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L ORGANISME SOCIAL

m^ine qu'il est de la iialur»' diin pronpo de fj;aiif;li()ns, reliés au prtMuicr j;;an{^'li(in, df lui Iraiismcitic une plus ^Tando variélé d'inllucnces |)ar des or^'anes \t\u< iKunlinMix, et de faire ainsi se eonformerses actes à des exi^'enees plus nomhreuses, de nièine il est de la nature des autoritrs iiillucntes subsidiaires (pii entourent un souverain dadajder son pouvoir à un plus ^M'and nombre d'exigences publi(iues. Et coinine il est de la nature de ces grands ganglions, développes le plus tard, (jui distinguent les animaux supérieurs, d'interpréter et de combiner les imuressions multiples et variées qui leur sont transmises de toutes les parties du système, et de régler les actions de façon à les prendre toutes en considération, de même il est de la nature de ces grands corps législatifs, développés récemment, qui distinguent les sociétés les plus avancées, d'interpréter et de combiner les désirs de toutes les classes et de toutes les localités, et de faire des lois en harmonie avec les besoins, de tous. Nous pouvons décrire la fonction du cerveau comme donnant la moyenne des intérêts de la vie, physique, intellectuelle, morale ; et c'est un bon cerveau que celui où les désirs répondant à ces trois intérêts, sont de telle façon équilibrés que la conduite qu'ils dictent ensemble n'en sacrilie aucun. Semblablement, nous pouvons considérer l'office d'un Parlement comme consistant à faire la moyenne des intérêts des diverses classes d'une société, et un bon Parlement est celui où les partis, répondant respectivement à ces intérêts, sont si bien équilibrés que leur législation collective accorde à chaque classe toute la liberté compatible avec les droits des autres. Outre qu'ils sont comparables dans leurs devoirs, ces grands centres directeurs, social et iiuiividuel, sont comparables dans les processus par lescjuels leurs devoirs sont remplis Le cerveau n'est pas occupé par des impressions

direcles du dehors mais par les idées de ces impressions. Au lieu des sensations réelles produites dans le corps, et perçues direclemenl par les ganglions sensilifs ou centres nerveux primitifs, le cerveau ne reçoit que la représentation de ces sensations, et sa conscience s'appelle conscience représentative, pour la distinguer de la conscience présentative. N'esl-il point significatif que nous ayons choisi le même mot pour distinguer la fonction de notre Chambre des Communes? nous l'appelons un corps représentati), îj)arce que les intérêts dont il traite ne lui sont pas directement présentés, mais lui sont représentés par ses divers membres ; et un débat est un conflit de représentations des résultats probables d'une ligne de conduite proposée, description qui s'applique avec autant d'exactitude à un débat dans la conscience individuelle. Dans les deux cas, aussi, ces grandes masses gouvernantes ne prennent aucune part aux fonctions executives. De même qu'après un conflit dans le cerveau, les désirs qui prédominent finalement agissent sur les ganglions sous-jacents, et parleur instrumentante déterminent les actions corporelles, de même les partis qui, après une lutte parlementaire, obtiennent la victoire, n'exécutent point eux-mêmes leurs désirs, mais les font réaliser par les divisions executives du Gouvernement. L'accomplissement de toutes les décisions législatives incombe encore aux centres primitifs, l'impulsion passant du Parlement aux ministres, et de ceux-ci au roi, au nom duquel tout se foit ; précisément comme ces petits ganglions, développés les premiers, qui sont les principaux agents actifs dans les vertébrés inférieurs, sont encore, dans le cerveau des vertébrés supérieurs, les agents qui exécutent les ordres du cerveau. En outre, dans les deux cas, ces centres primitifs deviennent automatiques, de façon croissante. Chez l'ani-

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in.il vertrbn" dt'velup|»«*, ils n'oiil ^'ihT<' d'autre fonctiun Hif il.' transinettre les impressions aux |)lus f^Taïuis <»'ntres .1 il'ext ruUT les urilres de ceu\-oi. Dans noire ^'ouviTneiiiiMil liauteincnl or^'anis/*, le ni(»nanni<'. ilt puis l(>n;;t«'inps, liniibe au ran^' daj^'onl passif di: l'arlenirnl, et aujourd'hui les ministères en viennent, ra|)idement, au même point II y a même, entre les deux eas. un parallélisme coneernant les exceptions à celte action aulomati(jue. Car *ans rorj,Mnisme individuel il arrive (|u'endes cas d'alarme -uliite, par un bruit très fort, un objet inattendu s'avan- «ant subitement, ou un faux pas causé par un terrain iné^'al, le dauj^'er est évité |)ar queltpie saut prompt, involontaire, ou quelque ajustement des membres qui se produit avant qu'on ait eu le temps de réfléchir au mal qui menace, et de prendre les mesures nécessaires pour s'y soustraire; l'examen raisonné enseigne que ces violentes impressions produites sur les sens sont réfléchies par la moelle sur les muscles, sans passer, comme dans les cas jrdinaires, d'abord par le cerveau. De même, dans des dangers nationaux appelant une action prompte. le roi et les ministres, n'ayant pas le temps d'exposer la question devant les grands corps délibérants, donnent eux-mêmes des ordres pour les mouvements et les précautions nécessaires ; les centres directeurs primitifs , maintenant presque automatiques, reprennent, pour un moment, leur autorité primitive sans contrôle. El alors, ce qu'il y a de plus étrange, c'est d'observer, dans les deux cas, qu'il y a un processus ultérieur d'approbation ou de désapprobation. L'individu qui se relève de son faux pas, regarde la cause de son efl'roi, et selon les cas décide qu'il a bien fait de se déplacer, ou se condamne d'avoir éprouvé une terreur sans fondement. De même manière, les pouvoirs

délibcranls de TÉtat discutent, dès qu'ils le peuvent, les actes non autorisés des pouvoirs exécutifs, et selon qu'ils trouvent que les raisons étaient, ou non, valables, accordent ou refusent leur opprobalion '.

Jusqu'ici, en comparant l'organisation gouvernementale du corps politique avec celle du corps individuel, nous n'avons considéré que les centres coordonnateurs respectifs. Nous avons encore à examiner les canaux par lesquels ces centres coordonnateurs reçoivent les renseignements et envoient les ordres. Dans les sociétés les plus simples, comme chez les organismes les plus simples, il n'y a pas d' « appareil entremetteur » ainsi que Hunter a nommé le système nerveux. Par conséquent, les impressions ne peuvent être propagées que lentement, d'une unité à l'autre, à travers la masse entière. Toutefois, le même progrès qui, dans l'organisation animale, se montre par l'établissement des ganglions ou centres directeurs, se montre aussi par l'établissement de filets nerveux, par lesquels les ganglions reçoivent et transmettent des impressions et dominent ainsi des organes éloignés. Et la même chose a lieu dans les sociétés. Après une longue période durant laquelle les centres directeurs communiquent avec diverses parties de la société par d'autres moyens, il naît enfin un « appareil entremetteur » analogue à celui qu'on trouve dans les corps individuels. Chacun connaît la comparaison entre les

1 II est bon de prévenir le lecteur contre une erreur où tomba l'auteur d'une critique de cet Essai, à sa première apparition, l'erreur de supposer que l'analogie qu'on veut tirer de ceci est une analogie spécifique entre l'organisation de la société en Angleterre, et l'organisation humaine. Ainsi qu'on l'a dit, au début, rien <le semblable n'existe. Le parallèle ci-dessus s'applique aux systèmes les plus développés d organisation gouvernementale, sociale et individuelle, et l'on cite le type vertébré uniquement parce qu'il présente le système le plus développé. Si l'on voulait faire une comparaison spécifique, ce qui ne peut être, rationnellement, ce serait avec quelque forme de vertébré de beaucoup inférieure à l'homme.

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nerfs et les fils tt'lr^'rapliiiiues. Klle est, toutefois [jIus exacti' qu'on uc le croit d'onlinaire. Ainsi, dans tout l'eiuliiaïu'IuMut'nl des verlrluvs, les {^Tands pacpiels de nerfs sWartenl de l'axe vertébral côte à côte avee les faraudes arl«!^res; seinblablement, nos groupes delils télégraphiques sont portés le long de nos voies terrées. Il reste, toutefois, un parallélisme encore plus frappant à noter. Dans chaque faisceau de nerfs, à mesure qu'il s'éloigne de l'axe du corps avec une artère, entre une branche du nerf sympathique, laquelle, accompagnant l'artère dans toutes ses ramifications, a la fonction de régler son diamètre et de diriger le flux du sang au travers de celle-ci selon les exigences locales. D'une manière analogue, dans le groupe des fils télégraphi(iues qui courent le long d'une voie fenre, il y en a un (pii a pour but de régler le trafic — pour retarder ou expédier le Ilot des passagers et des marchandises, selon que le demandent les conditions de la localité. Il est probable que, lorsque notre système télégraphique, encore rudimentaire, sera pleinement développé, on décou\Tira d'autres analogies.

Voilà donc un coup d'œil d'ensemble jeté sur le témoignage qui justifie la comparaison des sociétés avec les organismes vivants. 11 nous apprend que tous les deux aug-" mentent graduellement, qu'ils deviennent, peu à peu, plus complexes; qu'en même temps leurs parties deviennent plus dépendantes les unes des autres, et qu'ils continuent à vivre et croître comme tout, tandis que des générations successives de leurs unités apparaissent et disparaissent. Ce sont là les grands triats que les corps politicpjes oITrent en commun avec tous les corps vivants, et par lesquels eux. et les corps vivants diffèrent de toutes les autres choses. Et en poussant en plus grand détail la comparaison, nous

voyons que ces analogies principales en impliquent beaucoup de secondaires, beaucoup plus étroites qu'on n'eût pu s'y attendre. On pourrait en ajouter d'autres. Nous espérions pouvoir dire quelque chose sur les différents types d'organisation sociale, et aussi quelque chose des métamorphoses sociales, mais nous avons atteint les limites qui nous ont été assignées.

LES FACTErUS DE L'EVdLUTION ORGANIQUE*

Les hommes qui ont actuellement atteint le milieu de la vie peuvent se rappeler que l'opinion qu'on avait, dans leur jeunesse, au sujet de la d«Tivation des animaux et des plantes était un véritable chaos. I*anni les esprits irrénéchis régnait la croyance en une création miraculeuse, qui formait une partie essentielle du credo de la chrétienté; et parmi les penseurs il y avait deux i)artis, dont chacun défendait une hypothèse insoutenable. Le plus considérable de beaucoup de ces partis, qui comprenait presque tous ceux dont la culture scientifique donnait quelque poids au jugement, sans accepter littéralement la doctrine théologiquement orthodoxe, faisait un compromis entre cette doctrine et celle que les géologues avaient établie; ils avaient des opposants, qui, la plupart sans autorité scientifique, soutenaient une théorie hétérodoxe à la fois théologiquement et scientifiquement. Le professeur Huxley, dans une conférence sur l'Origine des Espèces*, s'exprime, au sujet du premier de ces partis, conune suit :

» Essai publié pour la première fois dans Sineiemlh Century, d'avril et mai 1886.

» Voyez L'Évolution et l'Origine des Espèces, traduction H. de Varigny, J.-B. Baillière.

Il y a vinyl ot un ans, malgré l'œuvre commencée par Hulton et continuée avec une adresse et une patience rares par Lyell, l'opinion au sujet de l'histoire passée de notre Terre était (in'elle avait subi mainto catastrophe. Le génie, mal appliqué, de Cuvier avait mis à la mode une épopée géologicpie dont le mécanisme ordinaire consistait en grandes et soudaines révolutions physiques, en créations et extinctions en masse d'êtres vivants. On soutenait gr.ivement et on enseignait que la fin de chaque époque géologique était signalée par un cataclysme qui balayait jusqu'au dernier être vivant sur le globe, une création toute neuve succédant dès que le monde revenait au repos. C'était un plan de nature qui semblait modelé sur le principe d'une succession de rubbers de whist, à la fin de chacun desquels les joueurs renversaient la table et demandaient un nouveau jeu. Cette conception ne semblait choquer personne.

Je puis me tromper, mais je doute qu'au temps où nous vivons, il reste un seul représentant de ces opinions. Le progrès de la géologie scientifique a élevé le principe fondameiîtal de l'uniformitarianisme, que l'explication du passé doit se trouver dans l'étude du présent, à la hauteur d'un axiome, et les spéculations fantaisistes de ceux qui croient aux catastrophes, et que nous écoutions respectueusement il y a un quart de siècle, trouveraient à peine un seul auditeur patient, de nos jours.

Il y avait deux groupes dans le parti ci lé ci-dessus par le professeur Huxley comme étant mécontent de cette conception. La plupart admiraient les Vestiges of the ISatural History of Création, ouvrage qui, tout en cherchant à montrer que l'évolution organique a eu lieu, soutenait que la cause de révolution organique est « une impulsion surnaturellement donnée aux ibrmes de la vie pour les avancer à travers des degrés d'organisation ».

LES FACTFURS DE L'feVOLLTiON ORGANIQLK {'M

Étant |in-s(|u<' tous tivs iiisiinisaiiuix'iit au coutatil des. faits, cou\ «]ui oui at'(*('|ilr l'opinion rxpostV dans les ^'estii;cs fuivnl tournes en ridirulr |iar ceux (jui t'*tai«*nl (.•onipéltMils, |)ours'(^ln' contt'nlrs d«' |»r<'u\fs dont luMucoup étaient ou liicn non valaMcs. ou bien aisément contredites par des téinoi^'ua^'es contradictoires, et en inénu' temps ils s'exposaient au ridicule de ceux qui avaient des vues plusphilosophiijues, en se contentant d'une explication supposée, ipii, en réalité, n'explicpiait rien, « l'impulsion » vers le pro^Tès qu'on invo(|uail ne nous donnant pas plus d'aide pour comprendre les faits, (jiie la fameuse « horreur du vide » de la Nature ne nous aide à comprendre comment l'eau monte dans une pompe. Il y avait un très petit nombre formant le second ^Moupe. Tout en rejetant cette siuiple solution verbale (pi'Krasnïe Darwin et Lamarck as aient vaguement formulée en d'autres termes, il y en avait quelques-uns qui, rejetant aussi l'hypothèse indiquée par Krasme Darwin et Lamarck que les suggestions des désirs ou besoins produiraient la croissance des parties qui ieur servent d'instruments, acceptaient la seule vera causa assignée par ces auteurs, la modification des structures résultant de la modification des fonctions. Ils reconnaissaient comme seul processus de développement organique I adaptation des parties et des facultés conséquente aux effets de l'usage et du non-usage, ce modelage continuellement renouvelé des organismes pour les adapter à leurs circonstances, (]ui est amené par le commerce direct avec de telles circonstances.

Mais bien que cette cause, acceptée par cette minorité, soit une \Taie cause, puisqu'il est indubitable que pendai.l la vie de l'organisme individuel les changements de fonctions produisent des changements de strucHure, et bien

qu'on puisse soutenir TliypotluVse de rhérédilé de ces chan- ^^emenls île siruelure, il était pourtant manifeste, pour ceux (|ui n'avaient pas de préventions, que celte cause ne l»eul être rationnellement assignée à la plupart des faits. Hicii (|ue (lie/, les plantes il y ail quelques caractères qu'on peut, sans déraison, attribuer aux effets directs de modieation de fonctions par suite de modification de circonstances, on ne peut jiourtant e\pli(pier ainsi la majorité des traits que présentent les plantes. 11 est impossible que les épines par lesquelles un églantier est en grande mesure défendu contre les animaux qui broutent, aient pu se développer et se modeler par Texercice continuel de leurs actions protectrices; car, en premier lieu, la plus grande partie des épines n'est jamais touchée, et en second lieu nous n'avons aucun motif de supposer que celles qui ont été touchées sont, par là, poussées à croître, et à prendre les formes qui les rendent utiles. Les plantes que l'enveloppe épaisse et le duvet de leurs feuilles rendent impropres à servir de nourriture, ne peuvent avoir reçu ces enveloppes par aucun processus de réaction contre l'action des ennemis, car on ne saurait imaginer pourquoi, si une partie d'une plante est mangée, le reste commencera à acquérir une surface velue. Par quel effet direct de la fonction sur la structure, la coque d'une noix a-t-elle pu naître? Ou comment ces graines contenant des huiles essentielles qui les rendent répugnantes aux oiseaux, ont-elles été douées de cette faculté de produire ces huiles, par les actes des oiseaux qu'elles écartent? Ou comment les plumes délicates de quelques semences qui sont emportées par le vent en de nouvelles stations, peuvent-elles être dues à des influences immédiates du milieu? Il est évident que dans cecas, etdans d'innombrables autres cas, le changement de structure ne

LLS » Al.TtUlS DE l.'hVOLlTIO?! OIVGAMUL'B rJ3

[M'ul avoir t'ié causi* diriTtoim'iil parlechaii^'iMueutdt' foiiciioii. Il i>a csl dv iiu^iiie, dans une ^^[randc mesure, pour losaniuiauv. liicii (|ue iiuus ayons des preuves ()uc la couche deriui(jiie, si elle esl irritée, j)«'iit produire une eouelie rpi- .!ernii»|U«* 1res épaisse, et parfois eoninie une eorne, ri Itien t|m' ee soit un»' liypollié>»' admissible qu'un cITrl de ce ^«•nre, se produisant avec p«*r>istance, soit héréditaire, repcndanl, aucune cause semblable ne peut explicpur la i-arapaee de la lorlu»*, la cuirasse de l'armadillo ou tatou, ni l'enveloppe imbriquée du panf:olin ? La peau de ces animaux n'est pas plus exposée habiluellemenl à des frottements (jue ne le sont celles des animaux à poil. Les excroissances clran^'es qui distin^^uent la léle des calaos ne peuvent parvenir d'aucune réaction contre raclion des forces environnantes, car même si elles étaient protectrices, il n'y a aucun lieu de croire que la léte de ces oiseaux a plus besoin de protection que celle des autres. Si, par suite de la preuve que chez les animaux le de^ré d'épaisseur de l'enveloppe est en quelques cas influencé par le degré de leur exposition à l'air, on admettait comme possible que le développement des plumes succédant à une croissance dermique a été le résultat dune nutrition plus active causée par une circulation superticielle plus abondante, nous resterions encore sans explication de la structure de la plume. Nous n'aurions pas davantage d'explication des din"érentes sortes de plumes, des crêtes des divers oiseaux, des queues énormes parfois et des plumes si singulièrement disposées de l'oiseau de paradis, etc., etc. Il est, évidemment, encore plus impossible d'expliquer par l'usage et le non-usage les couleurs des animaux.

Aucune adaptation directe à une fonction ne peut avoir produit les protuLérauces bleues de la face du maudrilie,

S«jic«. — Probl. **

104 PnOBI.K.MES HE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

OU l.i ])('aii rayre du ti^re, ou le pluruaf^^e rltlouissanl du inarlin-j)èchour, ou les yeux de la (jucue du j)aon, ou les dessins innombrables des ailes d'insectes. Un seul cas, celui des cornes du cerf, eût pu suffire à montrer combien la cause assignée était inadécjuate. Pendant leur croissance, les cornes du cerf ne sont pas du tout employées, et lorsque, ayant élé dépouillées de la peau morte et des vaisseaux sanguins (jui les couvrent, elles sont prêtes à servir, elles sont sans nerfs et sans vaisseaux, et par suile incapables de subir les changements de structure, conséquence des changements de fonctions.

Des rares auteurs qui repoussèrent l'opinion exposée par le professeur Huxley, et qui, adoptant la croyance en une évolution continue, avaient à expliquer cette évolution, on peut dire que, bien que la cause assignée fût vraie, on devait pourtant, même en admettant qu'elle opérât à travers plusieurs générations successives, convenir qu'elle laissait la plus grande partie des faits inexpliquée. Ayant fait partie moi-même de cette petite minorité, je m'étonne, en regaraant en arrière, de la manière dont les faits qui s'accordent avec l'opinion adoptée, s'emparèrent de la conscience et repoussèrent les faits qui étalent contraires à celte opinion, — si évidents que fussent beaucoup de ces derniers. Ce jugement erroné n'avait rien que de naturel. Trouvant impossible d'accepter aucune doctrine impliquant une interruption au cours uniforme de la causation naturelle, et par implication, acceptant comme indubitables l'origine et le développement de toutes les formes organiques par des modifications accumulées causées naturellement, on supposa que ce qui paraissait expliquer certaines classes de ces modifications pouvait être capable d'expliquer le reste; .ia., tendance était d'admettre qu'on expliquerait sembla-

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bItMiK'iit cclli's-i'i, bien (lu'oii ne \it pas trop coiuinciit cela so ferait.

Laissant de côté celte parenlluse, nous devons ici, principalement, nous rappeler (pie, ainsi qu'on l'a dit au di-but, il n'v avait, il y a trente ans. aucune thcorie î»<»utenalj|c >ur la geiuSe des tMrcs vivants. Des deux lluorif?» fii piomie, aucune ne soutenail l'examen de la critique.

Nous fûmes lirt's d'embarras — en grande mesure, mais pas entit^rement, je crois — par VOrigine des Espèces. Cet ouvra^'e mit en Iuini("'re un autre facteur, ou plutôt il lit renianpuT (pie tel lacleur reconnu comme actif par un observateur ou l'autre ' ainsi que l'a indiqu(} M. l)iirNsin, dans son Introduction à la seconde (!*dition), se trouvait évidenmient jouer un r(jle immense dans la gencse des plantes et des animaux.

Bien que je m'expose à ^tre accusé' de redites, je me sens oblig(} d indiquer ici, en peu de mois, les diverses grandes classes de faits qu'expli(jue riiypotln.^se darwinienne; sans cela, ce qui ^uit serait à peine compris. Et j'iu'site moins à le faire parce que Ihypothèse qu'elle a rem- (ilact'e, qui n'a (.-Xv connue d'une manière gént-rale eu auciui temps, est tombt'e derni(l*rement en un tel oubli (jue la plupart des lecteurs connaissent à peine son existence, et ne peuvent, par conséquent, comprendre le rapport entre linlerprélation victorieuse de Darwin et l'essai infructueux, d'interprétation (jui l'a précédée. 11 ya,danscesfaits,(|uatie classes principales à distinguer.

En premier lieu, les ajustements du genre de ceux auxquels il a été fait allusion plus haiit. sont rendus conque^ hensibles. Bien qu'il soit inconcevable qu'une structure telle que celle Ju népentliès ait été produite par les effets accu-

mules de la fonction sur la structure, il est pourtant concevable que des sélections successives de variations favorables l'aient produite, et il en est de même pour l'arrangement non moins remarquable de la dionée attrape-mouches, ou l'arrangement encore plus étonnant de celte plante aqualiaue qui prend de petits poissons. Bien qu'il soit impossible d'imaginer comment, par l'influence directe de l'usage accumulé, des appendices dermiques, tels que les piquants du Dorc-épic, aient pu se développer, pourtant, profilant comme les membres d'une espèce, d'ailleurs sans défense, le pourraient faire, de la raideur de leurs poils qui les rendaient une proie peu tentante, il est admissible que par la survivance successive des individus qui se défendaient le mieux, et par la transformation ultérieure dans les générations successives des poils en soies, des soies en épines, des épines en piquants (car tout cela est homologue), ce changement ait pu se produire. D'une manière analogue, le sac susceptible de gonflement du phoque à nez de vessie, la curieuse canne de pêche avec son appendice ressemblant à un ver, que porte la tête du lophius ou baudroie, les éperons sur les aiies de certains oiseaux, les armes de l'espadon et de la scie, les caroncules des gallinacés, et nombre d'autres structures particulières, quoique aucunement attribuables aux effets de l'usage ou du non-usage, s'expliquent comme résultats de la sélection naturelle agissant d'une manière ou de l'autre.

En second heu, tout en nous montrant comment il s'est produit d'innombrables modifications dans les formes, les structures et les couleurs de chaque partie, Darwin nous a montré comment, par l'établissement de variations favorables, il peut naître des parties nouvelles. Bien que le premier pas dans la production de cornes sur la tête de

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divers aiiimaiix «'.iriiivon's ait pu Hiv la croissance de cal I<)siU''s venant tic leur haliiludc de tlonncr de la l^le — ces callosités ain^^i amenées fonctionnellenienl étant ensuite développées de la manière la j)lns avantageuse par la sélection naturelle. — on ne peut pourtant e\pli(juer la subite apjiaritioM d'une double j)aire de cornes, ainsi (pi'il arrive parfois chez les béliers. — addition (pii, si elle était avantageuse, |)ourrait aisément devenir un trait pemianen», grâce à la sélection naturelle. Puis, les modifications qui suivent Tusage et le n(»n-usage ne peuvent pae expliquer les changements dans le nombre des vertèbres ; mais après avoir reconnu comme facteur la variation spontanée, ou plutôt fortuite, n(tus j)ouvons nous rendre compte que là où mie vertèbre additionnelle (comme chez quelques pigeons) est avantageuse, la survivance du plus apte en peut faire un caractère constant, et il peut, par des additions ultérieures, se produire de très longues chaînes de vertèbres, telles qu en présentent les serpents, Somblablement, pour les glandes mammaires, il n'est pas déraisonnable de supposer que par les elTetsdu plus ou moins de fonctionnement, héréditaires dans des générations successives, celles-ci puissent être augmentées ou diminuées ; mais il est impossible d'invoquer une cause pareille pour un changement dans leur nombre. Il n'y a aucune explication de celui-ci, sauf par l'htrédiJé des variations spontanées, telles que nous savons qu'il s'en présente dans la race humaine.

En troisième lieu, il en est de même pour certains changements dans les connexions des parties. Suivant qu'on demande plus à un membre ou à l'autre, les muscles en: mouvement peuvent être augmentés ou diminués d« volume, et s'il va hérédité de changements accomplis de la fiorte, le membre peut, au cours des générations, devenir

198 PRODLÈMKS ItK MtillAI.l. I.T DE S(n'.l(t!.(>(;iK

plus LTos (Ml plus petit. Mais les chaii/^MMiiciils dans 1<'S an'aii^tMiitMits nu les atlaclio des iiuisclcs ne pcuMMil v\re expliqués ainsi. (In trouve, surtout aux extrémités, (jue les rapj)orls des tendons avec les os, et entre eux, ne sont pas toujours les mêmes. Des variations dans leurs modes de connexion peuvent, a roccasion, devenir avantageuses, et ainsi s'établir. Nous avons encore, ici, une cla.sse de clianpements de structure dont l'hypothèse de Darwin donne une ex|)lieation, ee (jue nulle a»ilre hypothèse ne fait.

Va puis, il y a encore les jjhénoménes de mimétisme. Ceux-ci montrent, peut-être d'une manière plus frai)pante que tous les autres, comment des traits semblant inexplicables s'expliquent comme étant dus à la survivance plus fréquente d'individus ayant varié d'une manière favorable. Nous sommes à même de comprendre des ressemblances merveilleuses comme celle de l'insecte en forme de feuille, telles que celle des coléoptères qui « ressemblent à des gouttes de rosée brillantes sur les feuilles », celle des chenilles qui, lorsqu'elles dorment, s'étendent de façon à res-. sembler à des brindilles. Et on nous montre comment se sont produites des imitations encore plus étonnantes, celles d'un insecte par un autre. Ainsi que l'a i)rouvé M. Bâtes, il y a des cas où une espèce de papillons de saveur asse? désagréable pour que les oiseaux insectivores refusent de les prendre, est simulée, dans sa couleur et son dessin. |)ar une espèce toute différente, simulée si bien qu'un entomologiste môme exercé est exposé à être trompé; l'explicaliftn serait qu'une ressemblance primitivement légère, amenant parfois des erreurs de la part des oiseaux, a été augmentée, de génération en génération, par le fait que les individus qui ressemblaient le plus .survivaient plus souvent, jusqu'à ce qu'enfin la ressemblance devint plus grande.

IJJI PACTEl'RK Dr L'tVoLinoK ORCA^iigi'E I9II

Mail», tout en cuii!i(at«jit plfiiiriitent et proccusu» mii i*ii luiuit^iT par Darwin, et qu'il a retrace^ a\Tc tant de »oin ft d'habilcU*. puuxons-nuus comlure que, k lui m*uI, il explique l'ôNolutitui or^Miiiqur? La »ét('<'tiitii naturelle défi vahation> fa\t)rables a-t-<*lle él«'* le seul factrur? Eu eianiinant le ténioigna^'o dl*^ faits au point de vue critique, nouH avons lieu de croire qu'ils n'expliquent aucunement tout ce qui veut ^'tre expliqué. Laissant de cAté, pour le munuMit. toute considération d'un facteur qui peut être distinct* comme primordial, on peut soutenir (jue I»* fadeur ci-dessus indiqué par le docteur Krasmc Darwin et par Lamarck. doit élre reconnu comme coopérateur. Tout in>uflisante à expliquer la plupart des faits, que soit rhy|K)tliése de l'hérédité des modilicatioDS produites par les fonctions, il y a |)Ourtaot une partie secondaire des faits, très étendue, quoique moindre, qui doit être attribuée à cette cause

(^►uand je discutai cette question, il y a plus de vin^'t ans {Principes de Biologie, § 166) je donnai pour exemple la diminution de dimension des nulchoires dans les races civilisées de l'humanité, conmie chan^'ement que n'expliquait point la sélection naturelle des variations favorables, puisquaucune des diminutions par lesquelles, dans des milliers d'années, s'est efTectuée cette réduction, n'aurait pu donner aux individus chez qui elle se serait produite, un avantage tel qu'elle eût dû causer leur sunivance par la diminution du coût de la nutrition locale, ou par la diminution du poids à porter. Je n'ai |>oiiit exclu alors, ainsi que j'aurais pu le faire, deux autres causes possibles. On pouvait dire qu'il y avait quelque corrélation organique entre les dimensions plus grandes du ceneau et la diminution de dimensions dt la mâchoire ; |)our preuve.

voir l:i llu'orie de Camper sur l'angle facial. Mais à cet argiimenl on ])eiit réi)on(lre en indiijnanl les nombreux exemples de gens à petites mâchoires qui ont aussi un pelil cerveau, cl en citant des cas peu rares d'individus remarquables par leurs laeullés mentales, et en même temps par des mâchoires au-dessus de la moyenne.

El puis, si Ton invoque la sélection sexuelle comme cause possible, on peut répondre que, en supposant même qu'une légère diminution des mâchoires, dans une seule généraration, ait pu constituer un attrait, cependant les autres motifs du choix de lu part des hommes ont été trop nombreux et trop grands pour que celui-ci pesât d'un poids suffisant, puisque dans la plus grande partie de la période des temps anciens, le choix de l'homme parla femme a eu peu d'importance, les femmes étant primitivement volées ou achetées, et plus tard presque toujours forcées dans leur choix parleurs parents. Donc, un nouvel examen des faits ne me prouve pas la non-valeur de la conclusion tirée, que la diminution de la mâchoire ne peut avoir eu d'autre cause que l'hérédité continuée des diminutions résultant des diminutions de fonction impliquées par l'emploi de nourriture choisie et bien préparée. Toutefois, mon but principal ici est d'ajouter un exemple montrant, avec encore plus de clarté, la connexion entre le changement de fonction et le changement de structure. Cet exemple, d'une nature analogue à l'autre, est présenté par ces variétés ou plutôt sousvariétés de chiens qui, ayant été des favoris domestiques et ayant habituellement mangé une nourriture molle, n'ont pas été appelés à se servir de leiu's mâchoires pour déchirer ou couper, et n'ont que rarement eu la permission de les employer à saisir une proie ou à se battre contre d'autres.' On ne peut tirer aucune conclusion des dimensions des ma-

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