LA MUIULK DE KA.VT
ainsi, partout : il fait ce (|ui est bien, lum pour oU'ir à une injiMiiiion, mais paive (pi'il aime ce qui est liien en soi et pour soi. El qui ne vouiirail vivre dans un monde où chacun ai»rail p;»rcil caraclcre ?
(Jue jiensenMis-nous donc de la conception de la valeui morale tic kant. cpii, si elle était uni\crscllcmcnt réalisée dans les actions des honnnes, rendrait le monde intolérable, alors (pie si C€s mêmes actes étaient universellement accomplis par inclination, le monde deviendrait un séjour de délices?
Maintenant, de ces critiques indirectes passons à la entique directe du prinripe de kant — celui qu'on cite souvent comme caractéristique de sa morale. Il l'énonce en ces tenues :
Il n'y a donc qu'un impératif catégorique, savoir : N'aqitsez que selon la maxime de laquelle vous pouvez en même temps vouloir quelle devienne une loi universelle.
Plus loin, encore, nous lisons :
Agissez d'après des maximes qui puissent en même temps avait elles-mêmes pour objet comme lois univei'selles de nature. Telle est la formule d'une volonté absolument bonne.
Ici donc, nous avons un énoncé urécis de ce qui constitue le caractère dune bonne volonté, la()uelle bonne volonté, ainsi que nous l'avons déjà vu, existe indépendamment de toute Ou. Observons maintenant ce que cette théorie devient en pratique. Parlant d'un homme qui est absolument égoïste, et pouilant absolument juste, il le représente comme disant :
Que chacun soit aussi heureux que le veut le Ciel, ou qu'il peut se rendre hii-mt'ini^ ; je ne prendrai ncn de lui, et je ne reiivierai même pas, seulemenl jà Uc dôsin pa& coulribuc en
quoi que ce soit à son bien-être, ou à l'aider dans sa misère ! Nul doute que si cette façon de penser était une loi universelle, la race humaine ne pût très bien subsister, et, sans aucun doute, môme mieux que dans l'état où chacun parle de sympathie et de bonne volonté, ou même prend soin, à l'occasion, de les pratiquer, mais où, d'autre part, on triche quand on peut, on trahit les droits des hommes, ou on les viole d'autre manière. Mais bien qu'il soit possible qu'une loi universelle de nature puisse exister d'accord avec cette maxime, il est impossible de vouloir qu'un tel principe ait la validité universelle d"une loi de nature. Car une volonté qui déciderait cela se contredirait elle-même, d'autant que beaucoup de cas pourraient arriver dans lesquels elle aurait besoin de l'amour et de la sympathie des autres, et dans lesquels, par une telle loi dénature, édictée par elle-même, elle serait privée de tout espoir de l'aide qu'elle désire.
Nous avons ainsi un exemple de la direction de conduite, conformément à la maxime de Kant ; et en quoi consiste cette direction? C'est à examiner ce qui, dans ce cas particulier, rés'ilterait si la marche de conduite suggérée était rendue universelle, et puis, à se trouver empêché de vouloir cette conduite par la nature défectueuse du résultat conçu. Eh bien! en premier lieu, que devient ici la théorie de la bonne volonté, qu'on nous dit exister, « sans tenir compte de l'effet qu'on en attend » ? La bonne volonté , caractérisée par la promptitude à voir l'acte suggéré rendu universel, a en ce cas particulier, comme en tout autre cas, à être décidée par l'idée d'une fin, — si ce n'est une fin spéciale et immédiate, au moins une fin générale et éloignée. Et qu'est-ce qui, en ce cas, sera le motif qui éloignera d'une ligne de conduite qui vient à l'esprit? La conscience que le résultat, si une telle conduite était universelle, pourrait être la souffrance personnelle : on ne trouverait point d'aide quand on en aurait besoin. De sorte que, en premier lieu, la question doit se décider par la considération du bonheur ou du
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malheur qu'il est probable ijue l'une ou l'autre de ces marches produiri: et e4i seeoiid lieu, ce Ixjuheur et ce malheur sont ceux de l'individu lui-nu^ine. 11 est assez élraijge (jue ce principe, qu'un loue à cause de l'allruiMue qu'il a l'air d iniplitiuer, se tnnive, en dernier ressort, avoir sa juslilicalion dans l'égoisme !
Toutefois, le principe essentiel qu'il nous faut ici noter, c'est que la théorie kantienne, tant vanlre comme suj)»'*rieure à celle de l'opporluiiité ou de futililarisme, est lorcre de prendre pour buse ou l'opporlunilc ou l'ulililarisme. Quoi qu'elle fasse, elle ne peut échapper à la nécessité de concevoir le bonheur ou le malheur, pour soi, ou les autres, ou nour tous à la fois, comme devant être, respectivement, conouis ou évité; car en un cas quelconque, qu'est-ce qui pourrait déterminer la volonté pour ou contre un mode d'aclien donné, si ce n'eslce qu'on conçoit de bonheur ou de malheur devant suivre ce mode d'action s'il devient universel? Si, chez celui qui a été lésé naît la tentation de tuer celui oui lui a fait tort , et si , suivant l'injonction de Kant, Ihomme tenté se croit disposé à ce que tous les hommes ayant été outragés tuent ceux qui les ont outragés ; et si, imaginant les conséquences éprouvées par Ihumanité en général, et peut-être en quelque occasion par lui-même en particulier, il est empêché de céder à la tentation, qu'estce qui le retient? Évidemment c'est la représentation des nombreux maux, douleurs, privations de bonheur, qui seraient causés. Si, en imaginant son acte universel, il voyait s'accroître le bonheur de limmanité, ce motif i:e l'arrêterait plus. D'où il suit que la conduite qu'entraînerait l'adoption de la maxime de Kant est simplement la conduite résultant nécessairement de l'acte du bonheur de soi. ou des autres, ou de Ions à la fois, le but à poursuivre.
Par implication, si ce n'est d'une manière avouée, la théorie de Kant est aussi distinclement utilitaire que celle de Bentham. Et elle manque d'esprit scientilique de la même manière que cette dernière, puisqu'elle ne réussit pas à lournir une méthode déterminant si teis et tels actes pourraient, ou non, conduire au bonheur, et qu'elle laisse toutes les questions de ce genre à décider empiriquement.
LA MORALE ET LES SFATniLNTS MnllAUX
Si r(''('ri\;iiii ([iii disnile des qiieslions encore en Iili;;e ramasse lous les {j:anls qu'on lui jette, la polémique absorbera la meilleure part de son énergie. Comme je ue jmjs- ^ède qu'une puissance de travail (pii ne sullit. mallieureu- ><'nient. pas à exécuter avec quehpie rapidité la tache que j'ai entreprise, je me suis fait une règle d'éviter autant que possible les controverses, même au risque d'être compris tout de travers. Il en est résulté cpie, lorscjue M. Richard Ilutlon i)ultlia.en juillet 1807, dans Macmillaiis Magazine^ sous le titre de : A Qucstionahlc Parentagc ^or Morals, une entique d une de mes théories, je me décidai à laisser -ans réponse ses erreurs d'interprétation, jusqu'au moment où, au cours de mon ouvrage, j'arriverais au point où iaurais à exposer de façon complète la doctrine qui les dissiperait entièrement. Il ne me vint point à l'esprit que, dans l'intervalle, ces assertions erronées, acceptées connue >Taies, seraient répétées par d'autres écrivains, et que mes opinions seraient conmienlées el jugées insoutenables, (l'est pourtant ce qui est arrivé. Dans plus d'un périodique, j'ai vu aflirmer que M. Hutl(jii a détruit nton hypothèse. Supposant que celte dernière a été exprimée correctement
* Publié pour la preuiiéie tvït, duus la Fvrtnighily Rnieu, d'avril 1871.
iS PROBLf:MK.S DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
par M. Ilullon, Sir John Lubbock, dans son OrHgin of Civîlisati07i, a été amené à la coniballre en ])artie, et je pense (jiiil n'aurail point fait ceci s'il avait consulté moi) propre exposé. M. Mivart, encore dans sa Genesis of Species, récemment publiée, est, semblablement, tombé dans de pareils malentendus. Et maintenant Sir Alexandre (iiant, emboîtant le pas derrière les aulres, a donné aux lecteurs de la Fovtnightly Fcviciv une autre version qui n'est waie qu'en très petite partie. Je me trouve donc, ainsi, forcé d'intervenir pour empêcher que le mal ne se répande plus loin.
S'il était possible, en un seul paragraphe d'une lettre, de présenter d'une manière adéquate une théorie générale sur une classe de phénomènes très compliqués, il serait superflu d'écrire des Myres. Dans le court exposé de certaines doctrines éthiques professées par moi , que donne le professeiu* Bain dans sa Mental and Moral Science, il est affirmé que :
Elles ne sont, jusqu'ici, pleinement exprimées nulle part. EUes font partie de la doctrine, plus générale, de l'évolution, qu'il s'occupe de construire, et jusqu'à présent, on ne les trouve qu'en des passages dispersés. Il est vrai que dans sa première œuvre. Social Statics, il a présenté ce qu'il considérait alors comme une vue assez complète d'une division de la morale. Mais sans abandonner cette vue, il la considère maintenant comme inadéquate, — plus particulièrement en ce qui regarde sa base.
Cependant, M. Hutton, prenant le simple énoncé d'une partie de cette base, la traite au point de vue critique, et en l'absence de tout exposé de ma part, établit ce qu'il croit être mes motifs, et s'applique à démontrer qu'ils ne sont point satisfaisants.
U MORALE Frr I.E8 SENTIMENTS HOlUlX 4'J
Si, dans scm anU'iit (lt'>ir «Ir siinjuiincr «••' (lu'il rousidi'TC -;ins (loiilc (•(iiiimc iiiH* (foclriin* iicniiciciisc, M. Ilutton ne |KHi\ail allciuin» (|in» jo nu» fussr fvpliqiu''. on aurait pu osprror du moins (ju'il se scnirail des nMis('i;/noiU('i»ts (ju'il pourrait se prcK uriT à (•«' sujot. Wwu loin «le les clu-rrlMT, loulcfois. il a, jHtnr un motif qucjo ne comprends pas, prrf('iv nt'glip'r (MMi\-inrm<'s cpril avait déjà.
Le litre elioisi par M. Ilwlloii. [nniv sou article de criticjue est : A Oucstiotiable Parcntaoc for Morals. Il a pourtant toute facilité de savoir (jue j'inNoipic une hase [)rimaire de la morale qui est entièreiuenl indépendante de celle (pi'il <lécrit et réprouve. Je ne me réfère pas seulement au fait que. avant, dans sa crilicine de Social Statics\ exprimé sa désapproliation nette de celte liase primaire, il doit avoir eu connaissance de celle-ci; il pourrait dire que, au cours du «jrrand nombre dannées qui se sont écoulées depuis, il a oublié tout cela. Mais je me reporte aussi à l'énoncé diïlinct de cette base primaire qui se trouve dans cette lettre à M. Mil! dont il lire une cilalion. Dans un para;^Taphe précédent de cette lellre. j'ai exjilicpié que, tout en acceptant l'utilitarisme, abstraitement, je n'accepte pas cet ulilit irisme courant qui ne reconnaît comme ^^uide de la conduite que des généralisations enq)iri(|ues, et j'ai soutenu que :
La moralité proprement dite — la science de la bonne conduite — a pour objel.de déterminer comment et puunjuoi c Ttains modes de conduite sont nuisibles, et certains autres bienfaisants; les bons et mauvais résultats ne peuvent être accidentels, mais doivent être des conséquences nécessaires lie la constitution des choses, et je conçois que c'est l'allaire de la Science .Morale de déduire, des lois de la vie et des
* Prospective Riniew, de janvier 1852.
conditions de roxistence, quelles sortes d'actions doivent nécessairement tendre à produire le bonheur, et (juelles sortes tendent à produire le malheur. Cela fait, ses déductions doivent être reconnues comme des lois de conduite, et il faut s'y conformer, sans tenir compte d'une estimation directe du bonheur ou du malheur.
Ce n'est pas le seul énoncé de ce que je conçois être la base primaire de la morale qui soit contenu dans celle même lettre. Un paragraphe qui suit, àla dislance de quatre lignes seulement de celui dont M. Hutlon lire ses extraits, commence ainsi:
La civilisation en progrès, qui est nécessairement une succession de compromis entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau, exige un réajustement perpétuel du compromis entre ce qui est idéal et ce qui est pratique dans les arrangements sociaux; à cette fin, il faut ne pas perdre de vue les deux éléments du compromis. S'il est vrai que la rectitude pure prescrive un système de choses beaucoup trop bon pour les hommes tels qu'ils sont, il n'en est pas moins vrai que le pur opportunisme ne tend pas, en soi, à établir un système de choses meilleur que celui qui existe. Tandis que la moralité absolue doit à l'opportunisme les freins qui l'empêchent de se précipiter dans des utopies absurdes, ce dernier doit à la moralité pure tous les stimulus vers le perfectionnement. En admettant que nous nous intéressons surtout à reconnaître ce qui est relativement bien, il reste toujours vrai que nous devons d'abord examiner ce qui est absolument bien, puisque l'une des conceptions présuppose l'autre.
Je ne vois pas trop comment on pourrait affirmer plus nettement qu'il existe une base primaire de morale indépendante de celle que nous iournissent les expériences d'utilité, et antécédente en un sens à cette dernière. Et cependant nul ne comprendrait, par l'article de M. Hutlon, que telle est mon assertion, ou n'aurait même lieu de soupçonner le moins du monde que je l'ai faite : le lecteur conlcu-
lA MUiULK ET LK8 SKNTIMKNTS M(>il.\('\ 5i
r.«il. do la iv(rn'ii*«' laiti* à mo mk«s ulliTieures, à mon K'i'cptatioi) «I»' rrl utilil.irisiii»* «'inpiriciii»*, que j'ai r^f»inli<-
!» !«'nn«'s «'\(»Ii<-il«'.s. Va \o liln* «un- M. Iluttoii «lonno à son .d'Iiilc in(li(|iu' claircnuMit, ))ar irn|)liration, ({iic je ne n*fonnais pas de « souche pour la morale > . en dehors tle raecuiniilalion et df ror}zaiiisaliondeselTels d»' lexpiTienee. J*' ne puis eroire (]ue M. Ilultoii ait Notdu produire cette iiii[»ression erronée. Je suppose (ju'il a été trop absorbé dans la ( niiteniplatiou de la proposition (pi'il cornltat. pour ol)server les propositions (|ui racc()nipa;:nent, ou du moins pour leur accorder le poids cprelles méiilcut. Mais je re;(ietl<' (pi'il lie se soit pas aperyu du tort i|u il courait chance de me faire en répandant cette afiirmation inconi|)lète.
J'en viens, maint«'nant. à la (piestion dont il s'a«;it parli- «ulièrenient, non la >< souche de la morale », mais la souche des sentiments morau\. Kn rapportant mon opinion suroett«* d«(ctrine spéciale, M. Ilutton a, seml»lal)lement, je rc^aette
le le dire, négli^'é les données qui l'auraient aidé à en donner une esquisse à peu près exacte. Il ne se peut ^'uère (jue l'existence de ces données lui aient été inconnue. Filles sont ' DUtenues dans les Principes de Psychologie, ai M. llutlon .1 friti(iué ce li^Te à sa première aj)parition*. Dans un chapitre ^ul• les sentiments, (jui se trouve vers la fin. il y a une escjuisse du processus de l'évolution qui ne ressemble aucunement à celle qu'indique M. Mutton, et s'il avait ouvert ce cliapitre, il eût vu que sa description de la genèse des sentiments moraux, naissant d'expériences organisées, n'est pas celle que jeu aurais faite. Ou'on me permette '^e citer un passage de ce chapitre.
<■ Non seulement ces émotions formant les stimulus immédiats
« Sa critique se trouve daus la Salumal neviev, de jauvier IS*6, soui le litre d' € AtbéUme •.
de nos actions, sont ainsi oxplicablcs, mais coUo môme explication s'applique aux émotions qui laissent leur sujet comparativement passif, comme, par exemple, l'émotion causée par un beau paysage. La complexité graduellement croissante des groupes de sensations et d'idées coordonnées s'achève dans la coordination de ces vastes agrégations de sensations et d'idées que produit et suggère un paysage grandiose. L'enfant qu'on amène au milieu dos montagnes n'est aucunement inlluencé par leur vue, mais il est ravi par le petit groupe d'attributs et de rapports que lui offre un jouet. L'enfant peut apprécier les rapports plus compliqués d'objets et de lieux familiers, le jardin, le champ, la rue, et il en jouit. Mais ce n'est que dans la jeunesse et l'âge mûr, quand les choses individuelles, et leurs petits assemblages, nous sont devenus familiers, et que nous les reconnaissons automatiquement, que ces immenses assemblages que présentent les paysages sont suffisamment perçus, et qu'on éprouve les états de conscience d'une agrégation supérieure. Alors, toutefois, les divers groupes secondaires d'états qui ont été, à l'âge précédent, produits par les arbres, les champs, les cours d'eau, les cascades, les rochers, les précipices, les montagnes, les nuages, se réveillent tous à fois. A côté des sensations immédiatement reçues, il y a des myriades de sensations partiellement excitées, qui ont été précédemment reçues d'objets pareils; en outre, il y a les divers sentiments incidentels qu'on a éprouvés dans ces occasions sans nombre qui sont en partie excités, et il y a, probablement aussi, l'excitation de certains états plus profonds, vagues maintenant, qui furent organisés dans la race aux temps barbares, quand elle prenait son plaisir surtout parmi les bois et les eaux. Et c'est de toutes ces excitations, dont quelques-unes sont présentes, mais la plupart naissantes, que se compose l'émotion que produit en nous un beau paysage. »
Il est, je pense, amplement évident que les processus indiqués ici ne doivent pas être pris pour des processus intellectuels, — pour des processus où des rapports reconnus entre des plaisirs et leurs antécédents, ou d'intelligentes adaptations des moyens aux fins, forment les élé-
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iiu'iit> (l()iuiiKiiit>i. 1/rtal d'âme iirodwit |)ar une n'Uiiiuii il'ohjt'ts pillon'sqiu's ur se résoul pas «-ii pnf(><»>ilioiis. Le iiliment iw eonlient pas en Iui-iin^me la conscleiioe des causes et des eonséijuenees du Itoidieur. Les souvenirs va^'ues dautres sct^'ues splendides, et d'autres jours drlieieu\ cpi il «'vcilie coiifuscineiil, ne sont pas «'•vrillrs iu-ause daueune coordination rationnelle d'idées formée dafis des amu'e> |iréeédentes. Toutefois. M. Ilulton admet qu'en parlant de la genèse de sentiments moraux connue étant dus à des expériences héréditaires de plaisirs et de douleurs causées par certains nuules de conduite, je veux parler d'expériences raisonnées. d'expériences accunmlé«'S et j^'cnéralisées consciemment. Il né^di^^e, Noiontairement, le fait que la genèse des émotions se distingue de celle des idées en ceci : que, tandis (juc les idées se composent d'éléments simples, en relations délinies, et (dans le cas d'idées générales en relations constantes, les émotions sont composées d'agrégats énormément complexes, (pii ne se représentent jamais deux fois les mêmes, et (jui sont en des rapports jamais deux fois semblables. Ladiiïérence dans les modes de conscience qui en résultent est celle-ci : dans la genèse d'une idée, les expériences successives dilTèn-nt entre elles de telle manière que chacune d'elles, en se présentant, suggère des expériences passées (pii ne sont pa* spéciliquement semblables, mais ont une ressemblance générale; et, en même temps, elle suggère des avanti^es ou des maux dans l'expérience passée qui sont également \ ariés dans leur nature spécifique, bien qu'Us aient quelque chose de commun dans leur nature générale. Il résulte de là que la conscience ainsi éveillée est une conscience confuse, remplie d'objets, dans laquelle, à côté dune certaine sorte de combinaison parmi les iiupressions remues du
dehors, il y a un vague nuage de combinaisons idéales qui s en rapprochent, et une masse vague de sentiments idéaux du plaisir ou ae la douleur, qui leur étaient associés. Nous avons la preuve que les sentiments se développent sans rapport avec des causes et des conséquences reconnues, et sans que celui qui les possède puisse dire pourquoi ils sont nés, bien que l'analyse, néanmoins, montre qu'ils ont été formés par des expériences suivies. Le fait, familier à tous, de la confiture qui, pour avoir été prise, par l'enfant, après une drogue, lui est devenue, par la simple association des sensations, si répugnante qu'il ne peut plus latoléi^er quand il est homme fait, est un exemple frappant de la manière dont les répugnances peuvent être établies par l'association habituelle de sentiments, sans aucune croyance dans la connexion causale, ou plutôt, même, malgré que l'on sache qu'il n'y a pas de connexion causale. Il en va de même pour les émotions agréables. Le cri de la corneille n'est pas, en soi, un son agréable; au point de vue musical il est même tout le contraire. Et cependant ce cri produit, habituellement, des sentiments du genre agréable — que la plupart supposent résulter de la qualité du son lui-même. II n'y a que les gens habitués à s'analyser eux-mêmes qui se rendent compte que le cri de la corbeille ne leur plaît que parce qu'il est associé avec d'innombrables plaisirs, —avec la cueillette des fleurs des champs, pendant leur enfance; avec les excursions du samedi, durant leurs années de collège; avec leurs séjours de vacances, à la campagne, où les livres étaient mis de côté et les leçons remplacées par des jeux et des aventures dans les champs; avec de fraîches matinées ensoleillées, dans les années de l'âge mûr, quand une excursion pédestre les reposait de leurs labeurs. Ce son, tel qu'il est, quoique
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n'étant relié par aininio cause à touto celte ïiiullitude de plaisirs varies, passés, mais senlemenl leur étant souvent associé, ne |)eut plus élrc entendu sans éveiller une conscience va^nie de ces jdaisirs, de même que la voix d'un ancien ami, venant sans être attendu dans la mai>on, y fait surgir un (lot de ce sentiment (jui est né du plai«ii* d'un commerce amical dans le passé. Pour comprendro la genèse des émotions, soit chez l'individu, soit dans la race, nous devons tenir compte de ce processus d'intportance capitale.
M. Hutton, cependant, le néfjligeant évidemment, et ne s'étant point aperçu, en se reportant aux Principes de la Psychologie, que j'avais insisté sur ce point, représente mon hypothèse comme consistant en ce qu'un certain sentiment résulte de la consolidation de conclusions intellectuelh's! Il parle de moi comme si je croyais que « ce qui nous semble maintenant tes intuitions « nécessaires » et les notions a priori de la nature humaine, sera peut-être recoimu, par l'analyse scient ilique, n'être qu'une conglomération semblable des meilleures observations et des règles empiriques les plus utiles de nos ancêtres ». Il suppose que je pense que les hommes ayant, dans les temps passés, obsen'é que la véracité était utile, « l'habitude de louer celui qui disait la vérité et était fidèle à ses engagements, d'abord basée sur son utilité, finit par s'enraciner tellement, i\\ie son motif utilitaire fut oublié, et que nous vQNons naître la croyance que la véracité et la fidélité aux engagements sont une tendance héréditaire ». Partout, semblablement, M. Hutton a employé le mot « utilité », et l'a interprété pour moi de façon à faire croire que j'entendais dire que le seiitiment moral naît de généralisai ions conscientes eoncernaiit ce tfui est avantageux et ce (jui est nuisible. Si telle
était mon hypothèse, ses critiques seraient fort bien appliquées, mais comme il n'en est rien, elles tombent à terre. Les expériences d'utilité auxquelles je fais allusion sont celles qui ont clé enregistrées non comme des connexions reconnues distinctement entre certaines sortes d'actes etcertames sortes de résultats éloignés, mais bien celles qui s'enregistrent sous la forme d'associations entre des groupes de sentiments qui se sont, souvent, présentés ensemble, bien que le rapport qui les unit n'ait pas été généralisé consciemment, — associations dont l'origine peut être aussi peu perçue que l'origine du plaisir que donne le cri de la corneille, mais qui, néanmoins, sont nées au cours d'un rapport quotidien avec les choses, et servent d'attrait ou de répulsion.
Dans le paragraphe que M. Hutton a tiré de ma lettre à M. Mill, j'avais indiqué l'analogie entre ces effets d'expériences émotionnelles, d'où je crois que se développent les sentiments moraux, et ces effets d'expériences intellectuelles, d'où je crois que se développent les intuitions d'espace. Pensant avec raison que la première de ces hypothèses ne peut subsister si l'autre est réfutée, M. Hutton a dirigé ses attaques contre cette dernière. Mais n'aurait-il pas mieux valu qu'il se reportât aux Principes de Psychologie^ où cette dernière hypothèse est exposée, tout au long, avant de la critiquer ? N'aurait-il pas mieux valu donner un extrait de ma description du processus, au lieu de substituer ce qu'il suppose que doit être ma description ? Quiconque ouvrira les Principes de Psychologie ^ et y lira les deux chapitres : « La Perception du Corps, comme présentant des attributs statiques », et « La Perception de l'Espace », verra que l'exposé que M. Hutton fait de mon opinion sur ce sujet, ne lui a donné aucune idée de l'opinion telle que je
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lai exprimr»'. et jx-ut-rliv >< ra l-il iiKtins dispose^ à sourire i|u on lisant le ivcil tic M. Ilutloii. Je ne puis ici faire plus (|u iiiipli(]U('r la iiiiliil<' de crlt*' |)ar(ir du raisonneuieiit de M. lluKtin, <|iii déeoule de celle expusilion iiicom'cU*. Les pa;.'«'s (pii seraii'ut requises pour e\|)li<juer conveuahlfineut la doctrine (pie les intuitions de l'esjjace sont le résultai d'e\|)ériences or^Muisées, |)euvent ^ire mieux employées à explicpier la d(»clrine aualo^^'ue ipii se j)résente à nous. Je vais essayer de le faire, maintenant; non pas indirectenient en corri<^'eant des malentendus, mais directement, par un exposé (pii sera aussi court (jue le permettra la nature extrêmement compliquée du processus.
In petit enfant (pie Ton porte encore dans les bras, quand il est assez âgé pour contempler les objets qui l'environnent avec une vague reconnaissance, sourit pour répondre à la ligure souriante e^ à la douce voix caressante de sa mère. Mais si quelqu'un vient qui. le visage courroucé, lui pari»? dune voix haute et dure, le sourire disparaît, les traits se contractent en une expression de douleur, et commençant à pleurer, il tourne la tète, et essaie d'échapper, p.irses mouvements, à ce (jui l'eiïraie. Que signifient ces: faits? Pourquoi le sourcil froncé ne le fait-il |)as sourire, et le rire de la niere ne le fait-il pas pleurer ? Il n'y a qu'une réponse à cela. Déjà, dans son petit cerveau qui se développe, commencent à jouer un lole, la structure par laquelle un groupe dimjjressions visuelles et auditives excite des sensations de plaisir, et la structure par laquelle un autre groupe d im- |)ressions visuelles et auditives excite des sensations de douleur. Le petit enfant ne connaît pas plus le rapport existant entre une expression féroce du visage, et les maux qui peuvent suivre cette perception, que le jeune oiseau à peine sorti du nid ne sait la douleui' et la mort que peut lui intliger
\in liommc venant à lui ; cl aussi sûrement »Ians un cas que dans l'autre, la terreur ressentie est due à une strucluiv nerveuse partioUomenl établie. Pourquoi cette structure partiellement établie trabit-elie sa présence ainsi, de bonne lieuiv, cbez l'être humain? Simplement, parce que dans les expériences passées de la race humaine, les sourires et les intonations douces, chez les personnes de l'entourage, ont habituellement accompagné des sensations agréables, tandis que des douleurs de beaucoup de sortes, soit immédiates, soit plus ou moins éloignées, ont été continuellement associées avec les impressions reçues de sourcils froncés, de dents serrées et de voix discordantes. Il nous faut descendre bien plus bas que l'histoire de la race humaine, pour trouver les origines de ces connexions. Les apparences et les sons qui excitent chez l'enfant une vague terreur, indiquent un danger, et cela parce qu'ils accompagnent, physiologiquement, l'action destructive ; ils sont souvent communs à riiomme et aux mammifères inférieurs, et par conséquent compris par ces derniers, ainsi que nous le montrent les petits chiens. Ce que nous appelons le langage naturel de la colère est du à une contraction partielle des muscles qui voueraient un rôle dans un véritable combat, et toutes les marques d'irritation, jusqu'à cette ombre passagère sur le front qui accompagne une légère contrariété , sont des phases initiales de ces mêmes contractions. Réciproquement, le langage naturel du plaisir, et cet état d'âme que nous appelons sentiment amical, ont aussi une interprétation physiologique'.
i J'espère pouvoir, plus tard, élucider en détail ces phénomènes d'expression. Pour le moment je ne puis que renvoyer aux indications contenues dans mes deux essais sur o La Physiologie du Rire » et « rOrigine et la, Fonction de la Musique >». {Essc^ia mr le Progrès, traduction Burdeau, F. Alcan, 1877.)
U «(inAI-K KT I.RH SirSTIHK^TS MoltAl \ 50
Passons maiiitcliaiit du pelil «Mifaiit, porlr dann Ws bran, à celui (]ui court dans la nursery. Comment k« vx\té. ricîiccs de chaque soric ont-elles aidé au développemcu» t'Mno^iannel dont nous nous occupons? Pendant «pie sis liemltresde\ «'liaient, en s'exerçant, plus a;.'iles, (pie l'adresse (le ses mains au^Miientait par la jiratiipie. sa perception àvs objets devenant, par Tusajje. plus proni|)te, plus exacte, plus compréliensive, les associations entre ces deux séries diri^pressions ivçues de l'entourap'. et le plaisir et la doul<M!r reçus en njénie teini)s qu'elles, ou après elU»*, ont et»'* lortifiées par la fré(juente répétition, et leurs ajustements •«ont plus parfaits. La sensation obscure de douleur et le \aj;ue élan de plaisir que le petit enfant éprouvait, ont. cher, l'enfant, jiris respectivement des formes j)lus dénnie>. La voix courroucée d'une bonne d'enfants n'éveille plus un -enliment informe de terreur, mais une idée spécifique de la taj)c qui v.i peut-être suivre. Le sourcil froncé du visaj,'e d'un frère plus «;rand, h côté du sentiment primitif, indéfinissable, de mil, apporte l'idée de maux (ju'on peut définir, des coups de pied?, coups de i)nin^'. les cheveux tirés et la perte de joujoux. Les visages des parents, plus radieux, parfois sombres, ont fini par être respectivement associés ivec de nombreuses formes de plaisir, et de tout aussi nombreuses formes de gène et de privation. D'où il suit que ces :ip»>'»Tences et ces sons, qui impli(|uent l'amitié nu linimitié avec l'entourage, deviennent des symboles de bonheur ou de malheur, de soi1e que, dans la suite, la perception de l'une ou de l'autre série peut à peine se pin)duire sans provotjuer \m Ilot de sensation de plaisir ou de ilouleur. Le corps de ce /lot est encore, en substance, de la même nature qu'au début, car bien que dans chacune de ces expériences multiples une sfrie spéciale de signes du
{',() pnoni,f:MF.s hk Moii.vi.K r.r dk sockii.oc.ik
visago (M (le la noix, ail rlr en cniincxioii avec une Sf'Tie spéciale de plai-^irs ou du doulciu's, copciidaul ces plaisirs cl ces douleurs oui clé inliuiuuMil variés daus leurs espèces cl leurs eoniltiuaisons, cl les situes qui les oui précédés ujwaiil jamais ('l;'- (■iiliciciiii'iil paicils, niènie pour deux ca>>, il eu résulle ipic jn^iiiiau liniit la coiiscicnee pr(Kliiili' rcslc aussi va^'ue (pu; voluiuiucuse. Les uiilliers d'idées parlielleuuMil éveillées sout luassées cnseudjjc cl superposées de façon à foiiner un a;j;ré|^'al où rien n'csl disliucl, mais (jui a un caraclére ajjjréable ou |)éuii)le, selon la nalure de SCS composés priniilifs; la dilTérence |)riu('ipale entre ce seMliuieiit développé el celui (|iii esl éveillé chez le pctil culant, élanl que, sur un fond hrillanl ou sombre qui en fait le corps, peuvcnl mainleuaul élre escjuissés par la pensée les plaisirs el les maux particuliers que les circonstances particulières suggèrent comme probables.
Que doit être le fonctionnement de ce processus dans les conditions de la vie primitive? Les émotions données au jeune sauvage par le langage naturel de l'amour et de la haine dans les membres de sa tribu, acquièrent d'abord un caractère plus défini, dans ses rapports avec sa famille et ses compagnons de jeu; il apprend, par expérience, Tulililé, en tant que ses propres fins sont intéressées, d'éviter ce qui provoque chez les autres des manifestations décolère, et de rechercher ce qui appelle d'eux des manifestalions de plaisir. Ce n'est pas qu'il généralise consciemment. A cet âge, et peut-être à aucun autre âge, il ne fornmle pas ses expériences d'après le principe général qu'il est bon pour lui de faire ce qui appelle des sourires, et d'éviter ce qui provoque la colère. Ce (pii arrive, c'est que, ayant, ainsi qu'on l'a montré, hérité de celle connexion entre la perception de la colère chez les autres el le sentiment de la
U MOIWU: »rr LKD gOTINlLVrK MOIUIX 61
crainte, rt a\.tiil drrouvert que rertAJns de fM»« arl*"* a|ip<'ll<'iit cette rolt're, il ne peut plus, subs/Miueinmeiit, penser à commettre un de ces actrs nans peiifM'r à la colore qui en résulte, et sans ('prouver, plus ou moins, la t^m-ur qui en est la suite. Il ne pen>e point a lutilit^ ou a linuti- {'t\iU' de l'acte en soi; ce (|ui le retient, c'est la crainte, vapie surtout, mais en partie définie, du mal «pii |H>ut sui\re. Ainsi comprise, l'cmution qui sert de frein naît des ex|K'riences d'utilité, si nous employons ce dernier mol dans son srnsétlii<|ue: et si nous demandons pourquoi celte colère H'doulée est pro\ «xpiée chr/ d autres, nous trouverons lialiitucllement (pie c'est |iarce (pie l'acte défendu entraîue de la d<»uleur en cpielcpie partie, cl est rejeté par lulililé. Kn passant des injonctions domestiques aux injonctions qui ont cours dans la tribu, nous ne voyons pas moins clairement comment ces ém«»lions produites par l'approbation et la réprobation viennent à être reliées, par rcxpérience, à des actions qui sont avanta'jeuses à la tribu et à celles qui lui sont nuisibles, et comment par conséquent il se produit des stimulants pour une de ces classes d'action et des préjugés contre l'autre classe. Dés sa première adolescence le jeune sauvaj^'C a entendu raconter les hauts faits de son chef, il les entend louer, et \oil toutes les ligures briller d'admiration. De temps en temps aussi , il écoute un récit de la làeheté de quelqu'un, en paroles méprisantes, et en métaphores d('*daigneuses, et il voit que partout où il paraît, la dérision et l'insulte suivent le lâche, c'est-à-dire qu'une des choses qui s'associent dans son esprit avec les visages souriants, symbolisant le plaisir en général, est le couragi', tandis qu'une des choses qui .s'associent dans son esprit a>ec le froncement de sourcils et d'autres marques d'inimitié, qui forment son symbole de malheur, est la lâcheté.
02 PROBLÈMES DE MuUALE ET DE SOCIOLOGIE
Ces srnliiiuMils ne sont pas formés en lui pai'ce quMl est parvenu par le raisonneinenl à la vérité que le eoui'age est utile à sa Iriliu, et par implication, à lui-même, ou à la vérité (juc la làeheté est une cause de mal. A l'âge adulte, jxnil-étro verra-l-il eela, mais il ne le voit assurément pas aumoiut'iil où la liravoure est ainsi unie, danssaconseience, avec tout ce ipii est bon, tandis cjue la poltronnerie Test avec tout ce qui est mauvais. Sendjlablement, il se produit en lui des sentiments d'inclination ou de répugnance vers d'autres lignes de conduite (jui ont été établies ou interdites. Exemple : on trouve digne d'éloges le vol des femmes, et on interdit de se marier dans la tribu.
Nous pouvons maintenant monter d'un degré vers un ordre de stimulants et de freins dérivés des premiers. La croyance primitive est que tout mort devient un démon, qui est souvent tout prés, qui peut revenir à tout moment, peut aider ou nuire, et doit continuellement être rendu propice. D'où il suit que, parmi d'autres agents dont l'approbation ou la réprobation sont considérées par le sauvage comme des conséquences de sa conduite, sont les esprits de ses ancêtres. On raconte à l'enfant leurs prouesses, tantôt d'un ton triomphant, tantôt avec un nuumure d'horreur, et la croyance qu'on lui inculque qu'ils peuvent causer quelque terrible mal, ou donner un puissant secours, devient toute-puissante pour stimuler ou retenir. Cela arrive surtout quand c'est l'histoire d'un chef, remarquable par sa force, sa férocité, sa persistance dans cette haine des ennemis que les expériences du sauvage lui font considérer comme bienfaisante et vertueuse. La conscience qu'un tel chef, redouté par les tribus avoisinantes, redouté aussi des membres de sa propre tribu, peut reparaître et punir ceux qui oui dédaigné ses injonctions, devient
l\ MUKAU: rr UUi 8*:>Tlllk.MH MUIUL'X (U
it) luiilif iiuissaiit. Maii» il i'»( t'*\iileut, (*ii prcmiiT li(*u, qiu* la eolt^re itiiM^inairc et la Nali^larlioii iiiiaj^'iuaire di* ce cuei (Irifié sont .siiii|»I(*ii)eiit ilt*s foriiirs lraii>li^iuv(*!i de U roli-n et lit* la sali>fat'tion (jui" inniiln'iil cru\ (|ui riMitdiip'iit, et t|ue Ii'!> ^clllilllOllL> (|ui accuiu|M^neiil de li*lleâ iiua^'iiiaunis oui la inî^iur niciite dans les ex|H''rienoei» qui ont iNMK'ié une uioyeune de résultats |>éuibles avee la nianifestatu>a de la colOre d'un autre, et une moyenne de ré>ultats a^Mvaliles avec la manifestation de la satisfaction d'un autre. Kl, en second lieu, il est cvid'*'it (jue les actionN ain>i dcfcnducs et encoura^'ccs doivent ôlre surtout des actions respectivement nuisibles ou avantageuses à b tribu, puisque le chef qui triomphe est d'ordinaire un meilleur jujre que les autres et a la conservation de la tribu à cœur. D'où il suit ipie des expériences d'utilité, or^'anisées consciemment ou inconsciemment, sont la base de toutes !es injonctions, et les sentiments qui inspirent l'obéissance >ont, bien que très indirectement et sans que ceux qui les éprouvent le sachent, référables à des expériences d'utilité. Cette forme transfigurée de la restriction peut recevoir, ne lilTérant d'abord que peu de la forme primitive, un immense iéveloppement. Les traditions accunmiées, devenant plus r.randioses à force délre répétées de génération en génération, rendent de plus en plus surhumain le premier héros le la race. Sa puissance pour punir et pour donner le uonheur devient de plus en plus grande, plus multiple, phi^ variée ; de sorte que la crainte de la colère divine, et le • lésir d'obtenir l'approbation divine, gagnent en ."^tendue et ru généralité. Toutefois, les conceptions restent aothropomorphiques. On continue à pensi'r à la divinité vengeresse en termes d'émotions humaines, et on continue à la représenter comme manifestant ces émotions d'une manière
liiimaine. En oiiliv, los sonliiiuMils de droit et de devoir, on tant (jn'ils se sont dévelo|)|)i's, se rapportent surtout aux ordres et aux interdictions de la divinité, et bien peu à la nature des actes commandés ou interdits. Dans le saeriliee dlsaae, dans celni de la fille de Jephté, dans la mise en pièces d'Agag, tout comme dans les atrocités innombrables commises, poiu' des motifs religieux, par les diverses Taces historiques primitives, nous voyons que la moralitéet l'immoralité des actions, telles que nous les comprenons, sont d'abord peu reconnues, et que les sentiments, surtout les sentiments de crainte, qui les remplacent, sont des sentiments éprouvés envers des ôtres invisibles qu'on suppose iivoir prononcé les commandements et les interdictions.
On dira peut-être ici, que, ainsi qu'on vient de l'admettre, ce ne sont point là les sentiments moraux proprement dits. Ce sont simplement des sentiments qui précèdent et rendent possibles ces sentiments plus élevés qui ne se rapportent ni à des avantages ou maux personnels qu'on attend des hommes, ni à des récompenses ou à des punitions plus éloignées. Toutefois, cette critique appelle plusieurs commentaires. L'un de ceux-ci, c'est que, si nous regardons en arrière vers les anciennes fois et vers leurs sentiments corrélatifs, tels que les montrent le poème du Dante, les mystères du moyen âge, les massacres de la Sainl- Barthélemy, les bûchers des hérétiques, nous y trouvons la preuve que, dans les temps relativement modernes, le bien et le mal ne signifiaient guère que subordination ou insubordination, d'abord à un souverain divin, et au-dessous de lui à un souverain humain. Un autre fait, c'est que jusqu'à nos jours cette conception a prévalu, généralement, et qu'elle est même incarnée dans des ouvrages éthiques — par exemple, les Essais on the Principles oj
LA MOHALK ET LUS SKMIMKMS MOIVAI X C5
rxprofi'sxo Morality par Jonathan l)\ iiioikI, qui m* n'coiiiiail ilauti*)* iiKitir il Olili^atinii morale qiu* la morale de l)ieu telle qu'elle est exprimée dans la professiuii de foi qui a • tnu's. Kt, en outre. eelui-<'i : eesl que. tandis (pie dans les ^•'nnons les tourments des damnés et les joies de> ems >onl exposés comme m<»tifs >limulants ou restrictifs, et tandis (|u'on nous a pn-paré des in>truetions impriméet» pour •• tirer le meillt-tir parli des deux mondes ». on ne saurait nier que les sentiments <pii poussent ou retiennent ie> iionnnes sont encore, en jurande partie, composés d «lémcnts tels cpn* ceux qui a^'issent sur le sauva^'e : la crainte, en partie va^'ue, en partie spécifique, associée à litlée de répndiation Inimaine et divine, et le sentiment de >atislaction. en j)artie vaj;ue, en partie spécifique, associé i ridée d'appndiation. iiumaine et divine.
Mais pendant la croissance de cette civilisation (pii a «té rendue possilile par ces sentiments é^'o-altruistes. des sentiments allruisles ont lentement évolué. Le tlévelnppemtiit de ces derniers a avancé dans la mesure où la société a marché vers un étal où les activités sont surtout pacifi(|ues. La sympathie est la racine de tous les sentiments altruistes, et la sympathie n'a pu dominer que lorsque le mode de vie, au lieu d'être celui (pii inllip^tit. hahituelleinent, la douleur duveté, devint celui ipii conférait des avanla^'cs directs et indirects, les douleurs inlli^'ées étant principalement incidentes et indirectes. Adam Smith lit un grand pas vers celle vérité quand il reconnut la sympathie comme source ue ces émotions dirij;eantes supérieures. Sa Tïicory of Moral Senti/nents, toutef(»is. a hrsoin d'être complétée de deux manières. Il faut expliquer le processus naturel par hMpiel la sympathie se développe en un élément ùa plus en plus important, et il faut aussi expliquer le pro-
Spt.xctB. — IVobl. S
(îG pr.oni.K.MF.51 r>E morale et de sociologie
ccssus par le(|uel la synipallùe produit le sentiment le plus élevé et le plus complexe de tous les sentiments altruistes, — celui de la justice. En ce qui concerne le premier processus, je ne puis faire plus que de dire que l'on peut prouver, induclivemenl et déductivement, que la sympathie est conoomilanle de la vie en commun; tous les deux s'étant au'^mentés par une aide réciproque. La multiplication des organismes a toujours tendu à les forcer à une association quand ils avaient des espèces de nourriture et de provisions qui le permettaient, et les lois psychologiques établies autorisent à inférer que la sympathie résultera inévitablement de manifestations habituelles des sentiments, en présence des autres, et que les tendances à la vie associée étant augmentées par l'accroissement de la sympathie, celleci développe ultérieurement la sympathie. Mais il y a des freins négatifs et positifs à ce développement : — négatifs, parce que la s}inpathie ne peut avancer plus vite que Tintelligence n'avance, puisqu'elle présuppose la faculté dinterpréter le langage naturel des divers sentiments, et de représenter mentalement ces sentiments ; positifs, parce que les besoins immédiats de la conservation de soi sont souvent en opposition avec ses suggestions, comme, par exemple, dans les étapes de rapine du progrès humain. Pour des explications de ce second processus, je dois renvoyer aux Principes de Psychologie [% 202, première édition, et § 215, seconde édition) et aux Social Statics (2' partie, chapitre v'). Je demande que, lespace me manquant, on tienne pour admises ces explications, et je vais indiquer en quel sens
* Je dois ajouter que dans les Social Slaiics, chapitre xxx, j'ai indiqué, d'une manière générale, les causes du développement de la sympathie, el des restrictious de son développement — limitant, toutefois, la discussion au cas de la race humaine qui était mou sujet spécial. Je désavoue, maintenant, la téiéologie qui accompagnait cet exposé.
U VOIIALE FT I.KS SK.MIMKMS VOIIU \ «7
la syiiipalluf rlle-iiu'iiH\ el les sriiliiinMils (|iii ni ivmiIUmiI, sont (lus à lies expciieiices irulilité. Si nous su|i|iom>iis (|iie toute pensée de iveompeiise ou d»' punit inii. iinmêiliatc ou élui^^née, (l(»il èlre lai.ssée ele cùlé. il est évident que quitMUjque hésite à iiilliger une |»eine à i-ause de la >i\e représentation de relie |)eine ([ui nait dans sa eon'scienee, est reteini, non p.n un sentiment d'olili;:ation ou par aueune doctrine explicite d'utilité, mais par lassoeiation pénible établie en lui. Kl il est évident que si, après des e\|)ériences répétées du malaise moral (ju'il a éprouvé en étant témoin du njalheur causé inilirectement j)ar un de ses actes, il est amené à se contraindre lorsqu'il est de nouveau tenté lie les commettre, cette contrainte est de même nature. Uéciproquemenl pour les actes donnant du plaisir; les répétitions d'actions charitables, et les expériences des satisfactions sympathi(pies (pii les suivent, tendent continuellement à rendre plus lorle l'association entre de tels actes et les sentiments de bonheur.
11 se peut que dans la suite ces expériences soient généralisées , consciemment , et il peut en résulter la recherche délibérée de satisfactions synqjathi(iues. Il peut aussi arriver que l'on reconnaisse distinctement les vérités que les résultats plus éloi^Miés de la conduite bonne ou mauvaise sont, respectivement, avantageux ou nui>ibles. — qu'une considération juste pour les autres conduit à un bien-é'tre personnel en définitive, et le manque d'attention pour eux à un désastre personnel défmitif; et alors ont cours les résumés d'expériences tels (pie : « l'honnêteté est la meilleure des politi(iues ».
Mais, bien loin de regarder ces reconnaissances intellectuelles d'utilité comme précédant et déterminant le sentiment tiioral, je considère le sentiment moral connue avant précédé
ces constatations d'utilité, cl les rendant possibles. Les plaisirs et les doulem^s résultant directement dans l'expérience d'actions sympalhiques ou antipathiques, ont d'abord dû être lentement associés avec de telles actions, et on a du obéir fréquemment aux stimulants et aux restrictions qui en résultaie'nt, avant que ne pût. naître la perception que les actions sympathiques ou antipathiques sont, d'une manière éloignée, avantageuses ou nuisibles à celui qui les fait ; et on a dû y obéir plus longtemps et d'une manière plus générale avant que ne pût naître l'idée qu'elles étaient avantageuses ou nuisibles à la société. Lorsque, toutefois, les effets éloignés, personnels et sociaux, ont été reconnus d'une manière générale, sont exprimés en maximes courantes, et mènent à des injonctions ayant la sanction religieuse, les sentiments suggérant des actions sympathiques et repoussant celles qui ne sont pas sympathiques sont énormément fortifiés par leur alliance. L'approbation et la réprobation divines et humaines, sont associés dans la pensée, respectivement, avec les actions sympathiques et antipathiques. Les ordres de la religion, les pénalités de la loi, et le code des usages sociaux, s'unissent pom" les imposer ; et l'enfant, à mesure qu'il grandit, est journellement imprégné par les paroles, les visages, les voix de ceux qui l'entourent, de l'autorité de ces principes les plus élevés de la conduite. Et nous pouvons voir maintenant poin'quoi s'élèvent une croyance au caractère sacré spécial de ces principes les plus élevés, et un sens de l'autorité suprême des sentiments altruistes qui y correspondent. Beaucoup de ces actions qui, dans les états sociaux primitifs, recevaient la sanction religieuse et gagnaient l'approbation publique, avaient l'inconvénient de ne point satisfaire ces sympathies, d'où malaise. Par contre ces actions altruistes, pourvues, elles-mêmes, de la sanc-
LA M0KA1.K KT LKS SKNTIMKNTS MOKALX C9
tiun reliptniso et ^M<:iiarit r.-i|)|tn)ii.-ition|)iiltli<{ii('. appurlfiit xuïv coiisritMice sMii|)allii(jUL* di* plaisir doniK*, ou di* douleur rvitc'c, c[ vu outn' apporlt'iit uiui conscience syiiipa- Ihitpie de l»ieii-(Mn' luiinaiii. en ;.'énrial. celui-ci clanl avancé parle fait ipie les actions altruistes deviennent lialùtuelli's. dette eunscience sjiéeialc cl la consciene»' >\iMpathiipie ^M-uéialc. deviennent, toutes deux, plus fortes et plus étendues à mesure que la puissance de représentation mentale s'accroît, et que rinia^'ination des consérpiences, soit immédiates, soit éloij;nées. devient plus vive et plus conq)réliensive. Et, enfin, ces sentiments altruistes c(»mmenc«'ut à mettre en question l'autorité de ces sentiments é^'d-allruistes qui régnaient autrefois sans conteste. Ils sugprent la résistance à des lois (\m ne satisfont pas leur conception de justice, ils encouragent les hommes à braver le dédain de leurs semblables en suivant une marche contraire à des coutumes ({u'on s'aperçoit être nuisibles à la société, et ils causent même des dissensions dans la religion établie, jusqu'à amener l'incrédulité en ses prétendus attributs divins et dans les actes (jue n'aj)pr(»uve pas ce suprême arbitre moral, ou jusqu'à rejeterentiérement une profession de foi qui accepte de tels attributs et de tels actes.
Il nous faut laisser de côté, pour le moment, beaue<jup de choses qui compléteraient cette hypothèse; à la lin du second volume des Principes de Psychologie, je trouverai la place d'un exposé complet. Ce que je viens de dire suffit à prouver que, en l'interprétant, on a commis deux erreurs fondamentales. L'utilité et l'expérience ont, toutes deux, été interprétées dans un sens trop étroit. L'utilité, mot conmmde par sa compréhensivité, a pourtant des inqdicalions très incommodeset très propres a é^-arer. Elle suggère
vivement des usages, des moyens, des fins prochaines,, mais suggc're faiblement les plaisirs positifs ou négatifs, qui sont les fins ullimes, et qui, dans la signification éthique du mot, sont seules comptées ; et en outre, elle implique une reconnaissance consciente de moyens et de fins, elle implique (piOn adoi)te délibérément une certaine marche pour gagner un avantage en vue. L'expérience aussi, dans son acception ordinaire, connote des perceptions définies de causes et de conséquences, comme étant en rapports observés, et n'est pas supposée comprendre les connexions formées dans la conscience entre des états qui se produisent ensemble, lorsque la relation causale, ou autre, entre eux, n'est pas perçue. J'emploie, habituellement, ces mots dans leur sens le plus large, ainsi que cela sera manifeste k quiconque lira les Princijoes de Psychologie, et c'est dans leur sens le plus large que je les ai employés dans ma lettre à. M. Mill. Je pense avoir montré, plus haut, que lorsqu'ils sontainsi compris, l'hypothèsebrièvement exposée dans cette lettre n'est nullement aussi insoutenable qu'on le suppose. En tous cas, j'ai fait voir — ce qui me semblait nécessaire en ce moment — que les versions de mes opinions que donne M. Hutton ne doivent pas être acceptées comme correctes.
r.\ v\[.rri{ dv^ imikim:
A un moment où les esprits li;ij)p('urs el les laides lournnntes font ra^'e, el où la cio\aiiee en la conilnislion spontanée n'esl pas eiieore éleinle, il semble utile de dire quelque ehose en faveur de ce scepticisme général avec lt'(|U('l l'cspril pliilosophiipie accueille les prodiges qui tournent périodiqueuiciit la télé à toute la nation. Il ne faudrait rien moins qu'un Aolumineux in-octavo, pour contenir tout ce qu'on ne |)ourrait écrire à ce sujet, et par malheur, quand cet in-octa\o serait écrit, il serait peu lu de ceux qui auraient le plus besoin de le lire. Toutefois, un mol ou deux, en passant, pourront trouver parmi eux des lecteurs.
* Oiiaïul je vous dis que je lai vu, de mes propres yeux vu )», est la soi-disant concluante assertion qui termine abruptement plus d'une discussion. D'ordinaire, ceux qui font celte assertion pensent (ju après cela il ne reste rien à dire, el ils sont étonnés du peu de raison de ceux qui refusent encore de croire. Bien cpi'ils rejettent beaucoup de contes de sorcellerie, beaucoup d'histoires de revenants, dont les merveilles sontallestées par des témoins oculaires, bien (pi'ils aient vu, à diverses reprises, des magiciens de théâtre sembler faire des choses (ju'ils savaient n'être
* public puur la première foi» Jaiis le Leader, du 25 juio 1833.
iZ PROBLt.MES I)K MOUALU: ET DE S0CI0LO(.;iE
pas réollcmcnl failos, l)ien (julls ai(MU lmiIciuIu parler du Joueur (l'Hi-liecs automate, et de la Kiilc lin isiltic, el aieit peul-i'lre lu des l'xpliealioiis des pidri'dés |)ar it'sijiicls on trompe le publie, hien (pi(\ dans tous ces cas, ils saelicut ipu^ les faits rtaieut autres (pie ne les supposaient les spcetateurs, ils ne peuvent [)ourlant imaginer (pie leurs propres perceptions aient été altérées par des influences telles (jue celles (pu ont \i('it'' les |)('rc(>piious des autres. Ou, pour parler plus charitablement el peut-être plus exactement, ils oublient (pie des viciations de ce genre se pro(lui>ent cons'-'.mment.
Tout homme de science sait combien il est difficile d'observer correctement, bien que l'on croie d'ordinaire la chose très facile. Nos facultés sont sujettes à nous tromper, par deux causes opposées : — la présence de l'hypothèse et l'absence de rhvpothèse. Chaque observation que nous faisons est exposée aux dangers provenant de l'une ou de l'autre de ces causes, et entre les deux il est malaisé de \(iir un fait (juelconque tout à /"azY exactement. Quelques exemples des distorsions extrêmes qui naissent d'une des causes, et l'extrême inexactitude qui est la conséquence de l'autre, justifieront ce qui semble un paradoxe.
Presque tous, nous connaissons le mythe qui prévaut sur nos grèves, concernant l'Oie-Bernache. La croyance pofjulaire riait, et est encore en quelques endroits, que les fruits des branches suspendues au-dessus de la mer, s'y transforment en animaux à coquille nommés bernaches, qu'on trouve fixées sur ces branches submergées, et en outre que ces bernaches, au cours du temps, sont transformées >en ces oi.=eaux connus sous le nom d'oies-bernaches*.
1 Barnacle. en anglais, sifrnific bernache (uuc v.spècc d'oie), et a/ia/f/e ou balane une faïuille de crustacés. [Tvad.
lA VALCIR l'Rft PREtVU 73
(Vite rroxance iiVttiii |k)<( r.i|Miia|;o eKcluxif du vulgaire;
Ile l'iail aiiiuiv pai lis n.iUlrali^U•». VA ve n'Ha'ii |Niint mit' siiii|)l»' K'^fiidf arirjiU'f. Ils mî bas.'ii(>iit, |M»ur y croire, sur (!t*s <»lt>itT\ali(ms (]tti «Maicnt reou»Mllir> ri a|'| vres jKir le> plu> liaul<*s autoiili's sciciitiluiuo. ri pul.. . avec leur asseiiliineut. Dans un mémoire contenu dans jesi PhUosophicat Transactions, sir Hoberl Moray dil : Dan»
Iwujue co<|uille jjue j'ouvris... il semblait que rien ne nian(|uàl, (|uant au\ parties externes, pour compléter un parfait (»iseau de mer : le |)etil hoc sendilable à celui d'une oie. Iesycu\ nianpics, la liMc, le cou, la poitrine, les ailes, la (pieueet les pattes formées. les |»lumes. paj't(»ut de furine parfaite et dune couleur noirâtre, et les pattes semblables à
•Iles des autres ^'ibiers d'eau, autant (pie je mêle rap|xlle '. i-e mytbe de l'oie-bernache a été abandonné depuis cent ciiupiante ans. Il semble à peine croyable au zoolo|.'isle moderne qui examine un de ces cirripcdes, ainsi que se nomment les bernaches. que Ton ait jamais pu les confondre a\ec un poussin, et il ne peut imaj:iner ce que sir Hoberl Mora\ a pu prendre pour «< la tête, le cou. le poitrine, les ailes, la queue, les pattes et les plumes ". Voilà pourtant un homme instruit, décrivant, sous liiifluence d'une opinion faite d'avance, connue un « parlait oiseau marin », ce qu'on sait maintenant n'être qu un cruslacé modifié, — un être appartenant à une partie éloi^Miée du règne animal.
Il existe un exemple encore plus remarquable d'obsenation détournée de son but, dans un vieux livre intitulé : Metii/iiotyhosls Xaturalis, publié à Middleburj;h en ir»(î2. Cet ouvra«.'e. où l'on essaie pour la première fois de rendre un conqite détaillé des transformations des insectes, contient de nombreuses planches, où sont représentées les diverses
tapes d'evulution : - - la laive, la pu|>e et l'inuigo. Ceux
7i PROnLf-.MES DE MORALE ET DE SOnOI.OOIE
(lui ont (|ik'l(iucs connaissances en entomologie se souvien- (Iroiil (luc les ciirvsalidcs île nos papillons oonninins onl à It'ur (^xlirmilc anlcricure nombre de pnx'cssiis poinlus, (|ui j)roihiisenl nn contour irrcgulier. Ont-ils jamais observé^ dans ces lignes, une ressemblance avec une 'cle iriionnne? Onanl à moi, je puis dire que bien que, dans nui ]eunesse> j'aie gardé de nombreuses éducations de larves de papillons, les suivant à travers toutes leurs métamorphoses, je iiai jamais remarqué pareilles ressemblances, et je ne puis non plus en voir maintenant. Néanmoins, dans les planches de cette Metamorphosis Naturalis, chaque chrysalide a ses protubérances modifiées de telle sorte qu'elle représente une tête humaine grotesque, les dilïérentes espèces ayant des profils différents. L'auteur croyait-il à la métempsycose, ol pensait-il voir dans la chrysalide une caricature de l'humanité, ou bien, impressionné par la fausse analogie dont Butler a abusé entre le changement de la chrysalide en papillon, et celui de la vie mortelle en immortalité, considérait-il la chrysalide comme typique de Thomme? On ne sait, mais il est certain que, influencé par quelque idée préconçue ou autre, il a fait ses dessins tout à fait dilîérents des formes réelles. Ce n'est pas qu'il croie, simplement, que la ressemblance existe, ce n'est pas seulement qu'iï dise la reconnaître, mais son idée préconçue le possède tellement, que son crayon dévie, et lui fait figurer des représentations ridiculement dissemblables des réalités.
Ce sont là des cas extrêmes de distorsion des perceptions^ mais ils ne dilTèrent qu'en intensité des distorsions de la vie {[uolidienne, et rinfluence qui opère est si forte que riiomme de science lui-même ne peut écha|)j)er à seselTels. Quiconque étudie la nature au microscope sait que, lorsqu'ils ont une discussion sur un objet, deux observateurs
LA VAlJltn DK« l»HH\»S 75
pcMivciit le n'piril«*r nv«*cl(» iii^iiu* iiistniinrut. el duiiiipr de lui U»^ tlfs<'ri|»tioiis l«'> plus tliflV«n'nl«*>.
.Maintt'iinnt, pasxuis di*s j|.inj;«'r«» d»- i ii\|)oIIh sr a rt>u\ d«' I aiiM'iHT «Ihvpotlu'M*. Si jmmi i\ur !•• fait soii <-oniiu. il n'rn i*>t pas moins vrai «pic nous m* pouvons faiiv, coinr- IrnitMit. la luoindn* observation si nous n'a\ons, aupuiavaut. <pirl(pi(' notion de ce (pi'il nous faut ohsen'er. SI l'on vous deiuaiidc d'écouler un son faible, vous vouiV a|)ercevez (pie sans une préconreplion de l'espèce de son que vous devez entendre, vous n'entende/ rien, l'n «roûl ifuisilé dans vos aliments, s'il n'est pas fort, peut |)ass«'r tout à fait inapereu. à moins que (piel(|u'un n'appelle votre attention, re (pii \(»us le fait sentir distinctement. Après l'avoir connu bien des années, vous découvrir:*z subitement que le nez de Notre ami est un peu de travers, et vous vous étoimerez de ne pas l'avoir remanjué plus tôt. dette incaiMcilé didiserver devient eneore plus fra|)pante quand les faits à obsener sont complexes. De cent personne* écoutant les dernières vibrations de la cloche d'une é^'lise, la plupart ne percoTont pas les harmoniques, et afiirmeront que le son est simple. Ceux qui n'ont jamais dessiné ne voient pas, dans la rue, que toutes les li^^nes horizontales des murs, fenêtres, volets, toits, semblent conver«.'er \ersun point dans la distance, fait qui, après quelques leçons de perspective, devient assez visible.
Je ne puis peut-être donnei* d'exemple plus probant de celte nécessité de l'hypothèse comme condition de perception exacte, qu'en racontant une partie de ma pmpre ex|)érience relativement aux couleurs des ombres.
Je me servais invariablement, quand j'étais jeune «jarçon, d'encre de Chine pour ombrer mes dessins. Si vous demandez au premier venu n'ayant revu aucune éducation arlis-
ticiiie, OU qui n'y a jamais songé, de quelle couleur est l'ombre, la réponse sera, sans hésitation, qu'elle est noire. C'est là la croyanee universelle des ignorants, et je l'ai, sans le moindre doute, partagéejiisqu'àràgede dix-huit ans. Me trouvant, alors, en contact fréquent avec un artiste-amateur, j'appris de lui, à ma grande surprise, que les ombres ne sont pas noires, mais de teinte neutre. Je résistai d'abord, énergicpiement, à cette doctrine, nouvelle pour moi. Je suis très sûr de l'avoir niée de but en blanc, et d'avoir cité, à l'appui de mon démenti, toute mon expérience. Je me rappelle, aussi, que la discussion dura un temps considérable, et que ce ne fut qu'après que mon ami eut, à diverses reprises, appelé mon attention sur des exemples dans la nature, que je finis par céder. Bien que je dusse avoir vu, auparavant, des myriades d'ombres, pourtant, par suite du fait que, le plus généralement, la teinte se rapproche du noir, je n'avais pu, en l'absence de l'hypothèse, m'apercevoir qu'en beaucoup de cas elle n'est décidément pas noire.
Je continuai à accepter cette théorie ainsi modifiée pendant plusieurs années. Il est wai que, de temps en temps, joljservais que le ton de la teinte neutre variait considérablement dans des ombres différentes; mais, pourtant, les divergences n'étaient pas de nature à ébranler ma foi dans le dogme. Bientôt, toutefois, dans un ouvrage populaire sur l'optique, je rencontrai l'affirmation que la couleur d'une ombre est toujours le complément de la couleur de la lumière qui la projette. Ne comprenant pas le pourquoi de cette prétendue loi, qui semblait, en outre, en opposition avec ma croyance établie, je fus amené à étudier le snjct au point de vue de la causation. Pourquoi les ombres onlelles une couleur? et qu'est-ce qui détermine la couleur?-
LA N Vlilia llKS l'IUrVKS ',-,
furent los qii(»sti(»n> «pii s'olTriri'iit à mon rspril. Kii rluTchaiit 1rs rt''|H)iist>>, il (li'\iiit iiit'iitf^t inanifestc quts coiiuik» l'esiKico dans ron»l»n' est un «'spac«» d'où la lumit're directe st'ul«M*st «'\clu«', «'t dan** I<m|u<*| la luini»^»' tudtrecte, c'<'st-à-ilin' ct'IU' qui est n'Ilrtée par les objets rnvironnaiitrs, par les nua;;ps et par le eiel, continue à tonilicr. la couleur d'une ombre doit participer de la couleur de toute chose pouvant rayonner (mi refli'ler de la lumière sur elli*. D'où il suit que la couleur d'une omlire doit ^Ire la couleur moi/efiiic de la lu out-re diffuse, et doit varier, comme cette dernière varie, avec les couleurs de toutes les choses environnantes. Ainsi s'e\pli(juait d'un coup l'inconstance qu6 j'avais déjà remaniuée, et je reconnus immédiatement, dans la nature, ce que la théorie implique, savoir: qu'une ombre |)eut avoir n'importe quelle couleur, selon les circonstances. Sous un ciel clair, (juand il n'y a tout près, ni arbres, ni haies, ni maisons, ni autres objets, les ombres sont d'un blei! pur. Pendant un soleil couchant rouge, un mélange de la lumière jaune de la partie supérieure du ciel à l'ouest, avec la lumière bleue du ciel à l'est, produit des ombres vertes. Allez près d'un réverbère à gaz, par une nuit de clair de lune, et mettez un porte -crayon à angle droit avec un morceau de papier; il se trouvera jeter une ombre bleu-violacéé et une ombre jaune-grise, produites, respect i\ement, par le gaz et la lune. Et il y a des conditions qu'il serait trop long de décrire ici, dans lesquelles il arrive que deux parties de la même ombre sont colorées dune manière dilïèrente. Tous ces faits me parurent évidents aussitôt que je sus qu'ils devaient exister.
Ici donc, voici à l'égard de certains phénomènes simples qui sont visibles à toute heure du jour, trois convictions successives, chacune d'elles acceptée avec une confiaoce
"■■^ l'KtiHLÈMKS DE MOHALF. KT l)K SOCIOLOfilE
inébranlable; et pourtant nne seule — ainsi (|ii(« je V^ eroi*» niainlenanl — est viaic. Mais, sans l'aide de rhy|)()liièse, je serais probablement rolt' dans la drnii-vérilé cpie les ombres ont une teinte nenlic
N'est-il |)as clair. |i,ir consiMpicnt. (pi'il n'est pas facile (l'observer rorreelemcnt? D'inu; paît, une idcc ar»Vlee d'avance nous expose à voir les choses non comme elb-s sont, mais comme nous les imaf^inons. D'autre pari, en labsenee d'une idée préconçue, nous sommes exposés à négliger beaucoup de choses (pie nous devrions voir. Pourtant il faut ou bien que nous ayons une idé»^ préconçue, ou (jue nous n'en ayons pas. 11 est donc évident (pie toutes nos obsenations, excepté celles que guident les théories ^raies (h'jà établies, sont en danger d'ôtre ou faussées ou inciriMplcles.
11 ne me reste cpi'à faire remarquer que si nos observations sont déjà imj)arfailes dans des cas tels que les j)récéilents, où les choses vues sont persistantes, et peuvent être regardées à diverses reprises, ou contemplées conlinuellenient, combien plus imparfaites doivent-elles être lorsqu'il s'agit de processus compliqués de changements ou d acfions, présentant chacun des phases successives qui, si elles ne sont point observées au moment où elles se produisent, ne poun'ont jamais l'être. C'est ici que les chances tl'erreur se multiplient immensément, hit quand, par surcroît, il existe quebpie excitation morale, quand, comme pour ces expériences d'esprits frappeurs et de labiés tournantes, l'intelligence est, en partie, paralysée par la crainte ou l'étonnement, l'observation correcte devient presque Aine impossibilité.
DE LA imA\'\t A LA SEllViri DK
Pamii les inilK' inniiii^res cjoiit les cuiielusioiis liu sens • iiniiiuii, à propos des aiïaires sociales, sont déiiieiiljo juir 1 - ' Miieiiienls coiiiiiu', par ••veiiipli'. lorvjiu' K-s mrHii, > l'iiM > pour su|ipniit('r un livre en aupiieiitciit la ein ul.i- (ion, ou lor>(|u'une tentative pour eiii|N^rlK*r des l,iu\ 1 inlérôt usuraires rend les conditions plus dures |Miur I enipninteur, ou lorstjuil y a une plus ^Tande diflieulté |Miur voir des mareliandises à l'endroit où elles sont faliri(|U(-es ■ ;ae partout ailleurs', une des plus sin;:uli»Tes est la faron .lont plus les choses se perlectionnent, plo^ "k •»•* plaint à leur égard.
Aux jours où le peuple n'avait aucun [Miuvoir politicpie, on se plaignait rarement de son assujettissement, mais dès ;ue les institutions libres se furent assez étaldies en Angleicrn* pour (|ue notre (trganisation |toliti(|ue fût envice |>ar les peuples du coulinent, les accusations contre le gouvernement aristocratique devinrent de plus en plus fortes, Jusc|u'à ce qu'il se fit un grand élargissement de la franchise, liientôt suivi de plaintes de ce que les choses allaient de travers faute d'un plus grand affranchissemenl . Si nou»
• ( . ; .-M ,1 . • k'rom
•aiuuculictrt publiée au ruiumeuceuitroi de ivn^.
remonlons en arrière, aux jours de la sauvagerie, pour y voir riiistoire de la lacou dont on traitait la femme, nous la voyons porter les fardeaux des hommes et n'avoir à manger q.ue la nourriture qu'ils avaient laissée ; à travers le moyen âge, elles servaient les hommes à leurs repas; et de nos jours, dans toute noire organisation sociale, les droits de la femme sont toujours au premier rang, et c'est lorsque le traitement était le pire qu'il y avait le moins l'idée qu'il était mauvais ; maintenant qu'elles sont mieux traitées que jamais, on proclame avec de plus en plus de force leurs griefs, les vociférations les plus violentes venant du « paradis des femmes », de l'Amérique. Il y a un siècle, quand il était difficile de trouver un homme qui ne fût ivre à l'occasion, et quand on méprisait un peu celui qui ne savait pas porter une ou deux bouteilles devin, il n'y avait point d'agitation contre le vice de l'ivrognerie, tandis que, de nos jours, au cours des cinquante dernières années, les elTorts volontaires des sociétés de tempérance, unis à des causes plus générales, ayant produit une sobriété relative, il y a des demandes violentes pour qu'on fasse des lois empêchant les etîets désastreux du commerce des vins. Il en est de même pour l'éducation. Il y a quelques générations à peine, la faculté de lire et d'écrire était, en pratique, limitée aux classes élevées et moyennes, et en proposant qu'on donnât aux artisans quelques rudiments de culture, on se serait rendu ridicule, mais lorsque, avec nos grand-pères, le système des écoles du dimanche, inauguré par quelques philanthropes, commença à se développer et fut suivi de l'établissement d'écoles quotidiennes, avec le résultat de ne plus rendre exceptionnels, dans les masses, ceux qui savaient lire et écrire, et que l'on demanda à grands cris des livres à bon marché, alors on commença à dire que le peuple
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IxYissjiil par n^Miorano", d (|ii,. |•|^tal n,. (|,.vait pa» »cnil<v iiu'iit l'inslruir.'. m.iiN ||. forf(«r à s'iiislruir,'.
Kl il «Ml ol (le int'iiu'. aussi, poitr Irtal -. i,. kiI do Li popiilalioti. (iiiaiil à la nourriluiv, au v^Hrm.Mit. a I alui. aux apvint'uls d,» la \\,\ Laissant (!<• vMc la nnn|)araiM.n a\('c la l)arliarit' des pn-inicrs àp's, il y a «'u un pro;:ivs r\id.iil depuis le t.inps on la plu|)art «l«'s paysans vivaient de pain d'orf^o, de pain de seif^ie et de farine d'avoine, jusqu'à nos jours où la consonunation de pain Idane de Iroiuent est universelle; — dejjuis les jours où \r^ ve>tos ^rrossitVes tombant jns(ju'au\ frenoux laissaient \oir les jandies nues, juscpi'à aujourd'hui où les niaiid'uvres, tout eomnie leurs patrons, ont tout le eorps eouvert de deux ou trois couches de vêtements; —depuis l'ancienne ère des cabanes à une seule clKunbre sans cheminée, ou du quinzicme siècle où même la maison d'un ^gentilhomme n'avait sur ses murs ni plâtre ni boiserie, jusqu'au siècle actuel où chaque chaumière a plusieurs chandjres, ainsi que les maisons des artisans, — et toutes ont des cheminées, des fenêtres vitrées, accompagnées pour la plupart de papiers de tentures et de portes i)eintes; il y a eu, dis-je, un pmgrès remanpiable dans la condition du peuple. Et ce progrès se>t encore accentué de notre temps. (Quiconque se sou\ ienl d'il y a soixante ans, où la somme de paupérisme et le nombre des mendiants étaient bien plus grands que m lintenant.est frappé delà grandeur relative ei du fini des nou- N elles maisons occupées par les ouvriers; — par les vêtements meilleurs des artisans qui portent du drap k» dimanche, et ceux des servantes (jui font concurrence à leui maîtresse; — par le type supérieur de vie, (pii mène à tin6 plus grande demande des meilleures qualités de nciurrilurt? par les travailleurs ; tout cela résultant du duublechangenui.l
Sl'F.NCEK. l'iti'jl. 6
des salaires plus élevés et des marchandises à meilleur marché, et d'une distribution de taxes qui a soulagé les classes inférieures aux dépens des classes supérieures. Il esl lïa[ipé, aussi, par le contraste entre le petit espace que le bien-être populaire occupait alors dans Tattentiou publique, et la grande place qu'il y occupe maintenant; avec le résultat que, en dehors comme au dedans du Parlement, les questions les plus en vue sont des plans pour le bien-être des multitudes, et que tous les riches sont sommés de se réunir en quelque tentative philanthropique. Cependant, tandis que l'élévation mentale et physique des masses se produit ainsi bien plus rapidement qu'auparavant^ tandis que l'abaissement du taux de la mortalité prouve que la moyenne de la vie est moins pénible, un cri s'élève, de plus en plus fort, disant que le mal est si grand quil ne faudra rien moins qu'une révolution sociale pour le guérir. En présence de progrès sensibles, accompagnés de cet accroissement de longévité qui, à lui seul, donnerait une preuve concluante d'une amélioration générale, on proclame, avec une véhémence croissante, que les choses vont si mal qu'il faut démolir toute la société et la réorganiser sur un nouveau plan. Donc, en ce cas, comme dans ceux que nous venons de citer, c'est à mesure que le mal décroît qu'on le dénonce avec le plus de véhémence, et au moment même où l'on constate la puissance des causes naturelles on se prend à les trouver impuissantes.
Ce n'est pas que les maux à guérir soient peu de chose. Que personne n'imagine qu'en soulignant le paradoxe en question, je veuille traiter légèrement les souffrances que la plupart des hommes ont à endurer. Les destinées de la grande majorité ont toujours été et sont encore, assurément, si tristes qu'il est pénible d'y penser. Nul doute que le type
DK I.V llltKUTK A LA SUlVITl DB (P
acUicI (ror^'anisalion sofiaU* soit |u'ii sali^faisanl pour (eux (|iii .liiiKiil liMiis sfinlilaMt'S. ri nul «loutr (pu' lt*s ai'tivilt's liiiinaiiH's ac'< tunpajiiiant vv lypo xiifiil loin J'tMre adiiiirabU's. Lt>s (liNi>i(>iis profondes cntn* les rai»j;s, et les iuiincnses inégalités lie ressources, sont en désaeeonl avec Tidéal des relations humaines sur le(piel rinia;,'inalion s\nipatlii(pie aime à se reposer; et la moyenne de la conduite, sous la pression et l'excitation de la vie sociale telle (pi'on la mène maintenant, est, à divers égards, répugnante. Hien cpie ceux (pii, en si grand nombre, altacpient la eoneurrence, ignorent étrangement les énormes avantages qui en résultent, — bien (pi'ils oublient que la jjluparl des moyens et des produits qui distinguent la civilisation de létal sauvage et rendent possible renlrelien dune grande population sur un petit territoire, ont été développés par la lutte pour l'existence, — bien qu'ils négligent le fait que tandis que chaque homme, comme producteur, soulTre de Ce' que son compétiteur offre à meilleur marché que lui, poiirlanl, comme consommateur, il a un inmiense avantage à rabaissement du prix de tout ce qu'il achète, — bien qu'ils j)ersislent à s'appesantir sur les inconvénients de la concurrence et à ne rien dire de ses avantages, — il n'est pas possible de nier que le mal soit grand, et forme une terrible compensation à ces avantages. Le système sous leijuel nous vivons maintenant encourage la fraude et le mensonge. Il suggère des falsilications de toutes sortes, il est responsable des imitations à bas prix qui, en beaucoup de cas, finissent par chasser les articles authentiques •lu marché, il mène à l'emploi de poids falsifiés et (h- '"eusses mesures; il crée la corruption rpii \ icie la plupart des rela- (ions commarciales, depuis celles du manufacturier et de (acheteur jus(|u'à celles du boutiquier et du dontestique; il
encouraj]:».' la tromperie à un tel déféré qu'un employé qu^ ne sait pas mentir elTronlémenl est blàiné; et souvent il ne laisse au néfrociaiit conscieneieux que le choix entre i'irai- 'alion (les actions illicites de ses compétiteurs cl lamine de SCS créanciers par sa propre banipicroule. En outre, les fraudes considérables qui sont comnnnies dans tout le monde commercial et sont, journellemenl, exposées dans les cours de justice et les journaux, sont grandement altri-
buables à la pression sous la(|uclle la concuiTcnce place les classes industrielles supérieures, et sont d'ailleurs dues à cette dépense exagérée qui, en impliquant le succès dans la lutte commerciale, symbolise Thonneur. A côté de ces maux secondaires, il faut noter le mal principal, qui est que la distribution opérée par ce système donne à ceux qui la règlent et la surveillent, une part du produit total trop grande par rapport à celle qui revient aux vrais travailleurs. Que l'on ne croie donc pas qu'en m'exprimant comme je viens de le faire, je méconnaisse les vices de notre système de concurrence que je décrivais et dénonçais, il y a trente ans'. Mais ce n'est pas une question d'inconvénients absolus, c'est une question d'inconvénients relatifs : il s'agit de savoir si les maux dont on soulfre maintenant sont ou ne sont pas moindres que ceux dont on souffrirait sous un autre système, si les efforts pour lesmitiger, qu'on a faits jusqu'ici, n'ont pas plus de chances de réussir que les efforts dans une direction toute différente.
Voilà la question qu'il faut examiner. On m'excusera de commencer, tout d'abord, par exposer quelques vérités qui sont assez familières à quelques-uns d'entre nous, en tous
' Voir Fessai sur The Slorals of tracle {Mœurs commerciales) dans les Essais sur le Progrès, traduction Burdeau (F. Alcan).
DE U I.IHKRTÉ A U StnVITt'OB H5
CHS, avaul dt* fhen'licr à tirer iIch conclusion % qui ne le »onl pas auLiiil.
(•l'iitralcnuMit |wirlaiit, tout liunnui' travaille (nuir <\il(T Il Mniiïrance. Ici, c'est le souvenir ties anj;ois<vcs i\t> la faim i]ui le pousse, là c'est le fouet du maître (^eM*la\e^ qui lui in«ipire laclivitê. Sa crainte iinniédiate peut «^tre la punition (pie les circonstances physiques inflipTont ou celte qui lui viendra de l'attioii liuniain«v II faut (pi'il ait un inaîlie. mais ce maître, c'est tantôt la nature et tantôt l'homme, son semldaMe. (Juand il est sous In coerciti» n impersonnelle de la nature, nous I appelons libre; tandis que. lorscju'il est soumis à la coercition personnelle de queKpi'un au-dessus de lui, nous l'appelons, selon le dej.Té de sa dépendance, esclave, serf ou vassal. Je laisse, naturellement, de côté, ceux, en petit nombre, qui reçoivent des rt*ssources par hcritafîe, c'est un élément social fortuit et non nécessaire. Je ne parle que de la fjrande majorité de ceux qui. cultivés ou incultes, jra^Mient leur vie par le travail, corporel ou mental, et doivent ou bien agir de leur volonté libre, sous la pression des maux ou des avantages qui en résulteront, ou agir avec une volonté assujettie à d'autres, sous la pression des maux ou des avantages (pii en résulteront artificiellement.
Les hommes peuvent travailler ensemble, dans une société, sous l'une ou l'autre de ces formes d'autttiité. formes qui, (juoijpie en bien des cas mêlées, sont essentielbMiieiil opposées. Si l'on emploie le mol de coopération dans son sens le plus large, et non dans le sens plus restreint qu'on lui donne d'onlinaire maintenant, nous |m)uvons dire ()ue la vie sociale est conduite soit par la coo|)érati<m \olonlaire, soit par la coopération forcée, ou. pour employer les paroles de >ir Heiir\ Maine, le svsléme doit
8fi prvOlU.KMKS DF. MOliAI.K KT DE SOCIOLOGIE
ôlre celui du cotthrit ou celui du status;^ — celui où Tindividu l'ail de son mieux |)ar ses («ITorls si)onlaiiés, et réussit, ou échoue sidon sou action productive, et celui où il a sa place assignée, où il travaille sous une règle coercilive, et a SA part fixée de nourrilure, de vêtements et d'abri.
Le syslènie de la coopération volontaire est celui par leiiuel, dans les sociétés civilisées, Tinduslrie est dirigée partout maintenant. Nous l'avons, sous une forme simple, dans chaque ferme, où les manœuvres, payés parle fermier lui-même, et prenant directement ses ordres, sont libres de rester ou de partir à leur gré. Et dans une forme plus complexe, l'exemple en est donné dans toute manufaclurc, où, sous des associés, il y a des directeurs et des commis, et au dessous de ceux-ci il y a des contrôleurs et des surveillants, et enfin au-dessous de ces derniers des ouvriers de degrés différents. En chacun de ces cas, il y a une évidente réunion pour le travail ou coopération, de celui qui emploie et de celui qui est employé, pour obtenir, dans le premier cas, une récolte, et dans le second, une provision d'objets manufacturés. Et puis, en même temps, il y a une coopération bien plus étendue, quoique inconsciente, avec d'autres travailleurs à tous les degrés de l'échelle sociale. Car, tandis que ces patrons et ces employés sont, respectivement, occupés à leur travail spécial, d'autres patrons et d'autres employés font d'autres choses également nécessaires pour l'entretien de leur vie aussi bien que |)our celui de la vie de tous les autres. Cette coopération volontaire, de sa forme la plus simple jusqu'à sa forme la plus complexe, présente ce trait commun que ceux qui y sont intéressés travaillent ensemble de leur propre consentement. Personne ne leur impose de conditions, ni d'acceptation. Il est parfaitement vrai qu'en beaucoup de cas un patron peut
DE LA LlOUiTf: A U SEnVITL'bE WJ
acoonlor, ou un employé uccepler c«a cunditiuiiK avec n'pu- ^iiuiicc : ils disent (|uc les cireonstanres leii y furcciil. Mais <]ue sonl ces cireunstaiices? Dans un des cas, ce soûl des
4-oinniandes de niairhandises, ou un contrat si^^'iié, ((u'il ne peut fournir ou excculer sans lairc une concussion ; et dans l'autre cas, l'eniployé accepte un salaire moindre, parce «piaulremcnt il n'aurait pas d'ar^'enl |KJur se procurer d<* U nourrilinc et de la chaleur. La formule générale n'est jias : «' Faites ceci ou je vous y forcerai »; mais c'est : « Faites ceci ou «initiez votre place et acceptez les coiiséijucnces ».
D'autre part, l'armée est un exemple de la coopération forcée, non pas tant l'armée anglaise où le service est, par accord, fourni pour une période spécifiée, mais une année continentale levée au moyen de la conscription. Ici, en temps de paix, les devoirs quotidiens — lastieage, la parade, l'exercice, la garde, et le reste. — et en temps de guerre, les diverses opérations du camp et du chani|i de bataille, se font au commandement, sans (]u'il y ait lieu d'exercer un choix. Depuis le simple soldai jusqu'aux ofliciers sans brevet et à la demi-douziiine environ de grades d'officiers brevetés, la loi universelle est l'obéiss;ince absolue, du degré inférieur au degré au-dessus. La sphère de la volonté individuelle est limitée par la volonté du supérieur. L' s fautes contre la subordination sont, selon leur degré de gravité, punies par la privation de congé, l'exercice snpplémenlaiie, la prison, leschâlimenls corporels, et enfin, en dernier ressort, par le peloton d'exécution. Au lieu de se soumettre volontairement à des devoirs spéciliés, sous peine de renvoi, il faut ici «< obéir a tout. ordre donné, sous peine de soulîrance et peut-être de niurl ".
Coite forme de cooptTation, qui oxisle encore dans toute armée, a, au temps passé, été la forme de coopération de toute la population i'i\il('. l'arloul, et on tout leinjis, la guerre ciironique engendre le type militant, non seulement dans le corps des combattants, mais dans toute la communauté en général. En pralicpic, tandis que le conllil entre les 'sociétés se poursuit activement, et que se battre semble être la seule occupation virile, la société est l'armée au repos, et l'armée est la société mobilisée; la partie qui ne se mêle pas à la bataille, composée d'esclaves, de serfs, de femmes, etc., constituant le commissariat. Naturellement, par conséquent, parmi la masse d'individus inférieurs constituant celui-ci, on maintient un système de discipline d'une nature identique bien que moins élaborée. Le corps combattant étant, dans ces conditions, celui qui gouverne, et le reste de la communauté étant incapable de résistance, ceux qui dirigent le corps combattant imposent, naturellement, leur autorité à ceux qui ne combattent point, et le régime de coercition leur sera appliqué avec les seules modifications qu'entraînent les différentes circonstances. Les prisonniers de guerre deviennent des esclaves. Ceux qui cultivaient librement leurs terres avant la conquête, deviennent des serfs attachés à la glèbe. Les petits chefs deviennent sujets des grands chefs, les petits seigneurs deviennent vassaux des plus grands seigneurs, et ainsi de suite jusqu'au plus grand de tous, les rangs et les pouvoirs sociaux étant de nature essentiellement semblable à ceux de toute l'organisation militaire. Et tandis que pour les esclaves la coopération forcée est le système établi, une coopération qui est en partie forcée est le système qui règne dans tous les degrés au-dessus. Chaque serment de l'homme envers son suzerain prend la forme : « Je suis votre homme ».
DK U LIbUlTL A U hUiXITUbl 89
Dans loule rDiirope. el |iartii'uli(''reni«nl un An^zlclfrre. ce sysléme de rooiuralion ïorci't a ^n^diiellement |»cnlu (i<' sa ripieiir. tandis que le système de la coo|>('raliun
volonlairo l'a r«'iiijt!;nM'|)ar do;:r«'s Dt^sqtieli sa
dtMrc i'alTaiiv priiuipait* de la vie, la slrucUii' ,'■<>•
duite par la guerre et ()iii lui est appropriée, fui leiiledulte par la ^crre et qui lui est appropriée, fut lentement modifiée par la strurturc sociale produite par la vie industrielle et qui lui est appropriée. A mesure qu'une partie moindre de la communauté fut vouée à des ;i(ti\ité» olTeusives et défensives, une partie plus prande se voua à la production et à ladistrihution. Devenant plus ntunlireuse, plus puissante, et se réfugiant dans les villes où elle était moins sous la |)uissance de la classe militante, cette population industrielle mena sa vie sous le systrme de la coo[h*ration volontaire. Bien que les gouvernements municipaux et les règlements des corporations, en partie pénétrés par les idées et les usages dérivés du type militant de la société, fussent en queUjues degrés coercitifs, la pn)duction et la distribution étaient, le plus souvent, opérées d'accord entre les acheteurs et les vendeurs, et entre les maîtres et les serviteurs. l)és que ces relations et ces formes S(»ciales d'activité devinrent dominantes dans les populations urbaines, elles influencèrent toute la communauté; la coopération forcée seiïaça de plus en plus, par l'échange d'argent contre les services militaire et civil; en même temps. 1 -s distinctions de rang devenaient moins rigides, et le pouxoir des classes diminuait. Kniin, les contraintes exercces sur les corps de métier étant tombées en désuétude, aussi bien que le gouvernement dun rang sur un autre rang, la coopération volontaire devint le principe universel. L'achat et la vente devinrent la loi. pour toutes sortes de senices comme pour toutes sortes de marchandises.
90 PnOni.feMKS I)K MOUALK Kl DK SOCIOLOGIR
L'iiU|uii'lU(lt' eu;zeiulivo par iiin' prcNsion (niclcuiKpio sur les fondilions di' rcviNiciicc, su;/^('re porptluclU'iiHMii le (Irsir d'essayer (|url»ni(' position nouvelle. (Ihaeun sait conil)ien un rej)os lon^'uenienl eonlinué dans une interne alliludc <le\i«Mil fati^'anl: chacun a trouvé tpic le meilleur des fau- («Miils. dont on s'est d'altord njoui, linit. aprcs un certain nonduc d luMircs, paicirc inlolciahlc, i-l (pj'il senddc, pour un teiups, «juon se reposerait volontiers sur le siège dur, occupé et rejeté précédemment. Il en est de même pour l'humanité constituée en corps. S'élant émancipée, après de lon^'ues luttes, de la dure disci|)liiii' de ianeien rrtjimc^ v\ a\anf découvert (pie le noUNcau rrijUnc, Itien que relativement facile. n'(\"^l pas sans présenter des elTorls et <Ies souffrances, son imi)alience à les subir lui suggère Pidée d'cssaver d'un autre système, lequel, en principe, si ce n'est en apparence, est le mémo que celui dont on s'est débarrassé, «luraiit les dernières générations, avec tant de satisfaction.
Car, dès (pie le n'-gime du contrat est exclu, celui du status, est nécessairement ado()té. Dès (pie la coopération volontaire est abandonnée, la coopération forcée doit y être substituée. Le travail doit avoir une sorte d'organisation, et si cette organisation m* naît |)oint d'un accord avec une coïKMiiTenee lil»re, il faut (pi'elle soit iujposée par l'autorité. Si différente (ju'ellc soit, en apparence et de n(»m. par ia|)- ])orl à l'ancien ordre d'esclaves et de serfs, tia\ aillant sous des maîtres qui obéissaient à des barons, les(piels étaient vassaux de dues ou de rois, le nouvel ordre qu'on a souhaité, constitué par des travailleurs sous des contre-maîtres <le petits groupes, surveillés |)ar des inspecteurs (pii sont soumis à des direclfur-N locaux placés sous l'autorité de gouverneurs de districts, eux-mêmes soumis à un gouvernement central, doit être es.sentiellemeiil lia>é sur le même
jtnnriiM*. IIaik» l'un dt*^ va^ ruiiiiiii* dëu% l'aulrr». Il doit y avoir dcA d(*);n*!i ('IaIiUk. «t tiiif* fitibtinliiiatiiiii furrfr d«» « twit|ut* dr^'n> au dviori* su|M^nt*ur. Cetl U u
' lUniUlliNl*' ou II' vo« i ili»!. Il liiiH I
10 i<' ^\^t('lll(' t*\|Nt.ilil <iM «II, Il tilt it'-ii II .i<
i !i<i (|U(* l(»u% d(»iv<Mit veiller il CI* (|u<* mil it il
ct\n\ qu'il vaudrait Ix'aucoup inituix qur lf»u< pri' u
• Ion iiid^r^ts docliarun, et il ft'alKtioiit d'(*\|ili(|iirr par «furl iiKH'aiiisiiio (*o devrait Mrv fnii. Iiicx itahlciiimt. ni rliarun de nous doit ^trooiilrctciiu par toii^. il faut que ton?» ivuni% ms ! I • urt'iit les iiKiNens, les nécr>>itrs de la vie. T.- ....• i-
H !»oi*iai dunne à chacun, dtiil ^tre pri» à de> > (iuiis aocuinulées, et il doit dune ^trc rrquis dr rliaruii m qu(»le-|Mirt, — il faut lui direeoiiiliieii il doit dutiiierau foinU runiiiaiii sous fonm* de pn>ductioii, alin d'avoir droit a tant. >t)U«» ft»nnc d'oltjets néce-isaires à son entretien. D'où il suit <|ue. avant d «"^Ire appro\isionné. il faut qii il se motte au\ ordres de quelqu'un et qu'il ulk'isse à ceu\ qui lui diront < e qu'il faut faire, et à quelles heures et où. et qui lui doniien)nt sa pari de nourriture, de vêtements et de lo;:ement. Si l'on exclut la ooncurrenco. et avec ell«>raoliat et la \eiite, il ne peut pas y avttir iréclianj.'e vt^iontairo de t;i' ' ' '~-\vail pour tant de produit, mais il doit y avoir r», -- . u de l'un à l'autre, par des officiers nommés à cet efTel. Olte répartition doit ^tre forcée. Louvrape doit ^tr« Uiit : il n'y a pas d'autre alternative ; et le UMu-fice. quel |u':I soit, doit tHre accepté, sans qu'il y ait " s
J .mire allenialive. (^r le travailleur ne peut p^- .,.....ir Mm {Miste à volonté et aller s'offrir ailleurs. .\vec un lel système il ne pi'ut être accepté ailleurs que sur un (»rdre des autorités. Et il est Uianifeste qu'un ordre per- (luuent défendrait d'occuper à un endroit le mombr»
02 rnoni.f.MKS kk Mouvir. r.r dk snr.ioi.or.iE
iii-iiltordoiiiir \ cn.iiil d un aiitic ciiilidil : Ir >\ >lrm(' \\o foiictioiiinMail pas ^i Ic^ li a\ ,iilliMir> claiciit, r('S|t('('li\ ciihmU. libivs il'allcr ft de \riiir a leur i:n''. Ancc des raporaiix et dos siM-iiciiU à li'iii> (iidirs, li'> caiiilaiiifs (|(> l'indiislrir d")i\('iil rvrculcr Irs (■oiiiiiiandcincnls de leurs (-(tloiicls. cl cos dcniirrs ci'iix de Iciiis ;i(''m'Taii\. jiisi|iraii ('(iiiscil du iMiiiimaiidaiil en clicl ; cl r()lici«>saiicc doil T-lic c\i;^'(''c dans toiilc I armcc indusiricllc. comme elle le serai! daii-^ une armée do combat. « Faites lo devoir (jui vous (\st prescrit, et prenez les paris (jui vous sont réparties », doit r\vr la refile de lune comme de l'autre armée.
(. Hien ! (piil en soil ainsi, réplique le soeialiste. Les Iravaillcm's nonuneroni leurs j)ropres officiers, et ceux-ci seront toujours soumis aux criliquesdela masse qu'ils <x()nvernent. Etant ainsi sous le coup de l'opinion publique, ils ne peuvent manquer d'a^j^ir judicieusement et justement, ou. s'ils ne le font pas, ils seronl déposés par le vote j)o|)ulaire. local ou général. Comment se plaindre d'être soumis à des supérieurs, (piand les supérieurs eux-mêmes soni sous l'aiilnrilé démocratique ? » Et le socialiste a pleine confiance eu celle \ ision allrayaute.
Le fer cl le cuivre sont des choses plus simples cpie l;i chair et le sang, et le bois mort esl jdus simpl(3 (jue les neilV \ivants; une uiachine consiruile avec les premiers marche d'une manière plus définie qu'un organisme construit avec les derniers, — surtout quand la machine est mue par les forces inorganiques de la vapeur ou de l'eau, tandis que l'organisme esl mù par les forces des centres nerveux vivants. II est donc manifeste (pie lou peut mieux c.dcider la manière ooiil marchera la machine que celle dont marchera l'organisme. Et cependant, en combien peu de cas
î»fe U LIMinu iJIVtTl'DI W
rinvriitriir prt^\oii !»• foiHtjoiiiiftiiful d** mhi nom ri .j,|.arriP LiM*z une U^w tl«i |Mlcntci». et vuu» r «-i
qu'il n'y n qu'um* invention »ur riiM|UAnl«* qui r^UMkil. Si ;.! jn-îMf i|'j^ !Miii |in»j«*l Ail |wru à rinvcntcur, un «I uti I .iiilrt' cniiM^ilii' I ;i(iiuii «luiin ax.iit vu \U4*. ri aim mun ri'!»ult;it ^raiidcniciit dilTinnl «Ir n-lui qui «i •'• •'• "r»«.
(juo ilinins-nous cIimumIi' t*<>Npnij«'tA«|ui M*ra|>| ^n
nu\ niatii^res et aux ftirrt's mortes, niuii» à de« ui^ranisnirt vi\aiits. roniplexes. n^i!(»nnt de manières pi*u ai!»ée» a prévoir, et qui inqtliqueiit la euopération de multitudes d or^'anismes seniMalth^ ' I.rs unités munies dunt ee c ■ ■ litiqueréarranp* est f«»riué. sont souvent ineomin . .is,
Cliaeun est. de tenqis à autre, suq)ris des «^ .1»» des
autres, et même par les net ions des pro<'hes qu'il émit le mieux eonnaitre. Considérant, donc, avee quelle incertitude il |H'ut prévoir les actions d'un indi\idu. ('uiiiin«*nt peut-il préNoir. avec ipielipie eertitude. le fonrti<tiiii<iii«'nt d'une structure sociale ? Son point de départ, e'est (pu* l«»us les intéressés jugeront ju>tement et agiront loyalement. |>enscront comme ils doivent penser, et agiront comme ils doivent agir : et il fait cette su|q)osition sans considérer les expériences quotidiennes (pii lui montrent »|ue les liommes ne tout ni l'un ni l'autre, et ouitliant (|ue m's plaintes contre le système existant résultent de sa croyance que les lionnnes n'ont ni lu sagesse ni la rectitude que son plan exigerait «juils eussent.
Les constitutions écrites provoquent des sourires sur les lèvres de ceux (jui en ont observé les n '* ' et les systèmes siK'iaux sur le papier tint de îseni - effets «»ur
ceux qui ont examiné le léni'.tignage à leur dis|iosilion. Combieii les gens qui lii*enl 1.1 fté\uiu(iun Frani;ai«»e cl furent les plus occu|iés à I cublissement du nouveau gou-
M PPxOBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
vernement, ('laiont loin d'imaginer qu'un des premiers actes de ce régime serait de les décapiter tous! Combien les hommes (\m rédigèrent la Déclai-alion d'Indépendance américaine et fondèrent la République, s'attendaient peu à ce que, a|)rès (piehpies générations, le pouvoir législatif tomberait dans les mains d'intrigants politiques, que les disputes des chercheurs de places y occuperaient la place des atlaires, que i'action politique serait partout viciée par l'iutrusion d'un élément étranger tenant la balance entre les partis, que les électeurs, au lieu déjuger par euxmêmes, seraient habituellement conduits au scrutin, par milliers, par leurs « bosses * », et que des hommes respectables seraient chassés de la vie i)ublique par les insultes et les calomnies des politiciens de profession 1 On ne prévoyait pas plus exactement l'avenir, en donnant des constitutions aux divers autres États du nouveau monde où des révolutions sans nombre ont montré, avec une persistance étonnante, les contrastes entre les résultats attendus des systèmes politiques et les résultats obtenus. Il n'en a pas été autrement avec les systèmes proposés de réorganisation sociale, quand ils ont été mis à l'essai. Excepté là où l'on a exigé le célibat, leur histoire n'a été partout que désastreuse, finissant avec l'histoire de la Colonie Icarienne de Cabet, racontée récemment par un de ses membres, M""' Fleury Robinson, dans VOpen Court. — histoire de scissions, de schismes et de nouvelles scissions accompagnées de nombreuses dissensions individuelles et de la dissolution finale. Et pour l'échec de tels projets sociaux comme pour l'échec de projets politiques, il y a une seule cause générale.
• Nom américaio des politiciens plus influents.
DE LA LlItKKTK A LA SKHMTt'DK 95
L« iiu'tainorpliosc est In loi iinivfMscllo dont le» cieiix el la Tcnv oiïnMit iriiiuomlualtlt's cxempli's, surtout dans le monde or^'ani(|ue, et par ilessus tout dans le rè^rne animal. Aueun (^tre, «'xeepté les |ilus simples ri les plus |M'ti(s. ne couunenee son exislenee sous la lonn»' «pi'il linit par présenter, el dans la plu|>art des cas la dissemldanee est grande, si L'rande (pie la parenté entre la première el la dernière f«»rine serait incroyable si elle n'clail journellement eon;*tatée dans ciKupie basse-cour el cha(|ue jardin. Il y a plus encore. Les chan^emenls de forme sont souvent nmltiples. chacun clant, en apparence, une transformalion ecmjplèle, — lieuf. la larve, la chrysalide, par exemple. Et cette mélamor|)liose universelle, que révèlent éj^alemenl le développemenl d'une planète et celui de toute graine qui germe à sa surface, est aussi vraie des sociétés, qu'on les considère comme un tout ou dans leurs institutions sé|)arées. .\ucune ne linil comme elle commence, et la dilTérence entre la structure j)rimilive et la structure ultime est telle que, au début, le changement de l'une à l'autre aurait semblé incroyable. Dans la tribu la plus j)nmitive, le chef, au(iuel on obéit en temps de guerre, perd sa position distinctive quand le combat linit, et même, lorsque l'état de guerre persistant a produit une autorité permanente du chef, celui-ci, construisant sa propre hutte, préparant sa nourriture, fabriquant ses propres outils, ne diffère des autres que par son influence dominante. Hien n'indique qu'au cours du temps, par les conquêtes et les unions des tribus, et les consolidations de groupes ainsi formés avec d'autres groupes, jusqu'à former une nation, que le chef primitif des ieiiilra. connue c/.ar ou empereur, entouré de pompe et<réliquette, le dominaleur. ayant un |>ouvoirdespoli<iue sur des vingtaines de milli«)n>i d hommes, s'exervant
9ii l'nuBLÈMKS m: moiule et de sociologie
par dos centaines de mille de soldais et des centaines île mille de fonctionnaires. Lors()ue les premiers missionnaires clin'tieiis. sous un humide extérieur, et menant une \ ie «raliné;«'alion. se répandirent dans l'Kurope païenne, préchant de pardonner les injures et de rendre le bien |)our le mal. nul nima^'inait (|nau cours des siècles leurs repré- <enlants rormeraienl une vaste hiérarehie. possédant partout une ;:rande partie «le la terre, distin;,'uéo par la superlie de SCS membres dans les grades élevés, pouverncs par des évéques militaires ipii cdiiduiraienl leiu's tenanciers au combat, el a\ant à leur téie un pape exervanl le pouvoir suprême sur les rois. Il en a été de même a\ec ce même système individuel que tant de gens sont maintenant désireux de rem|>lacer. Dans sa forme ori;;inelle, rien ne prédisait le syslème des manufactures ou des organisations de travailleurs. DilTéranl d'eux seulement en ce qu'il était le chef il(^ la maison, le maître travaillait avec ses nj)prentis cl un ou deux aides, j)artagcant avec eux sa table el son logement, el vendant lui-même lenscmble de leurs i)rotl'iils. Ce n'est qu'avec le développement industriel (pie \inl I habitude doccuper un j)Ius ;^qand nombre daides, et la renoneialion, de la part du mailrc. à tout»' aiïaire .sauf la surveillance. El ce n'est (pie dans les derniers temps (juc se dévelo|)pcrenl les organisations dans lesquelles les travaux de centaines et de milliers d'hommes recevant des salaires, sont gouvernés par divers ordres (remployés payés, sous un chef uni(pie. ou sous plusieurs. Ces petits groupes producteurs jirimilifs, à moitié socialistes, comme les familles eomposées ou les communautés des premiers âges, furent lentement dissous parce qu'ils ne pouvaient se maintenir : les établissements plus grands, avec une meilleure subdivision du travail, réussirent parce
IȈ U UUAIfi A U MJlVtTl'M 91
<; |HHiilaidil |iluH vflirArriiinit au& lieMiitiA de U
MMMfie. .Mai!» nou* n'avunn | ah a remoiil(*r «i haut «Un* \«
'•, (Miiir y Inmvrr la Irai'e tif h ' I. s .1 iii iii.iuiui««». L«* jour où, « i. ^...
ii\r(*<» fuir an (Miiir venir m .>.
lion, on eût ap|)elé idiot l'opixi^ant qui aurait |)ru|ili qiiVn cinquante* aii«i la >oiiiiii(* il«'*|M'iiM'*f par \*'*> t.i» r;:«l'*< f\ l«»H la\»*> locales >"r|r\crail a I inillion .1. ,,.,. - Ou «lui eût (lit (|u'aiilcr rcUui'atiun c'était ouvrir la porte a la Jciuanile de l'aide pour la iiuumture et le vêtement, ou qui eût dit que parents et enfants, <^f;alenient privén d'option, seraient furrés. nii^me mourants de faim, |>ar l'amende ou la prison, à obéir, et à recevoir re qu«*. avec une outreoujJam-e pa|tale, l'Ktat appelle l'éducation. Nul, di»-je, n'eût i^vé que d'un genne si innm'ent en apparence, ne -erait dévelop|H' si rapidement ce système tyrannique, luquel se soumet si mollement un peuple qui croit être lihre.
Ainsi, dans les arranpMiients sociaux, comme en toute autre chose, le chanj^eincnt e>t inéxjtable. Ile>l insensé de ^apposer que, de nouvelles institutions conseneront longt«*mps le caractère que leur ont donné leurs fondateurs. Hapidcment.ou lentement, elles se transfonneront en in>titiili- iiN di>semb!al»!cs de celles qu'on avait voulues, si dis- N. lul.labics même que leurs invciitcur> ne les reconnaîtront \}\u^. Va dans le cas cpii nous occupe, que sera la métamorphos*'? La n^ponse indi(pjée par les exemples donnés ci- !es>us, et justifiée par diverses analogies, est manifeste.
In Irait cardinal dans toute op^Miiisation qui progresse, ist le dcvchqqnMiient de l'appareil réj^ulateur. Si les parties d'un tout doivent a^'ir eii>ciiible, il doit y avoir des mécanismes par les<}uels leurs actions sont dirigées, et plus
ort.%QUi. — Prvibl. 7
98 PROni.ÈMK.S |iK MdlUI.K YT DK SOCIOLOGIE
lo tout ost grand et roiuplrM'. ri ,i lnMii(nu|Mr»»\iutM)('''< .inxquHK'S n^pofulont lioaiicoup (ractiims, plus 1 ,i|>|iari'il dirijjoant iloit tMif rli'iidii. rl.ilMUV. «-l |)uissaiil. Imililf de din- (|iril <'u est ainsi pour les oi'.'anisincs individuels, et il cslévi- «Icnl (piil «Ml va de im^ine pour les orizanisinos sociaux. Oulro rapjiairil rr^'ulateur Irl (piil m faul, dans notre soeirir, pour la défense nationale <t Ir niainlien de l'ordre pulilie et delà sécurité personnelle, il dnji \ ;i\(»ir, sous !»• if^^iiiit' du socialisme, un a|)pareil réj^'ulalcur eontrôlanl. p.uloiil. toutes sortes de |)rodueti(»n et de dislrihution. et réj)arliss.inl partout les |)arts des produits de clKUjue espèce recpiis jtour chacpie localité, cliacpic établissement de travail, i-hacpn^ individu. Sous notre coopération volontaire telle (|u'elle «'\iste. avec ses contrats libres et sa concurrence, i.i prodiielioii et la distribution n'exi^'enl pas de surveillance (illieii Ile. La demande et l'olTre, et le désir qu'a chacun de gagner sa vie en fournissant aux besoins de ses semblables, déveloj)- |)ent spontanément ce merveilleux système par lecpKdcliacpie Jurande ville trouve sa nourriture, apportée journellement, à toutes les portes, ou en entrepôt dans les boutifjues voisines, a des vêtements pour ses citoyens partout à leur porléi; en variétés multiples ; a ses maisons, son mobilier, son combustible fait ou amassé dans chaque localité, et même la nourriture de l'esprit sous des formes variées, depuis les journaux à un sou colportés à toutes les heures du jour, jus(iu*aux troupes hebdomadaires de romans et de livres d'instruction, moins abondants, fournis sans parcimonie à bas j)rix. Kt dans tout le royaume, la production tout comme la distribution a lieu, semblablemenl, avec la plus petite part de surveillance nécessaire, tandis (jue les quantités des nombreusesdenrées requises, quotidiennement, dans chaque localité, sont réglées sans qu'il soit besoin d'un autre
bc u UfttAit 4 u «utvmiii *M
facteur que U rrcliorrUr ilu ^lin. Suppinkci iiiiiliilrtuut qiir iv M ^'iiiir iiulu^lricl vuloiilMin*. >i^'i)»iMiil K|Miiil.iiiriitriil,
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M' - i"ll< < I ' llll.l II • ■• lllllilM ■< 1 lll.l^'llll-/ I4
^ ilitiU lr<|iiiM' |Miiir rrlir (li!>tril<ulloti d<*
loutc» le» U«'iirr(*tt à tuu^ lot li.iiiil.iiiU ni «*lim|iir cilr. \ill« cl \ill i^'(\ qui c»t atliifllfiiioiil ru*u\rede» (*(HuiiM*n;itiiU ! Imi.i^iim-x au»M l'ailuniiitlratioii ('m'on*|)lu!k «a»l«*qui M*niil irquix- polir fair<- tout tv que font irt frniiirr», le.s uuiuulai-(urii'i> cl les U(>:uriaiils. a\aiit "••<' «• iilmK'iit S4*s onircs tlivor» do suni'illaut!» locaux. ii< .•u^-i'oiiln*'» et scê
(viitres|)rinoipjiu\ uécessain't>)>uurr('|iartir l<'k (|uaiilit('sde «liaquo cliuM* au lieu uù elle est iiiVessaire, et a«!»unT leur iv|iartitiui) au tein|i> re(|uis. Ajoutez a cela le (MTsoiiiiel iiiee>s;iire pour les uiines. les elieuiins de fer. les roule;», les e.iii.iuv; le» ètat^-inajors uéeessiiire* jMiur la conduite des alT.iires d'iiuportatiou et d'exportation, et l'administration de la marine marchande, ceux qu'il faut pour fournir aux villes, non S(>ulement l'eau et le gaz, mais la locomotion sur les tramways, omnibus et autres xéliicules. et |H)ur la dis- !"''•■: de> force > . électrique ou autres. Joi;.'nez-\ le* nations existantes de la poste, du téle;.'raplie et du téléphone, et linalement celle de la police et de l'année, par qui cet inunense sxstème régulateur consolidé doit être |iartout appuyé. Imaginez tout cela et demandez ce que s<i a la position des vrais tra\ailleur'i?I)éjà, sur le < ■ '' ,t.
ou les organisations gou\ernementale> sont plu'» .s
• t plus coercitixes qu ici. il y a clironiquement des plaintes contre la tyrannie de la bureaucratie, la hauteur et la brutalité de hcs membres. Que deviendront-elles lorx]ue non s«*ulemciit les actions les plus publiques des ciliiyens s<*runt surxeillées, mais qu'il \ sera ajouté cette autorité bien plus
llK) PlUUll.flMKS [>K. MollAI.K KT DK SOCIOLOGIE
tMeiuhir Mir Ions leurs (IcNoiisiiuoliilicns n'spcclifs'.Mjirai rivera-il lorsinif lt'> diverses (livisiun> de «('tic vmsIc .iriiirc de foiU'tioiHiairrs. iiiii>> par li'^ jnlt rrls ediimiiiiisaii loiiclioiiiiarisme — lesiulén^ts des ;:(iii\ri liants rer.sM.s ceux des gouvernés.— auront à Icursersiee la lorce nécessaire j)ourn''priin('r l'insubordination v[ a'/w en « sauveurs de la société «. Où seront les vrais niameuvres, mineurs, artisans et tisserands, quand cnix (pii coiiiiiiandenl elsurveillenl, arranp's pailoiil classe par classe, en vinidront, apivs (piehpies généralions, à ne se iiiarier (pie dans des laniilles de niènie elassc, avec les sentiments (pii agissent dans les classes existantes, et lorsqu'il se sera produit ainsi une série de castes à degrés de supériorité successifs, et lorsque cclle.s-ci, ayant toute puissance en mains, auront arrangé les modes de \ie à leur pidpie avantage, formant en définitive une nouvelN; aii^toeralie bien plus élaborée et mieux organisée (jue l'ancienne? (Comment l'ouvrier individuel se tirera-il d'allV-ire, s'il est mécontent du traiteiuent (pi'il subit, s'il pense cpi'il n'a pas une part suffisante des |)roduits ou (ju'il a |)lus de travail (iiiOn ne doit légitimement lui en demander, ou s'il désire entreprendre une tàebe à ia(pielle il se juge apte mais que ses supérieurs lui dénient, ou s'il désire se faire une carrière indépendante ? Cette unité mécontente dans linunense macbine, sera obligée de se soum<;ttre, ou de se démettre. La punition la plus douce de la désobéissance sera rexcommunicalion indiistrielle. Et si l'on lorme, ainsi (pTon la j)i'o;)osé, une organisation iiilrrnalionaie du travail, l'exclusion d'un pays entraînera l'exclusion de tous les autres : — l'excoîiinniuicaiion industrielle sera synonyme d'inaction.
Cette marche des choses est fatale, elle résulte non seulement de la déduction, non seulement de 1 induction de ces
m t \ iinthrf a i k liiJiviiiuc tui
r\|K^rit*IU'«»'» lluiMHstMHir j .n nlr. * • I di*i>»)»Uli, lion ^riiltiii.'nl
de la coiiHtli'*niliuii do itAalo^Mr<» (tiunii«-« par Wf^> n^n
de* tout unln*. mais ciicuiv dt* ruliMT\«liuii do r^^ qui ^'ulT^'llt juuriiflioiiiciit à notre \ue. Tuut corpn d'hoiniii<*« rl.d»ll r(»l un r\r||jj»|i« dc la VtTÏU* «|U«* lu ^InirUir»' i«-;:ul.t(ii> < tend (iiuji«ui> à aii^'ni(*nl(T de |tiii^<^niri' I i •-•••irt* d(* (-li.M|ii(* MM'icti* saxanic, ou nu^nie de toute mm mt
d'autn*» bulK, niontri' ntnun«*nt sou étal-major |MTman<'nt, (*n tout ou tM) partie, diri^'r les mesures et détt'nnine l(»s actions Sjins reneontrer lM>auettup de rt*sistaiice. intime ItirMpie la plupart des memlires de la s(H*iété refuMMit leur appndiation. la répu^Mianee à «pioi que ee >oit qui ait une apparence de réxolutinn >uni>ant d'«inlinaire à arrêter rop|N>>ition. Il en est de même |>our les compa^rnies par actions, celles, par exemple, qui possi'deiit des cli(*mins de fer. Les prt>jets d'un comité de directeurs sont généralement votés avec peu ou point de discussion, et >>"il y a une op|>o- >ition con>ideral»le, elle e>l immédiatement écraM*e <>ous une accumulation de procurations envoyées par ceux qui soutiennent toujours l'administration existante. Ce n e«»i que lors<|ue les malversations sont excessives, que la résistance des actionnaires rt'ussit à changer le personnel gou\ entant. Il n'en est pas autrement pour les soi.'iélés formées d'ouvriers et ayant particulièrement à cœur les intérêts du (raxail, les associations ouvrières. Chez cellesH'i, aussi, l'action nV"l«»lnce devient toute-puissante. Leurs mend»res. même iors(|u ils ne suivent pas la politique adoptée, cèdent habituellement aux autorités qu'ils ont choisies. Comme ils ne pinivent faire scission siins se faire des ennemis de leurs compagnons de travail et souvent perdre toute chance d'être employés, ils cèdent. Nous avons vu, aussi, dans de récents contrés, que déjà, dans l'organisation général*
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(los frfrdcs iminns si rrccmmiMit fiirinres, on se j)Iainl des <i polilicicns tirrnrs dr liccllcs " et dc^s <- hosres », ri drv «• fiHuMimmaires pormaiiPiils ». Si ddiic ccHc sii|)n''inalii' dos ;;()UV(Miianls so Noil dans les corps r()nsliln«''s d'ori^'ini' niodrrnr fornu's «l'hoininivs (\n\ mit, (Mi hcaucoup d(\s cas cilôs. la facultr libre d'aflinui'r K'ur iiidrpiMidancc, (pif (lrvi<M»ilra la Miprrinalic des p)UV('nianls dans tics c(»rp> claldi> dcjHiis l()ii;.Mciii|)S. en des corps devenus vastes ef Irj^s or^ranisés, et dans des cdriis (iiii, an lii-u de dirif/er seuleincnl iiiie parlie de la ^ie de riiiiilé. rè^'lenl Imite sa vie?
Ici cnc(»rc viendra une réponse : « Nous nous prémuni rons contre cela. Chacun recevra de l'éducation, et tous, l'iril ouvert coMslanimeiit sur l'alius du |)ouvoir. seront pnnu|)ts à if-Mpéclier ». La \aleur de ces espérances sérail ()elit(\ même si nous ne pouvions spécifier les causes qui amèneront des déceptions; car. dans l(»s affaires humaine'^, les |)r()jels (jui promettent le j)lus échouent sur des écucils don! licrsoiiiie ne soupçoimait l'existence. Mais en ce cas, des eaiises <''\idenles rendronl linsuceès Jié'cessaire. Le foiielioniienieiit des institutions est déterminé par le caractère des hommes, et les défauts existant dans leurs caractères amèneront, inévitaldemenl. les résultats indi(jué^ ci-dessus. Il ny aura pas ce (ju'il faudrait pour empêcher le développement d'une bureaucratie despoticpie.
S'il etai! nécessaire de s'arrêter sur une pi-eu\ e iiidjreele. Oh pourrait en trouver un iion exemple dans la cofiduite du parti soi-disant libéral, — parti (pii, renonçantà la conception primitise d'un chef se faisant le |)orle-voix duiîe politique connue et acceptée, se croit oblijL'é daccepler une polilirpie que son chef lui impose sans consentement ou avertisse-
iK u uujirt k u MJi«mM icis
nii*nl, — un parti m diih n'inmi ti« uur du »rr.'în>''nt n lit* litltV iiiipli(|u< » par l<* M»' raliMu**. qu il iir «- |i«»
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