‹ Problèmes de morale et de sociologieChapitre 5 sur 30 · I.A MOHAl.K lOMTIOLK Al-oil r · texte numérisé non relu

I.A MOHAl.K lOMTIOLK Al-oil r

(MnjuVIu'nl la roDprnilioti .so'ùak' et ses av.uilaps. i.i, (hacuiio de ees action«i. mous trouvons raf:res.«,ion, — un« iiiaiiii'^re île vivn' (|tii ^r-ie. direeteuieulja inaiiière de \i\io daulrui. I.f ra|i|»url eiilie relVort et l'avaiita^'e i|ui en est la coi»sé()uenee che/. un homme, est, ou bien délniit enlièivinenl, ou en partie rompu par les a^i^'isseim'nls d'un autre liomme. Si l'on admet (pie la vjc ne peut «'tre entretiMiue que par certaines aetivilés (les a('ti\ités internes «taiil universelles, et les externes universelles aussi jiour tous saul les parasites et ceux (pii ne sont pas encore parvenus à maturité', H faut admettre que lorsque des êtres de nature semblable sont associés, les acli\ilés re(|uises doivent être mutuellement limitées, et que la vie la plus élevée ne peut résulter que lorsque les êtres associés sont constituée de façon à se tenir, respectivement, dans les limites impli(piées. Les restrictions ainsi énoncées dune manière générale, peuvent, évidemment, être développét s en restrictions spéciales se référant à lune ou à l'autre espèce de conduite. Ce sont là, je pense, des vérités a tn-iorl qui peuvent être connues par l'examen des condilioMs. — des vérilés axiomatiques qui uni avec la morale une relation analogue à celle que les axiomes matliémalitiues ont avec les sciences exactes.

îe n'entends point par là que ces vérilés axiomatiques soient connaissables de tous. Pour les saisir, connue jiour >aisir des axiomes plus simples, il faut un certain développcnjent mental et une certaine discipline mentale. Dans le T réalise on yatural Philosoiihy des professeurs Thomson et Tait (1"^* édition) il est dit que « les axiomes physiques ne sont axiomati(iues que pour ceux qui ont une connaissance suflisanle de laclion des causes physiques pour les iiiciire à ménje de voir, de suite, leur vérité nécessaire »

6 PliOniÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

Voilà, sans aucun tloule, un fait, et un fait signilicalif. Un ^^arçon de cliarrue ne peut se foi*mer une idée de l'axiome que raction et la ivaolion sont égales et opposées. En j)remier lieu, il lui manque une idée suffisamment généralisée de laclion, il n'a pas uni en une seule coneeplion l'aclion de pousser et de tirer, le coup de poing, le recul d'un canon, et Fatlraclion d'une planète. Il a encore moins d'idée généralisée de la réaction. Et eût-il même ces deux i-lées, il est probable cpie, manquant de puissance de représentalion, il n'arriverait pas à reconnaître l'égalité nécessaire. Il en serait de même pour les vérités morales a prmH. Si un membre de la tribu d'esclaves fijienne qui se considérait comme étant la nourriture des chefs avait suggéré qu'un temps pourrait venir où les hommes ne se mangeraient plus entre eux, sa croyance — sous-entendue — au respect que les hommes pourraient finir par avoir, réciproquement, pour la vicies uns des autres, condamnée comme entièrement démentie par l'expérience, aurait été considérée comme le propre d'un rêveur utopiste. Les faits que lui fournissent l'observation quotidienne prouvent clairement au Biluchi, cantonné dans sa tour de boue, que la force seule assm'c la possession de la propriété, et il est probable qu'il peut à peine concevoir qu'il existe des hmites qui, si elles étaient reconnues de part et d'autre, empêcheraient les agressions et rendraient inutile l'acte de monter la garde dans ses champs : un absurde idéaliste (en supposant qu'il sijt le nom de la chose) pourrait seul en suggérer la possibilité. Et ainsi, on peut conclure, môme de nos propres ancêtres dans les temps féodaux, que, allant constamment tout armés, et se réfugiant souvent dans des forteresses, la pensée d'un état social paisible leur aurait semblé ridicule, et la croyance qu'il put y avoir une égalité reconnue parmi

U MUIIAI-K l'Ol.ITlUlK AliSOIXR 7

U'^ limita (l<s li(tiiiiii(>s à n'clinclHT los oiijcls de la vit*, cl p.ir (uiisi'miiu'iiI uin' ci svaliun dans l«*s agn^ssioiis, oui rlr à peine t'(»iu«'Nal>l(' (mur <ii\. Mais, à <'elti' Ihmiio où un élal social répilirr a été fcuiservé (HMidaiil des «^éuéralitjns; inainli'iiaiit i|ue les IntMiiiM's iiseiil rarement de violeiu-e dans le eoniineree (pmlidien, cpiiis paienl, d'ordinaire, rr jpiils duivenl. <•( dan> la plii|)arl des cas resjM'clenl les droits du faillie, aussi liien (pie cimik des loris; niaiiilenaiit (pi ils soiil ('levés avec lidcM' (pie tous les hnnnnes sont é;MU\ devant la l(»i, et voient, journelleinent. des décisions judiciaires sur la tpicslion de saN oir si un ciloyen a, ou n'a pas enfreint les droits ('^^'aux d'un autre, il existe, dans l'esprit de tous, les lualériaux pour former la C(uiceplion d'un rit/ime dans lc(iuel les aclivilés des h(»mmes sont miilucllement limitées, et dans lequel le maintien de l'Iiarnionie dépend du respect pour les limites. 11 est ne une faculté de conjprendre ipie des reslrielions mulueiles sont nécessaires, là où \\m vit les uns à e(Ué des autres, el de laisser se développer, nécessairement, des séries de reslrielions sappli(pianl à des classes d'actions définies. Kl il est devenu manifeste pour queUpies-uns, mais peut-être pas pour un grand nombre, ([uil résulte de là un système a priori de morale politi(iue absolue, — un système sous le(piel des hommes de nature semblable, constitues, respectivement, de l"a(;on à se retenir spontanément de violer la loi, peuvent travailler ensendile sans frotteiniiil. et au plus grand avantage de chacun et de tous.

« Mais les hommes ne sont pas tous doués d'une même nature, et ne le deviendront jamais, selon toute probabilité. Ils ne sont pas non plus constitués de telle façon tpie chacun soil aussi préoccuj)é des droits de son voisin que d 's siens, et il est peu proli.iblc (piiis le soient jamais. Vdirr m<w.tl.»

8 PRODI.ÈMKS DK MOIIALK KT OK SOCIOLOGIE

|)()lilique .il^olue osl donc un idral hors do la porléo du rrel •>, dira-l-oii. (îela esl vrai. N'ôaiiiiioiiis. I)i('n (]u"il semble en èlre ainsi, il no sensuil |)as (|iit' la morale polili(|ue absolue soil iuulile. Ou peut prouver assez claireuient le coulraire. Une analogie va ex|)li(pier ce |)arado\o.

Il exisle une division de la science physicjue distinguée sous le nom de Mécanique abstraite ou Mécanique absolue, — absolue dans le sens que ses propositions sont inconditionnées. Cette division traite de la staticiue et de la dynan)i(|ue dans leur l'orme pure ; traite des forces et des mouvements considérés comme libres de toute intervention résultant de la friction, de la résistance des milieux, et des pro|)riétés spéciales de la matière. Si elle énonce une loi de mouvement, elle ne reconnaît rien qui en modifie la manifestation. Si elle formule les propriétés du levier, eWo en parle en admettant qu'il est parfaitement rigide et sans épaisseur. — un levier impossilde. Sa théorie de l'hélice imagine (|ue rhélice n'a pas de friction ; et, en traitant du coin, elle su[)poseune incompressibilité absolue. Ainsi, ses vérités ne sont jamais présentées dans l'expérience; les mouvements des corps célestes eux-mêmes, qu'on peut déduire de ses propositions, sont toujours plus ou moins incertains, et, sur la Terre, les infcrences qu'on en peut tirer dévient considérablement des résultats atteints par l'expérience. Néanmoins ce système de mécanique idéale est indispensable pour la direction de la vraie mécanique. Le mécanicien doit traiter ses propositions comme entièrement vraies, avant de chercher à les conditionner en tenant compte des matériaux (ju'il emploie. Il faut connaître le trajet que parcourrait un projectile s'il n'était soumis qu'à la force d'impulsion et à l'attraction de la Terre, bien que ce trajet ne soit jamais exactement suivi : on ne peut, autrement faire la correction

\n)\.: 1.1 ivsisljiiu'«' ;Uiin»>|)ln'riqiK*. Cchl-ù-din» qm*, l»i»Mi (lur, par tlt's iMi'l hottes »'iii|Mii«|in*s, la iiuTaiiique uppli- (|inV. ou nl.iliN»-. |»uiss« tMre (li'\rh)p|K«e coiiMiliTilil»'iiM'iil. «Ile lu» |M'ut iHrt> trrs ilrvcloppôe sans laide d«* la iiinaiiiqiu" absolue. Il en est do int^uu* iri. La inoralf polili(|uo rt'Ialivt'. ccllo «pii Irailc cl»' (•<» (pii rsl lijru cl «I»' <•»• ipii est mal dans los allalivs puliiicpn-s, en tanl cpn* partiiilcinent tlrU'iinint'fSpar des ciroonslanccs (pii «'lian^'ent. Il»' peut pro^Tcsser sans tenir compte du bien et du mal , onsidérés a part de ces eireonsUinces qui rhan^'ent, elle lie |M (it pas se passer de la morale politique absolue, dont 1rs propositions. (b'Mluiles «les conditions sous lesipielles la Me mar«'lie <lans l'clal d assoeiation, ne tiennent aucun compte des circonslances spéciales d'un état associé particulier.

Kl mainlenani, notons une venlc qui semble passer eniic- I emenl inaperçue. sa\ «)ir : cpie la série des déductions auxquelles on est ainsi arrivé est ^ériliée par une induction immenscment vaste, ou plutôt par un grand assemblage de \astes inductions: les lois et les systèmes judiciaires de loutes les nations civilisées et de toutes les sociétés (jui se •^onl élevées au-dessus de l'état sauvag»*. Quelle est la ^igniliealion du fait ijue tous les |)euples ont découvert le besoin de |)unir le meurtre, d'ordinaire par la mort? Comment se fait-il (jue partout où a eu lieu un progrès considérable, le vol est défendu par la loi, et une pénalité y est attachée? Pourcpioi, à côté d'autre?; progrès, la fidélité aux engagements est-elle impo>ée géuéralemeîit ? Kt pourquelle rai.<*on. chez les peuples entièrement ci\ ilisés, les fraudes, les calomnies et les agi'essions secondaires de diverses espèces sont-elles réprimées de manières plus ou moins rigouieuses? On ne peut assigner aucune autre cause qu'une

10 priOni.f:MFS dk vor.Ai.i; r.r dk sociologie

iiiiiriiriiiilr p'-iu-rale dans l(>s <'\|)rri(Mi('(»s dos h(tmm(\s, Itiir iiioiilraiil (pic les a^^i'cssimis dircclciiiciil imisiblcs aii\ iiulividiis allaijiirs sont, iiidircclciiiciil, iiiiisililcs à la socirlr. De ^'rnri'alioii en ^M'iirralion. ccllt» vrrilr leur a (''(('' impo^rc par lOlist'iNalioii, cl de ^^riirralion en {^(''iirralion ils oui (Irvcloppi* les iiilordiclioiis n\ plus ^rand dclail. C'ost-à-dirc quo le principo foiidaincnlal ci-dessus avec SOS corollaires, aïKjucI ou riail ai'rivé a 2))'iO)'i^ a élé vôrilié dans une iuliiiilr do oas (( posteriori. Parloul la tendance a été de mollit^ de plus eu plus ou prali(jue les prôceplos do la Ihôorio, — de oonloriner les syslonios de lois aux exigences de la morale politique absolue, sinon consciomniont, en tous cas inconscienunent. Celle vérilé nosl-elle point manifeste dans le nom même employé pour la lin à laquelle on aspirail : é(]uilé ou égalité? Kgalilé de quoi? On ne peut donner de réponse Sims reconnaître — fùl-ce de façon vague peut-otre — la doc l ri ne exposée ci-dessus.

Donc, au lieu d'être déjieinl comme me liant à do « longues chaînes de déductions dérivées de suppositions élliiques abstraites «Je devrais être représenté comme me liant à de simples déductions de nécessités éthiques abstraites, déductions vérifiées par les observations et expériences de riumianilé demi-civilisée et civilisée, dans tous les siècles et dans tous les pays, ou plutôt on devrait me roprésenlor comme un homme qui, considérant les restrictions qu'on met partout aux diverses espèces de transgressions, et voyant dans toutes un principe commun dicié j)artout par les nécessités de l'état d'association, s'elTorcc de développer les conséquences de ce principe commun par la déduction, et à justifier à la fois les déductions et les conclusions que les législateurs ont trouvées enq)iriquement, en

U liollALK iHtUTlUl-l: ALSOLIK | t

luniitriiiit qiio les unes i>t les uulrrs miicorilriit. Oiii* ini-litiult' (II* (K'iiui'tioii Vt'i'iliôe par riiKiiidiuii val la iii< IhiuU" ilo la science ilcxcloppcc en j^ciirral. Je ne cn»is pu-» (|uc je serai jamais amené ù rahamloiiiier, et à eli.mpT » ma manière de vuir » par aucun lilàmc, si fortement «pi il st)it «Aprimé.

.Nou> faut-il donc coni|trendrc (pic jiar ce titre iiiipo>.inl de <• Morale poliliipie absolue »>, on n entend rirn de plus tpiune llicorie des re>triclions nécessaires tpie la loi impose aux actions des citoyens, — une ^'arantie morale pour les 8\stémes de lois? Eh bien ! en supposant même (pie j'eusse à répondre .. oui », à cette (pieslion ceque je ne faispoint , le titre serait encore amplement justifié. A\aiit pour matière de son sujet tout ce(pii est rcnlermé dans le mot : .- Justice <-, à la fois connue elle est formulée dans la loi, et administrée pai- des moyens lé^'aux, ce titre couvre un assez vaste domaine. 11 ne serait pres(pie pas be.«»oin de le dire, n'était uit curieux défaut de pensée, où nous sonnnes toujours entraînés par riiabilude.

Tout connue, cpiand nous parlons de connaissance, nous ipH»r(»ns entièrement cette connaissance familière des choses qui nous enl(Mn"ent, soit animées, soit inanimées, ipie nous avons ac(piise dans notre enfance, sans laquelle la mort viendrait vit»», et que nous pensons uniquement à cette connaissance bien m(»ins essentielle, acquise à l'école et au coll('^'e, ou dans les livres et la conversation, — tout connue, lorsque nous pensons aux mathématiques, nous ne renfermons sous ce nom (jue les p*oupes supérieurs de principes, et (jue nous néj;li^'eons ce groupe plus simple constituant rarilhméti(|ue, bien (pie pour la marche de la vie celte dernière soit |)lus importante (pie tout le reste réuni; de iiiriiii'. (juâinl (iii (li-ciili' l.i |i(i!ilit|ni' ri la mnrtl»* polilitpie,

12 PROBLÈMES DE MORALE ET DK SOCTOF-OCIE

on ne se préoccupe pas de ces parlies (iiii ivnferment tout ce qui est fondamental cl clabli depuis longtemps. Le mot « polilicpie » évoquedes idées de lui les (l(> partis, de changements de ministères, d'élections en prrsjjeetive, ou bien' la (luestion du Home RuIl% le plan du Land-Purchase^ y Option locale^ ou la question des huit heures. Le mot suggère rarement l'idée d'une réforme de loi, ou d'une meilleure organisation judiciaire, ou d'une épuration de la police. Et si l'on en vient à considérer la morale, c'est en connexion avec la moralité des luttes parlementaires, ou des professions de foi des candidats, ou des corruptions électorales. Pourtant il suffit de lire la définition de la politique (« cette partie de l'éthique qui consiste dans la réglementation et le gouvernement d'une nation ou d'un Etat, })(>ur la conservation de sa sécurité, sa paix, et sa prospérité ») pour voir que l'idée qui a cours est défectueuse précisément en ce qu'elle omet la partie principale. Il suffit de réfléchir combien, dans la vie de chaque homme, c'est un facteur d'une importance relativement immense que la sécurité de sa personne, celle de sa maison, et de tout ce qui lui appartient, et la sanction de ses droits, pour voir qu'on a omis non seulement la partie la plus grande, mais la partie vitale. D'où il suit que l'absurdité n'existe point danslaconcepîion d'une morale politique absolue, mais dans l'ignoranc* de sa matière véritable. A moins qu'on ne considère comme absurde de regarder comme absolues les interdictions confie le meurtre, l'effraction, la fraude, et toutes les autres agressions, on ne peut considérer comme absurde de regarder comme absolu le système éthique qui personnifie ces interdictions.

Il reste à ajouter que, outre les déductions qui, ainsi que nous l'avons vu, sont vérifiées par de vastes assemblages

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