‹ Problèmes de morale et de sociologieChapitre 17 sur 30 · I. Mltr.AMSMK SO<:i\|. i · texte numérisé non relu

I. Mltr.AMSMK SO<:i\|. i

locnlo. Kt s'il faut altrilnuT à la ii.it iin* du pfuplr le (li\«'lop|irm«'iit (l'une classeilirip'aui»' invspoii sable, il faut allrihuer à eelte nu^iuiî nature popiilaire les arrun^'enient?» soeiaux que cette classe crée pour suivre ses pn»j)n'S lins. Là uiéuie oïl le {zuuvernenu'nt cA »lt'sp()ti«|ue, la doetrine est encore justifiée. Le caractère du peuph' est, connue auparavant, la soun-e ori^Muelle de cette forme politique, et nous avons d'ahoiulantes |)reuves (pie d'autres formes créées soudainement na^Mssent pas, mais rétrogradent rapidement vers la forme ancienne. En outre, les n'glemeiitations dues à un despote, si elles a^'issenl réellement, le font p.iree qu'elles .sont adaptées à l'état social. Les actes d'un despote son! très inlluencés par l'opinion publi(pie, — parles précédents, par le sentiment de ses nobles, de ses prêtres, de son armée; ils sont en partie des résultats immédiats du caractère national, et, dés (piils ne sont plus en harmonie avec ce caractère, ils sont bientôt abrogés en pratique. Le fait que ('romwell n'a pu éiajjlir d'ime manière permanente une nouvelle condition sociale, et la renaissance ra|)ide des institutions supprimées, après sa mort, montrent combien un souverain est impuissant à changer le type de la société qu'il gouverne. Le processus naturel d'organisation peut être dérangé, retardé, ou aidé par lui, mais le cours général de ce pnx'essus échappe à son autorité. Il y a plus : ceux qui considèrent les histoires des sociétés comme étant les histoires de leurs grands hommes, et croient que ces derniers dirigent la destinée de ces sociétés, mécoiuiaissent le fait que de tels hommes sont le produit de leurs sociétés. Sans certains antécédents, sans un certain caractère national commun, ils n'auraient pu ni être engendrés, ni recevoir la cultinv (pii les a formés. Si jus(pi';j un certain point, ils ont remodelé leur société, ils ont été,

avant et après leur naissance, modelés par leur société, — ils sont le résultat de toutes ces influences qui formèrent le caractère qu'ils ont hérité de leurs ancêtres, et qui leur ont donné leurs tendances premières, leur foi, leur morale, leurs connaissances, leurs aspirations. De sorte que les changements sociaux, que l'on peut attrihuer directement à des individus exceptionnellement puissants, ont aussi leur cause, plus lointaine, dans les causes sociales qui ont produit ces individus ; donc, au point de vue le plus élevé, des changements sociaux de cette nature font aussi partie du processus général de développement.

Ainsi ce qui est évidemment vrai de la structure industrielle de la société, l'est aussi de la structure entière. Le fait que « les Constitutions ne sont pas faites, mais se font », est simplement un fragment de la vérité plus étendue que, sous tous ses aspects et à travers toutes ses ramifications, la société n'est point faite, mais se fait elle-même.

On est arrivé, d'assez bonne heure, à concevoir qu'il existe quelque analogie entre le corps politique et un corps individuel vivant, et de temps en temps cette conception s'est fait jour dans la littérature. Mais elle était nécessairement vague et plus ou moins imaginaire. Avant la science physiologique, et surtout avant ces généralisations compréhensives que cette dernière n'a atteint que récemment, il était impossible de discerner les véritables ressemblances.

L'idée centrale de la République modèle de Platon est la correspondance entre les parties d'une société et les facultés de l'àme humaine. En classant ces facultés sous les chefs de raison, volonté, et passion, il classe les membres de sa société idéale sous ce qu'il considère comme trois chefs analogues: les conseillers qui doivent gouverner; les

i.'itii(;AMSMK SOI I AI. 44:t

fliililaiivs o\i cxtVutifs. (|ui doivent oln'ir .iii\ ordres des premiers, et h (-oiiiiiiutiaiitr. .ilisorliée par I aiiKMir du ;:aiii et les satisfactions éptïsles. Kn d'autres tenues. Ir ^'ouverneinent. le ^Mierri«'r et la masse sont, selon lui, les Iminolo^Mies de nos fai iiilis de rcllexion, de volilion et «I rniolion. Sil y avait même (juehpie vérité dans lidée inipli(piéc d'un paralléliMue «Milrc la slriiclur»' d ihh* soiirlé et ecllt' diin honuue, celle elassiliealion serait insoutenalde. On pouirail avte plus de vérité soutenir cpu*, le pouvoir militaire obéissant aux ordres du ^'ouveriu'inent. e'esl ce dernier (pii <'(mrespond à la volonté, tandis (jue le pouvoir militaire n e>l qu'un a«;ent (ju*- la \(donté met en mouvement. Ou. eneon*, on pourrail soutenir cpir. tan(li> cpje la volonté est le produit de désirs prédominants aux(piels la raison ne sert <pn* connue un œil, c'est la masse (pii, dans l'analnj/ie projiosée, d'vrait être la puissance motrice des fiuerriers.

Holihes essaya d'établir un parallélisme encore plus délini ; non pas, cependant, entre la société etTàme humaine, mais entre la société et le corps humain. Dans l'introduction de l'ouvrage où il développe celle coneepti<tn. il ilit :

Car par art est créé ce grand Lévialhan qu'on numine une Communauté, ou un État, en latin rivitas. qui n'est qu un hotnuie artificiel, bien que de taille et de force bien supérieures à celles de 1 homme naturel qu'il est destiné à protéjrer et à défendre, et où la souveraineté est une sorte d'dme artificielle donnant la vie et le mouvement à tout le coprs ; les magistrats et autres officiers de justice el d'ex»^culion, en sont \o^ jointures artificielles. \di récompense eilapunition. par lesquelles, attachés au siège de la souveraineté, chaque jointure, chaque membre sont incités à remplir leur fonction, sont les nerfs, qui agissent pareillement dans le corps naturel ; la fortune, la )-<c/<t'sse de chaque membre particulier, constituent la force; le salus populi, la sécurité du peuple, sont son affaire; les conseillers par les lueis lui sont SMggérées toutes les choses

dii PUOni.ftMES nK MORALE ET DE SOCIOLOGIE

qu'il lui faut savoir, c'ost la rnétiioir,'; Vcquilé el les lois sont uiio rah'Mi t'I u'.ie volonté aititiciollcs ; la concorde est la sanlc, la si'dilion la maladie, ot la guerre civile la ?»o/7.

Hobbes mônc si IjIk sa comparaison qu'il finit par donner un dessin du Lévintlian, vaste figure de forme humaine dont le corps et les membres sont composés de multitudes dhommes. Faisant remarquer, en passant, que ces dilTérentes analogies proposées par Platon et Hobbes se délruisenl l'une et l'autre, étant, entièrement opposées, nous dirons pourtant que celle de Hobbes nous semble être la plus plausible. Mais elles sont j)leines d'inconséquences. Si la souveraineté est Vdme du corps politique, comment se pcul-il que des magistrats, qui sont une sorte de délégués du souverain, puissent être comparés à des joint icr es'? Ou encore, comment les trois fonctions mentales : la mémoire, la raison et la volonté, peuvent-elles être analogues , la première à des conseillers, classe d'officiers publics, et les deux autres à l'équité et aux lois, qui ne sont point des classes d'officiers mais des abstractions ? Ou bien encore, si les magistrats sont les jointiu'es artificielles de la société, comment la récompense et la punition en sont-elles les nerfs? Les nerfs doivent assurément être une classe quelconque. La récompense et la punition doivent, dans les sociétés comme chez les individus, être des conditions des nerfs, et non les nerfs eux-mêmes.

Mais l'erreur principale de ces comparaisons faites par Platon et Hobbes, est bien plus profonde. Ces deux penseurs admettent que l'organisation d'une société est comparable non simplement à l'organisation d'un corps vivant, en général, mais à celle du corps humain en parlicuHcr. Rien ne justifie ce postulat. Le témoignage ne l'implique aucunement; c'est, tout simplement, une de ces imaginations

LORGAMSMK SOCIAL 115

i]iu* ii(iu> IrtMivons soun «'iil iiic^ln's aux vt^ritrs j|t*s }*|j<''ciil.itioiis anciennes. Les deux euneeiitions soûl eneore plus ernuiées, eu rc i|;ii«lles cousidèreul une soeiélé connue une >lrueture arlilieielle. I.a n'-pulilique modèle de IMalou — son itiéal de eor()s politiiiu»? sain — doit être ajustée par les liouuues. eoiuiue un horloger ajust«î les pièces d'une montre, et il est manifeste (pic Platon eon«;oit ainsi l'orii^ine des sociétés en p'uéral. Ildltlics exprime. spécilicpuMurut. une opinion' semhiable. - (lar «•'csl par .11 1. (lil-ij. (pi'a été créé ce ^'rand Lc\iallian appelé (lomniuiiauté.» . K» Il \n nu'^me juscpi'à comparer le contrat social suppos.'. |).ir leipiel naîtrait soudainemeiil la société, à la création de l'homme par le fiiit di\in. Ain>i, ces deux auteurs touillent dans cette inconséipuMice extrême de considerei- la counuuiKiuté comme jMieille a un être himiain, tout en étant piniluite de la même manière (pi im mécanisme arliliciel. — dans la nature. (»r;.'anisme. dans l'histoire, machine.

Mal^^ré leurs erreurs, ces spéculations ont, toutefois, une Jurande >i^Miilication. Pour (pie de tels traits de ressemblance, si crûment cpiils aient été ébauchés, aient été proposés par Platon, Hobbes, et d'autres encore, il doit y avoir lieu de soupçonner (pi'il existe quelque analo;:ie. Si l'on ne peut défendre les parallélismes particuliers cités ci-dessus, il n'y a aucune raison de nier un |)arallélisine essentiel; les idées premières étant, habituellement, de vagues ébauches de la vérité. Avant les grandes généralisations de la biologie, il était, nous l'avons dit. impossible de rattacher les vrais rapjjorts des organisations sociales avec les organisations d'un autre ordre. Nous nous proposons de montrer ici (pielles sont les analogies ((ue la science moderne révèle.

SpENctn. — l*robl. 10

liO PROBLÈMEt^ DK MORALE ET 1)1'. SOCIOLOGIE

Commençons par établir, suceinelement, quels sont les points (le ressemblance et de difTérence. Les sociétés s'accorilcnl avec les organismes individuels en quatre particularités remarquables :

1" Que. commençant par de petits a^'grégals, elles augmenlcul insensiblement de masse, (pudques-unes d'entre elles alleignant, parfois, dix mille fois leur volume premier ;

2" Que, tandis qu'au début elles sont de structure si simple ([uon les considère comme n'en ayant pas, elles ac(] nièrent, au cours de leur développement, une com- :plexité de structure qui augmente continuellement;

3" Que, bien que dans leurs premiers états non encore développés il existe à peine en elles une dépendance mutuelle des parties, ces parties acquièrent, graduellement j une dépendance mutuelle, qui devient enfin si grande que l'activité et la vie de chaque partie n'est rendue possible que par l'activité et la vie du reste ;

4" Que la vie d'une société est indépendante des vies des unités qui la composent, et bien plus prolongée que celles-ci, lesquelles naissent, croissent, travaillent, se reproduisent et meurent, tandis que le corps politique quelles composent survit de génération en génération, augmentant en masse, en complication de structure, et en activité fonctionnelle.

Ces quatre parallélismes nous paraîtront d'autant plus signilicatifs que nous les étudierons mieux. Les points s|)écifiés étant ceux où les sociétés s'accordent avec les organismes individuels, sont aussi des points où les organisFues individuels s'accordent entre eux, et sont en désaccord avec toutes les autres choses. Au cours de son existence, chaque plante, chaque animal, augmente

LORr.AMsm: social h:

Connue inusM*. jI'uiu» faroii (|iii nt* »t' r(*tixiii\ c pas clwt les ol»jt*ts iiior^'.iiii<|u«'N ; les rri>tau\ iiiriii<\ (|iii sont inoiyuni(|ii«'> niai>qui cnnsM'nt. ne nous montrent ain-un rapiHtrt iléliiiMMitri' la rroissanci' vl IV\ist«MW«\ coinnic \v font le?» or;:anisni('>. Le pro^Mès n'';jiili«'r df la siiMpljcitr à la ronipl«'\ilf. (pie U's eorp> polili(pie<s ont en ntrunnin axec le^ corps vivants, est un trait earaeléristicpie, tli>lin;.Miant les corps Nivants des inanimés an miii<'u desipn'U il> se niiMnenl. Otle dépemianee fonctionnelle Avs parties, (pii est à peine plus manifeste cliez les aniniau\ (jue chez les nations, n'a pas de contre-partie ailleurs. VA ce n'est (pie dans les ajrn'^.'ats (»r<j:ani(pies on sociaux (pi'il \ a un dt'placemenl et un replacement continuel de> |)arlies. en UM'^me temp> (juune int(''j.'rité continur du tout. En (mtre. les s<K'i('*tés et les or^Muismes ne sont pas seulement >em- Maldes dans ces pai1icularit(''> où iU ne ressendilenl à aucune des autres choses, mais ce sont les soci(^t(!'s les i)lus clev<''es. de même (pie les or^'anismes snp(''rieurs. (jui les ju éventent au plus haut dejziv. Nous vo\ons (jue les ani mau\ inférieurs ne s'accroissent aucunement comme le font les supérieurs, et scmblahlement nous voyons les sociétés aborigènes relativement limitées dans leur déve- I(»ppement. Nos grandes nations civilisées dépassent autant les triltus sauvages primitives. (]u"un mannnifère surpasse un zo(»phyte. Des communautés sim|)les, connue les organismes simples, présentent si peu de dépendance mutuelle d«- leurs parties, (pie la mutilatictn ou la subdivision ne leur cause guère d'inconvénients ; mais on ne peut enlever un organe considérable dune communauté complexe, ou d'un organisme c(»mple\e. sans produire un grand trouble, ou même la mort, dans le reste. Kl dans les sociétés de tvpe inférieur, de même que chez les animaux inférieurs, la vie

lis PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

de l'agrégat, souvent trancliée par la division ou la dissohition, dépasse de beaucoup moins en longueur les vies des unités qui les composent que dans les communautés civilisées et chez les animaux supérieurs, qui survivent à beaucoup de générations de leurs unités.

D'autre part, lesdilTérences principales entre les sociétés el les organismes individuels sont celles-ci:

1" Les sociétés n'ont f)as de forme extérieure spécifique. C'est pourtant là un point de contraste qui perd beaucoup de son importance quand nous nous rappelons que, dans tout le règne végétal, aussi bien que dans les divisions inférieures du règne animal, les formes sont souvent très peu déterminées, le caractère déterminé étant plutôt l'exception que la règle ; et que ces formes sont, manifestement, déterminées en partie par les circonstances physiques environnantes, tout comme le sont les formes des sociétés. Si Ton arrivait, aussi, à montrer, ainsi qu/î nous le croyons, que la forme de chaque espèce d'organisme a résulté du jeu moyen des forces externes auxquelles elle a été soumise au cours de son évolution comme espèce, alors le fait que les formes extérieures des sociétés dépendent des conditions de l'entourage sera un point de plus qu'elles auront en commun.

2" Bien que le tissu vivant dont se compose l'organisme individuel forme une masse continue, les éléments vivants d'une société ne forment pas une masse continue, mais sont plus ou moins dispersés sur quelque partie de la surface de la Terre. Ceci, qui au premier aspect semble une distinction absolue, se trouve en grande partie effacé quand nous examinons tous les faits. Car, dans les divisions inférieures des règnes animal et végétal, il y a des types d'organisation beaucoup plus rapprochée, à cet égard, de l'organisation

l'orcamsmk social 149

d'iiiie société qu'on ne |)(»urrail l(" supposer. — des types où )e> unilés vivaiitrs •imposant esscntiellenuMil la niasse sont (lisperst'es au milieu d'une sul)slan<"e inerte (jui peut à |>eine être appelée vivante dans le senscomplel du mol. Il en est ainsi pour le Protococcus îl le Nostoc cpii existent à l'état do eellules Iiaipiant dans ime matière vis(|ueu>e. Il en est de même pour lesTlialassicoles — corps comjjosés de parties dilTérenciées(pii sont dispersées dans une f^elée non dilTérenciée. Kl les Acalèphes, dans des parties considérables de leur (Mups, présentent plus ou moins ce type de structure. Cela se passe très souvent ainsi dans ime société. Car il faut se souvenir que bien que les bonmies composant la société soient, plivsi(|ucmenl. séparés, et même (lis|)ersés, il n'en est pas moins vrai (jue la surfaco sur la(|ueile ils sont répandus n'est |)as dénuée de vie, mai-' est C(»uverle par une \ le d'un ordre inférieur qui lui fourni sa subsistance. La végétalion «jui recouvre la terre d'ua pays, rend possible la vie animale, et ce n'est (jue par les produits animaux et vé^'Claux qu'une société peut se maintenir dans un pays. D'où il suit qu'il faut considérer les membres d'un corps politique comme étant non pas séparés par des intervalles d'espace vide, mais comme étant répandus dans un espace occupé par une vie d'ordre inférieur. lî nous faut admettre, dans notre idée d'un organisme social, toute cette existence organique inférieure de la(juelle dépendent lexistence humaine et par suite l'existence sociale. Kn ce faisant, nous verrons que les citoyens composant une communauté peuvent étro considérés comme des unités dune vitalité supérieure entourées de substances d'une vitalité inférieure dont elles tirent leur nourriture; comme dans les cas cités plus haut.

3 ' La Iroi-irtiii iliiïérence consiste en ce que si les éléments

150 PRORLfcMKS DR MORALE ET DE SOCIOLOGIE

vivants iillimos d'un organisme individuel sont généralement surtout fixés dans leurs positions relatives, ceux de l'organisme social sont capaldes de se déplacer d'un lieu à l'autre. Mais ici encore, la diilerence est beaucoup moindre qu'on ne la supposerait, (^ar si les citoyens sont mobiles en tant (prhoiunies. ils sont fixes en tant que remplissant une jonction publique. Les hommes, comme fermiers, manufacturiers ou commerçants, font leurs affaires, souvent durant toute leur vie, dans un même local, et si, à Toccasion, ils se déplacent, ils laissent derrière eux des remplaçants qui remplissent leurs fonctions. Chaque grand centre de production, chaque ville ou district de manufactures reste établi au même lieu, et beaucoup de maisons d'industriels de ces villes ou de ces districts ont été dirigées pendant ])lusieurs générations par les descendants de leurs fondateurs. Tout comme, dans un corps vivant, les cellules qui composent quelque organe important remplissent, chacune, leur fonction pendant un temps, et puis disparaissent, , en laissant d'autres pour occuper leur place, dans chaque partie d'une société l'organe demeure, bien que les personnes qui le composent changent. Ainsi, dans la vie sociale comme dans la vie d'un animal, les unités aussi bien que les groupes plus considérables qu'elles forment, sont, en général, stationnaires en ce qui concerne les Heux où elles remplissent leurs devoirs et d'où elles tirent leur subsistance. De là suit que la faculté de locomotion individuelle ne détruit pas, en pratique, l'analogie.

4" La quatrième différence, peut-être la plus importante de toutes, est que, dans le corps d'un animal, un tissu spécial est seul doué de sensibilité, alors que dans la société tous les membres sont doués de sensibilité. Cette distinction même, toutefois, n'est pas complète, car chez quelques-uns

LOIU.AMSMK iU^OIAL 15t

<1os;uiiin.uix It'splus lias diiiis réchrlle d«'s^tres o[ (]ui situl (•.•inu'l«'Tist'> |»ai l'iibbi'iuM' tl un systrim» n(»r\«Mi\. l.ixMisiliiliU*. h'IltMurclh'cvisIc.i'sl rapaiiap'detoutrslrsp.irii.'s. Ce n'j'st «|in' dans les fonin'> plus or/j.misri's ipir la scii^iMIitt» «It'Nit'nl I»' monopolt' d'mic (•las>t* des ('•irnit'iil-s \ilaii\. Kt ii(»us lit' devons pas ouhlicr cpic les sueiélés, «dles aussi, ne sont pas sans quelque diiïéreneialion de ee «;eiire. Bien que les unités d'unr e(tmmunaulé soient toutes sensibles, elle» l«' sont à des dejirès très iiu'^Mux. Les elasses laborieuses sont moins susceplibles. e<»mnie intelli^a'nec et eoiiiiiie «Miiolion. (pie le reste, et surt(jul le sont infiniincfit moins que les classes de la plus haulf eulture inlrllreluflle. Cependant, nous avcms ici un eontraste assez n«*t «Mitre les ( »>rps politi(jues et les corps individuels, et nous ne devons pas le perdre de vue. Car i! nous rappelle (jue si, dans les corps individuels, le bien-être de i Dûtes les autres parties est. justement, subordonné au bien-être du système nerveux dont les activités de plaisir ou de douleur constituent ce qui est bon et ce qui est mauvais dans la vie, il nen va pas de même, à beaucoup près, dans les corps politiques. Il est bon que les vies de toutes les parties d'un animal soien» fondues dans le tout, parce que le tout a une conscience corporelle capable de bonheur ou de mail eur. Mais il n'en est pas ainsi, dans une société, puisque ses unilé> vivantes ne perdent pas. ne peuvent pas perdre leur conscience individuelle, et puisque la communauté, comme tout, n'a pas de conscience collective. C'est pourquoi on ne pourra jamais, équilablement, sacriKer le bien-être des citoyens à quelque prétendu avanta^n» pour l'État, et pourquoi, d'autre part. I Étal n'a de raison d être que pour contribuer à i'avanta^^e des citoyens, i.a vie collective doit, ici, être subordo^uce à celle des parties, au

4o2 PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

lieu lie subordonner les vies des parties à la vie collective.

Tels sont, donc, les points d'analogie et de diiïérence. Ne pouvons-nous pas dire que les points de dilTérence ne servent qu'à faire ressortir plus clairement les analogies? La comparaison, en rendant plus nets les contrastes évidents iMili'ece qu'on appelle les organismes et l'organisme social, montre que ces contrastes même ne sont pas aussi marqués qu'on s'y serait attendu. Le vague delà forme, le manque de cohésion des parties, et la sensibilité universelle, ne sont pas seulement des particularités de l'organisme social sur lesquelles il faut faire des réserves, mais ce sont des particularités dont les classes inférieures d'animaux, présentent des analogues. Nous trouvons ainsi peu d'opposition aux analogies d'une importance de premier ordre. Les sociétés augmentent, lentement, leur masse, leur structure progresse en complexité; en même temps leurs parties deviennent mutuellement dépendantes ; leurs unités vivantes sont enlevées et remplacées sans que leur intégrité en soit détruit^, et le degré où elles manifestent leurs particularités est proportionné à leurs activités vitales. Ce sont là des traits communs aux sociétés et aux corps organiques. E!; ces traits par lesquels ils s'accordent avec les corps orga-. niques et diffèrent de toutes les autres choses, subordonnent entièrement toutes les distinctions moindres, ces distinc> tions étant à peine plus grandes que celles qui séparent une moitié du règne organique de l'autre moitié. Les principes d'organisation sont les mêmes, et les différences no sont que des différences d'application.

En Unissant cet examen général des faits qui justifient la comparaison d'une société avec un corps vivant, entrons dans quelques détails. Nous y verrons que le parallélism ; devient plus marqué à mesure qu'on l'examine de plus près.

L«'> foniit's aiiiinalt's cl vrj^'rlah's (|iii sont nu ilcrnitT t'clit'Ion ilaiis l\''i'lit*llL' des ^Ires — les l*rol»)Zoaires el les IVotophytes, — habitent principaleiiient l'eau. (îe soiil des eorp> luiuuseules, dont la plupart ne sont vi'<il»le> (ju'au iuiero>e«tpe. Ils scuiltousde structure e\ln^nicnicnt simple. et l'on peut intMnc dire (pie l(>s Itlii/.opodes n'ont pas de structure. Se multipliant, eornnic ils le toni d'ordinaire, par la division spontanée de leur eorps, iU produisent des inoitié» qui peuvent ou se séparer entièrement ou s'éloigner en des directionsililïérentes, ou rester attaehées les unes aux autres. En répétant ce processus de lissiparité, des a^Tégats de dimensions et de sortes variées sont formés. Chez les Proto|)li\tcs, par cxcnipjc. nous avons des classes telles que les l)iat(»mées et les levures, chez qui les individus peuvent ou se séparer ou rester attachés en groupes de deux, trois, (tu même plus; en d'autres classes un nombre considérable de t'cllules est réuni par un fil (Conferves, Monitia}; en d'autres, elles forment un réseau (Hi/(irodicti/on\ en d'autres, des sortes d'assiettes (Ulve), et en d'autres des masses (Laminaires, Agaric) : toutes ces formes végétales, n'ayant aucune racine, tige ou feuille, qui les distingue, se nomment Thallogènes. Nous trouvons des faits analogues chez les Protozoaires. Un nombre immense de cellules ressendjlant à l'amibe, massées ensemble dans un cadre de libres cornées, constituent l'éponge. Chez les Foraminiféres nous trouvons des groupes plus petits d'êtres semblables arrangés en formes mieux définies. Non seulement ces Prolozoaues presque sans structure s'unissent en agrégats réguliers ou irréguliers de diverses grandeurs, mais chez quelques-uns des mieux organisés, comme les Vorticcllcs, il se produit aussi des imiividus unis à une tige commune. Mais ces petites sociétés de monades, ou cellules, ou Je

154 pnoni.f-.MF.s t>e morale et de sociologie

quelque autre nom qu'on les nomme, ne sont des sociétés qu'au sens le plus bas ; il n'y a pas de subordination des parties eliez eux. j)as d'organisation. Chaeune des unités qui les composent ne vil que par soi et pour soi, ne donnant ni ne recevant d'aide. La seule dépendance mutuelle est celle qui est la conséquence de liniion mécanique.

Ne discernons-nous pas là des analogies avec les premières phases des sociétés humaines ? Chez les races inférieures telles que les Bushmen, nous ne trouvons qu'un début d'agrégation, parfois des familles isolées, ou deux ou trois familles errant ensemble à l'aventure. Le nombre des unités associées est petit et variable, et leur union inconstante. Il n'y a de division du travail qu'entre les sexes, et la seule aide mutuelle n'existe que pour l'attaque ou la défense Nous voyons un groupe non diiïérencié d'individus formant le germe d'une société, tout comme dans les groupes homogènes de cellules décrits ci-dessus nous voyons la phase initiale de l'organisation animale et végétale.

Nous pouvons maintenant pousser plus loin la comparaison. Dans le règne végétal nous passons des Thallogènes, consistant en masses de cellules semblables, auxAcrogènes, où les cellules ne sont pas semblables dans toute la masse, mais sont réunies en une structure servant ici de feuille, et là de racine, formant ainsi un tout où il y a une certaine subdivision de fonctions entre les unités, et par conséquent une certaine dépendance mutuelle. Nous trouvons un progrès analogue dans le règne animal. De groupes inorganisés de cellules, nous montons jusqu'à des groupes de cellules disposées en parties qui ont différents devoirs. Le polype commun de la substance duquel on peut séparer des cellules qui présentent, quand on les détache, des apparences et des mouvements ressemblant à ceux de l'amibe

l*uiu;ams)ik s«)r.uL 15.1

solitairtN «•>! un <'\<Mn|tl«' do ciMlo rta|M». Los unit«''S qui li! 4'Uiii)H)Si>nt. tout ru luoiitraiit iiho ;:ran«i<' ('oiiiinun.uiti' dt* <*aracl<''ri\ ont des fonctions (|u<'l(|ue |k*u diverses dans Ia jKMU. dans la surface interne, cl dans les tentacules. Il y a dtj.i un certain tlf^^vô lU' <> (liNi>ion pli\siolo;.'i(|ue du iraNail ".

hu côte des sociétés, nous trouvons le pendant «le ces pha>es tlans la plupart des tribus ahorijîcnes. Ouand. au lieu des petits ^'roupes variabh'S (pie fonnenl les Hu>luucn, nous en venons aux poupes plus «rrands et plus permanents que forment des sauva;.'es un peu plus élevés, nous trouvons des traces de structure sociale. Bien que Tor^'anisation industrielle se montre à peine, dans les dilTcrenies occupations des sexes, il y a pourtant déjà plus ou moins d'organisation ^'OUNcrnementale. Tandis que tous les hommes sont piemers et chasseurs, une partie d'entre eux est .seule comprise dans le conseil des chefs, et dans ce conseil il y a d'onlinaire une autorité suprême. Il y a donc ;ine certaine distinction de classe et de puissance, et par celte légère spécialisation des fonctions s'eiïectue une frros- >ière coopération parmi la masse croissante des individus, toutes les fois que la société doit agir dans sa capacité collective. Kn outre de cette analogie dans le degré failde <le l'ortranisation. il y a aussi analogie dans le caractère indéfini de celte organisation. Chez l'hydre, les parties respectives de la substance de l'animal ont beaucoup de fonctions en comnnin. Klles sont toutes contractiles ; excepté les tentacules, tt)ute la surface externe peut produire de jeunes hyilres par bourgeonnement, et si on les retourne à l'envers, l'eslomac rcin|)lit les fonctions de la peau, et la peau celles de l'estomac. Dans les sociétés aborigènes les difTérenciaticms qui existent sont semblablemenl imparfaites. Malgré les distinc-

ioG PROr.LflMES DR MORALE ET DE SOCIOLOGIE

lions de classe, tous se souliennenl par leurs propres elTorls. Non seulement les prinei|)aux de la tribu, de même que le reste, batissenl leiu's propres huttes, fabriquent leurs propres armes, tuent leur propre gibier, mais le chef en l'ait autant. En outre, Torganisalion gouvernementale qui existe est inconstante. Elle est souvent changée par la ^i()lence ou la trahison, et la fonction de régner Qsl usurpée par quelque autre guerrier. Ainsi, entre les sociétés les plus grossières et quelques-unes des formes inférieures de la vie animale, il y a de l'analogie, à la fois dans le faible degré de cette organisation, dans son caractère indéfini, et son manque de fixité.

Nous approchons d'une complication ultérieure d'analogie. De l'agrégat d'unités en groupes organisés, nous passons à la multiplication de ces groupes, et à leur fusion en groupes composés. L'hydre, quand elle a atteint un certain volume, émet à sa surface un germe qui „ peu à peu, croissant et prenant la forme de la mère, finit par se détacher, et, par ce processus de gemmation, cet organisme peuple les eaux adjacentes d'êtres semblables. Un processus analogue se voit dans la multiplication de ces tribus d'organisation inférieure décrites ci-dessus. Lorsqu'une d'elles est arrivée à des dimensions trop grandes pour la coordination d'une structure aussi grossière, ou bien qu'elfe est trop considérable pour que le pays environnant lui fournisse le gibier et autres aliments nécessaires, il naît une tendance à se séparer ; et comme, en de telles communautés, il se produit souvent des querelles, des jalousies et d'autres causes de division, un moment vient où une partie de ia tribu se sépare, sous la conduite d'un chef subordonné, et émigré. La répétition successive de ce processus est cause qu'une région étendue se trouve définitivement occupée

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pnr lie nomînviist's Iriluis, (IcsccihIik'S d'iino s(uiclu* comiiiuiu*. L'aualoj^ii' ut' tiiiit pas là. Hicii (|u«' (lie/ lli\(lre cdimmiiM' les jeunes ^'euuiiés par la mère soieut liieuUit tlelaelus d'elle el iinlé|»en(lai»ts, cepcudanl parini loiil le re>le de la elasse des llydro/.oaires au(|uel elle appailleut, eela ue se passe pas ih' uièuie. Les individus (|ui se sueeèdent par ce dével()|)peiueut restent attachés à lliydrenière, donitent naissance à d'autres animaux send>laljle.>> qui conlinuenl à (Hre attachés, et il en résulte un animal composé. De même (pie dans l'hvdre elle-nu^me, nous trouvons un a«zréfjat d'unités (jui, considérées séparément, sont parentes des l*rotozoaires inférieurs, de ménu' ici, dans un Zooph>te, nous tmuvonsun agrégat d'agrégats sendjiables. H en est de même dans toute la grande fainille des l'olyzoaires ou Molluscoides. Les Ascidiens aussi, dans leurs formes multiples, présentent le même phénomène, montrant, en même temps, divers degrés d'union parmi les indi\idus cpii la composent. Car si, chez les Salpes. les individus composants adhèrent si légèrement qu'un coup sur le vase deau où ils flottent suflit pour les séparer, chez les HctrUles, il existe entre ces individus des relations vasculaires, une circulation commune. Dans ces difîtTcntes phases d'agrégation, ne pouvons-nous reconnaître une ressemblance avec l'union de groupes de tribus de naissance commune formant une nation ? Bien que, dans certaines régions favorisées par les circonstances, les tribus descendant d'une tribu primitive émigrent dans toutes les directions et soient éloignées et entièrement séparées les unes des autres, pourtant, là où le territoire présente des barrières à des émigrations éloignées, cela n'arrive point; les petites comnmnautés de même famille sont tenues en contact plus rapproché, et linalement s'unissent plus ou

doS PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

moins pour former une nation. Un exemple de ce contraste se voit dans les tribus des Indiens d'Amérique et les clansécossais. Un coup dœil jelé sur les premiers temps de notre propre histoire ou des histoires des nations du continent montre cette fusion des petites communautés simples, se produisant de dilTérentes manières, et à des degrés diflérents.

Ainsi que le dit M. Guizot, dans son Histoire de l'Origine du Gouvernement représentatif: « Peu à peu, au milieu du chaos de la société qui s'élève, de petites agrégations se forment, qui sentent le besoin (rune alliance et d'une union mutuelles... Bientôt, entre les agrégations voisines, se trahit une inégalité de force. Lesfortes tendent à subjuguer les faibles, et usurpent tout d'abord les droits de taxation et de service militaire. Ainsî^ l'autorité politique quitte les agrégations qui Font établie, pour prendre un essor plus vaste ».

C'est-à-dire que les petites tribus, clans ou groupes féodaux, sortis pour la plupart d'une même race, et longtemps restés voisins comme possesseurs de terres adjacentes, s'unissent peu à peu par d'autres liens que ceux de la parenté et de la proximité.

Une série ultérieure de changements se produit alors^ qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, oflre des analogies dans les organismes individuels. Pour en revenir aux Hydrozoaires, nous ferons observer que chez les formes composées les plus simples, les individus unis ensemble sont de structure pareille et remplissent les mêmes fonctions, avec cette exception, toutefois, que çà et là, un bourgeon, au lieu de se développer en estomac, bouche et tentacules, devient un sac à œufs. Mais, chez les Hydrozoaires marins, il n'en va pas de même. Chez les Calycophoridés, quelques-

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uns (les |)()I\|)t»s sortaiil «iii ^'•miih* coiniiiun sft dévelopiMMit t'I sont motlilits cii ^imikU coiiin lon;.'s «mi forint tl<* sacs (]ui seiin'UNrnI dans IVaii par leurs conliaclions nllimi- <]ue>. traînant apn^'s eu\ la communauté (!(> polypes. (Aw/. les IMix^oplioridés. une semldalde \arit''lr d'or^Mno naît dr la transformation îles polypes (pii sont en cours de p'mmalion. de sorte (pie chez les tHres tels (pie la IMiysalie, connue sous le nom de « firjj:ate portu^zaise», au lieu de ce ^Toupe en forme d'arbre d'indiNJdus semblables (jui forment ïr \\\\r primitii. nous avons une masse complexe de parties diverses remplissant des devoirs divers. De m<)ine (|u'une Hydre peut être consiib'ive comme un ^Touj)e de Protozoaires (|ui ont c'tt!', en partie, HK'tamorpliosi's en dilVcrents or^'anes. une Phy salie est consid(!Tce, au point de mjc anatitmique, comme un ^toujx' d hydres dont les individus ont ctr diversement transformt's pour les adapter à leurs diverses fonctions.

Cette dilÏÏ'renciation aioul(''eàune diiïérenciation e>t pu cisL'inent cequi a lieu pendant I évolution dune société civilisée. Nous avons remarqué comment, dans les petites communautés form(''es les premières, il naît une or^^anisalion politique simple ; il \ a une séparation partielle des classes ayant des devoirs dillerents. Et nous remarquons, maintenant, comment, dans une nation formée par la fusion df petites communautés semblables, les diverses sections, dabord pareilles comme structure, et comme mode dacli- >ilé. deviennent dissemblables dans toutes deux, et, paduellement, deviennent des parties dépendant mutuellement les unes des autres, diverses de nature et de fonctions.

La doctrine de la division progressive du travail, qui se |»résente ici à nous, est connue de tous nos lecteurs. Et, en outre, lanalogie entr-e la division économique du trasail et

la « division physiologique du travail », est si frappante que, depuis longtemps, elle a attiré l'attention des naturalistes scientifiques; si frappante, en réalité, qu'elle a suggéré l'expression de « division physiologique du travail » Il est inutile, par conséquent, de traiter plus au long cette partie du sujet. Nous nous contenterons de noter quelques faits généraux et significatifs, qui ne sont pas manifestes à première vue.

Dans tout le règne animal, depuis les Cœlentérés jusqu'au haut de Téchelle, la première phase d'évolution est la même. Dans le germe du polype et dans l'œuf humain également, la masse cellulaire d'où naît l'organisme donne naissance à une couche périphérique de cellules différant légèrement de celles qu'elles renferment, et cette couche se divise subséquemment en deux : l'intérieure, qui est en contact avec le jaune de l'œuf, et est appelée la couche muqueuse, et la couche extérieure, exposée aux actions environnantes, qu'on appelle la couche séreuse, ou, selon les termes employés par le professeur Huxley, quand il décrit le développement des Hydrozoaires : l'endoderme et Tectoderme. Cette première division marque un contraste fondamental de parties dans l'organisme futur. L'appareil de la nutrition se développe aux dépens de l'endoderme, et les appareils pour l'activité extérieure naissent dans la couche séreuse ou ectoderme. De l'une de ces couches naissent les organes par lesquels la nourriture est préparée et absorbée, l'oxygène absorbé, et le sang purifié ; de l'autre naissent les systèmes nerveux , musculeux et osseux, par l'action combinée desquels les mouvements du corps, comme tout, s'effectuent. Ceci n'est pas une distinction rigoureusement correcte, puisque quelques organes réunissent ces deux membranes primitives; pourtant, les autorités compétentes

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■s'accordent à l'acccplcr r(»iiiiii«* ^'ramlc distinction générjile. Eli liicn. daii> ! t'Noliilion d'une société, nous voyons une dilfcrciu'ialioii primaire dinK' sorte aiialo;;uc, et ({ui se trouve à la ba^e de toute la structure future. Ainsi (pi'on l'a déjà iiidiciiié, le seul contraste niaiiireste des jiarties dans ies sociétés primitives, c'est celui (pii existe entre les gou- >ernants et les gouvernés. Chez les tribus !e> moins organisées, le conseil des chefs peut être un corps d'hoinnicâ distingués simplement par un plus grand courage ou une jrtus grande expérience, (liiez les tribus plus organisées, la classe «les chefs est séparée dune manière délinie de la classe inférieure, et souvent considérée comme différant d'elle <le nature. — ipiehpiefois comme étant de descendance divine. Kl plu- I.ikI. nous voyons ces deux classes devenir respecti\ement des hommes et des esclaves, des nobles et 4les serfs. In coup dœil jeté sur leurs fonctions respectives fait voir clairement que les grandes divisions ainsi établies sont, l'une à l'égard de l'autre, dans un rapport seuiblable à celui qu'ont entre elles les premières divisions de l'embryon. Car, dés sa première apparition, la classe guerrière, ses chefs en tète, est celle par qui s'effectuent les activités externes de la société, pour la guerre, pour les iicgocialions, et pour l'émigration. Après, tandis que cette classe supérieure se distingue de l'inférieure et devient, en même temps, plus exclusivement régulatrice et défensive dans ses fonctions, dans la personne des rois et des chefs subordonnés, des prêtres et des soldats, la classe inférieure, à son tour, devient de plus en |)lus exclusivement occupée de pourv oir aux nécessités de la vie pour la communauté entière. Du S(d, avec lequel elle est dans le contact le plus direct, la masse du peuple prend et prépare pour s'en servir, la nourriture et les articles grossicrn

Spehckh. — Pn.tjl. a

de manufacture, tandis que la masse d'hommes supérieurs (jui se trouve au-dessus d'elle, se trouvant approvisionnée par la population ouvrière, traite des circonstances externes en ce qui concerne la communauté, — circonstances avec lesquelles sa position la met plus immédiatement en rapport. Peu à peu, cessant d'être au courant des intérêts de la société comme tout, et d'exercer une influence sur ces intérêts, la classe dés serfs se voue entièrement aux processus de l'alimentation, tandis que la classe noble, cessant de prendre aucune part aux processus de l'alimentation^ est vouée aux mouvements coordonnés de tout le corps politique.

Il y a une analogie de même sorte qui est également remarquable. Après que les couches muqueuse et séreuse de l'embryon se sont séparées, il en naît, entre elles, une troisième, que les physiologistes connaissent sous le nom de couche vasculaire, — la couche d'où se développent les principaux vaisseaux sanguins. La couche muqueuse absorbe les éléments nutritifs de la masse de jaune qu'elle renferme ; ceux-ci passent à la couche séreuse qui repose . au-dessus, couche où se développe le système neuro-musculaire ; et entre les deux s'élève un système vasculaire par lequel le transfert s'effectue, — un système de vaisseaux qui continuent toujours après à transporter la nourriture des endroits où elle est absorbée et préparée, à ceux où elle est nécessaire pour la croissance et la réparation. Eh bien, ne retrouvons-nous pas une étape semblable dans le progrès social ?

Entre les gouvernants et les gouvernés, il n'y a, d'abord, aucune classe intermédiaire, et même dans quelques sociétés ayant atteint des dimensions considérables, il n'y a presque rien autre que les nobles et leurs familles, d'une part, et

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