I.'iNSlHISANCK HK LA »< Sh'LECTION NATl nKLI.K » ;i
Ut (If |n'lils l'IToris pour (le ^'niinh^ (|ii.inlih''s;(l'où n'-MilliMil, iv>|»i'tli\cmfnl. ia paiiMclr |ili\^io|(>-i(|ii(', oti la riclu-sse
pli\siol(»«;i(nu'.l'nis.oiiln'l«'<MMil(l«->a(tivil(''sin'iiro-mnscu laiivs pour ia rtilu n hc dr l.i iiuumlun*, il y a la drpiMisc pour luainlfuir la chai. m .lu ((ups. Tant de clialeur iui|)li<piu taul tir nounilure foiisoium(''e. cl la pi rir par ra\oniicnn iil ou couducliou. (|ui ^ioil <^tre ptTp('tu»'lleiiieiil coiiipiMiM'f. vaiii'suivaul Itcaucoup de cirronstauci's : le climat, le milieu (tel ipie Pair ou leau;. le vtMeiueut, les ditiiensions du corps (les petits se refroidissant relaliveineiit plus vite que les ^Tands) et la quantité de matériaux disponible pour la formation des cellules s'abaisse dans la proportion où le coût de la chaleur s'accroît. Finalement, il y a trois facteurs coo|)érants d'importance primordiale, ou plutôt trois lois dont les elTets varient selon la grandeur de 1 animal. La première loi est que tandis que la masse du corps varie conune les cubes de ses dimensions {les proportions étant supposées constantes), la surface absorbante varie comme le carré de ses dimensions ; d'où il résulte que, toutes choses égales d'ailleurs, l'augmentation de grandeur implique une diminution relative de nutrition, et par conséquent un accroissement d'obstacles à la nuiltiplication des cellules*. La seconde en est une conséquence : puisque le poids du corps augmente coimne les cubes des dimensions, les sections de ses muscles et de ses os auementent comme leur carré, d'où résulte une diminution de force pour résister aux elVorts. et une faiblesse relative de structure. Ceci est im|)iiqué par la facilité qu'a un petit animal pour sauter plusieurs fois la longueur de son corps, tandis qu'un grand animal tel que l'élé-
^iucipes de Biologie, 846, n» 8, avril 1863
pliant, ne peut pas sauter du tout, ses os et ses muscles étant incapables de supporter la tension requise pour élever son corps dans l'air. Nous ne saurions dire quelle augmentation de dépense pour rentrctien de la machine corporelle est ainsi imposée, mais il est liors de question ' qu'il y a une dépense croissante, qui diminue les matériaux utilisables pour la croissance en dimensions. Et puis, en troisième lieu, la distribution de nourriture coûte plus cher, l^lus la grandeur de l'animal augmente, et plus il faut de force pour envoyer le sang à la périphérie, d'où un nouveau prélèvement sur les substances formatrices de cellules.
Nous avons donc ici neuf facteurs, dont quelques-uns ont des subdivisions, qui coopèrent pour aider ou restreindre la mulliplication cellulaire. Ils se présentent en proportions et combinaisons d'une variété infinie, de sorte que chaque espèce diffère, plus ou moins, de chaque autre espèce en ce qui concerne leurs effets. Mais, chez tous, la coopération est telle qu'elle arrête, en définitive, cette multiplication des cellules qui cause la croissance, qu'elle continue, ensuite, à imposer une lente décroissance à la mulliplication des cellules, accompagnant le déclin des activités vitales, et en définitive met fin à celle-ci. Un principe reconnu de raisonnement — la loi de l'Economie — défend de supposer plus de causes qu'il n'en faut pour expliquer les phénomènes; et puisque, chez tous
* Principes de Sociologie. Il ne faut pas entendre par là que, tandis que les masses augmentent comme les cubes, la quanlité de mouvemaits engendrée n'augmente que comme les carrés; ce ne serait pas vrai. La quanlité de mouvement est évidemment mesurée non par la section des muscles seuls, mais par celle-ci multipliée par la longueur, cl par conséquent elle augmente comme les cubes. .Mais ceci laisse intacte la conclusiou que la capacité de soutenir l'e/fort n'augiiifiite que comme les carrés, et limite ainsi la capacité d'engendrer le mouvement, par une incohérence relative de matériaux.
L'i.NSI FFISA.NUK HK U " SÏLKCTION NATl UKLLE » A^J
les agrt*j;als vivauts, tels que ^'eu\ (jiie nous avons sii|>posés ei-(lessus. les eaiises iiomiiires ainèiH'iit inévilalileiiMMil larnH de la iiiiiiliplicalidii. il i\ r^[ pas lé^iliiiie tl'attriliuiT iM't aiivl ;i tiiiflipu' |)ropriété inhérente aux cellules. Il faut montrer l'insuflisance des autres causes avant d'accepter lé^'itinieiuent cette liyuotlièse d'une propriété inhérente.
Nous sommes amplement autorisés à conclure ainsi quand nous considérons les types des animaux menant une vie (]ui ne mel |)as des limitations aussi nettes à la multq)lication des collules. Prenons d'abord un exem|)le de l'étendue (sans avoir égard aux natures repro»luctrice ou somatique où la multiplication des cellules est possible, la où les conditions rendent la limitation facile et réduisent la dépense au minimum. Je veux parlerdu cas desAphides. Bien que la saison ne soit pas bien avancée (mars), les serres de Kew nous en fournissent assez pour montrer qu'il en faut douze pour faire le poids d'un grain (G centigrammes)
— un plus grand ncmibre qu'il n'en faudrait s'ils étaient parvenus à leur taille ordinaire. Le professeur Huxley, citant le professeur Owen qui adopte les calculs de Tougard, d'après lesquels, par la multiplication agamique « un seul œut imprégné d'Aphide peut donner naissance, sans fécondation, à un quintilion d'Aphides », s'exprime en ces termes :
Je vaissupposer qu'un. 1/j/j/s pèse 1/1. 000= de grain, ce qui est certainement bien au-dessous de la vérité. D'après cette estimation, un quintillion d'.\phides pèseraient un quatrillion de grains. 11 faut être un homme très gros pour peser deu.x millions de grains, par conséquent, la dixième génération seule, si tous ses membres survivent aux périls auxquels ils sont exposés, contient plus de substance que 500 millions d'hommes gros,
— plus que toute la population de la Chine '.
* The Traruactions of the Linnaean Society of Londan, t. XXII, p. 215.
3t)0 PIIOBLKMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
Et si le professeur Huxley avait pris le poids véritable. (piiol ItMloii/.iruie liuu^raiii, lequinlillion d'Aphidesdépasseiail (N idiMiunenl en poids toute la population humaine du ^IoIh-, ciiKi billions de tonnes étant le chillre que me d(tnni'nl mes 'eaiculs !
iNalureilement, je ne cite pas cela comme preuve de rétendue de la multiplication des cellules somatiques, descendant d'un seul œuf, parce qu'on rétorquera, avec quelque raison, que chacun des Aphides asexués, produit par viviparité, est né par fissiparité d'une cellule qui descendait de la cellule reproductive primitive. Je cite seulement pour montrer que lorsque les produits cellulaires d'un œuf iécondé sont perpétuellement divisés et subdivisés en petits groupes, distribués sur un espace nutritif sans limites, de sorte qu'ils peuvent obtenir des matériaux de croissance sans aucun coût, et ne font pas de dépense appréciable en mouvement ou en entretien de température, la production des cellules peut se poursuivre sans limites. Car on a montré que la multiplication des Aphides continue pendant quatre 'ans, et selon toute apparence ne cesserait pas si la température et l'approvisionnement de nourriture continuaient sans interruption. Mais passons maintenant à des exemples analogues de causes et de conséquences qui ne donnent aucune prise à la critique que nous venons d'indiquer. Ce sont diverses espèces d'Entozoaires qui nous les fournissent, et nous choisissons les Trématodes qui infestent les mollusques et les poissons. Nous lisons, au sujet de l'un d'eux :
Le Gyiodactyle se multiplie de façon agame par le déve-
L'estimation de Réaiiranr, citée par Kirby et Spencer, est encore plus élevée : « Eu cinq générations un aphis peut avoir 5,904,900,000 descendants, et l'on peuse qu'en un an il peut y avoir vingt générations >». fintro' duclion lo Enlomology, t. I, p. 175.)
l INSl FFI8AKCK Ut LA »« Sè'.LWITION NATUIIKI.LK •» .'iôl
luppeineut k l'iiUéritiur du corp!), d'un jeune Tréuiatode qui rtil comnio uno sorto de bourfccon in(em(*. Uno seconde gôné-
ratiuii apparaît dans la pr*'iiiii'r<>, «>( iii«^iih> iiiio troisième daof la si'coiiijf. avaiil (|ii«' [«' ji'uin* (iyrod.n In !<• ii.ii>'s<''.
El K'> pl.iUi'Iu'S de SttMMistmi», (l.ins son AUcrudtujn of Ch'ncni fions, iious moiilri'iil. parmi h's <^tres de *ce groupr. un indiviiiu sans sexe, dont loul l'inUTieur est transf(uni('' en individus sans sexe plus petits lescjuels, respectivement, avant ou aprùs leur apparition, subissent des transformations semblables — une inulti|)licalion des cellules somatiques sans aucun signe de cellules re()roduclrices. Dans quelles circonstances se produisent de tels modes de multiplication organiipie. modiliés diversement chez les parasites? Ils se produisent là où il n'y a aucune dépense quelconque de mouvement ou de conservation de la température, et où les matériaux dénutrition entourent le corps de tous côtés. D'autres exemples sont fournis par des groupes dans lestjuels, bien que la nutrition ne soit pas abondante, le coût de la vie est presque nul. Chez les Cœlentérés ce sont les Polypes Hydroïdes, simples et composés, et chez les Mollusques, divers types d'Ascidiens, fixes ou flottants, les Bolrylles et les Salpes.
Mais maintenant de ces animaux inférieurs où la reproduction asexuelle et la multiplication des cellules somati(|ues sont communes, et dont une classe se nomme a zoophvtes», parce que sa forme de vie sociale imite celle des plantes, passons aux plantes elles-mêmes. Chez celles-ci. il nv a point d'efl"ort dépensé, il n'y a point de dépense pour l'entretien de la température, et la nourriture est en partie fournie par la terre, et pour le surplus par un milieu où baigne par-
• A Vunual of tfie Anatomjf of Invertebrated Animait, by. T. H. Huxley p. 20<).
loiU la surface extérieure ; l'ulilisalion des matériaux qu'elles contiennenl élaiitolfectuée sans frais par les rayons du soleil. Toul coiniue nous devions nous y attendre, nous voyons ici que l'a ^'a ni ogé né se peut se perpétuer indéfiniment. Nombre de plantes et d'arbres se propagent, d'une manière illimitée, par des boutures et des marcottes, et nous en avons plusieurs qui' ne peuvent se propager autrement. Les plus connues sont les roses doubles de nos jardins, qui ne portent pas de graines, et ont été distribuées partout par des greffes et des boutures. Les serres fournissent beaucoup de cas, ainsi que me le dit une autorité dont la compétence est sans appel. De « toute l'armée des orchidées des tropiques, par exemple, il n'y en a pas une sur cent qui porte graines, et il en est qu'on cultive depuis un siècle. » «Nous avons aussi VAcorus calamus, qu'on a à peine vu porter graine, bien qu'il pousse à l'état sauvage dans toute la partie tempérée de l'hémisphère nord. » Et puis, il y a le cas très remarquable et probant de VElodea Canadensis (ou Anacharis) acclimaté on ne sait comment (probablement apporté avec du bois) et qu'on observa pour la première fois, en 1847, en divers lieux, et qui, s'étant répandu dans presque toute l'Angleterre, en infeste maintenant les étangs, les canaux et les petites rivières à cours lent. C'est une plante dioïque, et la femelle seule existe en Europe. Il est hors de doute, par conséquent, que cette immense progéniture de la première tige ou du premier fragfiient qu'on a acclimaté, suffisante à couvrir bien des milles carrés si on la réunissait, est entièrement formée de cellules somatiques. Il suit de là, autant que nous en pouvons juger, que ces cellules somatiques sont immortelles, dans le sens que donne au mot le professeur Weismann, et le témoignage prouvant qu'elles le sont, est infiniment plus fort que celui qui lui fait affirmer l'immortalité
L'INSIFFISANCE de la «« SfcLKCTIO.N NATLIltLLE » 'MVi
des IVolozoaiivs se miilli|)liant j)ar (issi|)arilé. Celle nuiUiplication sans fin des cellules somaliqucs s'est ronliiniée sous les yeux de nombreux ()l)servat(*urs ptMi'îanl plus de quarante ans. Quel est l'observateur qui a veillé (juaranle ans pour voir si la niultiplieation lissipare des Protozoaires ne cesse point? Quel observateur a veillé un an. on un mois, ou une semaine ' ?
Quand môme la llu'orie du professeur Weismann ne serait pas réduite à néant par ce fait, on pourrait aussi l'éliminer par l'examen criti(jue de son propre témoignage, en se servant de ses mêmes critériums. 11 est évident que pour mesurer des mortalités relatives, nous devons supposer que les conditions sont les mêmes, et nous servir de la même mesure. Faisons cela pourijuehpie animal, — l'homme, par exemple, qui est le plus facile à observer. La mortalité des cellules somatiques constituant la masse du corps humain, se montre, selon le professeur Weismann, par le déclin et la cessation finale de la multiplication cellulaire dans ses divers or^'anes. Supposons que nous appliquions ce critérium à tous les organes, non pas seulement à ceux où naissent continuellement des cellules biliaires, des cellules épithéliales, etc., mais aussi à ceux où naissent des cellules reproductrices. Que trouvons-nous? La multiplica-
* En ce qui coocerue VElodea, j'apprends qu'en 1819 — trente ans après qu'elle fut devenue une peste publique — on trouva une plante mile i<ùlée dans un étang prés d'Edimbourg, mais ■ dans une enquête approfondie sur cette plante, que tit le D' Groenland de Copenhague, celui-ci ne put trouver la trace d'aucun échantillon maie découvert en Europe, autre que celui d'Ecosse. Il y a de» eaux d'où VEloitea a disparu et il semble que ce soit en conséquence de la croissance dune algue qui avait produit de l'eau trouble qui lui était nuisible. Cela revient à dire que la diminution de la multiplication de« cellules somatiques. en quelques cas, ue^t pas due à répuisemeut, mais est causée par l'arrivée d'ennemis, ou par des conditions adverses, ainsi que cela arrive, eu général, avec les espèces de plantes et d'animaux qu'on acclimate, et (jui se multiplient d'abord énormément, et puis, sans aucu(^e perte de la puissance reproductrice, coramencentà décroître devant les influences antagonistes qui se produiseaL
'JOi l'IlOliLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE
lion de ces dernières prend fin longtemps avant la multiplication des premières. Chez une femme en bonne santé, les cellules consliluanl les divers tissus actifs du corps, continuent à croître et à multiplier bien des années après que les cellules sexuelles sont épuisées. Si Ton veut les mesurer de même, donc, les cellules de la dernière classe se montrent plus morlelles que celles de la première. Mais le professeur Weismann se sert d'une mesure différente pour les deux classes de cellules. Laissant de côté l'irrégularité de ce procédé, acceptons son autre mode, et voyons ce qu'il en advient. Selon lui, Tabsence de la mort, chez les Protozoaires, est impliquée par celte incessante division et subdivision dont on les dit capables. L'immortalité dont il parle n'est qu'une fissiparité continuée incessamment. Appliquez cette conception aux cellules reproductrices d'un Melazoaire. Nous avons déjà vu qu'une immense proportion de ces êtres ne se multiplie pas indéfiniment; à quelques très rares exceptions près, ils meurent et disparaissent, et leur multiplication cesse pendant que le corps vit encore comme ensemble. Mais qu'arrive-t-il à ces êtres si exceptionnels qui, étant réellement utiles à conserver l'espèce, sont seuls comptés par le professeur Weismann. Ceux-ci continuent-ils leur multiplication fissipare indéfiniment ? Aucunement. La condition sous laquelle seule ils conservent une forme d'existence, c'est que, au lieu d'un qui devient deux, c'est deux qui deviennent un. Un membre de la série A et un membre de la série B se fondent ensemble, et perdent ainsi leurs individualités. Il est évident, maintenant, que si l'immortalité d'une série se montre quand ses membres se divisent et se subdivisent perpétuellement, le contraire de l'immortalité se montre quand, au lieu de division, il y a
L'iNSIKFISANCK UK la k SÉLKCTION XATIIIKLI.K " lUiS
union. C.liariiiir (li*s sôrios pn-ml lin. <'l une nouvelle srric 4>st inau^MuVv. (|ui dilTrn* plus nu moins des (i«*uv. Ainsi l'assertion «|u«' les eellules reprotluctriees sont inuuorteiles ne peu! «Mie tléfendue «juen elian;/e;iiil li < un. .jiii.in il.rirnniortaiité.
Toutefois, en dehors iiiènie tie ces dernières «riticpies, nous avons des preuves évidentes que la dillerenee inhérente entre les deux elasses de eellules n'existe pas. Chez les animaux, la nmltiplieation des eellules .somatiipies prend tin par suite de diverses eondilions (jui Tentravenl; mais ehez diverses plantes, où ces eondilions restrietives sont absentes, la nnilliplieation est illimitée. On peut, en réalité, dire tpie la distinetion alléguée devrait être renversée, pniscpie la mulli[)liealion par lissiparité des eellules reproduetriees est nécessairement interrompue, de temps en temps, par la eoales<'en('e. tandis (pie celle des cellules somatiques peut se continuer pendant un siècle sans s'arrêter.
Dans l'Essai dont ceci est le posl-scriptum, on a tiré des conclusions du cas remarquable du cheval et du couaggac qui s'y trouve raconté, en même temps que d'un cas analogue observé chez les porcs. Ces conclusions ont été confirmées depuis. Je suis très obligé envers un correspondant distingué «pii a appelé mon attention sur des faits de vérification fournis par les rejetons des blancs et des nègres aux Elalsl'nis. Faisant allusion à des renseignements reçus (juelques années auparavant, il dit :
Il appert que les enfants de femmes blanches et de pères blancs, ont, à diverses reprises, été remarqués comme présentant des traces de sang nègre, quand la femme avait eu, auparavsf), un enfant d'un nègre.
Au monienl où je reçus ce renseignement, j'avais un Américain chez moi, et lorsque je le questionnai là-dessus, il répondit (jue c'était une opinion établie aux Etats-Unis. Toutefois, ne voulant pas m'en tenir à des oui-dire, j'écrivis de suite en Amérique i)our m'en enquérir. Le professeur Gope, de Philadelphie, a écrit à des amis dans le Sud, mais ne m'a point encore envoyé les réponses. Le professeur Marsh, le paléontologiste distingué de Yale, à New-Haven, qui s'occupe aussi de recueillir des témoignages, m'envoie une lettre préliminaire où il dit :
Je ne connais pas, moi-même, de cas semblables, mais j'ai entendu beaucoup d'assertions qui rendent probable leur existence. Dans le Connecticut, il y a un exemple qui est certifié si fortement par une de mes connaissances, que j'ai tout lie m de croire qu'il est authentique.
On doit, naturellement, s'attendre à ce que des cas de ce genre ne se présentent pas souvent dans le Nord, surtout de nos jours. La première des. citations précédentes se rapporte à des faits observés dans le Sud, au temps de l'esclavage, et alors même les conditions impliquées étaient naturellement très rares. Le docteur W. J. Youmans, de New-York, a interrogé pour moi divers professeurs de médecine qui, tout en n'ayant pas eux-mêmes vu de ces exemples, disent que le résultat rapporté « est généralement accepté comme un fait «. Mais il me donne ce que je pense devoir être considéré comme un témoignage autorisé. C'est un passage de l'ouvrage classique du professeur Austin Flint,.en ces termes :
Un fait particulier, et semble-t-il inexplicable, c'est que les grossesses précédentes ont une influence sur la progéniture. Les éleveurs d'animaux le savent bien. Si les juments pur-sang ou des chiennes de race ont été une fois couvertes par un
L'iNSI FFISA.NCK DK U « SI^I.KCTIO.N N \TlllKM.F »> 3fi7
màli' iiifi'iiour. !<'«< [M'tils, apifs les ft^^oiul. liions siiIjsi'<i|iiimiIi's, sont i'iKlins à |iartii-i|uT du caractère d«i pn-iuiiT mille, ni<^nio quand les iiu'res sont accouplées avec des mâles d'uiu* «énéa* lojfit' sans n-proclie. Il «-si iiupossibli; de dire ce (ju'«'sl l.- m(''canisiiie d*' rinllut'iict' df la priMuirrf coiicepliun, mais le failest inconteslable. Ou a observ»- la m»"'Mie iulluenco chez l'espi^ce numaiu<'. l'iu' feuiiur peut avoir, par sou second mari, d«'S enfants qui n'^scinldcnl au pn-iuifr. et cela est parliculieremenl marqué, en certains cas, dans la couleur des cheveux el celle des yeux, l.'ne femme lilandie ayant eu des enfants d'un nèj:re peut ensuite en doinier à un blanc qui présentent quelques-unes des particularités les plus incontestables de la race nègre'.
Le docteur Youmans rendit visite au professeur Flint (jui se rap|)ela « avoir étudié ce sujet au moment où son oinra^e in extenso fut publié la citation précédente est il'un abrégé), el dit n'avoir jamais entendu révoquer en doute cette assertion ».
Peu de jours avant de recevoir cette lettre et la citation qu elle contenait, le sou\ enii- dune rcnianiue, au sujet des chiens, que j'avais entendue bien des années auparavant, me fil ouvrir une enquête pour savoir s'ils fourniraient un témoignage analogue. Il nte vint à l'esprit qu'un ami (\\\\ est souvent nonuné juge d'animaux aux congres agricoles, M. Fookes, de Fairliekl, Pewsey. en Wiltshire, pourrait savoir quelque chose là-dessus. Une lettre que je lui écrivis m'apporta dilTérents récits confirmatifs. D'une personne «< ayant élevé des chiens pendant des années », il apprit que :
C'est un fait bien reconnu et généralement admis que si une chienne a deux portées par des chiens ditlérents, le type du premier est perpétué dans toutes les portées qu'elle peut
1 A Text Book of Uiiman Phyaiolui'fy, by .\ustiu Fliut, .M. D. L. L. D. 4* Édition, New-York, D. Appleton et C'», 1888, p. 797.
368 PllOBLÈMKS M. MOl'.AI.F. KT HK SOCIOLOGIE
avoir onsuilt", si pure (iiic soit la raco du cliien (|ui les engendre.
Ajjirs aNoircilr ce triiioi^^ii.t^M', M. Fookcs conlinuc par des exiMiipics coiuuis de lui-iuriu»' •
Un 'le mes ami?, dans ce voisinage, avait une chienne Dachsund de très grand prix, (pii avait par grand malheur eu une portée par un chien dn berger errant. L'année suivante son maître l'envoya à un chien de pure race Dachsund, mais le produit ressembla autant au premier père qu'au second, et Tannée suivante il l'envoya, avec le même résultat, à un autre Dachsund. Voici un autre <?as : Un de mes amis, à Devizes, avait, d'une chienne d'arrêt par un chien couchant, une portée de petits chiens, qu'omi'avait pas désirée, et par la suite celle-ci n'éleva jamais de vrais chiens d'arrêt, si irréprochable que fût la paternité.
Ces preuves, auxquelles M. Fookes en a depuis ajouté quelques autres, rendent incontestable la conclusion générale. Venant, comme il le fait, de lieux éloignés, de gens n'ayant à soutenir aucune théorie, et dont quelques-uns sont étonnés par les phénomènes inattendus, cet accord dissipe tous les doutes. Chez ({iiatre espèces de mammifères, qui dilîérenl grandement de nature — l'homme, le cheval, le chien et le porc, — nous avons cette même hérédité apparemment anormale, qui se fait voir sous des conditions analogues. Nous devons considérer comme un fait démontré que, pendant la gestation, les traits de constitution hérités du père produisent des effets sur la constitution de la mère, <iL que ces effets communiqués sont transmis à la postérité subséquente. Ceci est donc une opposition absolue avec la doctrine du professeur Weismann que les cellules reproductrices sont indépendantes des cellules somatiques, et n'en subissent pas l'influence, et ainsi disparaît absoUi-
l'inSIFFISANCE de U «« 8<:l.F.CTlO?( NATIRELLE » 3(19
n)t*nt le prctnidii ubstac-lc à la traiisinissiun des carac- Ifies a(*«|uis.
Mali^'ic l'oxpérionce inontnml la fulilih- dr la conlioversc pour rlahlir la v«'*rit«'-. je suis leiit«' i«i de ivpoiulrc un peu lon^ueiueiil aux opposants. Mais (piaiid iiM^iiie je disposerais de l'espaee nécessaire, je serais forcé d'être Itrrl. faute de temps et de santé à la fois. Je dois me contenter de noter quelques points cpii me concernent de plua près.
Parlant de mon ar^'uinenî concernant le discernement liictile. M. Wallace me considère « comme un exemple ma nifeste d'un homme qui prend pour essentiel ce qui ne Test pas. et tire des conclusions après un examen partiel et entièrement insuffisant des phénomènes. Car ce « discernemeui tactile » qui est seul traité par M. Spencer, forme la partie la moins importante, et prol)ahlement seulement incidente du ^'r.iiul phénomène vital de la sensibilité de la peau, qui est à la fois la sentinelle et le bouclier de ror«^anisrae contre les dangers externes imminents. » {Fortnightly Rei'iexr, avril 1893, p. 497).
Ici. M. Wallace admet qu'il est évident en soi que la sensibilité de la peau est due à la sélection naturelle, et il considère que je dois l'admettre aussi. Il suppose que ce n'est que la distribution inégale de discernement de la peau que je considère comme n'étant pas expliquée. Mais je nie que la sélection naturelle soit pour rien dans la sensibilité générale, ni dans la sensibilité spéciale, et j'ai justifié, il y a des années, mon premier scepticisme, comme je viens de justifier, récemment, le second. Dans l'essai précédent j'ai donné diverses raisons pour conclure que la genèse du système nerveux ne peut être due à la survivance du plus
6«wc«n. — Probl. 24
HTO PUCHLÈMES DE MORALE ET DE SOClOI-OC.IE
apte, inais (|irelle osl (lue ;iti\ cllcls dirccls de ivciprorilé eiitit' la Miifacr l'I le iiiiliiMi, cl t|iit' ce ii'osl ([u'ainsi (|iic s"('\pli(iiic l'cli-aiiuc l'ail (pic les cciili'cs nerveux soiil orij^inairemenl superlicicls el émigreiil vers riiUérieur peiulanl le (lévelopjieincnl. J'ai appiiy*'* ces conclusioiis, dans TKssai critiipié par M. Wallace, sur les lails que louruissenl les aveujjjles et les compositeurs habiles, et (pii prouvent que raccroissement du développement des nerfs commence à la périj)hérie. I/idée de M. Wallace que la sensibilité de la peau est née de la sélection naturelle, n'est soutenue par aucun fait. Il suppose qu'elle doit s\Hre produite ainsi parce qu'elle est d'une importance cai)itale pour la conservation de l'individu. Ma croyance qu'elle est directement produite par les rapports avec le milieu, est soutenue par des laits, et j'ai donné des preuves que la cause assignée est à l'œuvre maintenant. Suis-je obligé d'abandonner mon opinion bien fondée et d'accepter celle de M. Wallace, qui ne repose sur aucun fondement ? Je ne le crois pas.
Parlant de mon argument au sujet des animaux aveugles des cavernes, le professeur Lankester, dans Nature, du 3 février 1893, écrit :
M. Spencer montre que l'économie de matériaux pondérables par la suppression d'un œil n'est qu'une petite économie-, il perd de vue le fait, toutefois, qu'il est possible et niêuio probable que l'écononiic pour l'organisme, résultant de la réduction d'un œil à un état rudimentaire, ne doit pas être mesurée par le volume seul, mais bien par récononiie sur les matériaux spéciaux et les activités spéciales qui sont intéressés dans la production d'un organe aussi particulier et aussi| compliqué que l'est l'œil des vertébrés.
Il me semble qu'ici une supposition remplit l'office d'un, fait, et que je pourrais, tout aussi justement, dire qu'il est
l'i.nsikfisakck de u m s^.lJ'i:Tlû^ natiiiklle » 371 « possiltic ou iiH^iue |»rolial»I»» » tju«' r«i*il <l«'s Nerlrlirrs t»st, ph\si(ilo^i(|iU'iii('iit, |K'ii cuiitciiv. sa pari if uptitpic. (|(ii i'i»ii>liliK' pr«'M|ii(' tout sou voluuif . ('ou>i.staut m tissus tl'uu ordre inférieur. Il y a Nraiuicul de fortes raisons de le considérer. ph\sio|o^'i«|uiMueut. eouiuie peu euùteux. Quic'un(pie se rappelle eouilucu les yeux d'un poisson sortant de rn'uf sont relali\eiut'iil énormes : — une |)aire d'\eu\ auxquels sont attachés une tête et un corps, et s«' souvient que iiKupie œuf contient les matériaux de simu- Idalde |)aire dscux. verra (pic la substance de la'il constitue une partie très considérable du frai du poisson, et que, puisipie le poisson femelle produit celte quantité d'ti'ufs tous les ans. elle ne saurait être coûteuse. Mon ar^iumcnt contre Weismann est plutôt fortifié (pralTaildi |)ar I examen de ces faits.
Le professeur Lankester appelle mon attention sur une de ses hypothèses, publiée dans VEncyclopœdia Britannica, concernant la production des animaux aveugles des c^ivernes. Il pense que <> le fait peut être entièrement expliqué par la sélection naturelle agissant sur les variations fortuites congénitales. Beaucoup d'animaux naissent ainsi avec des yeux tournés ou défectueux, dont les parents n'ont eu les yeux soumis à aucune condition particulière. Si l'on suppose des individus de quelque espèce d'Arthropode ou de Poisson chassés dans une caverne ou emportés d'une petite à une grande profondeur dans la mer, les individus aux yeux parfaits suivraient la lueur du jour et finiraient par s'échapper dans j'air extérieur, ou dans les profondeurs moins grandes, laissant derrière eux ceux dont les yeux sont inqjarfaits, pour continuer la race dans les ténèbres; une sélection naturelle s'elTecluerait ainsi dans des générations successives ».
Tout d'abord, je récuse les mots : « beaucoup d'animaux ». Dans les conditions anormales de la domestication, des yeux con^cnilalement imparfaits peuvent ne pas cire trùs rares, mais leur production dans des conditions naturelles, est, j'imagine, extrômemenl rare. Suppopanl. louiclois, que, dans un banc déjeunes poissons, il y en ait dont les yeux soient sérieusement défectueux, qu'arrivera-t-il ?La vue est d'une importance majeure pour le jeune poisson, soit pour trouver sa nourriture, soit pour échapper à ses ennemis. Ceci est impliqué par l'immense développement de ses yeux. Si l'on considère que dans le nombre énorme de poissons qui naissent avec des yeux parfaits, il n'y en a pas un sur cent qui amve à maturité, quelle chance de survie y aurait-il pour ceux dont les yeux sont imparfaits? Inévitablement, ils mourraient de faim ou seraient dévorés. D'où il suit que les chances qu'a un poisson à moitié aveugle arrivé, ou à peu près, à sa maturité, pour être entraîné, puis abandonné dans une caverne, sont extrêmement éloignées. Les chances sont encore plus éloignées dans le cas des Arthropodes. S'abritant, comme le font ceux-ci, sous des pierres, dans les crevasses et les trous qu'ils creusent dans les berges, et en état de s'ancrer rapidement dans les algues ou les roseaux avec leurs pinces, il semble difficile de supposer qu'aucun d'eux puisse être entraîné dans une caverne par une inondation. Quel est donc la probabilité qu'il y en aura deux, presque aveugles, et qu'ils seront ainsi entraînés? Puis, après cette première extrênje improbabilité, il en vient une seconde, que nous pouvons, je crois, nommer plutôt une impossibilité. Comment seraitil possible, pour des êtres soumis à un changement aussi violent d'habitat, de survivre ? Assurément, la mort résulterait vite de leur sujétion à des conditions et à des modes
L INMKKISA.NCE DK LA « SfcLKCTION MATl KKl.LE » 373
lit' vie si (Mtiiiplùleiiiciit dilÏÏT.'iils. On ne peut ex|)li()iiiT rtAisIrricr dt» ft's aiiiiiiaii\ avcu^'les des cavrmos, (jireii Mi|HH»>aiil (jiH* Kmiis anit'trcs cloi^MK's coiumuniH^renl par faire ties excursions dans la eaverne, et que, les trouvant avantageuses, ils les pousx'ient plus Juin, de génération en put ralidii. cl suhirent ladaptation recpiise peu à jm-u.
Je trouve cette supposition vérifiée par M. A. S. l'ackard, dans sa consciencieuse luonoijraphie sur « la Faune des Cavernes de T \nicri(iue du Nord, » comme aussi daiis un article public dans VAmcrican Naturaliste en se|>tcnd)re 1888; car il y menlionne des « variations dans la Pseudotremia cateniarum et le Monocerus plumbeus^ trouvés vivants prés de l'entrée des cavernes dans un demijour ». Les faits, tels que les a recueillis M. Packard, fournissent au Professeur Lankester une réjxuisc plus conqjléte que celle qui précède; comme, par exemple la *. cécilé des Neotoma, ou rats de bois de la c^iverne Mammoth ». il semble (ju il existe aussi des « coléopères des cavernes, avec ou sans yeux rudimentaires », des « araignées sans yeux, •> et des Myriapodes aveugles. El il y a des insectes, tels que quelques « espèces dAnopbthalmus et d'Adelops, dont les larves ne présentent aucune trace d'yeux, ou de nerfs et lobes optiques ». Ces exemples ne sauraient s'expli(|uer comme des conséquences dune irruption d'eau entraînant avec elle les ancêtres éloignés, dont quelques-uns ne trouvent pas l'issue; on ne peut non plus expliquer les aulres en supposant une irruption d'air, agissant de même.
Knlre le l)"" fiomanes et mui, la première dilférence concerne l'interprétation de la « panmixie ». F*lus haut, j'ai déjà traité cette question tout au long, cherchant à montrer que même quand on l'interprète autrement que je ne l'ai fait, on ne peut légitimement supposer aucun des effets