I.KS KACTKins DE l'évolution ohgamque
iiuIt'|M*iiilanls, à des ile^Tt's variables, et dont (|uel(iues-uns eon^eivent une existence tout à fait indr|)«'ndaiile, aurait sendtK'' une aiisunlilé. Mais celte vriilr (|ui, connue beaucoup des v<''rités établies par la science, est contraire à ce sens connnun en leiiuel la plupart des gens ont tant de confiance, est devenue graduellement plus claire depuis les jours ou Leeuwenhœck et ses contemporains commencèrent à examiner à travers des verres ienliculaircs l'anatomie détaillée des |)lantes et animaux communs. Chatjue perfectionnement du microscope, en élar|.;issanl notre connaissance de ces fbrmes prescjuc invisibles de la vie, a révélé de nouvelles preuves du fait que tous les organismes consistent en des unités respectivement alliées par leurs traits fondamentaux à ces formes de vie infinilésiinales. Bien que, telle que la formulent Schwann et Sclileiden, la doctrine cellulaire ait appelé des modifications et réserves, cependant celles-ci n'ont pu infirmer la proposition générale que les organismes visibles à Tœil nu sont respectivement composés d'organismes invisibles, — à employer ce mot dans son sens le plus compréhensif. Et puis, quand on a suivi le développement d'un animal , on trouve qu'ayant été, d'aJjord, une cellule à nudéus, devenue ensuite, par fissiparité spontanée, un groupe de cellules à nucléus, celui-ci traverse des phases successives pour former, de ces cellules se multipliant et se modifiant en diverses manières, les divers tissus et organes qui composent l'adulte.
D'après l'hypothèse de l'évolution, ce trait universel doit être accepté comme un fait plein de signification. Il doit être accepté comme preuve que toutes les formes visibles de la vie sont nées de l'union des formes invisibles, lesquelles, au lieu de s'écarter les unes des autres après division, sont restées ensemble. On connaît diverses phases
Srmcbr. — l'iubl. |j
"258 PRoni.f:MKS i>i morale et ok sociologie
inlenuriliairos. C\u'/. li's i)lai\los. celles du [\\)c des Volvox nous mouli'ul les proloitliN les (|iii les composent si faihlemenl condtiiiés qu'ils vivenl. lespeelivemenl, leur vie sans suliordiualion apprécialtle à la vie du p'oupe. Et eiie/, les animaux, il y a une relaliou j)arallèle enlre la nIc des unilrs et la vie du ^jroupe, chez les lVoj;l<'>nes et Syncryples. Kn remonlaiil la série, on juMit noicr. à Iravers des l\p('s suecessivem«Mil supérieurs, une subordiiialidn croissanle des unités à Tagrégat, bien cpie la suhordinalion leur laisse encore des soFumes remanjualiles (raclivilé individuelle. En réunissant ces faits aux phénomènes présentés par la midtipliealion cellulaire, et Tagrégalion de cha(|ue germe en voie de développement, les naturalistes accepicnl maintenant la conclusion que, par ce processus de composition, toutes les classes des Métazoaires' (on appelle maintenant ainsi les animaux nés de cette façon) — ont été tirées des Protozoaires, et (jue d'une manière analogue, toutes les classes de ce qu'on ai)pellera, je suppose, les Métaphytes, bien que le mol ne soit pas encore courant, ont été formées au moyen de Protophytes.
Et maintenant, quelle est la signification générale de ces vérités, par rapport à la conclusion à laquelle nous sommes j)arvenus précédemment? C'est que ce trait universel des Métazoaires et des Métaphytes doit être attribué à l'action et à la réaction primitives entre l'organisme et son milieu. L'action des forces qui produisirent la j)remière diiïérencialion de l'extérieur et de l'intérieur dans de petites masses primitives de protoplasme, ont déterminé d'avance cette structure cellulaire universelle des embryons, animaux et végétaux, et celle des formes adultes qui en sont nées. On
• A Ttratise on Comparative Embnjology, par F. -M -A. Balfonr, t. II, chap. xiii.
UL8 mCTKlRS UK L'ÊVOLITIUK URCA.HIUI'K l.'SO
verra combiiMi il est iin|M)»ililc dV^vilcr ccUc iiiiplicatioii, cil |Mm>sAnt plus luiii un fxt'iiiplc iléjà cité — oelui du h plu^'C lit' ^'alcts, dont les cjullouv, tout en (*L;iiit. cii (|U('l(|Ut> imh, it'|}aiiis i»eloii leuni dimriiiiiuns, ont élî' vt\ tuuH leH (*as (fTiuidis et polis. Su|)|)oso!i> qu'un lit di' pilcts scmltlaitlfs ^•lit. ainsi (|U(' nuu.s ruvon> vu, solidilic par une patr en un (-on^loint'iat.
{}uv duit-un, en pareil cas, considérer comme le trait principal d'un tel conglomérat ? ou plutôt que devuns-nuuH rej-arder comme étant la cause principale de ses carac- Icrcs distinctifs .' Itlvidemnn'nt, c'est l'action de la mer. Sans It's brisants, point de ^mUMs; sans les ^.'alets, point de . on^lomérat. Donc, semblahlement, en l'absence de celte irtion du milieu par laipiclle a été efTectuée la diilérenciation entre l'extérieur et l'intérieur chez ces parties microscopiques de protoplasme constituant les aniiiuiux et les |tlantcs les plus anciens et les plus simples, il u'aurait jiu • vistcr ce trait cardinal. le fait d'être des composés, «pie tous les animaux supérieui's et les plantes supérieures nous offrent.
l)e sorte que si actif qu'ait été le rôle joué parla sélection naturelle, à la fois pour modifier et modeler les unités priiiiilives — si largement (jue la survivance du plus apte ait >cr\i à favoriser et contrôler la combinaison de ces unilcs pnur former des organismes visibles, et aboutir à de grands organismes, nous devons, pourtant, attribuera l'effet direct du milieu sur les premières formes de la vie, ce caractère dont ce facteur, partout à l'œuvre, a tiré parti.
Occupons-nous, maintenant, d'un autre attribut, plus remarquable, des organismes supérieurs, qui a aussi la même cause générale. Observons comment à un nJNiiiu
plus haut se produit cette différenciation entre l'extérieur et l'intérieur — ooniineut ce trait primaire dans les unités vivantes avec lesquelles commence la vie, réapparaît comme trait primaire dans ces agrégats d'unités qui constituent les organismes visibles.
Nous voyons cela, sous sa forme la plus simple et la moins méconnaissable, dans les premiers changements d'un œuf de type primitif, en cours de développement. La cellule solitaire primitive, fécondée, s'étant multipliée par fissiparité spontanée en un groupe de cellules semblables, il commence alors à s'établir un contraste entre la périphérie et le centre, et bientôt il se forme une sphère consistant en une couche superficielle différente de son contenu. Le premier changement, donc, est la production d'une différence entre cette partie extérieure qui est en rapport direct avec le milieu qui l'entoure, et celle partie enfermée qui n'y est pas. La différenciation primaire dans les embryons composés des animaux supérieurs, est parallèle à la différenciation primaire observée chez les organismes les plus simples.
Laissant de côté, pour le moment, les changements successifs de l'embryon composé, dont nous aurons, tout à l'heure, à examiner la signification, passons maintenant aux formes adultes des plantes et animaux visibles. Nous trouverons en elles des traits cardinaux qui, après ce que nous avons vu plus haut, nous feront mieux comprendre l'importance des effets produits sur l'organisme par son milieu.
Depuis le thalle d'une algue marine jusqu'à la feuille d'un phanérogame très développé, nous trouvons, à toutes les étapes, un contraste entre les parties internes et externes de ces masses aplaties de tissus. Chez les Algues supérieu-
LR!t FACTerns or l êvuli tion oruamioce 261
n's. « les ('(uiches exlrriips consistciit «mi ('<>llulef( plus jM'lites el plus ffnn«'S. taudis (pu* les ccllulrs iuterues soûl suuveut tnS ^'rau(l«*s cl (pu'l(pu*fois cxtn^uuuueut longues' »; et dans les feuilles des arbres la rouehe épiderniicjue. outre (prelle dilTt'^re, par Ie> diiuciisions el la fonue des ecllules (pii la eonjposcul. du pareiu-hyiue foriiiaut la substance interne de la feuille, est elle-mt^me iilTcrenciée en ee qu'elle a une euticule cuntinue, et que l<s parois externes de ses cellules sont dilTérentes des parois internes '. La structure des types interm(''diaire8 l«*ls que les hépatiques est si^'nificative. La diiïérenciation t'ulre les cellules recouvrantes el les cellules recouvertes, el le contraste entre la surface supérieure et la surface inférieure, dans la fronde du Marchant ia polymorpha, nous uionlrenl clairement l'eiïel direct des forces incidentes, et montrent aussi comment il se joint à l'effet des tendances liénnlilaires. La fronde sort d'un bourgeon plat en forme de disque, dont les deux côtés sont pareils. L'un {|uelconque des deux est suj)érieur, et alors du rejeton qui se développe, le côté exposé à la lumière est en toute circonstance le côté supérieur qui forme les stomates, le côté a l'ombre produit les radicelles et les processus foliaires '. De sorte que tandis que nous avons une preuve irréfutable que les influences opj)osées du milieu sur les deux côtés, sont les causes initiatrices de la différenciation, nous avons aussi la preuve que son achèvement est déterminé par la structure transmise du type, puisqu'il est impossible d'attribuer à l'action directe de l'air et de la lumière le développement des stomates. Si nous passons des expan-
« Sacha, p. 210.
• Ibid., pp. 83-M.
> Ibid., p 185.
siens foliaires aux liges et racines, nous trouvons des faits de signilicalioii analogue. Parlant, en général, des tissus épiderniiques et du tissu intérieur, Sachs remarque que « le contraste entre les deux est d'autant plus évident, que la partie de la plante intéressée est exposée à l'air et à la lumière ' ». Ailleurs, il est dit à cet égard que, dans les racines, les cellules de l'épiderme, bien que se distinguant en ce qu'elles sont pilifères, « sont, autrement, semblables à celles du tissu fondamental qu'elles revêtent ' », tandis que l'enveloppe cuticulaire est relativement mince, et dans les tiges l'épiderme (souvent différencié davantage), est composé de couches de cellules qui sont plus petites et ont des parois plus épaisses : contraste de structure plus net qui correspond à un contraste de conditions plus considérable. Pour répondre à l'hypothèse que ces différences respectives sont entièrement dues à la sélection naturelle des variations favorables, il suffira que j'appelle l'attention sur la dissemblance entre les racines enterrées et celles qui sont exposées à l'air. Pendant qu'elles sont dans l'obscurité, et entourées de terre humide, les enveloppes protectrices les plus extérieures, même des grandes racines, sont relativement minces, mais quand les accidents de la croissance entraînent l'exposition à la lumière et à l'air, les racines acquièrent une enveloppe analogue à celle des branches. On ne peut douter que l'action du milieu cause ces changements, et les changements inverses, quand nous voyons, d'une part, que <( les racines peuvent être transformées directement en rejetons portant des feuilles », et que d'autre pari, en quelques plantes, des parties « ayant l'apparence de racines, né sont que des rejetons poussant sous terre », et que, néan-
1 Sachs, p. 80.
2 76td., p. 83.
I>:S FACTKIRS DK l'ÉVOLUTION ORnAMOl'F. 263
moins, n ceux-ci suut scinblalilfs en fonction et par la formation (les tissus à de véritables racines, mais n'ont pas de coiffe et quand ils arrivent à la lumière, au-dessus de la terre, continuent à |)ousser comme le font les bourj^eons foliaires ordinaires ' ». Si donc, dans des plantes tn''s développées héritant de structures prononcées, cette iniluence différenciante du milieu est si marquée, celle-ci doit avoir été d'importance suprême au début quand les types étaient encore peu déterminés.
Pour les animaux tout comme pour les plantes, nous trouvons de bonnes raisons de conclure (jue, tandis que les spécialités des parties tépumentaires doivent être attribuées à la sélection naturelle des variations favorables, leurs traits les plus généraux sont dus à l'action directe des agents environnants. Nous voici arrivés à la frontière des modifications qui sont attribuables à l'usage et à la désuétude. Mais nous pouvons, à bon droit, exclure de celte classe de changements ceux où les parties intéressées sont entièrement ou principalement passives. Un cor, une ampoule fournissent de bons exemples de la manière dont certaines actions externes sont la cause dans les tissus superficiels, d'effets très caractérisés, qui n'ont de relation ni avec les besoins de l'organisme, ni avec sa structure normale ; ce ne sont ni des changements adaptifs, ni des changements en vue du perfectionnement du t\T)e. Après les avoir notés, nous pourrons passer à des changements alliés, mais plus instructifs. Une pression continuelle sur une portion quelconque de la surface cause la résorption, tandis qu'une pression intermittente cause la croissance : Tune empêchant la circulation et le passage du
> Sachi, p. 147.
plasma des capillaires dans les tissus, et raiilre les aidant tous deux. II y a, en outre, des ell'els proiluits mécaniquement. Nous avons des preuves que le caractère général de la |)cau cntclée de la surface plantaire des pieds et de l'intérieur des mains est directement dû à la friction et à la pression intermittente, car, d'abord, les endroits les plus exposés à un frottement rude sont les plus côtelés; secondement, la paume des mains sujette à des frottements plus forts, telles que celles des matelots, est fortement côtelée partout; et, troisièmement, dans les mains qui travaillent très peu, les parties côtelées d'ordinaires sont tout à fait unies. Je donne ces diverses sortes de preuves, quelipie significatives qu'elles soient, simplement pour ouvrir la voie à des preuves d'une nature bien plus concluante.
Quand un large ulcère a dévoré la couche, placée profondément, d'où, naît l'épiderme, ou quand cette couche a ete détruite par une brCdure étendue, le processus de guérisôn est très significatif. Par les tissus sous-jacents, qui, dans l'ordre normal, n'ont rien à faire avec la croissance extérieure, il se produit une nouvelle peau, ou plutôt un succédané de celle-ci, car cette couche extérieure de substitution ine contient pas de follicules pileux ni les autres organes de la peau primitive. Néanmoins, elle ressemble à la peau primitive, en ce qu'elle est une enveloppe protectrice continuellement renouvelée. Sans doute, on peut soutenir que cette peau provisoire résulte du penchant héré- Iditaire du type, de la tendance à compléter de nouveau la slruclure de l'espèce quand celle-ci est atteinte. Nous >ne pouvons, toutefois, négliger l'influence immédiate du Imilieu, en rappelant les faits ci-dessus, ou en nous sou- Ivenanl, en outre, qu'une surface de peau enflammée, quand
Lf.S lACTKlHS I»r. L tVOLLTI'»> oKttA.Mgt'E Sft3
elle n'est [m% ahnU'v contn* l'air, produit une couche de l\niphe. qui se coa^'uU'. Mais un autre cas nou* montre clairement que l'action directe du milieu est un facteur principal. Les accidents ou la maladie causent parfois le renversement ou l'exalropliie d'une membrane nuiqueuse. \priS une période dirrilation, d'altord vive, mais qui .lécroit à mesure que le changement pro{;resse. cette memhrane prend le caractt'^re général de la peau ordinaire. Kl ce n'est pas tout : sa structure microscopicpie change. IJi où c'est une membrane muqueuse du type à épithélium cylindrique, les cellules épilhéliales se raccourcissent graduellement, linissant par devenir aplaties, cl il en résulte une épithélium squameux; la structure approche de celle de 1 épiderme. Ici, on ne peut invoquer une tendance vers I achèvement du type; il y a au contraire divergence. L'efTet du milieu est si grand que, en peu de tenq)s. il domine le penchant héréditaire, et produit une structure d'une espèce opposée à la structure normale.
Nous arrivons, ici, de façon à peu prés directe, à une analogie significative, parallèle à une analogie déjà décrite. .\insi que cela a été indiqué, un corps inorganique qui est modifiable par son milieu, acquiert, après quelque temps, une enveloppe extérieure, qui a déjà subi les changements <|ue les agents environnants peuvent opérer, il a une masse iulérieure qui n'est pas encore changée, parce qu'elle n'a pas été atteinte, et il y a entre les deux une surface, oii le changement se produit : une région d'activité. Nous avons vu que, dans la cellule animale aussi bien que dans la cellule végétale, il existe des distributions analogues, avec cette différence, toutefois, que la partie la plus intérieure n'est pas inerte. Nous avons, maintenant, à noter que dans ces agrégats de cellules qui constituent les Métaphytes et les
2G6 rnuBLKMES dk muiiale et de socioi.or.iE
MôtazoaiiTs. il existe aussi des dislribulions analogues. Chez les plantes, il ne faut naturellement pas les chercher dans les tViiillcs et les autres pailies cadiupies, niais seulement dans les parties permanentes : la tige et les branches. Naturellement, aussi, nous ne devons pas nous attendre à les trouver chez des plantes ayant des modes de croissance qui produisent de bonne heure une partie externe pratiquement morte, qui protège efficacement la partie intérieure à vie active contre l'influence du milieu : les acrogènes à vie longue, tels que les fougères arborescentes, el les endogènes à longue existence, tels que les palmiers.
Mais chez les plantes supérieures, les exogènes, (jui ont la partie vivante active de leur tige à portée des actions environnantes, nous trouvons que cette partie — la couche de cambium — a une croissance intérieure formant du bois, el une croissance extérieure formant de 1 ecorce; il y a une enveloppe, qui va toujours s'épaississanl (là où elle ne tombe pas en écailles), d'un tissu changé par lemilieu, et en dedans de ce tissu est la zone de la plus haute utilité. En tant que cela touche notre argument actuel il en est de même chez les Métazoaires, ou du moins chez ceux qui ont une organisation élevée.
La peau extérieure croîtaux dépens d'une couche limitante placée à petite distance de la surface — centre d'activité vitale prédominante. Là, naissent perpétuellement de nouvelles cellules, qui, à mesure qu'elles se développent, sont poussées vers l'extérieur et forment l'épiderme ; elles s'aplatissent et se desséchent à mesure qu'elles approchent de la surface, où après avoir protégé les parties placées au-dessous, elles finissent par s'écailler pour laisser de plus jeunes les remplacer. Ce tissu encore non diiïérencié formant la
LK8 FACTKl'HS DK L>.V(tUTIU?( unOA^dQl'E Ml
base de I Ypideniu» el exisUiit aussi coiiiiiic soun*t» de renoiivclIciiitMit des orjfanes iiilérieuni, est la tiihstanee es{»entiellrment vivante, et les faits doiin^*» einiessus impliquent que c'était l'aetiondu milieu sur celte sul>slan«-crsM«ntiellement vivante qui. aux premit'res (^tapes de l'oi^Mnis.Uijui des Métazoaires a inau;^'uré cette enveloppe proleetriec (pii devint bientôt une structure héréditaire — structure qui, quoique maintenant princi|)alement héritée, continue encore à être modifiable par le milieu.
Pour conq)rendre pleinement comment ces preuves nous forcent à reconnaître rinlluence du milieu comme facteur primordial, il suflit de les concevoir et de les interpréter sans cette influence. Supposons, par exemple, que la structure de l'épiderme soit entièrement déterminée par la sélection naturelle des variations favorables; que dira-t-on alors, en présence du fait cité plus haut, que lorsqu'une membrane muqueuse est exposée à l'air sa structure cellulaire se change en structure voisine de celle de la peau ? 11 faut raisonner ainsi : Bien que la membrane muqueuse, chez un organisme individuel hautement développé, montre l'efTet puissant du milieu sur sa surface, nous ne devons pouilant pas supposer que le milieu a pu produire pareille structure cellulaire sur les surfaces de formes primitives, bien que non différenciées, ou si nous supposons qu'un semblable efTet ait été produit, nous ne devons pas supposer cet efTet héréditaire. Bien au contraire, nous devons supposer que cet efTet du milieu ou n'a pas été produit du tout, ou qu'il a été éphémère : bien que répété pendant des millitms de générations il n'a pas laissé de traces. Et nous devons conclure que cette structure de la peau est née uniquement en conséquence de variations spontanées non point initiées ph\siquement (bien que semblables à celles qui sont initiées
268 rnoiiLfiMF.s dk mui;alk. et dk socioldgif.
physiquiMuent» dont la s«''l«"'('tion naturelle s\'st ciiiparrc. o\ qu'elle a aeerues. Ouclijuiiii jii;^^'ia-l-il (|iio ce suit là un raisonnement soutenable?
Nous arrivons maintenant à la dernicVe et principale série des phénomènes morpholoirlipies (pii doivent être attribués à l'action ilireete des substances et forces environnantes. Ceux-ci nous sont présentés quand nous étudions les premières étapes du développement des embryons des Métazoaires en général.
Nous parlons du fait déjà noté en passant, qu'après que des divisions sj)onlauées par fissiparité ont chan^'é la cellule terminale fécondée j)rimitive en ce groupe de cellules (jui forme un gemmule, ou œuf primitif, le premier contraste qui se produise est celui qui dislingue jes parties j)ériphériques des parties centrales. Lorsque, ainsi qu'il arrive j)our ces êtres inférieurs qui n'emmaf^asinent pas de grandes provisions de nourriture avec les germes de leur progéniture, la masse intérieure n'est pas considérable, la couche extérieure de cellules, qui deviennent bientôt très petites par leurs subdivisions répétées, forme une membrane s'étendant sur toute la surface — le blastoderme. L'étape suivante de développement, qui finit par le dédoublement de cette couche enveloppante, est atteinte de deux manières — par invagination et par délamination, mais on ne sait pas bien quelle est la manière primitive et quelle est la manière abrégée. M. Balfour dit, à propos de l'invagin-ilioii dont les types inférieurs oITrenl des multitudes d'exemples : « Il y a simplement a priori, h mon avis, plus à dire en faveur de l'invagination qu'en faveur de toute autre vue ». Kt, pour
> A Treatise on Comparaliit Fmbnjology, par Francis: .M. Halfour t. II, p. 343 (2* 6dUiou).
noire but actuel, il Auflira de uuus iKinier k reudre U cbuM claire au lecteur, |>ar un !>ini|ile exemple.
l'nMiei une petite balle de rauutrliuue. non de l'espéco a paroi niinee et iluNe, ni de l'espire pleine, mais de celle (]ui a un pouce ou deux de diamètre, avec un petit trou par Ictpiel lair > ccliappe par la prcN>ion. Supposez qu au lieu le cauutcbouc. s;i (laroi consiste en petites cellules rendues pidyêdriques par la pression mutuelle, et unies ensemble Ceci repri'senlera le blastoderme. Maintenant, avec le doi;;t. - Il foncez un côté de la balle jusqu a ce qu'il touche l'autre, loriiiant ainsi une sorte de coupe. Cela représentera le pro- « •^>us d'invagination. Imaginez que parla continuation de ce processus, la coupe hcmispbcri(|ue devienne très prof«»nde el que l'ouverture se ri'lrècisse, jusqu'à ce que la coupe •texienne un sac, dont la paroi renfoncée en dedans est partout en contact avec la paroi externe. Ceci représentera la
gastrula » à deux couches — la forme ancestralc la plus >imple des Métazoaires, fonne qui est représentée d'une manière permanente dans quel(|ues-uns des types inférieurs; car il ne faut qu'ajouter les tentacules autour de rorifice du ^ac pour avoir une hydre conununc. Ici, le fait qu'il nous importe surtout de remarquer, c'est que de ces deux couches. I extérieure, appelée en langue embryologique épiblaste. continue les relations directes avec les forces el les matériaux de l'environnement, tandis que la couche intérieure, l'hypoblaste, n'entre en contact qu'avec les matières (|ui sont introduites dans la cavité générale à laquelle il sert lie doublure. Nous avons, en outre, à noter que dans les
• mbryous des .Métazoaires un peu avancés en organisation,
• ntre ces deux couches, il en naît une troisième, le mésoblaste. On voit l'origine de cette dernière dans les tN-pes où le processus du développement n'est pas encore obscurci
•270 PROliLKMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
par la présence d'un grand vitellus nutritif. Tandis que le retournemenl décrit ci-dessus se produit, et avant que les surfaces internes de l'épiblaste et de l'hyiioblasle soient mises en contact, des cellules ou des unités aniiboïdes équivalentes aux cellules, sont formées par gemnialion de l'une ou même des deux surfaces internes, ou de quelque partie de l'une et de l'autre, et ces unités forment une conclue qui finit par s'interposer entre les deux autres — une couche qui, ainsi que l'implique le mode de formation, n'a jamais de relations avec le milieu environnant et son contenu, ni avec les corps nutritifs qui lui sont empruntés. Il faut mainlenant énoncer les faits remarquables auxquels cette description a servi d'introduction nécessaire. Hors de la couche externe ou épiblaste, se développent l'épiderme permanent et ses accessoires, le système nerveux, et les organes des sens. Hors delà couche tournée en dedans, ou hypoblaste, se développent le canal alimentaire et les parties de ses organes accessoires, foie, pancréas, etc., qui déversent leurs sécrétions dans le canal alimentaire, aussi bien que le revêtement interne de ces tubes ramifiés des poumons qui portent l'air aux endroits où s'opèrent les échanges gazeux. Et c'est du mésoblaste que naissent les os, les muscles, le cœur et les vaisseaux sanguins, et les vaisseaux lymphatiques, en même temps que les parties de divers organes internes qui sont les plus éloignées du monde extérieur. En admettant des réserves secondaires, il reste ces faits généraux que : toutes les parties qui sont en relation avec le milieu et son contenu actif ou passif, sont développées dans cette partie de la couche externe qui reste externe d'une manière permanente ; que dans la partie invaginée, en dedans de celte couche externe, sont développées les parties en relation avec les substances à demi externes qui sont absorbées dans Tinté-
LES FAC.TKinS I>K L ÉVOLLTIO?! ORCAMOLE 271
rii'ur — la lumrrilmv solide, l'eau et l'air; tandis (|ue dans le niésoldaste se di\(io|)|u'iit des parties (|ui nunl eu, en aucun temps, eoninicire avee le milieu. Kxaminoiis ces faits ^'«'lU'raux.
Qui eut ima^inr cpu' le sN>l(iiie iitTNoux fût une portion niodiliée île l'épiderme primitif? En l'absence de preuves fournies par le témui^^nage concordant des embryologistes au cours des trente ou quarante dernières années, qui eût cru (pie le cerveau naît d'un repli de la peau externe, lecjuel, s'enliMuant sous la surface, s'enfonce en d'autres tissus et liiiit |)ar être entouré d'une boîle osseuse? Pourtant le système nerveux de lliomme, de même que le système nerveux (le> animaux inférieurs a pris naissance ainsi. Selon les expressions de M. lialfour, les premiers changements end»ryologi(jues impliquent que :
<» Les fonctions du système nerveux central, qui étaient primitivement renqilies par toute la 'peau, se sont concentrées, graduellement, en une partie spéciale delà peau, (pii a été, pas à pas, éloignée de la surface, et finalement est devenue, dans les types supérieurs, un organe bien défini enfermé dans les tissus sous le derme... Le témoignage endiryologique montre que les cellules ganglionnaires delà partie centrale du système nerveux sont dérivées, primitivement, des simples cellules épithéliales, non différenciées, de la surface du corps '. »
Il est peut-être moins saisissant, bien que cela le soit encore assez, d'apprendre que l'œil a évolué aux dépens d'une partie de la peau, et que tandis que la lentille du cristallin et son entourage ont cette origine, les >< parties percevantes des organes des sens spéciaux, surtout des
» Balfour, loc. cit., t. II, pp. 400-401.
2"2 IMlOni.ÈMKS DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
organes opliijucs, sdiit souvent fdniu'cs aux (l(''|)ens de la luèiHO partie de répidcruic itrimitif •' ipii foiiuo le syslruio nervrux CL'ntral*. 11 en est de intMue pour les or;j;anes de l'odorat et de l'ouie. Ceux-ci, aussi, eoiuuieneenl coiuinc replis de l'épidrrine; et taudis (pie leurs parties se dtH'el(i|t|)t'ul, il \ iciil à leur rencontre, par dedans, des strudurcs n(M\eusrs (jui sont elles-nirnics d'ori^'ine épidennicpie. Connnent devons-nous interpréter ces étranges Ir.inslormalions? Observant, eu |)assant. combien serait absurde, au point de vue du i)arlisan de la doctrine de la création spéciale, une telle filiation de structures, et un mode si détourné de dévcloj)pcment embryonnaire, nous devons ici faire remarquer que ce n'est pas là un processus au(jnel on pouvait s'attendre comme résultat de la sélection naturelle. Après qu'un nombre de variations spontanées se lut produit, ainsi que l'impliciue l'Iiypollièse, de manières inutiles, on pouvait s'attendre à ce que la variation qui axait été le début d'un centre nerveux se fut produit en quelque partie interne où elle serait convenablement située. I.a placer d'abord en un lieu dangereux, et la faire émigrer ensuite dans un endroit sur, serait incomprébensible. Il n'en sera point ainsi, si nous tenons présente à l'esprit la vérité cardinale exposée ci-dessus, que les structures en relation avec le milieu et son contenu, naissent dans la partie superficielle qui est directement influencée par le milieu et son contenu, et si nous en inférons (jue les actions externes elles-mêmes sont les initiatrices des structures. Ces dernières une fois commencées et perfectionnées j)ar la sélection naturelle lorsqu'elles sont favorables à la vie, formeraient le premier terme d'une série aboutissant à des
' Balfour, toc. ait , t. II, p. 401.
UU f ACTKl'Rt DE L'tVOU TIOM ORGA^IOCt t73
onnines de »<*iis dével(i|i|>^((. et h un By»t^roe neneux de*
\fl4>|l|><'' V
Hi(Mi(|iu* ifla iliil ifuftiritT lfr.iiM>iirn'm«»i»l, jt* d(»ji, pour «Mn* bri'f. passer rapidnmMjl sur l'évtjlulion •••■••••»* de oell<* couche iuv«j;iiu'*e t»u li\|mbl.i>te, d'où ua'i^- mal
alimentaire et le« organeii qui y sont attaché». Il suffira d'insister sur le fait qu'ayant Hé primitivement externe, cette couche continue dans *a forme développée à occuper une situation à dcmi-exlernc. à la foi> dans la partie di;.'«'stive et dans la fartie respiratoire, puisqu'elle est en relatiuuH avec des matières élraiif;«'^res à l'organisme. Je m'abstiendrai de m arrêter trop longtemps sur le fait déjà mentionné, que la couche intermédiaire dérivée, le mésohiaste, qui était, au début, complètement interne, est le point de départ des slniclures qui restent t<»ujours complètement internes et n'ont de communication avec renvintnnemenl qne par les parties qui se sont développées hors de l'épiblaste et de l'hNpoblaste. antithèse qui est très significative.
Ici. au lieu de s'arrêter sur ces détails, il vaudra mieux âp|>eler l'attention sur l'aspect le plus général des faits. (Juel que soit le cours des changements subséquents, le premier changement est la formation d'une couche superlicielle ou blastoderme, et par quelque série de transformations que la structure de l'adulte soit atteinte, c'est du blastoderme que naissent tous les organes fonnant l'adulte. Pourquoi ce fait étonnant?
Nous en trouvons le sens en retournant à la première phase dans laquelle les Protozoaires, ayant par de fréquentes segmentations formé un groupe, se sont arrangés en sphère creuse, comme le font les protophytes pour former un Vol-
t Voir, pour udc (>ti|ui»»r gru^rtle dMchangemenU ptr le«qa«la t'opèf le déTeloppeuirot. balfour, loc. cit., I. Il, pp 401-404
vox. Homogène, d'abord, sur toulo l;i suiracc. la sphrre creuse d'unités ciliéi^s ainsi formée, prendrait, si elle n'rlait parfaitement sphérique, une attitude eonslante en se mouvant dans l'eau, et par suite, une partie de la sphère viendrait |)lus souvent (jue le reste en contact avec les matières nutritives absorbahics. Une division de travail résultant d'une semblable vaiiation étant avantageuse, et tendant par conséquent à au^niieiilei- chez la postérité, finirait par une diflcrencialion comme celle que présentent les gemmules de divers types inférieurs de métazoaire, qui, de forme ovale, ne sont ciliés {(ue sur une partie de la surlace. 11 naîtrait de là une forme dans laquelle les unités ciliées présideraient à la locomotion et à Taération, tandis que sur les autres, à caractère amiboïde, retomberait la fonction d'absorber la nourritm'e : spécialisation primordiale indiquée diversement par les témoignages'. Remarquant (pi'une origine ancesirale de ce genre est impliquée par le lait que chez les types inférieurs de Métazoaires une sphère de cellules creuse est la forme que prend d'abord Tembryon qui se développe, j'appelle l'attention sur le point qui nous intéresse le plus ici, savoir: que la différenciation primaire de cette sphère creuse est, en un pareil cas, déterminée par une dinérenec dans les relations de ses parties avec le milieu et son contenu, et que l'invagination subséquente naît de la continuation de ces relations différentes.
En négligeant même cette première phase et commençant à la seconde, où une « gastrula » a été produite par l'introversion permanente d'une partie de la surface de la sphère creuse, il suffira que nous examinions ce qui doit être arrivé ensuite. Ce qui continuait à être la surface externe était la
« Voir Balfour, t. I, p. 149, et t. II, pp. 343-344.
LK8 PACTKl'KH DB L*ÊVOLl'T10?l ORCAKiOlK «TTS
partie qOl, do teiii|)> en triups, touchait de« iua»»(*s en repo«, et recevait à rocca&iun les culiij^iunA n'sultant de se» propres iiiouvenu'iits mi des iiKtuvtMnciits d«*s autres (Closes. (Jetait la partie ipii receNait 1rs xihratioiis sonores (]ui se pnipageiit. de temps en temps, à travers l'eau, la partie qui est influencée plus fortement (juaueune autre par les variations dans les quantités de lumière causées par le passage de petits corps tout auprès d'elle, et celle qui rencontre ces molécules dilTusées qui constituent les odeurs. C'est-à-tlire que. dés le coinniencemenl, la surface a été la partie sur laquelle tonihaienl les diverses influences s'exer- Vant dans le milieu, la partie qui recevait les impressions des choses environnantes senant à la conduite des activités, et la partie qui avait à supporter les réactions mécaniques qui étaient la conséquence de celles-ci. Nécessairement donc, la surface était la partie où se formaient les divers instruments de relation avec l'environnement. Supposer autre chose, c'est supposer que ces instruments de communication pourraient surgir, à l'intérieur, où ils ne pourraient ni recevoir l'influence des agents environnants, ni exercer sur eux leur propre influence, où les forces de difl^érenciation n'entrent pas en jeu, et où les structures difl'érenciées n'ont rien à voir; et ce serait supposer que pendant ce temps, les parties directement exposées aux forces de différenciation resteraient sans changement. 11 est évident, donc, que l'organisation ne pouvait commencer qu'à la surface, et ayant ainsi commencé, sa marche subséquente ne pouvait être déterminée que par son origine superficielle. D'où suivent ces faits remarquables qui nous montrent que l'évolution individuelle s'accomplit par de successifs développements et croissances, à l'intérieur. Nul doute que la sélection naturelle ne soit entrée vite en scène»
!27r. PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
comme, par exemple, dans le déplaeement des centres ner- N.'iix rudimentaires qui étaient à la surface, puisqu'un individu elioz (jui ces centres auraient un siôge plus profond aurait moins de chances d'(Mre mis hors do combat par les atteintes du dehors. Et de même en une multitude d'autres cas. Mais, néanmoins, comme nous le voyons ici, la sélection naturelle ne pouvait opérer sans contrôle. Elle ne pou<vait (iiic |)n)lit('r de ces changements de structure que le milieu et son contenu déterminaient.
Yovcz donc combien grand est le rôle joué par ce facteur primordial. N'eùl-il fait que donner aux Protozoaires et aux Protoph} les cette forme de cellule qui les caractérise, n'eùt-il fait que leur léguer cette composition cellulaire qui est un Irait si remarquable des Métazoaires et des Mélaphyles, n'eût-il fait qu'opérer la répétition, chez tous les animaux et plantes visibles, de cette différenciation primaire de l'extérieur et de l'intérieur, qu'il avait déjà opérée chez les animaux et les plantes invisibles à l'œil nu, il eût fait beaucoup pour donner aux organismes de toutes sortes certains traits principaux. Mais il a fait plus encore. En causant les premières différenciations de ces groupes d'unités, d'où sont nés les animaux visibles en général, il a fixé le point de départ de l'organisation et, par conséquent, déterminé la marche de l'organisation, et, en ce faisant, a donné des' traits indélélébiles aux transformations embryonnaires et aux structures adulte?
L'argument qui précède, bien que suivi d'après la méthode inductive, a fini par passer à la méthode déductive. Suivons ici, pour un temps, la déduction pure e* simple. Nul doute que raisonner apriori ne soit dangereux, en biologie, mais nous ne risquons rien à examiner si \en
LES FACTEL'KS DE L'ÉVULinON OllGA!<IOl'e t71
n^suIUU euincideiit avec ceux que iiuuh avuus obtenu en raisunnunt a posteriori.
Les biolo^'istes, en gén(^ral, s'accordent à dire que, dans l'état actuel du monde, il n'arrive jamais qu un ^tre vivant naisse d'une matière non vivante. Ils no nient point, cependant, (ju'à une cpocjue reculée dans le passé, quand la température de la surface de la Terre était beaucoup plus élevée que maintenant, et que d'autres conditions physiques étaient diiïérentes de celles que nous connaissons, la matière iru>rf:a nique, par des conqjlieations successives, a été l'ori^'ine de la matière {»r^ani(iue. Tant de hub>tances, qu'on supposait autrefois appartenir exclusivement aux corps vivants, sont maintenant fabriquées artifieiellenient, que les hommes de science ne mettent point en doute la conclusion qu'il y a des conditions sous lesquelles, par un pro^'rés en complexité, des composés quaternaires de type inférieur s'élèvent à des composés de type plus élevé. Il est, en réalité, nécessairement impliqué par lljNpothè.se de l'évolution prise comme ensemble, qu'il y a eu, autrefois, une divergence graduelle de l'organique venant de l'inorganique; et si nous acceptons l'hypothèse, comme ensemble, nous devons nous poser la question : — Quelles ont été les premières étapes de progrès (jtii ont suivi, après que la forme plus complexe de matière est née de formes de matière d'un moindre degré de complexité?
D'abord, le protoplasma ne pouvait avoir aucune propension à tel arrangement des parties plutôt qu'à tel autre, k moins, pourtant, d'appeler ain^i la |jn>|)ension mécanique vers une forme sphérique, quand il était suspendu dans un liquide. Au début, il a dû être passif; à l'égard de sa pas>i vite', la matière primitive organique doit avoir été semblable à de la matière inorganique. Rien de semblable à des varia-
278 i'noiu.f:MK.s m. MdiiM.K kt dk S(M:ioL()r,iE
tions >|)oiilaii(''es n'a pu s"\ produira, car la variation implique (pu'hpic niairiie hahiluello de changiMiient doiil elle est une divergence, cl elle est, |)ar conscqucnl. exclue là on il n'v a |)as de marche de changement hahiluelle. Kn l'absence de cette série cycliciue de métamorphoses que nous montre, maintenant, la jilns simple des choses, connue résultant d'une constitution héréditaire, il ne pouvait \ avoir de point d'appui pour la sélection naturelle. Comment donc a commencé l'évolution organique?
Si une masse primitive de matière organique était comme une masse de matière inorganique, en ce qui concerne sa passivité, et ne différait de celle-ci que par sa plus grande faculté de changement, nous devons en inférer que ses premiers changements se sont conformés à la même loi générale que le font les changements d'une masse inorganique. L'instabilité de l'homogène est un principe universel. Dans tous les cas, l'homogène tend à passer dans l'hétérogène, et le moins hétérogène dans le plus hétérogène. Donc, dans les unités primordiales du protoplasma, le premier pas de révolution a dû être le passage d'un état de ressemblance complète dans toute la masse, à un état où existait quelque dissemblance. En outre, la cause de ce progrès dans une de ces portions de matière organique, comme dans toute portion de matière inorganique, a dij être dans l'exposition dilTérente de ces parties aux forces incidentes. Qu'est-ce que les forces incidentes? Ce sont celles du milieu, ou environnantes. Quelles sont les parties qui sont ainsi exposées diversement? Nécessairement, l'extérieur et l'intérieur. Donc, inévitablement, à la fois dans l'agrégat organi(pie et dans l'agrégat inorganique (en supposant qu'il ail assez de cohérence pour maintenir des relations relatives, constantes entre ses parties), le premier pas de l'ho-
LU PACTLinS DK L'ftVULl'TKl^ ORGA5IIOL'K fiO
mo^ufiU^ à riit'tcntpMx^ité doit toiijotini avoir été la différ^uciatioii dt* la Kuifioc exttTiic |iar rapport au coiitciiM iiitrrit'ur. IVu iiniMulc que la inudilir.ition ait vW' \tU\KU\iu' ou ('liiiiii(|u«', do coinpositioii ou ili* drcoiniMioilioii, t-'ci^i toujours la UK^UK* f.'riirr.ili<%atioii. L'action directe du milieu a été le facteur primordial do l'évolutioti or^/anique.
Kt maiiitenaiil. enfin, considérons les facteurs dans leur ensemble, et considt^rons les rôles respectifs cju'ils jtiuent, ubsenant. surtout, les procédés par lesquels, à des é(a|>es successives, ils se font, respectivement . place l'un à l'autre, comme importance.
Apss^int seul, le facteur primordial doit avoir inauj^^uré la dilTérenciation primaire dans toutes les unités du protoplasme de même. Je di> de même, mais je me hâte de faire une réserve. Car, les inlluences environnantes, physiques et chimiques, ne pouvant pas être absolument les mêmes partout, surtout quand les premiers rudiments des choses vivantes se furent dispersés sur un espace considérable, il naquit nécessairement de petits conlra«»tes entre les de<rrés et les espèce» de dilTérenciati«>n superlicielle effectués. Aussitôt que ceux-ci devinrent prononcés, la sélection naturelle entra en jeu, car inévitablement les dissemblances produites entre les unités eurent des effets sur leur vie; il y eut sun'ivance de quelques-unes des formes modifiées, plutôt que des autres Quelque obscures cjue soient pour nous les causes qui déterminèrent le processus de lissiparité, qui s'est produit partout chex les organismes les plus petits, nous devons inférer que, dés qu'il fut établi, il favorisa l'extension de ceux qui étaient le plus favorablement différenciés par le milieu. Bien que la sélection naturelle ait dû devenir de plus en plus acti\e. à partir du moment de son
dt'bul, cependant l'action diiïérenciante du milieu n'a jamais cessé de cooi)érer au dévelopjxMiienl de ces premiers animaux et plantes. I*renanl tantôt la t(He, à mesure que naissaient les formes composées d'animaux et de plantes, et Umtôt la perdant pendant cette dilTérenciation plus grande des types les plus élevés qui donnaient plus de champ à la sélection naturelle, elle continua d'être une cause à la fois directe et indirecte de modifications de structure.
.\ côté de ce processus remanpiable, qui, commençant dans les très petits organismes par ce qu'on appelle conjujjaison, s'est développé en génération sexuelle, entrèrent en jeu des causes de variations fortuites, fréquentes et marquées. Le mélange des penchants constitutionnels, rendus plus ou moins dissemblables par les dissend)lances des conditions physiques, menait inévitablement à des concurrences de forces, qui produisaient des déviations de stnicture. Les dernières étaient, naturellement, pour la plupart, supprimées, mais quelquefois augmentées par la survivance du plus apte. Quand, avec la muIli[)lication croissante des formes de la vie, la lutte et la concurrence devinrent continuellement plus actives, les variations fortuites de structure, de peu d'importance dans le commerce avec le milieu, devinrent très importantes dans la lutte contre les ennemis et les concurrents, et la sélection naturelle de ces variations devint le facteur prédominant. C'est surtout à travers le monde des plantes que son action semble avoir été dune importance immense; et dans la grande partie du monde animal qui est caractérisée par une inactivité relative, la survivance des individus (jui avaient varié de manières favorables doit toujours avoir été la cause principale de la divergence des espèces et de la production occasionnelle d'espèces supérieures.
UU» FACTtlKS UK L'ÊVOLUTIO!* ORCANIOUB fS!
Mais peu à p(*u, Avrc cet arcruift«rm<*nl d'arlivit^, nous trouvuu», PII n'iiiiiiiUat vent dejt dr^tt-it iiurrr!(<ii\ciiicnl piu« élevés d'ajiiiuAUX, et surtout avec cette comple&ilé de vie plus grnii(i(* (|ue nous coiistatuns, coiiiiik' fartrur, riiért-dilé di'N iiiodilicilioiis de stniclure rauM-e par de* modilicatious de foiictiuiis. Kiiiiii, chez les élre> d une orgaoisatiuti supt'Heurf , ce facteur est devenu inipurtant, et je cruis qu'il y a lieu de conclure que, en ce qui concerne les organisiues les plus élevés, les hommes civilisés, chez lesquels le> sortes de varialioas, afTectant la survivance, sont trop uiuilipiespour pcnnellre la scleclion facile de l'une ou de l'aulrc. et vUci qui la survivance du plus aple est grandement contrariée, il est devenu le facteur principal, l'appui que donne la survivance du plus apte étant d'ordinaire limité à la conservation de ceux chez qui la totalité des facultés a été le plus favorablement influencée par les changements fonctionnels.
Naturellement . cette esquisse des rapports entre les facteurs, doit être prise, en une grande mesure, comme hypothétique. Nous sonunes maintenant trop éloignés des commencements de la vie pour obtenir des données permettAnt plus que des conjectures concen»ant ses premières étapes, surtout en 1 absence d'indications sur le mode selon lequel la multiplic-alion. d'abord agamogénétique et ensuite gamogénélique. a commencé. Mais il m'a semblé qu'il n'était pas oiseux de présenter cette conception générale, pour montrer que l'interprétation déductive est en harmonie avec les diverses inférences que nous fournit l induction.
Dans son article sur l'Évolution, paru dans ÏEticyclO'
pœiiia Britannica^ le professeur Huxley écrit ce qui suit :
• II reste à voir dans quelle mesure la « sélection natu-
282 PUOBLÈMKS DE MOHM.K FF DK S(»r,IOI,OGIE
relie >» suflit à la proiliiclioii des espaces. Nul ne pciil iloiilcr que, si elle n'en ol pas |;i cuise uiii(|U(', clic soil un factciii' très iinportanl do ccllt' (ipcralion... l)'a|iivs le t<''m(»i;,Mia^'e de la palt''()nl()l()«,Me, révoliilioi» de beaucoup de foruu's de la vie animale exislaul de nos jours, hors de leurs prédéces-* seurs, n'est plus une hypothèse, mais un l'ait historicpie; il n'y a plus (le discussion possible (pi(> sur la nahii-e des fadeurs pliNsiolo^iipies auxquels est due cette évolution. »
Je puis ajouter à ces |)assa<^es une remanjue faite dans le discours admirable prononcé |)ar le jirofesseur Huxley à rinau'juralion de la statue de Darwin au Muséum de South Kensin^Mon. Repoussant l'idée qu'une sanction était donnée ]»ar la cérémonie aux idées courantes sur l'évolution or^^anique. il dit (jue « la science se suicide quand elle adopte un symbole. »
A côté de motifs plus larges, un de ceux qui m'ont poussé à écrire ce qui précède a été le désir d'indicpier que, déjà, chez les biologistes, la croyance concernant l'origine des espèces a trop revêtu le caractère d'un symbole, et qu'en s'établissant, cette croyance a pris quelque étroitesse. Loin d'élargir encore cette plus large conception à lacjuclle arriva Darwin vers la fin de sa vie, ses successeurs semblent avoir rétrogradé vers des vues plus étroites qu'il n'en a jamais exprimé. Il semble donc qu'il y ait lieu de reconnaître que l'avertissement donné par le professeur Huxley n'est pas inutile.
Quoi qu'on puisse penser des arguments et des conclusions exposés dans cet essai, ils serviront peut-être à montrer qu'il est encore trop tôt pour clore l'enquête sur lea [causes de l'évolution organique.
Nont
iM passages qui tuicmt fitistUent partie dé ta pr/ftice #M pfUt ttitumf où parut t'essai gnt pr^Cfuie. J% te» ajoute U'i. fiiute (te pouvoir tes ptacerptus convenablement.
Bien que la iMirUV directe des arpiments rontfiiut dans cet Ks»ai soit d ordre l)iolo^'i(|ue. l'ar^'umeiit df la pD'iiiit'^re inoitit^ a des rapimrts indirecte avec la psycholope. la morale et la soiMolo^'ie. I«a foi que j'ai en la profonde importance de ces rapports indirects, a Hé primitivement le principal muhilc qui me poussa à éniMicer l'ar^'ument, et maintenant me (xiusse à le r^i^diler sous une forme plus durable.
Bien que des pliénomt^nes mentaux de plusieurs sortes, et surtout les plus simples, ne s'expliquent que par la sélection naturelle des variations favorables, il y a, je crois, pourt:int plus encore de pluMiomi'nes mentaux, comprenant tous ceux de quelque complexité qui ne peuvent être expliqués que comme des résultats de 1 hérédité de modifications produites fonctiunnellement. On adoptera donc telle ou telle théorie d'évolution psychologique selon l'acceptation ou du rejet de la doctrine que, non seulement chez 1 individu, mais dans toute' la succession des individus, l'usage et le non-usage des parties produisent, respectivement , l'augmentation ou la diminution de celles-ci.
Naturellement suni c là les conceptions que nous
nous fonnons de la gen« - - i ... la nature de nos émotions les plus élevées, et par implication, les conceptions que nous fonnons de nos intuitions morales. Si des modifications produites fonctionnellement sont héréditaires, alors les
•281 rUObLKMKS DE MOFIALE ET DE SOCIOLOGIE
associations mentales produites habiluellemenl chez le3 individus par les expériences des rapports entre les actions et leurs conséquences agréables ou pénibles, peuvent, dans la succession des individus, eng(Midrer des tendances innées à aimer ou haïr de telles actions. Mais s'il n'en est pas ainsi, la genèse de ces tendances est, ainsi que nous le verrons, impossible à expliquer d'une manière satisfaisante.
Il est évident que nos croyances sociologiques doivent aussi être profondément affectées par les conclusions que nous tirons sur ce point. Si une nation est modifiée en masse par la transmission des effets produits sur la nature de ses membres par ces modes d'activité quotidienne qu'imposent ses institutions et ses circonstances, alors il nous faut conclure que ces institutions et ces circonstances modèlent les citoyens bien plus rapidement et plus complètement qu'elles ne peuvent le faire si la seule cause d'adaptation est la survivance plus fréquente d'individus qui se trouvent avoir varié de manières favorables.
J'ajouterai seulement que, considérant la largeur et la profondeur des effets que l'acceptation de l'une ou de l'autre de ces hypothèses peut avoir sur nos opinions au sujet de la vie, de l'esprit, de la morale et de la politique, la question de savoir laquelle est la meilleure exige plus que toute autre question l'attention des hommes de science.
L'essai qui précède était publié quand je reçus du docteur Downes un exemplaire d'un travail : « De V Influence de la Lumière sur le Protoplasme », écrit par lui, en collaboration avec M. T. P. Blunt, et qui a été communiqué à la Royal Society en 1878. C'était la suite d'un article antérieur qui, traitant surtout des bactéries, soutenait que :
« La lumière est hostile au développement de ces orga-
LES FACTEURS DE l'ÉVOLUTION OHCANIQUE 283
nismes, et dans des conditions favorables peut entièrement eniptVher celui-ei. »
Ce travail supplémentaire tend à prouver que Teffet nuisible de la lumière sur le proluj)I;isme ne provient que de la présence deloxygcne. Prenant d'abord un type relativement simple de molécule qui entre dans la composition de la matière organique, les auteurs disent, après avoir raconté en détail des expériences :
«» Il était évident par conséquent, que l'oxygène était f'agent destructeur, sous l'influence de la lumière solaire. »
Et des récils d'expériences sur de très petits organismes sont suivis par la phrase :
« Il semblait donc qu'en l'absence d'atmosphère, lu lumière manquait entièrement de produire un effet quelconque sur les organismes capables de se développer. »
Ils résument les résultats de leurs expériences dans ce paragraphe:
« Nous concluons donc, à la fois de l'analogie et de l'expérience directe, que l'action observée sur ces organismes ne dépend point de la lumière per se, mais que la présence de l'oxygène libre est nécessaire, la lumière et l'oxygène réunis accomplissant ce que ni l'un ni l'autre ne pourrait faire seul, et il semble que la conclusion inévitable soit que l'elTet produit est une oxydation graduelle du protoplasme qui constitue ces organismes, et que, à cet égard, le protoplasme, bien que vivant, n'est pas affranchi des lois qui régissent les rapports de la lumière et de l'oxygène avec les formes moins bien douées. Une force qui est, indirectement, absolument essentielle à la vie telle que nous la connaissons, et la matière en l'absence de laquelle on n'a pas encore prouvé que la vie pût exister, se réunissent ici pour détruire cette vie. »
286 PROnLfeMKS DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
Quelle est rimplicalion évidente? Si l'oxygi^no, en pn'»sence (le la lumière, délniit une de ees parties minuscules de jjrotoplasine, quel sera son elTel sur une partie plus ^M'ande de protoplasme ? Klle exercera un elTel sur la surface cl iioii sur la ^'raudc ma^sc. \u lieu d"ctre rciulue inciU^ partout l'oinroc la de la 1res petite masse, la masse plus faraude ne sera rendue inerte qnii Textérieur, et en réalité il en adviendra de même pour la plus petite masse, si la lumière et roxy»j;ène sont en très petite (juantilé. 11 résultera de ceci une enveloppe de matière modifiée, efifermanl cl |)rotép:»Miit le protoplasme non modilié, — il en résultera une paroi cellulaire rudimentaire.
L l.NM hhl>A.N( K l»h LA « SÉLECTION NATIHKLLE* •
Tous reuv qui > iniujjfiil dt* |'^ 'l If*
f^pt•rit•lH•<•^ de NSeUr >ur l«* ...- .... »....■. U«-I»er d(-ixiu\ril que les |Mirties différente'» de la Nurfaee du torpi* diffèrent p^iideiuent dans leur aptitudoà reuM'i^'ner l'esprit au ^UJel de:> objets touchés. (^)uetques-unes de ces parties, fcmniissaut de vives sensations, ne donnent que peu ou point de connaissance des dimensions ou de» formes des objets qui ont eicité ces seur^tiuus; landi^ que d'aulre> parties d'où \ienneut des sensations bien moins aiguës, fournirent des impressions claires concernant les caractères tangibles, U^Mie d objets relativement petits. Ces dissemblances dans la pt'rceptiou tactile ont été ingénieusement exprimées par NVfber au moyen de mensurations. Prenant un compas, il a tn»uvé que si ce compas est disposé de façon à ce (|ue les pointes ne soient séparées que d'un douzième de pouce {'1 millimètres), le bout de l'index, distingue les deux pointes. En même temps, il découvrit que le compas devait être ouvert de deux pouces et demi avant que le tact du milieu du dos pût discerner la présence de deux {Miintes. Cest-a-dire que. suivant celte mesure, le bout de 1 index a trente fois le discernement tactile du milieu du dos.
* End pabtté poar U prrmUr» (ot* <Ub« Tkt f*vn«r, man •! SMi Itn.
Î88 PROBI.flMKS DE MORM F FT DK SOr.lOI.Or.lR
Knlre ces oxlrt^nu's. il y a îles degrés. Les surfaces intérieures des secondes phalanges des doigis n'ont guère (jue la ninilié de la finesse du bout de l'index. Les premières phalanges sont les moins si-nsibles. mais leur sensibilité ^gale celle du howl du mv.. l.c hoiil du gros orteil. la paunif • de la niaiii et la joue onl le cintpHèui)- de la |)uissan('c de perception tlu bout de lindex, et la |)artie inférieure du front n'a (jue la moitié de celle que possède la joue. Le dos de la main et le sonunet de la tète sont à peu près à égalité, n'avant (jue le (|uatorzième ou le quinzième de la sensibilité <|ut' jMisséde le boni du doigt. La cuisse, près du genou, cii a plutôt moins, et la poitrine moins encore; de sorte (jue les branches du compas doivent être ouvertes de plus d'un pouce et demi avant (jue la poitrine ne distingue les deux pointes l'une de l'autre.
Quel est le sens de toutes des dilTérences? Comment, au cours de l'évolution, ont-elles été établies? Si « la sélection naturelle » ou la survivance du plus apte est la cause invoquée, il faut alors montrer de quelle manière chacun de ces degrés de perception a été assez avantageux à son possesseur pour qu'il nait pas été rare que la vie ait été conservée par là, soit directement, soit indirectement. Nous pourrions, raisonnablement, supposer qu'en l'absence de quelque |)rocessus de différenciation, toutes les parties de la surface auraient d'égales facultés de percevoir les positions relatives. Elles ne peuvent être devenues aussi diss(Mnblables comme sensibilité sans une cause quelconcpie. Lt si la cause alléguée est la sélection naturelle, il est alors nécessaire de montrer que le plus grand degré de puissance possédé par telle partie plutôt que par telle autre n'a pas seulement contribué au maintien delà vie, mais a fait (pi'un individu chez qui la variation avait |)roduit une meilleure
xt-l. Ul II ■• hi{|«TIO> ^lllliMJI. • I . .^ I . I . .
:i, il y eut un avaiilAge i!
mil à iih'^iiu' dr hc niulli|ili«'r \Au> que le» dcMfiiilniiU dr% iiii)i\iilu« ne le iHif^MMlaiit [un. l*cut-ou |irou\cr ceci, ou
t ""'qu** raison a|j|»ar»-«''' ■""•
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Mirte. C'e»t b uue aide iiiipurtante pour toute inaiiipubliuii,
<-l elle |K*ut avoir douiié quelquefoi:» uu avantage qui a
t vie. En faiNaut dea fliVhe;» ou df > liainerfuis, un
mieux »! .1 ^ ^.^ p^jni Je vue a pu
i .. . , -i b, lui- , . tirer de b uuurritiu.
htrM]ue d'autn's eu manquaient. Dan;» la vie cIn au!^i, une couturi(>re, avec des doi^'ts bien doués, |>ourrait »'atteudre a ^'a^'uer sa \ie mieux que celle dont le<« doi^Ms s lUt obtus, i - cet avanta{.'e ne soit pas an- 1
quille- ...«..,» .1 ...... ^ (j„„j |,.- I...I.
« i.iieiit ' , itil leur !••
d un douziîMue à un septième de pouce, et qui n'avaient rie:i |K'rdu de b rapidité et de la finesse de leur talent pour b couture. Ici se place une de mes expiTiencet» personnelles. Vers la lin de nie> jours de ptVhe au >;iun)on. je i- .i
c (lubien jv'lai> devenu jzauelie à mettre ou oler U ..,,.... (l«aume b stMisibilite tactile de mes bouts de doigts, récemment mesuK'e, est au niveau indiqué par Weber, il est é\ident que cette décroissance d'adresse, accompagnant ua â;:e plus avancé, était due à la décroissance de b dt'-liea- * ' ' "^ iination musculaire et de la sei»>ibililr .1 b
; 1 a b dtvruisNanie du discernement tactile.
Mais sans insister sur ces critiques, admettons la conclusion que cette faculté perceptive supérieure possède^ ftar Id
200 PUOni.K.MKS 1>K. MORALE F.T DE SOCIOLOGIE
bout des doi^^ts a |)ii ii.iîlrr |);ir la siir\ i\aiu't' du j)Ius apto^ el liiiiiloiis notre raisoiiniMiuMit aux autres dilTérences.
Que sera-ce pour le dos du tronc et pour sa face? Y a-t-if un j:rand avanta;j:e à possrder une plus j^Taiide sensibilili' taelili' à la dernière (pi'au jJicMiier? Le bout du mv. ;i |)lii> de [in\> fois |)lu^ la lacullé de distin*:uer les positions relatives (jue ne la la partie inférieure du Iront, l'eut -on prouver que cette faculté supérieure confère (pu'Icpie a\anta^i^e? Le dos de la main a, à peine, plus de linesse laetile que le soniniet de la tète, et seulement la quatorzième partie de ce qu'en a le bout du doigt. Pourquoi en est-il ainsi? On pourrait, peut-être, obtenir quelque avantage si le dos de la uiaiu i)()uvail nous en ap[)rendre plus (lu'il ne fait sur la forme des surfaces touchées. Pounpioi la cuisse, près du g»Miou, est-elle deux fois plus sensible que le milieu de la cuisse? Et enlin, pourquoi le milieu de ravanl-bras, le milieu de la cuisse, le milieu de la nuque et le milieu du dos, se trouvent-ils tous au niveau le plus bas, n'ayant qu'un trentième de la puissance de perception qu'a l'extrémité de l'index? Pour prouver que ces dilTérences sont nées de la sélection naturelle, il faut montrer que telle petite variation d'une des parties capable de se produire au cours d'une génération — supposons un dixième en sus — a fourni mie puissance de conservation plus grande, facile à apprécier, et que ceux qui en ont liéiité ont été avantagés en ce qu'ils ont multiplié plus que ceux qui, à d'autres égards leurs égaux, étaient moins doués de ce trait particulier. (Juelcju'un croit-il pouvoir prouver cela?
Mais si celte distribution de la perception tactile ne peut être expliquée par la survivance du plus apte, comment rexpli(pie-t-on? La réponse est qu3, par certaine cause^ (jue les biologistes d'aujourdMnii jugent lK)n d'ignorer ou de
L'INSIFUSANCK UK U « StAJJCTUi^ KATl l\KI I ' iO|
iiitT, ces di(ît'i"fiuT> xariiVs seraifut iiiiiii«'*(iiat«'iit<'iil e.\|ili qiU'i'S. OUe t'ausc. f"»*î*l riirn'dilr des l'orarlirrs acquis. Axaiil il'e\|u)ser rurgiiiiioul qui Irs prouve, j'ai fait quclqucii t'\|»« riont'i's.
C'est uiio opinion courante (pie les doi^Ms des avcu^'les, plus cxerci^s à explorer par le toucher (jue ceux de» voyants, ac(pii(''rent une plus grande sagacité pour discerner les objets, surtout les doi^Ms do ceux (jui ont appris à lire avec des lettres en relief. .Ne voulant pi)int me lier a cette opinion coninuine, j'expérinieulai, dernièrement, sur deux jeunes gairons, l'un de quinze ans et l'autre plus jeune encore, à l'École des Aveugles, dans l'pper ,\venue Hoad, et je Irouvai que cette opinion était exacte. Je vis qu'au lieu de ne pouvoir distinguer deux Itranches du conqias, à nmins d'un d«)U/.icme de pouce décarlemenl, ils pouvaient tous les deux distinguer deux pointes qui n'étaient séparée» que par un quatorzième de pouce. Ils avaient la peau épaisse et rude, et nul doute que, si l'obstacle produit par cette rudesse eût été moindre, la faculté de discernement eût été plus grande. Il m'est venu, ensuite, à l'esprit, que nous aurions un meilleur critérium chez ceux dont le bout des doigts est dxercé à des perceptions tactiles, non par occasion, comme pour les aveugles qui lisent, mais toute la journée dans une occupation suivie. Les faits ont répondu à mon attente. Deux compositeurs habiles, sur lesquels a porté ma seconde expérience, furent à même tous les deux de distinguer entre deux pointes qui n'étaient séparées que par un dix-septième de pouce. Nous avons donc une preuve éNidente (|ue l'exercice constant des structures nerveuses tactiles conduit à un développement ultérieur '.
> Qa'oo me pertnetlc de Duter ici, ta p«sMOt. une implicaUon très •ignilicatire. Le développeineut des itructurrt Dervcuse* qui a lieu, eo
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Si, niainlcnanl, les trails analoiniiiues sont luTrililaircs, les divers eonlrasles exposés ci-tlessus en sont des eoiisé- (|ueneesévideutes, car les degrés daii^ la initcplioi» tactile correspoiiilfiit ;m\ déférés dans rexercice lad Ile de ers parties. Sauf par le eonlaet avec des v«'^leinents (pii ne présenlent (pie tic lar^'cs smfaees n'ayant que des eonlraslcs légers et indélinis, le irone a à peine (juehpie coiiiiucice avec les corps externes, et n'a cpic peu de sensibilité; mais le j)eii (jii'ii en a est |)lus grand dcx .inl que licrricic, m correspondance avec le fait que la poitrine et l'alxlonicn sont l)eaueoup plus souvent en eontael avec les mains; celle (lilTérence étant jjrohablenicnl un héritage venant des ûtres inférieurs; car, ainsi que nous le voyons chez les chiens et chez les chats, le ventre est plus aceessildc aux j)ic(ls H à la langue (|ue ne l'est le dos. Non moins olitus (juc le dos sont le milieu de la nuque, le milieu de l'avanl-bras et le milieu de la cuisse, et ces parties sont rarement en contact avec des corps étrangers irréguliers. Le sommet de la tête
pareil cas, ne peut ôlre limité h rextn'milé des iloi^ls. Si nous nous ropr6h.'iilous les espaces (scnsitifs séparés qui. rc.<pectiv«-ineut, ont des sotisntioiis indépendantes, romnie constitnanl un réseau (non pas probablement, tin réseau nettement délimité, mais |)luliH un roseau tel que les dernières librillfs dans chaque zoue ciiqtiétcnt jdus ou moins bur les zones adjacentes, de sorte que les séparations m; sont pas définies), il est manifeste que, lorsque, avec de l'exercice, la structure s'est encore plus développée et que les mailles du réseau sont devenus plus petites, il doit y avoir une lûulUplicûtion des fibres communiquant avec le système nerveux central. Si deux espaces adjacents étaient pourvus de branches il'une niéniH fibre, en touchant l'une ou l'autre on donnerait à la conscience la même sensation, il ne pourrait y avoir moyen de discerner futre les points louchant les deux, l'our qu'il y ait faculté de discrncr, il faut une connexion dibtincle entre rh.ique zoue et la partie de substance grise qui ri'çoit les impressions. Il y a plus, il doit y avoir dans celle partie qui reçoit, un nombre plus f:rand des éléments séparés, qui lorsqu'ils sont excil' s, donnent des si-nsalioa» emparées. De sorte que cette puissance de perception tactile plus grande, implique un développement ))ériphérique, une multiplicaliou des Obres dan» le nerf du tronc, cl une complication du centre nervtux. On ne peut guère douter que des changements analogues ne se produisent sous des conditions analoguf's, à travers toutes les parties du système nerveux — non seulement dans ses instruments sensitifs, mais, dans tous ses iaslrulaeuts coordoDoateurs supérieurs, jusqu'au plus élevé de tous.
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<]ui «ont dfu\ foU plus M>fl^iltl^1l que le don, nViit eiiipl< '»uvtMit |x»ur lourluT les (ilijct!«, encore iiiuiiiH |MJur le* \aiiiiiit*r. La partie iiiférienre du front, hieii «pu* plu» im'iimIiIc (pic le soiiuiiet (le la t(^le. (*(>rn>>p(iii(laiit a uti coiiiin' un |MMi pluH f:raii(l avec Ws niain<i. n'a pa>« tout a fait le l.< ; ^ (le la M'U'^iltilitc du Imut du nez. et il est niaiiifeste. à la f(»is à C4iuse de sa procniinence relative cl de ses rapp<»rl«* frinpients avec le mouchoir, que le bout du nez a une plus grande ex|KTience tactile. Pour la surface interne des mains, qui. au total, est plus occup('e à toucher que ne !«• sont le dos. la poitrine, la cuisse, l'avanl-bras. le front ou le dos de la main, lï'chelle de Weber montre qu'elle est lM>aucoup plus sensible au toucher, et que les de^'iés de sensibilité des difft'rentes parties correspondent à leur activité tactile. La paume n'a qu'un ciiupiième de la sensibilité que poss(\lent les extréiiiilés des doi;.'ts, tandis que la surface interne des jointures des doigts près de la paume a un tiers, et que la surface interne des secondes jointures a la moitié. Ces diiïérences correspondent avec le fait que, tandis que les parties internes de la main sont employées a - «isir les objets, les extrémités des doigts entrent en jeu non -^•ulement lorsque les choses sont saisies, mais quand elles sont, tout comme les plus petites choses, tàtées ou manipulées. Il suflit d'observer les actions relatives de ces parties dans l'écriture, la couture, l'appréciation des tissus, etc., pour voir que, par-dessus toutes les autres parties, l'extrémité des doigts, et surtout celle de l'index, •'^t la jiartie (pii a les expériences It-s plu«» multipliées. Si lonc il est xrai que la sensibilité tactile plus vive, acquise par des activités tactiles présentes, comme chez le pouce.
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r>l lu'irililaiiv. ces dcf^Tcs de sensiliililr laclile sont cxpliqiks.
Nul (lotilc (|ii<' rr\i\ (|ui se souvionnenl des résultats ol)l(Mius |)ar \\ olxT n aient eu au Itoul de la lanj;ue l'arf^umonl tiré du bout de la laupue iiK^me. Cette partie dé|)asse toutes les autres en seiisiliililé tactile, celle-ci él.iiit le double de celle de rextrcMiilé de l'index. Elle peut distiri^'uer des i)oinles qui ne sont séparées que |)ar la vinf;t-(pialriènie partie d'un pouce. D'où vient cette sensibilité sans éj^ale? Si la survivance du plus apte est la cause invoquée, il faut montrer quels ont été les avantages obtenus, et, en outre, montrer que ces avantages ont été assez grands pour avoir des elTets sur le maintien de la vie.
Outre le goût, la langue accomplit deux fonctions nécessaires à la vie. Kllc nous permet de déplacer notre nourriture pendant la mastication, et aussi de faire plusieurs des articulations qui constituent le L-wigage. Mais comment l'extrême sensibilité du bout de la langue aide-t-elle ces fonctions? La nourriture est déplacée, non par le bout de la langue, mais par le corps de celle-ci, et quand même le bout serait grandement utilisé dans ce processus, il faudrait encore montrer que sa capacité de distinguer entre deux pointes séparées d un vingt-quatrième de pouce, |)eut servir celte fin, ce qui n'est ])as démontré. On peut à la vérité dire que la sensibilité tactile du bout de la langue sert à découvrir les corps étrangers dans la nourriture, tels (|ue les noyaux de i)rune et les arêtes de poisson. Mais tme sensibilité tactile si parfaite est inutile j)our un tel liiil. La sensibilité de lextrémili' de doigt suflirait. Et en outre, celte extrême sensibilité, fùtKdle utile, ne pourrait avoir causé la survivance des individus qui la possédaient à un degré un j)eu plus élevé aue les aiilres. il
L'iîïSl'maANÙà Dt U ...i .^ m 233
10)1 (l'obMTxrr un rlii(*ii Itnty.-tnt de |KtiU os, et ea M iiit iiii|iuiu'iii<*nt i('^ |)^ti(('s ai^'iiillcs |N»iiitu<'H, pourvoir ju'il n'y aurait n*ilu«-tiuii que d'un Irts pelil iiuiubre d'acciii'ul.H inorlel-
Kt le lnii^'.t^'< ; l.h bien, on ne |>eut non [dus de ce .i\U\ niniilrer aiiruii avniilaj'e dérivé de rrtte extrême
•■hnibihic. Pour prononeer a et c, il faut appliquer !• I titjue. eu partie. Mir une partie du palais» voi.siiic des dents. I.eeontaet est non seulement incomplet, mais la place n'est pas bien délinie, elle peut être reculée d'un pouee et iiTién*. Pour faire sh et sh^ il faut que le contact s'opère non avec le bout, mais avec la surface supérieure de la lauLMie. et il faut qu'il soit incomplet. Bien que pour proiiMiH er les lettres liii^Mjales, le bout de la lan^^oie et les cùtés le la lan^e soient employés, l'essentiel n'est pourtant pas un ajustement exact du bout, mais un contact imparfait .i\ec le palais. Pour le th, le bout est utilisé avec les bord» «le la langue . mais amun ajustement parfait n'est requis, ni avec les bord> des dent>. ni avec la jouclion des dents avec le palais, où le son peut être éj^alement bien produit. Bien (|u«* |K>ur le t elle d il faille un contact complet du bout et des bords de la lanj.'ue avec le palais, la place du contact n'est pourtant pas délinie, et l'extrémité ne joue pas un rôle |tlii> important que les côtés. Quiconque observe les mouvements de sa jtroprelan^e en parlant, verra qu'en aucun cas les ajustements ne nécessitent une exactitude correspondant à l'extrême linesse que possède le bout; cela est inutile pour le langage. La chose fût-elle même utile, on ue saurait pnjuver que la survivance du plus apte y ait du tout contribué, car bien que l'articulation parfaite soit une aide, une ;«rtieulatioii imparfait»* est rarement uS empécl'.emeul à oe qu'un homme gagne sa vie. Si c'est uu ùoù
29G PRODLfl.MES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
ouvrier, la confusion gonnaniquo dos h et dos v no lui nuit pas. Le Français, qui au liou do /// prononce j, n'en roussit pas moins connue inaîire do nuisicpio ou de danse, loul connue sil avait prononcé à l'anf^laiso. II y a plus, riniporfection consistant en la perforation de la voûte palatine n'empêche pas d'avanci-r riionuiK^ (pii a dos capacités. A la vérité, l'ola \w\\[ lui luiirt^ pour être camlidat au Parlement, ou coiiuno u orateur » des gens sans emploi, (généralemonl iiulignos don avoir un). Mais dans la lutte j)ourla vie il n'est point empêché par cet eiïet au point d'être moins capahle de se maintenir ainsi que sa progéniture. Il est donc évident, mémo si cette sensibilité sans égale du bout il(^ la langue est nécessaire pour parler parfaitement, qu'un tel usage n'est pas suffisaunnont important pour avoir été développé par la sélection naturolle.
Comment donc expliquer ce remarquable caractère du bout de la langue? Sans difficulté, s'il y a hérédité des caractères acquis. Car le bout de la langue a, par-dessus toutes l3s autres parties du corps, des expériences incessantes de petites irrégularités de surface. II se passe peu de moments où des impressions de positions adjacentes, mais (lillorontes, ne lui soient point données par les surfaces des ùenls ou par leurs bords, et elle passe continuellement des unes aux autres. Aucun avantage n'est gagné. La position de la langue rend simplement cette exploration perpétuelle inévitable, cl c'est par cette exploration perpétuelle que se développe cette finesse extraordinaire. La loi reste donc la mémo, depuis ce degré supérieur de sensibilité dans le bout de la langue, jusqu'à son degré le plus bas, à la face dorsale du tronc; et aucune autre explicalioi* GU fait ne semble possible.
« Si, il y a une autre explication », dira quelqu'un :
l'iNHI'FKII^ATCCB l)K U « SÊL£C110N ^ATlRtXLE h fllT
« li'> fuils pcu\eiit ^Irp expliqm^ par la panmtjrif ». Kli l>i(Mi. (Ml prtMiiier lieu, connue rcxplication \mr lu pan m Lxlê inipiii|U('rai( qiio l'on «nt arrivé à ces degn*s d** stMi^ihililé par l'alnipliic (l'or^Mn«>s nerveux, il y a une iiypullièM» non pmuvée et peu proltalile à la hase de rexplicilinii. ri. en seeonii lieu, (|uaii(l iiK^nie il n'y aurait pas eette diflieulté, on peut nier en toute eertitude que la paunh.rw puisse fournir une e\pliealion. Kxaminons ses prétentions.
Ce n'est point sans raison que Hentham protestait contre les métaphores. Les figures de langage, en général, si préei< uses qu'elles soient en poésie et en rhétoritpie. ne peuNenl être employées sans danger en science et en philosophie. Le titre du grand ouvrage de Darwin nous fournil un exemple des effets perturhateurs qu'elles peuvent causer. H est ainsi conçu : L'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle ou la Conservation des Races facorist'cs dans la Lutte pour l'Existence. Voilà deux figures de langage qui conspirent pour produire une impression plus ou moins erronée. L'expression de « sélection naturelle ■' fut choisie comme servant à indiquer quelque parallélisme avec la sélection artincielle, la sélection exercée parles éleveurs. Or la sélection connote la volition, et donne ainsi une fausse direction à la pensée du lecteur. Les nmts de <* races favorisées •>, dans le second titre, accentuent cette direction, puisque le fait d'être favorisé implique l'existence d'un agent accordant une faveur. Je n'entends point dire par là que Darwin lui-même n'ait pas reconnu les C(uinotalions erronées de ses paroles, ou qu'il n'ait pas essavé d'éviter quelles lissent déxier bon jugement. Dan> le chapitre IV de ï Origine des Espèces, il dit que, prise au |)ied tie" la lettre, w sélection naturelle est un terme faux » et que la-
personnilifalioii de la natiin' smilrvt; des objections; mais, il pense ijuc ses Ifclcurs. cl ceux (pii ail()|)lenl ses vues, appicndroiil bicnlùl à se j^'arder des fausses inii)licarK)ns. J'ose dire ici qu'il s'est lionipc. C'est que, tpioi qu'il <'n ail pensé, son disciple, M. Wallaec — in»n jias s(ni disciple, mais son conipa^^uon de dccdUNei te, digue à jamais de tout honneur, — a clé, appareumient, inilueucé par ces implications. Lorsipu', par exemple, eu coudjaltaut une île mes opmions, il dil (juc « la chose même (jue l'on disait impossible au moyen de la variation et de la sélection naturelle a été mille et mille fois cU'ecluée par la n arialioii et la sélection artificielle », il semhle implicpier clairement (jue les processus sont analogues, et agissent de ki même manière; cela n'est pas. Ils ne sont analogues que dans certaines limites étroites, et dans la grande majorité des cas la sélection natm'elle est absolument incapable de faire ce que fait la sélection artificielle.
11 Millil. i)()ur voir cela, de dèpersonniflcv la nature, si l'on peut s'exprimer ainsi, et de se rappeler que, comme le dit Darwin, la nature « n'est que l'action et le produit réunis de beaucoup de lois naturelles [forces]. » Obsei*vez ses imperfections relatives. La sélection artificielle peut choisir \m trait particulier, et négligeant les autres traits des individus qui le présentent, peut l'augmenter grâce à des unions bien assorties dans les générations successives. Car, pour l'éleveur ou l'amateur, peu importe que ces individus soient bien constitués sous d'autres rapports. Ils peuvent être, d'une manière ou d'une autre, à tel point incapables de soutenir la lutte pour la vie que, s'ils étaient privés des soins de l'homme, ils disparaîtraient immédiatement. D'autre part, si nous regardons la nature comme ce qu'elle est : un assemblage de forces diverses, inorga-
L'iNKl'PPIflJiNCE DE U !• 8^XeCriO!( JIATtlirLLI * 'i^M
nidues vl or^niiiqucs, dont (|ii<*li|U(*<i-uiif<i fivuri«oii( le ni.iiiiti<*n de la vie. ei l><>aiiniiip sunt «mi conflit avec son nitinticn — fortes qui ««^'{^^«'nt avrn;.'l»^iii«iit. — nous voxms qu'il n'y a |»a«» stMcction df li*l Irail ou d«* U*l riuin», iiiai> M'ulriucnt scirction âvs individus (|ui sont, par l'a*^ ftcnibla^c de leurs eararlt^res. les plus aples à la vie. Va ici Je puis noter un avantage que possi'^de l'expression « survivance du plus apte; » ce mol nefail point pens<*r(|u'aucun canictt^re plus qu'un autre doive être maintenu ou augmenté, mais tend plutôt à donner la pensée d'une adaptation p'n«'ra!e à tous les buts. Il inipliipie le proi-essus que la nature >eule peut exécuter, — celui de lai>ser vivre les individus les plus capables d'utiliser leurs ressources, et le mu'ux à même de combattre ou d'éviter les dangers qui les entouHMit. Kt tandis que cette phrase couvre la grande masse des cas dans les(|uels il y a des individus bien constitués, elle convient aussi à ces cas particuliers que sugj:ére l'expression de <« sélccti(»n naturelle » où des individus réussissent mieux que d'autres dans la lutte pour l'existence, par l'aide de certains caractères particuliers qui conduisent à un taux plus élevé de prospérité et de multiplication. Observez maintenant le fait qui nous intéresse priii«-i|)alenu'ut ici. que la survivance du plus apte ne peut augmenter un seul trait utile que si ce trait mène à la prospérité de l'individu, ou de sa postérité, ou de tous deux, à un degré important. 11 ne peut y avoir apcun accroissement d'aucun Ciiractére par la sélection nalm-elle, à moins que, parmi tous les caractères, variant légèrement, qui constituent l'organisme, l'augmentation de ce caractère particulier soit assez avantageux pour causer -jne plus grande multiplication de la famille où elle naît, que des autres familles. Les variations qui, bien qu'avanl«igeuses, n'arrivent point à ce ré>ultat,
300 IMlOIU.f:MKS DE MdHAI.E ET DE SOCIOLOGIE
doivent (lis|i.ir.ulr('à nouveau. Prenons un cas pour exemplo. La linesse du llair. cliez un cerf, en l'averlissanl de bonne Iieure de rap|>roehe des eiuiemis, est si utile à la vie (pie, toutes autres clinses éj^'ales d'ailleurs, l'individu qui le possède à un de^^'ir inaeeoutunié a plus de ehance>^ (pi'un aulr(^ de siir\i\n\ et de liisser, parmi ses descendants, quelques indi\i(his doués de même, ou mieux encore, qui transmettent à leur tour la variation dans ijuehpies cas, enl'au^'nientant. Il est évident cpie celte laculté d'une utilité remarquable peut être développée par la sélection naturelle. Aussi, pour des raisons semblables, pouira-t-il en être de môme pour l'acuité de la vue ou de l'ouïe. Toutefois on peut, en passant, faire remarquer que puisfprune acuité plus «n'ande qui sert à donner l'alarme, est avantageuse à tout le troupeau qui est mis sur ses garder par un seul individu, il n'est pas si facile d'en obtenir la sélection, à moins qu'elle ne se produise chez un cerl dominateur. Mais supposons quim individu du troupeau — peut-être parce que ses dents sont plus solides, peut-être parce que son estomac est plus musculeux, peut-être aussi par la sécrétion d'un suc gastri(|ue plus approprié — se trouve à même de manger et de digérer une plante assez commune que d'autres refusent. Celte particularité peut, en cas de famine, lui servir à résister lui-même, ou a mieux élever ses petits, s'il s'agit d'une femelle. Mais, à moins que cette plante ne soit abondante, et par conséquent l'avantage 1res grand, il se peut que d'autres avantages gagnés par le reste du troupeau grâce à d'autres légères variations, le contrebalancent. Tel est remarquablement agile et franchit un abîme où d'autres reculent. Cet autre a le poil plus long en hiver et résiste mieux au froid. Ce troisième encore à la peau moins sensible à la piqûre des mouches ; il peut donc paître sans inler-
iu|ilioii. Kii voici iiii i|ui a un«> fiiritjtr run* |><'iii <]• • uinur l.i iiourridin* sou> la iin^e, i*l i*elui-la clt^iilun- uiu* nj;.- " '••• cvtrai)nliiiaitv pour rliujsir un abri oontrc le xnil rt la |> l'uur que la > aria lion (loniiant la farililé de luaii^cr une plante iiiutiiiM^e auparaxant, puisse ilevenir un trait dihlinrtil du troupeau, et éventuelliMuent d'une varièt*^, il e*»! Miffssaire (jue l'individu vUci qui elle se produit ait plus de dépendants que n en ont eu, re>|H,'cti\enient, le» diver» autres individus ayant diverses petites supériorilés. Si ces «lutres indixidus profitent respectivement de leurs |)etites supériorités, et les transmettent à un nombre é^'alemenl p*aiid de rejetons, aueune au^Mueiitation de la variation en (|ueï>tion ne peut avoir lieu; elle doit \ile disparaître. Je ne me rappelle pas >i Darwin a re»-onnu ee fait dans YOriyine dùi Espèces, mais il l'a certainement fait, par implication, dans sa l'ariation des Animaux et des Plantes. En parlant des variations chez les animaux domestiques, il dit ({ue «< toute \ariation particulière serait, généralement, perdue parle croi>emenl, la réxer^ion, et la destruction acciden- It'ile des indix idus qui varient, si l'homme ne la conserx ait >oigneusement >'. Ce que lait la suiTÏvance du plu> apte dans les cas que j'ai cités, c'est de conserver toute^ les facultés à leur plus haut point, en détruisant les indixidus dont les facultés n'attei^Mienl pas à ce niveau; et elle ne peut produire le déveKtppemenl d'une seule faculté que si cette lacullé a une inqxtrtance prédoiuinante. Il me >emble que beaucoup de naturalistes ont, en pratique, perdu cela de vue, et admettent que la sélection naturelle augmente iout trait avantageux. Il est certain qu'une manière de v»>ir qui a généralement cours maintenant accepte ce princi|K'. Nous pouvons, a présent, commencer a examiner cette demiùre vue. Elle concerne, non point la sélection directe.
302 PROBLÈMES DK Mltl'.Al.F. KT DE SOCIOI.OC.IK
mais ce tju\»ii a apprlr, axrc une l()^'i(jii(' (loiilciisc, u la sélection renversée », — c'est-à-dire la séleelion (lui elTectiu\ non raecroisseineiit dini iir^'ane, maissa tlécroissance. Ciir, (le iiiènie que. sous eerlaines conditions, il est avaiilap'u\ à un individu et à ses descendants, d'avoir (jueNjue structure de plus «^Mande taille, il se peut que, sous d'autres conditions — savoir, (piand l'organe devient inutile, — il soit avantageux cpi il devienne plus petit, puisque niénic s'il n'élail pas eneoniliiaiit. son poids et le coîit de sa nutrition sont à la charge de lorganisnie. Mais voici la vérité, qu'il faut bien souligner. Tout comme la sélection directe ne peut qu'en certains cas auginenter un organe, la sélection renversée ne le peut diminuer qu'en certaines circonstances. Connue l'augmentation produite par une variation, la diminution produite par une autre variation doit être de nature à conduire sensiblement à la conservation et à la multiplication. On conçoit, par exemple, que si la (jueue longue et massive du kangourou devenait iimtile (par l'emprisonnement d'une espèce dans un habitat montagneux et rocheux rempli de broussailles épineuses), une réduction considérable de la queue pourrait profiter sensiblement à l'individu chez lequel elle se produirait, et dans les saisons où la nourriture est rare, pourrait causer la survivance, tandis que les individus à queue longue mourraient. Mais il faut que l'économie de nutrition soit considérable pour qu'aucun résultat pareil se produise. Supposons que, dans ce nouvel habitat, le kangourou n'eiit pas d'ennemis, par conséquent, la finesse de l'ouïe n'étant pas requise, les grandes oreilles ne donneraient pas un avantage sur les petites. Un individu à petites oreilles survivrait-il, et se propagerait-il mieux que d'autres iii(li\i(lus, en conséquence de l'économie de nutrition réalisée? Admettre cela, c'est
L'i'SîH'rKIHiNrK .. .1. ...» NATIRKIJ^ » 3011
su|)|t(tS('r (|U(' IWuuoiuii' de i|urli|iK»s o(*ii(i;:raiiim<*sde proti-iiit'. |iarj(Uir, di-oidiTaiciit du >ort du kaii^'ourou.
J'ai Irailé ce sujcl, il y a ioii^^'tnnpH, daiiA !«•» Principes de Hiologie (§ !(l(i\ priMiant pour «'MMiiple la di'croissaiice des luàriloires inipli<pi<V par le tasscineut dosd«'iils. ««l que l'on a iu;âitil<Miaiil prouvé avoir eu lieu, p.ir des lueiourali(in>. Voici Ir pass;i:jc ;
u Aiii'iiiu' .su)t«ii<Mi(u ruii(-ti()itii*'ll<* I par une petite
iitÂchuire sur une grande, dans lu vie . , n«» pful t^tre ciléo comme ayant causé la survivance plus rré({u«*nte dos iiidiviilos à p«>li(«* mâchoire. L«* seul avantaf;<> qu'on pui>^se Mipposi r donné par le fait de posséder uuh polite mâchoire est celui d'une économie de nutrition, et cette économie ne serait p;i- : iiule pour favoriser la conservation de ceux
qui le p<i- lit. l^a diminution de poids dans la mâchoire
et les parties coopérantes, qui s'est produite au cours de beaucoup de milliers d'annéos, ne dépasse pas quelques once?. Cette diminution s'est répartie sur 1«'S nomhreuses générations qui ont vécu et sont mortes dans l'intervalle. Admettant que le poiids de ces parties ait diminué d'une once (28 grammes) en une seule génération (et c'est certainement trop), on ne peut prétendre que d'avoir à porter une once de moins, ou d'avoir à réparer tineoncede moins de tissus, puisse affecter le sort d'un homme d'une manière sensihle. Et si cela ne l'a jamais fait, si même il n'y a pas eu de fréquente survivance des individus à petite mâchoire, quand mouraient ceux qui l'avaient grande, la sélection naturelle ne pourrait ni causer, ni favoriser la diminution de la mâchoire et de ses appendices. »
Quand j'écrivais ce passage, en 18Gt, je ne songeais guère (pi'un quart de siècle plus tard la cause supposable de déjjénérescence ici examinée et déclarée impossible, serait considérée comme étant non seulement une cause, mais Ui cause et la seul»* cause. C'est pourtant ce qui est arrivé. La théorie de Weisuiann sur ki dégénérescence par pan-
:}'J4 PR0P1.ÈMES DF. M(il:\I.K KT DE SO'^'OLOGIE
i/iLvie osl i\\u\ lni-«(ni"iiii ofjj.ini' aiiticrDis inaiiilonii i\ui iliintMisiuns lU'cossaircs par la srlcclioii nalurollc, ne conserve pins cène taille, parce (pTil (^st devciui imilile (ou parce iiii'mie |tlus pelile (aille est tdiit aussi utile), il eu résulte (|iie, paniii les \ariali(iiis (l(> (aille cpii ont lieu d'une ^'énératioii à laiilre. la pliis |(e(il(' sera coiiliimelli'iiit'ii! coiiserNce, el ipi 'aill>^i la pai-(ie (liiniiiuera. VA on (ire ce(le conclusion sans se denjaiuler si récononiie de nulrition réalisée par la variation vers la diniinulion aiïectera scnsiblenionl la survivance de l'individu et la nuiltipliculion de sa race. l*our cclaircir cette hypothèse cl préparer la voie à la <ri(i(iue, (pi'on me laisse citer rexcmj)le (\nï\ donne luinicme, en nn'ttanl en contraste la prétendue efficacité du dépérissement par panmiœie avec la prétendue inefficacité du dépérissement par le non-usage. Cet exemph» lui est fourni par le Prêtée.
Vax ce qui concerne les « poissons aveugles el les amphibiens » trouvés dans les endroits obscurs, qui n'ont que des yeux rudimentaires « cachés sous la peau », il raisonne de la sorte : << II est difficile de concilier ces faits avec la théorie ordinaire que les yeux de ces animaux ont sinqjlement dégénéré par suite du non-usage. » Après avoir donné des exemples de dégénérescence rapide des organes en désuétude, il dit (jne « si les effets du non-usage sont aussi frappants dans une seule vie, nous devons certainement nous attendre, si de tels effets peuvent se transmettre, à ce que toute trace d'ccil disparaisse chez une espèce vivant dans les ténèbres ». Nul doute que ce ne soil là une conclusion raisonnable. Il semljle très difficile d'expliquer les faits |;ar l'hypothèse que les caractères acquis sont héréditaires. On peut, à la vérité, donner une explication possible. 11 semble que ce soil une loi générale d'organisation que
les |iartit»]i son! sKiMo t*ii |)ro|xirliuii dt? leur ancit'iiiiclt^ ; qm*. taïutis i|titf les or^Miu*;» d'uripne rt'Ialivpiiicnl iiiiMlcrne n'ont qu'une racint» rt'lali veulent su|H'Hieie||e(lanM la cunstitution, et disparaissent aisiWnent si les eundition*^ ne favurisent pas l«'ur maintien, les parties d'ori;?ine aneieiMie ont d«'S racines prnfumics dann la constitution, el \\r disparaissent pas aisénunl. Ayant été des éléments primitifs du type, et ayant e(Uitinué à se reproduire comme parties de ce type pendant une période sï'tendant à travers de nombreuses épotpies ^îéolo^Mjpies, ils sont relativement |ter>ist;ints. I/(eil ré|»ondà celte description, étant un organe très primitif. Mais, laissant de coté les interprétations pos- >iltles, admettons cpi'il y a ici une diflieullé >«Mnl»laMe à infiniment d'autres iliflicultés que présentent les phénomènes de l'évolution, connue, par exemple, l'acMiuisilion d'une habitude telle que celle de la larve de la Vanesse, (|ui se suspend par la (jueue, et puisse chanj^e en une clirNsalide qui usurpe sa place — une difliculté qui, avec des multitudes d'autres, doit attendre de l'aNenir une solution, s'il s'en trouve. Accordons, dis-je, que c'est là un sérieux obstacle à l'hypothèse, et passons maintenant à l'hypothèse opposée, et voyons si celle-ci ne soulève pas d'objections plus sérieuses encore '. W'eismann écrit :
« iV-iidaiit qu« je ,-— ■ ■ ' - - • < ,i»- n-l ani.io. j ;i; .a \v l'r..l. c- u'e»t pas
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306 IMKUilKMK.S DF. MOIIAI.K FT DE SOCIOLOUIE
« Les cavrnM'>> de la (laniiolo et do la Cariulliir, où \ i\ ciil les Pnitrcs aN«'u::lt's, cl laiit d'aiilivs animaux a\(Mi;^l('s, apparliruiHMil, p'oIdi^mcjirmiumU, à la l'oiiMalioii jmassi(|ii(\ el Itit'ii t|u<' nous ne sachions pas exactement <pian(l, par cxcuij)lc, les Proti'cs ont cnniuicncc à les lialiiler, roi';::anisation inféricuie de cet ainpliiliien iiidi(pie c(>i'laineincnt ipi'il a ctéalirité en ces lieux (le|)uis une fort lonj^Mie jk riode de temps, el (pie des milliers de ;^M''n«''rations de celte es|tccc se sont succédées dans les cavernes.
u |)\)ù il suil qu'il ne faut pas s'étonner du point au(jiiei a clé portée la dégénérescence de l'œil chezleProtéesjnéme si nous admettons qu'elle est unicpiement due à la cessation de l'induence conservatrice de la sélection naturelle.
« Mais il n'est pas nécessaire de oonipter seulejnent sur cette seeie hypothèse, car lorsqu'un organe inutile dégénère, il y a aussi d'autres facteurs à prendre en considération, c'est-à-dire le développement siipéficur d'autres organes qui com|)eiiseiil la perte de la partie (jui dégénère, ou l'auginenlalion de grandeur des parties adjacentes. Si ces accroissements son^ avantageux à l'espèce, ils en viennent, définitivement, à prendre la |)lace de l'organe (pie la sélection natundle a manqué de conserver à son point de plus haute perfection '. »
OuOn me laisse remarquer, d'abord, au sujet de ces lignes, qu'une cause unique a été dédoublée. La cause est énoncée d'une façon abstraite, et puis elle l'est de noii- \cau d'une manière concrète, comme si c'était une autre cause. Il est manifeste que si par la décroissance de l'œil il m; fait une économie de nutrition, cela implicpie que cette économie est appliquée à un but avantageux quelconque
* Essais sur VHérédilé el la Sélection naturelle, traduits par Henry de Varigny, p. 138(Keiuwald elC«).
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rt Cil K|M'-(MrMiit «|ii«» vvXh' niitritiiin est «miiiiIomV au dcv«*lu|)|>tMiii'iit iilliii«-ur il'orjraiH's ('uiii|KMiNaU'uni. on c*luttig« &iiiiploin<'nt rciiotuv iiuiiHiiii cmi un tWioncc^ dt'tini. Il n'y a pas deux causi's abaissantes, bien «4ue le sujet »oit |)ré>enté connue s'il y en avait deu\.
MaJN passons par là-dessus : reprisent" 'ii<* non-* iiiaml»*nant. en détail, ee proeessus que le proffSM'ur Weisnunn pense, en des milliers de génrralions, suflire à eiïertuer la n'*duelion observée des yeux; ce processus étant quà chaque étape successive dans la diminution, il doit se produire des variations dans la ^Tandeur des yeux, les uns devenant plus f/rands. d'autres plus petits qu'auparavant, et cela en vertu de l'économie, eruv qui les ont plus petits âur\ivantel se propap'ant continuellement, au lieu de ceux *]ui les ont plus graiuls. Pour apprécier convenablrment cette supposition il faut «e servir de cliilTres. Pour lui laire la partie belle, nous supposerons qu'il n'y a eu (]ue d«'U\ mille ^'éiu-rations, et nous atlmettrnns qu'au lieu dètre niliiit à un nnliment, l'œil a entièrement disparu. (Juelle somme de variation supposerons-nous? Si l'on admet que le priK'cssus a agi uniformément sur chaque «génération, cela iiiq»li»iue que les individus] ayant les yeux d'un poids ♦le 77J7 de moins auront tiré de là quelque avantage; et ceci sera diffK-ile à admettre. Pour ne pas placer rhyjMithése sur un terrain aus>i eontrairr. imaginons qu'il se produit, à de longs intervalles, des variations en décroissance de plus d'importance, de par exemple ^, une fois par cent générations. C'est là un intervalle presque tn)p long; pcuirtant, si nous admettons que les décniissances successives se pnnluisent plus fréipiemment. et sont par conséquent plus petites, la quantité de chacune d'elles devient trop in<i::niliante. Si, voyant combien la tète est petite.
:UI8 IMlOULÈMtS DE MOUALK ET DE SOCIOLOGIE
nous atlinellons i\uv les \cu\ du Proléc pesaient primitivcmt'iil ijiu'liiiu*- (li\ grains (le grain équivaut à 6 c(miligiaiiiMics) ciiai'un, ceci nous donnerait, connno dinnmition de poids do -^ se produisant une lois en cent généralions, une diminution d'un grain. Su|)posons cpie cet anipiiibien en loinie d'anguille, d'un pied de long et de plus dini demi-pouce de diamètre, ])èse trois onces (84 grannnes) — estimation très modérée. En ce cas, la décroissance s'élèverait à l/l.iiO" du poids de l'animal, ou pour plus de commodité, mettons l/l.OOO'^, ce (pii pcimel trait de compter les yeux comnje pesant qucNiuc quatorze grains chacun.' Voilà dans (pielles proportions chaque diminution occasionnelle profiterait à l'organisme. L'économie de poids, pour un être ayant i)resque le même poids spécifique que son milieu, serait infinitésimale. L'économie de nutrition d'un organe rudimcntaire, consistant en tissus passifs, ne serait aussi que noininale. La seule écouomie appréciable serait dans la construction uriniaire
' Je vois que l'oeil d'un petit épcrlan (le seul petit poisson que l'on trouve facilement à Siiiut-Léonards), pèse environ le j-^ du puifls de ranimai ; et comme chez les jeunes poissons, les yeux ?unt très disproportiuiun-s, chez l't^perlan adulte l'œil n'aurait probablement pas plus de —■- du poids total. Je trouve dans des planches faites avec un soin remarquable, que publie le Bibliographisches Inslilut de Leipzig, où sont représeult-s le Prtiléecl d'autres amphibiens, (jue chez l'allié le plus rapproché du Protce, chez laxololl à branchies caduques, le diamètre de l'œil, qui est moins de la moitié de celui de l'èperlan, présente une proportion bien plus petite avec la longueur du corps, la proportion chez l'èperlan ciant de ' de la longueur, et chez l'axolotl d'environ j^ (le corps étant aussi plus Volumineux que chez l'èperlan. Si donc, nous prenons la proportion linéaire de l'œil au corps dans cet amphibien comme étant la moitié de la proportion présentée par le poisson, il en résultera que la proportion de la masse de l'œil à la masse du corps ne sera (pie d'un huitième. Ainsi, le poids de l'œil de l'amphibien ne sera que yTTô '^^ ^^'"' *^" corps. Il n'est donc pas excessif d'estimer, par cousé(inent, que le poids primitif des yeux du Protée était le millième de celui de son corps, .le puis ajouter que quiconque jette un coup d'œil sur une figure de l'axolotl, verra que, si les yeux disparaissaient entièrement par une seule variriliiij, léconomie réalisée ne pourrait avoir aucun elîet physiologique apprèciablw sur l'organisme.
<1('s parties «le l'animal, et l'hyiKillirsrd»' WriMiiann iiii|tli(|tie i\uc ItToiximic iK' crltc niillirmi* parlif dt* m»u |Mii<ls. par h diiniiiutioii ()(>s yeux, serait d'iin tel avaiitaf^c pour le reste de l'or^'aiiisine, qu'il lui donutMait une i-lianee sensi- MenuMit plus p*ahd<> «le survivance, et une multiplication sensiblement plus forte. Quehpi'un aeeeptrru-l-il <Ttle «Miiiclusion ?
Naturellement les tjuantit«''S, dans les doiUK'-es ei-d<*ssu5, ne peuvent t^tre qu'approximatives, mais je pense qu'aucun chanj;ement raiMuinahle n'en modifierait le résultat général. Si, au lieu de supposer que les yeux aient disparu entièrement, ceux-ci persistent, rudimentaires, la situation est moins lavoralde encore. Si. au lieu de 2.000 {générations, nous en supposons 10.000, ce qui, considérant l'ancienneté probable des cavernes, serait une supposition bien plus raisonnable que l'autre, les cboses vont de mal en pis. Et si nous admettons des variations plus grandes — mettons des diminutions d'un quart — se produisant seulement à des intervalles de plusieurs centaines ou plusieurs milliers de générations, ce qui n'est pas une hypothèse très raisonnable, la conclusion resterait encore insoutenable. Car une économie de 1/200" du poids de l'animal ne pourrait, sensiblement, affecter sa survivance et sa fécondité.
« Mais tout ce raisonnement est à côté de la question », répondront quehjues-uns. « Ce qu'on a appelé <« réversion de la sélection », n'est pas la même chose que la « cessation de la sélection », et ce n'est qu'à cette dernière, ou plutôt à ses conséquences, que le nom de «< panmixie » convient proprement. D'où il suit que la doctrine de Weismann reste précisément où elle tl.iit. »
A cela ma |)ivmière réponse sera, qu'après avoir consulté la table ik' la Iraduclioii des Essais du professeur Weismann, et après avoii- lu tous les passages relatifs à la « Panmixie », je n'ai pu m'en faire une idée autre que celle dont nous avons i)arlé, bien que j'avoue n'avoir pas compris conuuent le nom était applicable au processus. Voici quelques-uns des passages qui m'ont amené à penser comme je l'ai fait ;
« La disparition complète d'un organe rudimentaire ne peut s'opérer qu'au mo3^en de la sélection naturelle : ce principe amènera son élimination, d'autant que la partie qui disparaît occupe la place et prend la nourriture d'autres organes importants et utiles. » {Essais sur t Hérédité, p. 140. )
« Ces fluctuations de chaque côté de la moyenne que nous nommons myopie et hypermétropie, se produisent de la même manière, et sont dues aux mêmes causes que celles qui agissent en produisant la dégénérescence dans les yeux des animaux habitant les cavernes. » (Ibidem, p. 140.)
Nous avons donc, ici, deux propositions :
1° « Des fluctuations de chaque côté de la moyenne coopérant dans la production de la dégénérescence dans les yeux des animaux qui habitent les cavernes ». — 2° « Un organe rudimentaire » est supprimé « par l'c^éralion de la sélection naturelle ». Pourquoi parle-t-on des « fluctuations de chaque côté de la moyenne », à moins que la sélection naturelle n'en profite pour conserver les variations dans le sens de la diminution. Si « la dégénérescence dans les yeux des animaux habitant le^ cavernes» s'effectue par « panmixie », et si la complète disparition « ne peut s'effectuer que par Vinfluence de la sélection naturelle », et si c'est parce que de la sorte on épargne « la nourriture d'autres organes utiles et importants », alors la « panmixie » fait clairement une
L'iNSITFISANCE DK la «< 8tl.ECTI0X >ATl!iiKIXE » 'Mi
avec la st'lrction des variatiuiis dans le sens de la diiiiinutiuii, l't par la raison qu'uni' rcononiie de nutrition est rralisre. Nrannniins, on iirclrnd que ce n'e>t pas la ee (jue Wrjjiluann entend par » panniixie »; — qu'il entend par ee mot « le cToisenienl universel », et que lorscprun orj;ane est devenu superflu, le eroisenienl universel en cause la déj^énérescence. Le docteur Romanes souti»'nt (pie si la sélection naturelle cesse de conserver les dimensions d'un orpine parce qu'il est devenu inutile, *< d'excessives variations en moins >» n'élant pas éliminées par la mort des individus chez lesquels elles se produisent, le croisement de ces indiN idus avec d'autres tendra à diminuer les dimensions de l'orjiane, dans toute l'espèce. Je réponds à cela que je n'avais pas reconnu cette sif^'oifiration au mol de « |)anmi\ie », parce qu'il me semblait que les variations en plus et en moins d'un organe, par raj)port à la movenne, lorsque la sélection naturelle cesse d'agir sur lui, doivent être égales et s'annuler mutuellement. Mais l'hypothèse, telle que l'explique le docteur Romanes, implique qu'il y aura d'excessives variations en moins « non compensées par d'excessives variations en plus », Pounpioi cela? S'il n'y a pas d'excessives variations en plus, l'hypothèse de la panmixie est valide, mais qu'est-ce qui prouve qu'il n'y en a pas? Peut-être suppose-t-on que toujours, à cause de la dé|)ense que chaque organe impose au système en général, il doit y avoir une moindre tendance vers l'augmentation des dimensions que vers leur diminution ? S'il en est ainsi, je réponds que cela doit être — comme l'augmentation ou la diminution de taille dans le corps considéré comme un tout, — une question de nutrition relative et de dépense relative. Dans toutes les espèces, les dimensions des individus, toutes autres conditions demeurant les mêmes, varieront suivant
le coût do la croissance cl du maiiilicn de la vie,. En supposant (jue les habiludes seront telles (jue l'aur^menlalion de la taille ircutraioe aucun (]rsa\anla^e. alors rabondance de la nourriture, ou rellorl moindre à faire pour se la procurer, causeront rau^inenlalion des dimensions, et l'inverse aura lieu avec la disette de nourriture ou l'aupiientation d'eiïort. El ce qui est vrai du corps comme tout, sera (si nous excluons ics elTels de l'usage et du non-usage) vrai de chaque organe ; les variations en plus seront aussi fréquentes et aussi grandes que les variations en moins, si l'alimentation reste constante. 11 n'y a pas plus déraison pour s'attendre à ce que les variations en moins dépassent les variations en plus, qu'il n'y en a de s'attendre à ce que le corps diminue au lieu d'augmenter. En réalité, quand il y a une forte alimentation, comme chez les animaux domestiques, produisant des masses inutiles de tissu, nous devrions nous attendre à voir varier un organe inutile dans la direction de Taugmenlation plus encore que dans celle de la diminution, et il ne pourrait se produire aucun eiïeltel que celui que nous remarquons dans les oreilles tombantes de beaucoup d'entre eux, ce qui implique l'atrophie des muscles redresseurs.
Il faut dire un mot d'une autre interprétation possible. Lorsqu'un organe superflu cesse d'être réglé parlasélcclion naturelle, les variations en plus et en moins peuvent, à la naissance^ être égales dans leur nombre et leur quanlilé, mais il ne s'ensuit pas qu'il en sera de môme à V-àQt adulte. Il se peut qu'alors les individus chez lesquels se sont produites les variations en moins excessives soient plus nombreux que ceux où se sont produites les variations en plus excessives ; et, dans ce cas, le croisement avec les individus plus nombreux ayant des variations en moins, causera îa diminution de l'organe dans toute l'espèce. Je réponds à
l'insiffisanck m: u < sti.FCTioN NATIHKU.E »» :h:j i('l;i (iiM', sans aucun doute, s'il se produit ce clian^'ement «le lUMultres relatifs, l'elTet nllé^Mié jieul exister, mais sou» i|uelles conditions seules pouvons-nous adincttn» cju a liîpe .idiilte le nondirc et le degré des variations en moins seront devenus plus ^Mands que ceux des variations en plus? Seulcinenl si les individus chez les(iuels se produisent les variations en plus subis>enl un tel dcsavanla^'c (pi'ils meurent en plus grand nombre (pie ceux n'ayant que des variations en moins. L'argument général déjà exposé cidessus se représente de nouveau sous une .mire forme. Si, comme nous l'avons vu, ce n'est que busqué la diminution <l«m organe procure un avantage tel qu'il en résulte le .salut, qu'il peut en ré.suiler une prospérité inacoutumée de la race, et une réduction permanente de l'organe, de même ce n'est que lorsque la réduction d'un organe cause une perle de vie moins fréquente entre la naissance et l'âge de la reproduction, qu'il ne s'en produit chez ceux qui ont l'organe plus grand que d'ordinaire, que quelque diminution de l'organe peut être produite par le «^ croisement universel » ou par « panmixie ». Et si, comme nous l'avons vu dans le premier cas, cela ne peut arriver que rarement, de même cela ne peut arriver que rarement dans le second.
A côté de cette insuffisance de la sélection naturelle pour expliquer des changements de structure qui ne viennent pas en aide à la vie d'une manière importante, dont il a été parlé dans le§ 1G6 des Principes de Biologie, il y a à citer une autre insuffisance encore. J'ai montré que les forces relatives des parties coopérantes ne peuvent être ajustées uniquement par la survivance des plus aptes, surtout quand les parties sont nombreuses et la coopération complexe. Comme exemple, j'ai indiqué que des cornes
'.\['s PIUMil.r.Mr.S DK MOI',\LE ET DE SOCIOI.OCIE
ayanl un drN clopitciiiciil iimucnse, lellos (jne colles de J'élaii iriaiuiais ciui est maiiilciiaiil t'icinl, pesant plus (le ('(•ni livres, ne pouvairnl, avec le cràne massil" cpii les supjjorlaiL rlic portées à rrxtiéniité d'un cou assez lon;^', sans heaui'onp de niotliliealions des os et muscles adjaeenls du cou et du thorax, et que, si les jambes de devant n'élaient aussi forliliées, la lutle et la locomotion seraient impossibles. !)(> là le raisonnement que, puisque nous ne jxjuvoms supposer une au^nienlalion spontanée de toutes les pailles proportionnelle à l'accroissement de l'clTort à faire, nous ne pouvons supposer qu'elles augmentent par des varialions, se produisant une à une, sans supposer que l'animal est en' posture désavantageuse par le poids et la nutrition de' parties qui étaient à ce moment inutiles, — parties, d'ailleurs, qui reviendraient à leurs dimensions primitives avant que les autres variations nécessaires ne se produisissent.
Quand, en me répondant, on soutenait que les parties coopérantes varient ensemble, je citai des faits en contradiction avec celte assertion, — le fait que les écrevisses aveugles des cavernes du Kentucky ont perdu l'œil mais non le pédoncule qui le porte; le fait que les proportions normales entre la langue et le bec chez certaines espèces de pigeons obtenues par sélection sont perdues; le fait que le maiHiue de concomitance dans la diminution des mâchoires et des dents chez diverses races de chiens d'appartement a causé un grand serrement des dents. Et je rétorquai alors que, si les parties coopérantes, en petit nombre, et associées de si près comme elles le sont, ne varient pas ensemble, il n'est pas possible d'admettre que des parties coopérantes très nombreeses 't éloignées les unes des autres puissent varier ensemble. .\près ce"e réponse j'appu}ai mon argument sur un autre exemple — celui de la
^'irafc. Hci'oiinaissant fncilriiuMit que la structiin' élraiif^e de cet ^Ire doit avoir ^té, en ses traiU les plus nian|u.intft, le résultat de la survivanre du plus apte 'puis(|u'il est ahsunle df supposer que des eiï«)rts pour alleiudre de* bninohes puissent allonjjer les jambes), je citai de nouveau I«"s obstacles à la coadnption. Sans m'arr<Mer»i lobjection que l'accroissenient d'un»* partie quelconcjue composant les cpiartiers de devant pour s'ajuster aux autres, ferait |)lus de mal que de bien, je tâchai de montrer que la coadaption des parties requises pour rendre utile l'anatomie de la girafe est bien plus grande qu'elle ne le paraît d'abord. Cet animal a un galop gr«»l('sque, nécessité par la grande diiïérencede longueur entre les membres de devant et de derrière. J'indi«iuai que le mode d'action des nuMubres postérieurs montre que les os et les muscles ont tous été changés dans leurs proportions et leurs ajustements, et je soutins que. difficile comme il est, de croire que toutes les parties^ des quartiers antérieurs ont été coadaplées par des variations appropriées, tantôt d'une partie tantôt de l'autre, il semble impossible de croire que toutes les parties des quartiers postérieur» aient été, simultanément coadaptées les unes aux autres, et à toutes les parties des quartiers de devant; j'ajoutai que le manque de co-adaptalion. même dans un seul muscle, causerait des résultats fatals quand une allure rapide serait indispensable pour échapper à l'ennemi. Depuis que cet argument présenté à nouveau avec ce nouvel exemple fut publié, en 1886, je n'ai rencontré rien qui ressemble à ime réponse, et je pourrais, si la conviction suivait toujours le preuve, m'en tenir là. .\ la vérité, dans son Darwinisme*, M. Wallace a menlioimé
* Le Darwinisme, t. I, delà Bibliothique ÉvolunonUte, dirigée pkr Henry de VariiTiiy. L. Battaille et C'v)
:;l() PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
l'objet'lion i]iie j'avais rcnouNclro, el comiuo on l'a déjà dit, a soiiU'iiii (lue di's cliaiigomenls Ids (jue ceux dont il s'agit peuvent être elVecUiés i)ar la sélcclion artiik'ielle ; mais c'est là ainsi (juejo Tai indiciiié, adniellre un parallélisme qui n'exisle pas. Mais, luainlenaiil, au lieu de })oursuivre l'argument selon la même ligne, (ju'on me permette d'en suivre une quelque peu dillérente.
Quand il se produit quelque changement dans un organe, jiar l'augmentation de ses dimensions, qui s'adaptent mieux aux besoins de l'organisme, il est admis par exemple que, lorsque l'usage de l'organe demande la coopération d'autres organes, le changement dans cet organe ne sera, généralement, d'aucune utilité à moins que les organes coopérants ne soient changés. Si, par hasard, il s'opère une modification dans la queue d'un rongeur, telle que celle qui, par un accroissement successif, produit la queue en forme de truelle du castor, aucun avantage n'en dérivera, à moins que n'aient lieu aussi certaines modifications dans le volume et la forme des vertèbres adjacentes et des muscles qui leur sont attachés, aussi bien que, probablement, dans les membres postérieurs, les mettant à même de résister aux réactions des coups donnés par la queue. Et la question est de savoir par quel processus ces nombreuses parties, changées en différents degrés, sont co-adaptées aux nouvelles exigences — si la variation et la sélection naturelle seules peuvent en effectuer le réajustement. Il y a trois manières concevables par lesquelles les parties peuvent changer simultanément : 1° elles peuvent toutes augmenter ou diminuer ensemble à des degrés semblables; 2" elles peuvent toutes, simultanément, augmenter ou dimiimer indépendamment, de façon à ne pas conserver leurs proportions premières, ou piiMidi-' d'autres propor-
L*I>8L*FFI8AM:K DK la «« BfXbCTlUM NATIKELI.K m :II7
tiens spt'ciali's ; it" ellrs |iru\eiit varier d»* iiiaiiit^rcs et tlo il(*l^'n*s qui les niidnit cuMMiible ulii<'> pour la fin nou- Vfllt*. — EvauiiiKMis alUMilivenieut ces trois cunccptioi)» poN>il»K'S.
Kl. tout d'alMinl, (jue devons-nous rnt«Mitliv par parti»» cooprranli's ? I)aiis un sens ^'énéral, tous les or;<ane> du corps sont de> parties eoopérantes.et sont, respeelivenienl, sujets à iMre plus ou moins chanj;és par le elian^Tiiirni dans l'un d Cuv. Dans un >ens plus étroit, et (pii est plus direetenienl du ressort de l'ar^'uinent, nous pouvons, bi nous voulons niulliplier les dillieullés, prendre toute la charpente osseuse el les muselés connue étant formés de parties coopérantes, car ils sont alliés de si près que tout chan<;ement considérable daus les actions de quel(]ues-uns impose un chan<^'ement dans les actions de la plupart des autres. Il suffit dobserver comment, lorsqu'on fait un efTort. il se produit, avec une respiration profonde, une expansion de la poitrine et une tension de l'abdomen, pour voir (jue divers muscles outre ceux (jui sont directement intéressés, sont entraînés dans le même ell'ort avec eux. Or, quand on soulTre du hnnba;io, l'ellttrl pour soulever une chai>e cause un sentiment ai^'u que ce ne sont pas seulement les bras qui agissent, mais aussi les muscles du dos. Ces cas font voir comment les oi;^Mnes moteurs sont liés ensemble de telle fa(,-on que le ehani^emenl de (juelques uns en implique d'autres, à dislance.
Mais sans profiler de l'avantage que rinterprétation de ces mots nous donnerait, prenons connue organes coopérants ceux (pii le sont d'une manière évidente, — les organes de la locomotion. Oue dirons-nous donc des membres antérieurs et postérieurs des mammifères terrestres, qui coopèrent de près, et perpétuellement .* Varient-
Jl8 PU01!LÈMi:S DE Mdl'.M.K HT DE SOCIOLOGIE
il> ciiseinblc? S'il imi est aiii>i, coininciil se sont proiluiles «les >tm('l lires aussi dilï'érenles (jue celle du kauyourou, avec ses {;rus nieuibres posléiieurs et ses pelils lueiubres aulérieurs, el celle de la ^'iral'e, où les lueuibies postérieurs sonl petits el ceux de (le\anl développés — coiunienl se faitil iliic iloccinlaiil ilii oiniic niaïuiiiirèir i)riMiilir, ces auiiiian\ aient diser/^éen c(> (pii concerne les proportions de l('ur> Mii'udires en des directions opposées? Prenons, encore, les animaux articulés, comparez un des types inférieurs, avec ses rangées de membres prescpie d'égale grandeur, et un des types supérieurs, tels que le crabe ou le bomard, avec tels membres très petits, el d'autres grands. Conuïient ce contraste est-il né au cours de l'évolution, s'il y a eu l'égalité de variations qu'on suppose?
Mais, maintenant, rétrécissons encore le sens de la proposition, pour lui donner une interprétation plus favorable. Au lieu de considérer les membres séparés comme coopérant, considérons les parties qui composent les mendjres comme coopérantes, et demandons-nous ce qui résulterait si elles ^ ariaient ensemble. Il arriverait, en ce cas, que, bien que les membres de devant et de derrière d"un mammifère jjusscnt devenir dilïérents dans leurs dimensions, ils ne deviendraient pas différents dans leur structure. Si cela est vrai, comment sont nées les dissemblances entre les pattes de derrière du kangourou et celles de l'éléphant? ou bien, si l'on a quelque objection à cette comparaison, parce que les deux êtres appartiennent aux divisions grandement différentes des mammifères placentaires et implacentaires , prenons le cas du lapin et de l'élépkant, qui appartiennent tous deux à la première division. D'après l'hypothèse évolutioniste, ils dérivent tous deux de la même forme primitive, mais les proportions des parties sonl deve-
l'iNSITKISANCR de U « 8^.I.RCriOK ?IATI'RF.L1.E w 31'J
iiiicH si p*aii(l(MiK>nt disstMiililaltlcs que les |oiiiliirt's com*»- |M»ii(lanU'S ne soiil |ires(iue pas reroniiaissables rniiiine lelles par l'oljsiTvati'ur saperG<'i«'l : les parties eu appanMjee eorn'spoïKlaiites «le* jambes toiiriH'iil ni ilireetioiis opposées. Le fait parallèk. chez les articulés, est é;:alenieiit ou plus n*niar(|uaiile. Prenez le nienibre du lntniard qui port»' la pince, «'l comparez-le avec le nieniltre eorrespoiid.mt chez un animal inférieur articulé, ou le membre i*orre>pondant chez son allié rapproché, le Palinure, et il sera é\id«'nt (pie les se^Muents dont se compose le membre en sont venus à présenter, l'un par rapport à l'autre, des proportions qui diiïérent énormément dans les deux cas. On ne peut nier, donc, en examinant les faits généraux de ia structure (U'j^anicpie, «pic les variations concomitantes dans les parties des membres n'ont pas été de nature à produire défraies quantités de chan;.'ement en eux, mais tout au contraire elles ont. partout, produit des inéj^'alités. Kn outre, nous devons nous rappeler que cette production des inégalités parmi les parties coopérantes est un principe essentiel de dévelop|)enjent. S'il n'en avait pas été ainsi, il n'y aurait pu avoir ce progrés de l'homogénéité de structure à riiélérogénéité de structure qui constitue l'évolution.
Passons maintenant à la seconde supposition — (pie les variations dans les parties coopérantes se produisent irrégulièrement, ou de manières si indépendantes qu'elles n'ont aucuiie relation délinie entre elles. — C'est la supposition (|ui s'accorde le mieux avec les faits. Un coup d'œil jeté sur les visages autour de nous en donne des |)reu\esé\identes Beaucoup des muscles du \isage. et quelques-uns de ses os, sont distinctement coopérants, et ils varient, respectivement, de façon à produire chez chaque pei-sonne «ne condiinaison différente. Nous avons des raisons de cniire
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que ce que uous roniartjuons pour le visage doit ôlre vrai pour les membres, et toutes les autres parties. Eu réalité, il sul'lit de ('()uq)arer des personnes dont les bras sont d'égale longueur, et d'observer combien les doigts des uns sont tia|)ns tandis (jiic ceux des autres sont eflilés, ou même il snllil (le picndre note de la différence enti'e la démarcbe des passants inq)liipiant de petites dissemblances de structures, |)our être convaincu que les relations entre les varialions des parties coopérantes n'ont rien de lixe. El maintenant, limitant notre attention aux membres, examinons ce qui doit arriver s'il faut que, par des variations ayant lieu d'une manière éparpillée, les membres doivent changer en partie d'adaptation à une fonction, pour s'adapter à une autre fonction, — s'ils doivent se réadapter, pour ainsi dire. Pour que le lecteur comprenne bien le raisonnement, il faut qu'il ait ici la patience de laisser exposer beaucoup de détails anatomiques.
Supposons une espèce de quadrupède dont les individus aient, dans d'immenses périodes passées, été accoutumés à se mouvoir sur une surface relativement unie, comme par exemple les « chiens de prairie » de l'Amérique du Nord, et supposons que l'augmentation de leur nombre ait chassé une partie d'entre eux dans une région pleine d'obstacles à la locomotion facile, — couverte de tiges en pourriture d'arbres tombés, tels qu'on en voit dans les forêts primitives par exemple. L'habileté au saut doit alors devenir un trait utile, et, selon l'hypothèse que nous examinons, cette habileté se produira par la sélection des variations favorables Quelles sont les variations requises? Le saut s'effectue, principalement, en pliant les membres postérieurs de façon à faire faire des angles aigus aux jointures, et à les redresser ensuite subitement, ainsi qu'on peut le voir
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.Ml j^iu'Uaiit un chat (|tii ^niU- Mil* la taltlc. L<> priMiiier cliaiiuoinciil r(H(iiis, (ioiic. ot rau^'inciitation ili*s ;4:raiids iiuisi'Il'S 'xli'iist'urs par h'stjucis li's iiMMiiItrt's poslrrifurs (»uiit rt'ilrfsst's. Li'iirs aupiicntatioiis doix'nl (Mn* (irmiiMit proporlioniu'i's, car si vv\\\ i\m rciln'Nsrnl iiin* jointun* di'vii'niKMit lK"aii(M)ii|> plus foris (pic ceux (pii redrcsM'iit l'autr»', l'aiiln' joiiilmv reslera iiuTl»' cpiand les iiius<^'les Fcrunl foiitraclrsensemldi'. Mais faisons une concession, et accordons (pie ces muscles varient ensemble: (piel est le chan^'enuMit musculaire ultérieur nécessaire? Chez un mammifère planli;jrade ce sont les os du métatarse tpij supportent principalement la réaction du saut, hien <|ue les orteils y aient une part. Toutefois, clu'z un mammifère di^^iti^'rade, les orteils forment prescpie exelusiveiiu'iit le point d'appui, et s'ils ont à sulur la réaction d'un saut plus haut, les muscles lléchisseurs qui les abaissent et les courbent doivent être aj^raiulis en proportion ; sans cela, le saut manquerait, faute d'un poi/it d'appui ferme. Les tendons doivent être modiliés tout comme les muscles, et entre autres les nombreux tendons qui Tout aux doi^'ls et à leurs phalanges. Des muscles et des tendons plus forts implicpient de plus grands elTorts sur les jointures, et à moins que tout cela ne soit fortifié, un saut plus vigoureux causera une dislocation. 11 faudra modifier non seulement les articulations elles-mêmes afin qu'elles puissent supporter une tension plus forte, mais encore les nonibn'iix ligaments qui tiennent en place les parties de chacune d'elles. Le corps des os a également besoin d'être renforcé, car s'ils n'ont pas une force supérieure à celle qui est nécessitée par les mouvements usuels , ils ne pourront en supporter de plus violents. Ainsi, sans parler des chanirenients requis dans le bassin, aussi bien que
SfCKCEii. — Probl. Jt
•dans les nerfs et les vaisseaux saiiuiiins, il y a, en complanl les os, les muscles, les lendons , les ligaments, au moins cinquante parties diflerentes dans chaque jambe de iderrière, qui ont à être renforcées. En outre, il faut qu'elles soient renforcées à des degrés divers. Les muscles et les tendons des orteils extérieurs, par exemple, n'ont pas besoin d'autant de force que ceux des doigts médians. Puis, à travers les étapes successives de leur croissance, toutes ces parties doivent être équilibrées exactement, ainsi que tout le monde peut l'inférer en se rappelant quelquesuns des accidents dont il a été témoin. Je pourrais, parmi mes propres amis, en nommer un qui, en jouant au lawntennis, se rompit le tendon d'Achille; un autre qui, en faisant balancer ses enfants, se déchira quelques filires musculaires au gras de la jambe, un autre qui, en sautant par-dessus une palissade, froissa un ligament de son genou. De tels faits, réunis à l'expérience de chacun à l'égard des foulures, montrent que pendant les efforts extrêmes auxquels les membres sont soumis de temps à autre, il y a déroute des parties qui ne sont pas tout à fait au niveau requis. Comment donc cet équilibre est-il maintenu? Su})posons que les muscles extenseurs aient tous varié d'une manière appropriée ; leurs variations seront inutiles, à moins que les autres parties coopérantes aient aussi varié de même manière. Il y a pis encore. Sans parler du désavantage causé par le poids plus grand, et la dépense de nutrition, il y aura des causes de dommage, — des causes de dérangement pour le reste par une contraction de force indue. Et puis, combien de temps faudra-t-il au reste pour être amené au réajustement? Ainsi que le dit Darwin au •sujet des animaux domestiques : u Toute variation particulière serait, généralement, perdue par le croisement, la
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rr version. t'le...,à inuiiisqiii* riioiniiii* ne la conservai avec soin ». A lYtat de iiatun*. lione. !«•> \.irialions favoralilen de ees nuiseles disparailraicnt eneon* l<»n;;l<'ni|).s avant «ju'une ou plusieurs des parties coopérant»'»» pût varier tliinr manière appropriée, et plus lon{.îleinps encore avaiil
<|IU' l0Ulc> If plls>('lll.
Cette diflicuilé insurnionlahle s'accompagne d'une autre «liflicullé encore plus insurniontahlc. — si l'on peut me jM rmettre celte expression. Il n'y a pas seulement une «pieslion d'accroissement de diniensions des parties, mais il \ a aussi laltération desfonnesdes parties. Un coupd'œil ji'lé sur les sipieleltes de manunifères montre condjien dilTcrent les formes des os correspondants de Inus membres, et montre (pi'ils ont été remodelés dans chaijue espèce en \ ne des dilïérentes exip'uces imposées par des habitudes dillérentes. Le cliangemenl de structure nécessaire pour que des membres postérieurs adaptés seulement à la marche et au trot soient aussi adaptés au saut, implique par conséquent qu'à côté du renforcement des os doit se produire le changement dans leur forme. Mais les changements fortuits de forme qui peuvent se produire dans un os quelconque sont innombrables. Combien de temps s'écoulera-l-il avant qu'ait lieu ce changement particulier (|ui rendra l'os plus propre à sa nouvelle activité? Et quelle probabilité y a-t-il que les nombreux changements exigés dans la forme, aussi bien que dans les dimensions des os, seront chacun effectués avant que les autres soient perdus de nouveau? Si les probabilités contre le succès sont incalculables, si nous ne tenons compte que des changements dans les dimensions des parties, que dirons-nous de limpossibilité de les calculer, quand il faut tenir compte aussi des différences de fonne?
« Assnr(^nicnt , on a trop entassé de difficultés », dira peut-être le lecteur. Non. vraiment. Il y a encore une dilliculté qui dépasse inlininienl celles qui précédent. Nous avons jusqu'ici omis la seconde partie du saut et la manière dont il faut qu'il y soit pourvu. Après que le corps de l'animal s'est élevé, il faut qu'il descende, et plus la force avec laquelle il a été i)r()jcté en haut a été grande, et plus grande sera celle avec laquelle il redescendra. D'où il suit que si l'animal que nous supposons a subi des changements tels dans ses membres de derrière, qu'ils puissent le lancer à plus grande hauteur, sans que les membres de devant aient subi aucun changement, le résultat sera qu'à la descente ses membres de devant s'a (Tais seront, et qu'il tombera sur le nez. Donc, il faut que les membres de devant changent en même temps que ceux de derrière. De quelle façon? Comparez les membres postérieurs remarquablement repliés du chat avec ses pattes de devant presque droites, ou bien le silence de son saut sur la table avec le bruit sourd que les pattes de devant font quand il saute de la table à terre. Voyez combien diffèrent les actions des mendires postérieurs et antérieurs, et aussi combien diiïèrc leur anatomie. Comment donc la coadaptation requise sera-t-elle effectuée? Quand même ce ne serait qu'une question de dimensions relatives, il n'y aurait pas de réponse ; car des faits déjà donnés montrent que nous ne pouvons supposer des augmentations simultanées de dimension s'opérant dans les membres postérieurs et antérieurs, et, en réalité, cela nous est prouvé par un simple coup d'œil jeté sur les diverses races humaines, qui diffèrent considérablement dans la proportion de leurs jambes avec leurs bras. Mais ce n'est point ici une simple question de dimensions. Pour soutenir le choc de la descente, les
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iiniiiltn*s lie dt'vanl doiNcnt rtre t'liaii;:r.s dans tout»* li'iir aiialniiiit'. Coiiiinc ct'ux des im*inl»n'S po.sli rirurs, les t'Iiaii- ;:fiiuMits doivent se faire en Iteauciuip de parties en lieaueoiip de proportions, et ils doivent portera la fois sur les <liruensions el sur les formes. Il y a j>his. L'arcade seapiilaire el les niusiies i]ui y sont attachés doivent aussi <Mre renforces el reinodcjrs. Voyez donc ce (jue sont les e\i;;ences totales. Il faut sujiposer que, par la sélection naturelle des variations diverses, les parties des niend>res postérieurs sont coadaptées les unes aux autres, dans leurs dimensions, leurs formes, el leurs proportions, que celles des memhres antérieurs subiront des coadaplalions semblables dans leur conipicxilé. mais dissemblables d'cs|)éce, el que les deux séries de coadaplations s'enectueront pari passu. Si, comme on peut le soutenir, les probabilités sont de millions contre un contre la réalisation de la première série des changements, on peut soutenir qu'il y a des milliards contre un contre la réalisation simultanée de la seconde série en ajustement progressif à la première.
11 ne reste plus à traiter que le troisième mode concevable d'ajustement. On peut imaginer que bien que ces ajustements ne puissent être elTectués par la sélection naturelle de variations diverses, ils pourraient néanmoins se produire de manière appropriée. Comment cela ? Supposer qu'ils se produisent ainsi, c'est supposer que la (in prescrite est reconnue quelque part, et que les changements sont, pas à pas, simultanément proportionnés à l'achèvement de cette fin, — c'est supposer une production préméditée de ces changements. Dans ce cas, alors, il nous faut revenir, en partie, à l'hypothèse primitive ; et si nous le faisons en partie, nous pouNons tout aussi bien le faire tout à