‹ Problèmes de morale et de sociologieChapitre 20 sur 30 · I.KS KACTKinS DE l.'f.VUl l TION UUGAMOl'K ÎOl · texte numérisé non relu

I.KS KACTKinS DE l.'f.VUl l TION UUGAMOl'K ÎOl

«•hnires ellfs-iiu'^mcs, qui, chez ces cliit'iis, se sont racroiir- (•ios suiiniit par la sôlcclion. Il fautirail mu* s« ri»* «j'olisfr- N allons tnS (iinicilt's à faiir, pour avoir uih* pn'u\r «lirccle il»' la (It'-croissaiicc des inusclrs itilrn'ssrs dans l'action tic nionlrc ou «le fermer les ni.Mlioircs. .Mai> il ncsl pas diflicilc da\oir la preuve iiulirrclc de la décroissance des muscles en re^'ardanl les parties osseuses avec lesquelles ces muscles sont eu rejalioii. L'examen des crânes de divers chi«*Ms d'appartement (pii sont au Musée du dolKy»' des Cliirurf^iens, prouve la petitesse relati\e de de ces jKuties. Le seul crâne de carlin est celui d'un individu qui n'est pas tout à fait adulte, et bien que ses traits soient très significatifs, on ne saurait les invoquer comme preuve en toute sécurité. Le crâne d'un terrier a des espaces d'insertion très restreints pour ses muscles temporaux, des arcades zygomaliques faibles, et de très petites surfaces d'attache pour les muscles masséters. Plus significative encore est la preuve fournie par le crâne d'un King-Charles, (jui, si nous comptons trois ans pour chaque génération, et tenons présent à l'esprit le fait que la variété a dû exister avant le règne de Charles II, peut en être à la centième génération de ces petits favoris du foyer domestique. La largeur relative entre les surfaces externes des arcades zygomatiques est d'une petitesse remarquable ; l'étroitesse des fosses temporales est aussi frappante, les zygomas sont très minces; les muscles temporaux n'ont laissé aucune trace quelconque, soit par des lignes de limites, soit par le caractère des surfaces couvertes, et les zones d'attache pour It's muscles masséters sont très faiblement développées. Au Musée d'Histoire naturelle, parmi les crânes de chiens, il en est un qui, bien qu'anonyme, semble, par sa petite taille et ses dents, avoir appartenu à une variété quelconque

202 rnoiu.ÈMKS m; mouai.k kt i>k sociolocik

lie chien irai)j)arl(iii('iil, cl (iiii a Irs iiiriiics liails, au iiii^me de^'ré, (juc le cràiie iJiverdcnl. Nous avons donc ici deux, si ce n'est trois espaces de chiens qui, nienant des vies é<^'alcnient ])roté^ées et faciles, montrent (juau cours des géncralions les parties intéressées dans Taelion de serrer les mâchoires se sont réduites. A quelle causi^ doit-on attribuer cette décroissance? Assurément |)as à la sélection artificielle, car la plupart des modifications nommées n'ont pas de signes externes appréciables, la lar;^'eur entre les zygomas ])ouvanl seule être perçue. Lu sélection naturelle ne peut non plus rien avoir à y faire, car, si même il y avait une lutte pour l'existence parmi ces chiens, on ne i)eul soutenir que l'avantage dans la lutte eût été pour l'individu chez qui se produisait une diminution. L'économie de nutrition est aussi exclue. Abondamment nourris comme le sont les chiens de cette sorte, la tendance constitutionnelle, chez eux, est de trouver des endroits où déjjoser commodément l'excès de nourriture, plutôt que de trouver des endroits où il soit praticable de rogner les vivres. On ne peut non plus invoquer une corrélation possible entre ces diminutions et le raccourcissement des mâchoires qui a probablement été le résultat de la sélection, car chez le boule-dogue, quia aussi des mâchoires relativement courtes, les parties intéressées à leur jeu sont remarquablement grandes. Il ne reste donc, comme cause convenable, que la diminution de grandeur qui résulte d'une diminution d'usage. La réduction d'une partie peu exercée a, par Ihérédilé, été rendue de plus en plus marquée dans les générations successives.

Il faut maintenant traiter des difficultés d'une autre classe, — celles (|ui se présentent quand nous demandons

ujt K\(rf.tns M. I. CvuuTtuN uucamoce suit

Comint*iil, par la M'Iri'lioii dt* \ariation!( fa\uralilr!t, |M*uvcnl »*e(Teoluor 1rs elian^'ciiit'nlA de structure qui adaptent un ui^aiUMue à (|ui*l(|ue urtiun utile, à laquelle coo|K^rciit beaucoup de parties dKTcivntes. Nul ne |M'ut manquer d'apercevoir coniment une {lartie simple peut, au cuun» de plusieurs p'-nrralituis, rire au^Mueiitre. si clia(|ue auj^niieutat ion favorise, en quelque manière décisive, la contiimalion de lespece. 11 est aisé de comprendre aussi comment une partie complexe, telle qu'un membre entier, peut Hrtaugmentée, connue tout, par Tauginentation simultanée de ses parties composantes ; car si. pendant sa croissance, les canaux d'approvisionnement apportent au membre une quantité inaccoutumée de sang, il en résultera, naturellement, des dimensions proportionnellement plus grandes de tout ce qui le compose — os, muscles, artères, veines, etc. Mais, bien que dans des cas pareils les dilTérentes parties fonnant quelque grand ensemble complexe puissent être su|>posées devoir varier ensemble, rien n'implique qu'elles le fas>ent nécessairement, et nous avons des preuves qu'en divers cas, même quand elles sont étroitement unies, elles ne le font pas. Nous en avons un exemple dans ces crabes aveugles cités dans VOrigine des Espèces, qui habitent certaines cavernes sombres du Kenlueky, et qui, tout en ayant perdu leurs yeux, n'ont pas perdu les pédoncules qui les portaient. En décrivant les \ariétés produites |»ar les amateurs de pigeons, Darwin fait remarquer qu'à côté des changements dans la longueur du bec produits par la sélection, il n'y a pas eu de changements proportionnels dans la longueur de la langue. Prenons aussi le cas des dents et des mâchoires. Chez l'homme, elles n'ont pas varié ensemble. Au cours de la civilisation, les mâchoires uut diminué, mais les dents n'ont pas diminué eu proportion,

204 ruonLf.MES df. mouai.k et de sociologie

delà |>ni\ iciil ci' tassomont .issoz ((imnniii. aminci on nMncdic st)uvciit par rcxtraclion diiranl r<'nraiicc. cl (|iii. dans d'autrrs cas. caiiso nu ilc\cl()|ij»ciiichl inipaifail suivi do carie précoce. Mais on \ oil inicu\ encore, dans les variclés de chiens ciléps ci-de.ssus comme exemple deselTetsli(''r<''didilairc> ilii non-usa'.îe, l'alisence df Narialion proportionnelle dan> les parties coo|)(''ranles (|iii se tonclienl. cl (]iii sont réunies dans la même masse. Nous voyons chez ces chiens, comme dans la race humaine, (jue la diminution des mâchoires ne s'accompa;.îne ))as d'une diminution correspondante des dents. Dans le catalo^^me du Musée du Collège des Chirurgiens, on a écril. sm- Tinscriplion d'un crâne d'épagneul de IMenlieim, les mois : « Les dents sont étroitement resserrées », et, surTinscription d'un crâne d'un épagncul King-Charles, les mots : « Les dents sont étroitement serrées, la troisième prémolaire est placée tout à fait transversaleniciil à Taxe du cràn(> ". Va\ outre, il est à remanjuer que dans un cas où il n'y a pas de diminulion d'usage des mâchoires, il y a le même manque de variation concomitante : ce cas est celui du boule-dogue, dans la mâchoire duquel aussi « les j)rémolaires... sont extrêmement tassées et placées obliquement ou môme transversalement j)ar rapport au long axe du crâne' ».

Si dune, dans les cas où nous pouvons la contrôler, nous ne trouvons pas de variation concomitante dans lefe parties coopérantes qui sont rapprochées, si nf)us n'en trouvons j)as dans les parties qui, bien qu'appartenant à des tissus dilîérents sont aussi étroitement unies que le sont

' Il est probable que ce raccourcissement sVst produit non directement mais indirectement, par la 6(!-lectiou dos indivi(]us rcniarquablcs [lar la ténacité de leor étreinte, car la particularité du boule-dogue à cot égard semble due h ce que sa mâchoire supérieure est relativement courte, c* qui, amenant le retrait des narines, rend le chien capable de continuel A respirer sans lâcher prise.

\fy drniA cl lc« niârli(iirr%, i^i tiou»ii'c*n tniu^ooft |mi<i tit^m<* (|(iand U'S partie» cou|M^raiilr» iit< mmiI \an M'ulniifiit u

lit llliliî» NtUlI foiliiit's (le iij. |||. !:~«ii ruilUIH* I O-él 4 ' "(ill |M-«l«»ll('llli'. «|Ur iliimiN limi* ' '

! , . ntc!» qui, oulri* ({u't'll<-!> mhiI «

< diiïén'iit.H, Miiit iMui^'iit'fs Tunt* de laxiXt IriiKMil il iioun est interdit de Mi|i|M)!»er qti'eileA varient

iiM*niMe, niais nuus Miinmes autoris^'h à aflinnfr (|u • it<- |»<-ti\cnt a\uir aucun** tendance à \arier « iiMtni.i. Kl >|ii<||cs siint les implications dant» le» ca» ou 1 f il ni< iiUiluMi d'une structure ne peut ^tre d'aucuiK* u( i a muins qu'il n'y ait une aupnentatiun corre»pondante

.1 beaucoup de structures éloignées, qui ont a s'y joindre pour accomplir l'activité pour laquelle elle est utile ?

DiS 1864 {Principes de Biologie. % 166). j'ai cité comme exemple un animal portant de lourdes cornes, l'élan irlandais, maintenant éteint, et J'ai indiqué les nombreux chan- - •nicnts dans les os, les muscles, les vaisseaux sanguins. Ic> nerfs, composant la partie antérieure du corps, qui i Talent nécessaires pour n*ndre avantageux un accroissement de grandeur de ces cornes. Laissez-moi prendre ici un autre exemple — celui de la girafe; exemple que je choisis en partie parce que, dans la sixième édition de VOrigmt des Espèces, publiée en 1872. [)an\in a cité cet animal en réfutant certains arguiiK'itt> avancés contre son hypothèse. 11 dit la :

•> 11 est presque indispensable, pour qu'un animal acquière quelque structure développée spécialement et grandement, que plusieurs autres de ses parties toient modifiées et adaptées en rapport avec cell«-ci. Bien que chaque partie du coqis varie légèrement, il ne s'ensuit pas

que les parties nécessaires varient toujours dans la bonne direction et au degré désirable. »

Et, dans le résumé du chapitre, il remarque à propos des ajustements chez ce même quadiupède, que « lusage prolongé de toutes les parties, ajouté à l'hérédité, aura aidé d'une manière importante à leur coordination, remarque qui, sans doute, se rapporte principalement au caractère de plus en plus massif de la partie inférieure du cou, à Taugmentalion de dimensions et de force du thorax obligé de porter un fardeau surajouté, et à l'augmentation de force des jambes de devant obligées de porter le poids plus grand du cou et du thorax. Mais je pense maintenant qu'un examen ultérieur nous conduit à croire que les modifications héritées sont infiniment plus nombreuses et plus éloignées qu'on ne le croirait d'abord, et que la plus grande partie de ces modifications sont telles qu'on ne saurait les attribuer en aucun degré à la sélection des variations favorables, mais exclusivement aux effets héréditaires du changement de fonctions. Quiconque a vu galoper la girafe n'oubliera de longtemps ce spectacle grotesque. La raison de l'étrangeté des mouvements est évidente. Bien que les membres antérieurs et les postérieurs diffèrent tellement de longueur, ils sont obligés, au galop, de se mettre au pas, de prendre des enjambées égales. Il en résulte qu'à chaque pas, l'angle décrit par les membres de derrière autour de leur centre de mouvement, est beaucoup phis grand que fangle décrit par ceux de devant. Et, en oulre, comme pour aider à égaliser les enjambées, la partie post£rrieure du dos est, à chaque pas, très courbée,, vers la len*ô et en avant. D'où il semble que les quartiers de derrîèrô font tout le travail. Un moment d'observation suffît à montrer que les os et les muscles composant le train posié-

LES FACTHIFIS DE lV.VOLUTIO?! 0R(;AMQUE 2<J7

rieur de !a girafe, ont iim» aclioii (liiïénMile, tl'uiio niaiiicn» ou autre, et de degré, de celle (|u'or>l les os et muscles lioiuologues chez un maniiiiifère de pruporlious ordinaires, cl de celle du iiiaminifrit' priiiiilH dont di-sccnd la girafr, (iliaciue l'tiipe ull( rirmc de cette croissance (|ui a produit les grands meinhres de devant et le long cou, entraînait (pieKjue changement adapté en j)lusieurs des noinhreuses parties composant le (piartier de derrière, puiscpie tout in>uccès dans rajustement de leurs forces respectives eût entraîné (juchpie mantiue de rajjîdité. et comme conséquence la perle de la vie, quand Tanimal était poursuivi Il suffit de se rappeler conunent, (piand on continue à marcher sur un pied qui a une ampoule, et (pi'on fait des pas calculés de fa^on à diminuer la pression sur la partie blessée, on éprouve une douleur aux muscles en jeu dans celle action inaccoutumée, pour comprendre que tout elVort excessif imposé à un muscle quelconque des quartiers de derrière de la girafe mettrait bientôt l'animal hors délat de s'échapper, et en certains cas, rester à quehiues mètres en arrière des autres, c'est la mort. D'où il suit que s'il nous est interdit d'admettre que les parties coopérantes vaiienl ensemble, même quand elles se louchent et sont intimement unies, s'il nous est encore plus interdit de supposer qu'avec un accroissement de longueur des jambes de devant et du cou, se produira un changement approprié dans un muscle ou os quelconque des quartiers de derrière, combien n'est-il pas plus hors de (jueslion de supposer qu'il se produira simultanément les changements appropriés dans chacun de ces nombreux éléments des quartiers de derrière qui, respectivement, demandent un réajustement? 11 n'y a pas à répondre que quelque augmentation de longueur ilans les jambes de devant ou le cou

pourrait èlre conservée et transmise à la postérité, attendant une varialion appropriée dans un os ou muscle parliciilier du train de derrière, hupu^Ue, si elle se produisait, permettrait une augmenlation ultérieure. Car, outre le fait que, jusqu'à ce que cette variation secondaire se produisît, la première variation serait un désavantage souvent fatal, et à côté du fait que, avant qu'une semblable variation secondaire put être produite, au cours des générations, la première variation serait éteinte, il y a le fait que la variation appropriée d'un os ou d'un muscle dans le train de derrière serait inutile sans des variations appropriées de tout le reste — les unes d'un côté, les autres de l'autre, — sans des variations appropriées dont il est impossible d'évaluer le nombre.

Ce n'est pas tout. De bien plus nombreuses variations appropriées seraient, indirectement, nécessitées. L'immense changement dans les proportions du train de derrière, par rapport au train de devant, rend nécessaire un changement con'espondant de proportions dans les moyens employés pour la nutrition de tous deux. Tout le système vasculaire, artériel et veineux, aurait à subir de successives démolitions et reconstructions pour rendre ses canaux suffisants aux exigences locales; puisque toute insuffisance dans la provision de sang dans telle ou telle serre ' de muscles entraînerait l'incapacité, le manque de rapidité, et la perte de la vie. En outre, les nerfs (jui approvisionnent les diverses séries de muscles auraient à être changés en proportion, aussi bien que les voies nerveuses centrales d'oii il» scrtent. Pouvons-nous supposer que tous ces changements appropriés, aussi, seraient opérés pas à pas simultanément par des variations spontanées heureuses, se produisant à côté de toutes les autres variations spon-

Page 1