Kano, qui est le Manchester de la Nigeria, voit chaque année son marché fréquenté par plus d'un million de personnes. » — (Extrait d'un discours de M. Chamberlain.)

La réputation de Kano comme ville manufacturière ne s'est développée que depuis une époque relativement récente et, bien que les Haoussas travaillent le coton depuis fort longtemps (il est difficile de préciser, mais nous savons que leurs cuirs (1) étaient déjà très recherchés au commencement du xvi*' siècle), l'importance de Kano comme centre commercial et indusiriel ne remonte qu'à la conquête peule et à la destruction do Katsena par Bello. Les cotons haoussias de Kano sont demandés dans tout le monde musulman du

(1) Des heures entières on peut errer en observant dans cette industrieuse cité des scènes semblables, qui montrent jusqu'à quel point les progrès de la civili^ sation ont développé les besoins du peuple et nécessairement amené une division du travail entre les tisserands, les teinturiers, les forgerons, les selliers, les tailleurs, les maçons, les palefreniers, les ouvriers agricoles, les serviteurs domestiques, les cordonniers, les boutiquiers, les commerçants, etc. — Joseph Thomson, dans les Good Worcls, 1S.S6. (Note de V Auteur.)

(2) Léon l'Africain nous affirme que le Gober « avait un commerce important et une industrie considérable, surtout en cuirs » (commencement du xvr siècle). — (Note de l'Auteur.)

nord, de l'ouest et du centre de l'Afrique. Le lieutenant-colonel Monteil, l'un des rares Européens qui aient visité Kano, estime que les habitants des deux tiers du Soudan et tous ceux, ou peu s'en faut, du Salinra central et oriental, sont vêtus avec les cotons de Kano. Bartli, de son côté, évaluait l'exportation annuelle du coton de Kano pour Tonitouctou à une somme totale de 5000 livres environ. Les principaux articles de coton manufacturé à Kano par les Haoussas sont les tubes ou chemises d'hommes, les turhedis ou vêtements de femmes, les zcnnes, sortes de plaids ; les voiles noirs qu'achètent toujours les Touareg, et très souvent les Peuls, les Kanouris et les Arabes. Les tohcs sont t-eintes de couleurs variées, tandis que les turl<edis sont toujours de ce bleu profond, sombre, obtenu grâce à des lavages répétés dans des bains d'indigo pour lesquels la région de Kano possède une véritable renommée. On trouve un grand choix de manteaux de couleur et de tissu variés, les uns faits d'un mélange de soie et de coton, d'autres de coton seulement, d'autres uniquement de soie. Le D^ Barth, parlant de cette industrie du coton de Kano, et remarquant que le pays qui le produit est également en état de fournir le blé nécessaire aux besoins de sa population car il possède de superbes pâturages, s'exprime en ces termes : « En réalité, si nous considérons que cette industrie ne se pratique pas ici comme en Europe en des établissements immenses où la vie humaine se trouve abaissée à la plus misérable des conditions, mais qu'elle permet à des familles» de trouver emploi et subsistance sans être obligées d'abandonner leurs habitudes domestiques, nous devons penser que Kano était destinée à être l'un des pays les plus heureux du monde. Il en est ainsi aussi longtemps que son gouverneur, trop souvent paresseux et indolent, est en état de défendre ses habitants contre la cupidité de leurs voisins, qui naturellement est sans cesse stimulée par la richesse même du pays. » Ce que, dans sa paresse, le gouverneur peul du temps de Barth ne pouvait faire, la puissance britannique est en état de l'accomplir et c'est en réalité ce qu'elle fait ; et, le faisant, elle est dès lors capable d'assurer, par une équitable administration, à la vie nationale, pociale, de cet intéressant pays, la continuation de cette prospérité qui frappait le grand voyageur allemand.

En outre de ses tissus, Kano produit dans d'excellentes conditions des cuirs ouvrés, sandales, fourreaux d'épée, bottes à l'écuyère, souliers, sacs pour dépêches, récipients pour provisions d'eau,

objets de sellerie, et exporte tous les ans de grandes quantités de peaux tannées. Les gens de Kano produisent aussi des armes de fer, des ustensiles agricoles d'un travail assez primitif, et des poignées pour lames d'épée d'origine allemande, importées, d'ordinaire, par le nord. Le tableau suivant du commerce total de Kano, dressé avec soin selon les évaluations de Barth, donnera quelque idée de l'étendue et de l'importance des transactions de cette ville à l'époque (1851) où l'explorateur allemand y séjourna. Le calcul en livres a eu lieu sur cette base qu'un million de Jairdis ou cauris — la principale monnaie de Kano — équivaut à £ 100.

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