‹ Problèmes de morale et de sociologieChapitre 7 sur 30 · I.A MOllAI.!. iiPiliii;ir Ar.MM.ir · texte numérisé non relu

I.A MOllAI.!. iiPiliii;ir Ar.MM.ir

..ail<'fui> , l;i inniMlc jM»lili(ju«.' ivlalivc jnslilic cj'ltc coiTcilioii. A riiiNcisf. ;i iiu'Min; (|iio l'csiuil militaire (liiiiiiiiic, il \ a au»! (liiiiiiiulinii du lic^oin de celle sui)oriiiiiali(>ii • les iii(li\i(liis, iK'cessairr iiuiir lairc de (•«•ii\-ci une macliiiit' »!(' giit'irc. (M de (•t'lt<' siihordiiialioii ull«''iinin* imjMtsrc de pourvoir celle iiiacliiiie à eoiid»altre dt; lout ce (|ui est nécessaire à la vie, el dés (jiie ce clianp'nient se produit, la jiislilicatioi» de la eueicilioii pai" 1 Klat (jiie foliriiil la morale politiipie relali\e devient «xradiiollemenl moindre.

Il est évident (jii il ne s a;iil point ici de soulever h's ipiestions complexes (pii se |tré>enlriil. Il doit snllire de les indi(pier comme cela a été l'ait plus haut. Si je parviens à terminer la (pialriéme |)arlie des Pri7ici])cs de CÉlliiquc^ iraitanl de la « Justice, » dont les premiers chapitres seuls - »nt écrits aujourdhui. jespère traiter d'une manière adécpialc ces rapports entre 1 1 morale de l'état progressif, el la morale de cet étal qui est le terme du pro^-'rés, — terme <ju"il faut toujours reconnaître, Lien ipiil ne puisse être

I teint réellement.

LA MOUAIJ-: I)K KAM"

Si Kant, avant de prononocr la lanu'usc [)liras(i si soiixt'iit cil»'»', où il (Ut (jiic It's t'toih's du ci»'! rt la cons^-icnco (le 1 hoiiimc sont les deux ch()s»*s (jui ont excité sa respectut'use adnuration. avait mieux couiui riioimne, il se serait pndiabieiuent exprimé de façon (piel(|ue peu différente. Non pas, en réalité, que la eonseience de rhoinine ne soit fort idiiiiralde, quelle qu'en soit la «genèse supposée, mais !<• -••ulimriit (|u'elle j)rovoque doit être différent, selon (jue nous y voyons un don surnaturel, ou que nous la considérons comme s'étant développée nalurelleuïent. La connai^> ^ance de l'homme dans le sens hu>;e (piexprime le mot :

anthropologie », avait, au temps de Kant, fait peu de pro- ^Mvs. Les livres de voyages étaient, relativement, peu nombreux, et les faits qu'ils contenaient, concernant re>prit humain tel quil existe en des races dilTérentes, n'avaient |)as été rassemblés et généralisés. De nos jours, la con-

«ience de l'honune, telle que nous la connaissons, induclivement, n'a rien de cette universalité de présence et de

• Essai publié pour la première fois J.Anb lu PortniohUi/ Hevi^w, de juil-

■ ' li fst une réponse a dcsatuqi: > r(>nlr<> raiit>*ur

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Spc^CuH. — Prulj). •>

i8 PROBLÈMES DE MORALE ET DE SOCIOLOGIE

celle unilé Je nature que la parole de Kant admet lacitcnienl. Sir John LuLbock écril :

En réalité, je crois que les races d'hommes inférieures peuvent être considérées connue uianquaut du sens de ce qui est bien... L'existence de races d'hommes aussi dépourvus do sentiment moral, était un fait si opposé aux idées préconçues avec lesquelles j'ai commencé l'étude de la vie sauvage, que je ne suis arrivé à celte conviction que par de lents degrés, et même avec répugnance. [Origin of Civilisation, 1882, pp. 404-5.)

Mais examinons maintenant le témoignage d'où dérive cette impression, tel que nous le trouvons dans les récils des voyageurs et des missionnaires.

« Louant son lils décédé, ïui Thakau, chef fijien, termine son discours « en parlant de son esprit hardi et de sa cruauté consommée, qui lui faisaient tuer ses propres femmes quand elles l'offensaient, et les manger après ». {Western Pacific, J. E. Erskine, p. 248.)

« Répandre le sang n'est point un crime, mais une gloire... Être reconnu meurtrier, voilà le but de l'ambition inquiète du Fijien. » [Fiji and the Fijians, Rev. T. Williams, i. i, p. 112.)

« 11 est malheureusement vrai qu'à, un âge très peu avancé, les garçons zulus, lorsque leurs mères essaient de les punir» ont l'autorisation de les tuer. Telle est la loi. » [Travels and Adventures in Southern Africa, G. Thompson, t. II, p. 418.)

« Le meurtre, l'adultère, le vol, et tous les autres crimes, ne sont ici (Côte de l'Or) pas comptés comme des péchés. »• {Description of the Coast of Giiinea, W. Bosman, p. 130.)

« Les accusations de la conscience lui sont inconnues (à l'Africain de l'Est). Sa seule crainte, après qu'il a commis un meurtre, c'est d'être hanté par le fantôme irrité du mort. » {Lake Régions of Central Africa, R. F. Burton, t. II, p. 336.)

M Je n'ai jamais pu leur (aux Africains de l'Est) faire comprendre l'existence du bien. » {The Albert A'I'ansa, S. W.Baker, t. I, p. 241.)

L\ MOIIALK ni: KA>T 13

<> Les Dainaras Iiu>m( Ios ^'ciis inu(iU'8 et usés ; les flls rnéinos étouiïeiil leurs |n*rt's malades. »> {.\urralive of an lîxplurtr tn Tropical South Africa, V. (Jallon, p. lli.i

9 Les Daiiiaras siMiiblfiil n'avoir uiiciine notion perceptible du bien et du u»aL » [Ibid., p. 72.)

Nous l'ouvons opposer à ces faits une contrepartie. .\ l'aulrc extrémité nous avons (|uel(|ues triltus d'Orient — qu'on niuuiue païennes — qui prali(juenl les vertus que les nations d'Oeeldent — (pi'on nomme chrétiennes — ne font (prensei*;ner. Tandis (jue les Européens ont soif de \ei:peance à peu prés comme les sauvages les plus inférieurs, il y a (juehpies simples peuplades des collines de riin'e. telles (pie les Lepchas, (pii « pardonnent les injures avec une rare facilité ' >•: et Campbell elle un exemple comme « eiïet d'un sentiment du devoir très fort chez ces saLva'zes'. Ce caractère, (ju'on suppose développé par la foi de la chrétienté, .se trouve à un haut de<,Mé chez les Ara fura s {Papous, qui vivent en paix et en amour fraternel les uns avec les autres ', à tel point que le gouvernement n'est que nominal. Et en ce qui concerne plu.sieurs des tribus des collines de l'Inde, tds (jue les Santals, Sowrahs, Marias, Lepchas, Bodos et Dhimàls, dillerents obser>ateurs déclarent respectivement que celaient « respèce d'hommes la plus véridique que j'aie jamais rencontrée * »; -< le crime et les criminels y étaient presque inconnue* »; « un trait agréable de leur caractère, c'est qu'on peut croire entièrement à leur j)arole* »; « ils ont une singu-

> Campbcir, Journal of Ifie Ethnological Society, juillet 1869, noav. Bérie. t. I, p. 150.

i Ibid., p. 154.

J l)' II. Kolff, Voyages of Ifie Dulch Brifj ■ Dourga », traJucUoa de Earl, p. ICI.

* V, W, HaDter, Annals of Rural Bengal, p. 2i8.

'•> tbid., p. 217.

« U' J. Shorlt, Hilt Ranges of Soulhem Indla, 3* | arlie, p. 39.

20 PROnLftMF.S DK MORALE ET DE SOCIOT.Of.IE

lièi'e îHMioMimrc dv sincmlc et d'honnètelc' » ; ils sont <( incivcilleuscment hoiinôles * »; « honnêtes et sincères eu fait et en paroles ' ».

Indrpendamnient de la race, nous trouvons ces traits chc/, des lionnnes qui sont, et ont longtiMups été absolunit'Mt en paix (c'est l'antécédent uniforme), soit chez les JakuMs de la péninsule sud de la Malaisic, (jui « ne volent jamais rien, pas même la bagatelle la plus insignifiante * » ou chez les Hos des Himalayas, chez lesquels « un doute exprimé à l'égard de l'honnêteté ou de ia véracité d'un honnue peut suffire à l'envoyer au suicide ^ ». De sorte que, en ce qui concerne la conscience, les peuples non civilisés sont aussi supérieurs à la moyenne des Européens que la moyenne des Em^opéens est supérieure aux brutes sauvages déjà décrites.

Si Kant avait eu, sous les yeux, ces faits et d'autres du même genre, sa conception de l'esprit humain et, par conséquent sa conception éthique, n'auraient pas été ce qu'elles sont. Croyant, ainsi qu'il le faisait, à l'évolution d'un des objets de sa vénération — l'univers étoile, — ii. aurait pu, par des témoignages tels que ceux qui précédent, être amené à soupçonner que l'autre objet de son respect — la conscience humaine — a aussi eu son évolution, et possède pa? conséquent une nature vraie différente de sa nature apparente.

Les »i;sciples de Kant, de nos jours, n'ont pas l'excuse

1 GlasîimJ, Sélections from Ihe Records of Government of India (Fureigii Department), n» XXXIX, p. 41.

■•i Campbel!, Journal ofthe Elhnolo;jkal Society, n. s., t. I, 1869, p. 130.

3 B. H. Hodgson, Journal of the Asiatic Siciety of Bengal, t. XVIII, p. 743.

^ Rev. P. Favre, Journal of the Indian Archipelayo, t. II, p. 266.

^ Col. E. T. Dallon, Descriptive Ethnology of lifnnnl, p, 20P.

lA MOIIAU. I>K KA>T 21

(|u'(m peut acimollrr pniir Inir mailu* hc touso6(<^A, autour (!( ii\. il \ a (les flajjst's de faits (!«• diviTscs es|)^ces qui l»ounai«'i»l Miflire à les faire lu'>it«'r. pdiir l<* moins. V<(ici i|u»'l(|in*s-iii»('S lie ces elasses de faits.

liien ijue, àl'iiiNerse des p'iis iiicullcs (|iii sii(»|M»s<'iit (j :e luiil est ee qu'il paraît t^tre, les eliimistcs airiit su, (le;iuis plusieurs génératiuns, (pi'une niiilliliiii** dr substances (pii senddeiit simples, sont réellement c()in|)osées, et souvent très composées, cependant, jusipia Sir Humpliry Davy, les chimistes eux-mêmes avaient cru que certaines substances résistant à tous leurs ajjents de décomjjosition, devaient être classées parmi les éléments. Toutefois, Davy, en soumetlaiW les alcalis à une lorce non encore appliquée, prouva (jue cétaient des oxydes de métaux, et supposant (piil en était de même pour les ti'rres, prouva semblablement la nature e(»m|)(»sée de ces dernières. Ainsi, il démontra que non seulement le sens comnmn des i^'uorants, mais aussi le sens commun des gens cultivés, se troiujiaient. l'n savoir plus étendu a, connue dordinaire. engendré une plus grande modestie; et depuis Davy, les chimistes se sont sentis moins certains de la nature élémentaire des jiréteiidus éléments. Au contraire, des preuves nombreuses et variées les amènent à soupçonner, de plus en plus, (ju'ils sont tous conqjosés.

Pour le laboureur (pii l'extrait de terre, et pour le charpentier qui s'en sert dans son atelier, il sendde qu'il n'y ail rien de plus simple (piuti morceau de craie, et quatre-vingtdix-neul |)ersonnes sur cent seront d'accord avec eux. Et |H»urtanl un morceau de craie est dune grande complexité. Le nncroscope nous montre qu'elle consiste en myriades de ço(\\ï\\\es ùe Foramini/ères, il nous montre, en outre, que chaque coquille minuscule, entière oii cassée, est formée

22 PRODLfcMES DE MOl'.ALE ET DE SOCIOLOGIE

(le plusieurs chambres, dont chacune a conlenu autrefois une unité vivante. Ainsi, par Tinspeclion orilinaire, si alUMilive qu'elle soit, on ne peut connaîlre lu vraie nature de la ciaie, et pour quiconciue se lie absohiment à ses yeux, ' "ariirination de sa vraie nature paraît absurde.

i^cnons encore un corps vivant en apparence peu com- |)li(pic, — une i)onnne de terre, par exemple. Coupez-la, et observez con)bien sa substance est dci)Ourvue de structure. Mais si la vue, sans aide, prononce ce jugement, la vue aidée en formule un très di lièrent. La vue aidée découvre , en premier lieu , que la masse est, })arlout, pénétrée par des vaisseaux d'une formation complexe. En uulre, quelle est composée d'unités innombrables, appelées cellules, dont chacune a des parois composées de plusieurs couches. En outre, que chaque cellule contient nombre de grains damidon. Et en outre, encore, que cliacun de ces grains est formé de couches superposées, comme la tunique d'un oignon. De sorte que là où apparaissait une parfaite simplicité, il y a réellement de la complexité dans de la complexité.

De ces exemples que nous fournit le monde objectif, passons à quelques exemples fournis par le monde subjectif, — quelques-uns de nos états de conscience. Jusqu'à nos jours, quiconque, regardant la neige, eût entendu dire que l'impression de blancheur qu'elle lui donnai i était composée d'impressions telles que celles que donne l'arc-cn-ciel, eût pris son interlocuteur pour un fou, ainsi que le ferait d'ailleurs encore la grande masse de l'humanité. Mais, depuis Newton, il est connu d'un nombre relativement petit de gens instruits, que c'est absolument le cas. Non seulement la lumière blanche peut se résoudre par un prisme en nombre de coulem's brillantes, mais, par un arrangement

LA MOIlAI.l. DK kAM •!

Hppn»pi*ié, it's couleurs pfuxciil se cuiutiJiKT de» nouveau

u luiuirre Maiulic ; la scnsalioii, qui s«Miilt!<> iiarfaitiMiH'iit

impie est au fontrain* ln\s foiiiposée. Cvu\ (jui >uppost>iil

les choses telles qu'elles paraisseut, setn)iiip<-iit eu de.suiul-

lituiles d'aulres cas.

La sensation du son nous fournit un autre exemfdiv l m- -eule note frappée sur le piano, ou un son du cor, donne par l'oreille une sensation (pii paraît homogène, et les igno- . udssont incrédules. lors(ju'on leur dit que c'est une conihiiiaison conipliipiée de Itruils. Eu premier lieu, ce qui constitue la partie la plus volumineuse du son, est accompagné de nombre de résonnanees, produisant ce que l'on nomme le timbre : au lieu d'une note, c'est une demidouzaine de notes, dont la princ'palc a son camctère spéialisé par les autres. En second lieu, chacune de ces notes, onsistant objectivement en une série rapide d'ondes aériennes, produit subjectivement une série rapitled'impres- -^ioijs sur le nerl auditif. On a prouvé, et démontiv, soit par ■ procédé de Hooke, soit par la machine de Savart. «lu ir la sirène, que chaque son musical est le produit d unités Miccessivcs de son, chacune en soi dépourvue d'harmonie, «jui, à mesure qu'elles se .succèdent avec une rapidité croissante, produisent un ton dont le diapason s'élève graduelle- Icmeiit. Ici, encore, sous une apparente simj)licilé, il y a une double comj)le\ilé.

La jdupart de ces exemples des illusions que subit la per- 'ption sans aide, qu'elle s'exerce .sur des existences objectives ou sur des existences subjectives, n'étaient j)as connus de Kant. S'ils l'avaient été. ils eussent pu lui suggérer d'autres vues concernant certains de nos états de con- <ience, et eussent donné un caractère différent à sa philosophie. Examinons qui'Js l'uraient pu être les changements

dans (lt'u\ de ses cunceplions cai'diiiales : métaphysique cl (Mliique.

Notre conscience du temps cl de Tespacc lui paraissait, ainsi qu'elle i)araît à tout le monde, paifailement simple, et il acceptait cette simj)lieilé aj)|)arente connue une simplicité réelle. S'il avait sou^K-onné que, tout conmie la conscience de son, en apparence homogène et indécomposable consiste récllenuMit en unités multiples de conscience, il pourrait en aller de même pour la conscience de l'espace, api)arenunent homogène et indécomposable, il eiilété amené à rechercher si la conscience de l'espace n'est pas entièrement composée de rapports de position infiniment nombreux, tels que ceux que chacune de ses portions présente. Et trouAant que chaque partie de l'espace, immense ou petite, ne pcutètreni connue ni conçue, excepté en quelque rapport relatif au sujet, et que, outre qu'elle implique les rapj)orts de distance et de direction, elle contient invarialilenient, en elle-même, des rapports de droite et de gauche, de haut et de bas, de plus rapproché, de plus éloigné, il eit peut-être conclu que notre conscience de cette matrice de phénomènes que nous appelons l'espace, a été construite au cours de l'évolution par des expériences accumulées enregistrées dans notre système nerveux. Et s'il avait ainsi conclu, il aurait évité les nombreuses absurdités que s'a doctrine renferme *.

Semblablement, si, au lieu d'affirmer que la conscience est simple, parce qu'elle paraît simple à l'introspection ordinaire, il avait accepté l'hypothèse qu'elle est peut-être complexe — un produit consolidé d'une multitude d'expé-

1 Voir Piincipes de Psychologie, § 399.

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