‹ Problèmes de morale socialeChapitre 10 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

vent obscure, qu'elle manquait d'une autorité et d'une sanction suffisantes. Il n'est venu qu'à l'esprit de quelques sectaires de nier violemment cette première et naturelle révélation du devoir à la conscience humaine.

Si l'indépendance de l'école nouvelle ne devait s'entendre que de son affranchissement des temples ou des églises, on peut voir, d'après cette rapide esquisse, que la nouveauté serait son moindre mérite. Cette indépendance a été proclamée et pratiquée dès l'antiquité en face des religions nationales, en Grèce et à Rome ; elle a été proclamée en droit par les plus grands docteurs de l'Église et en fait pratiquée par quelques philosophes du seizième siècle, par tous depuis le dernier siècle. Que serait-ce dès lors que cette indépendance dont on fait tant de bruit, sinon la simple reconnaissance de la morale naturelle^ la constatation qu'il y a une morale directement révélée à la conscience ? Si ce n'était que cela que l'on venait apprendre au monde, ce n'était guère la peine d'y mettre tant de solennité. Inventer pour une chose aussi connue un nom nouveau, ne suffirait pas sans doute pour nous faire croire qu elle est nouvelle. Je n'en demeure pas moins très-intimement persuadé que c'est en donnant à cette partie de leur thèse l'air d'une entreprise contre la théologie positive, d'un soulèvement de la conscience moderne contre l'Église, que les moralistes de la nouvelle école ont intéressé à leur cause tant de sympathies parfaitement incompétentes sur le fond même de la question et profondément étrangères à la science. C'est à cette confusion et à ce malentendu que la Morale indépendante doit une grande partie de son

succès, la plus bruyante assurément et la moins enviable.

Là pourtant n'est pas la nouveauté de ses thèses et la part d'invention très-réelle de ses fondateurs. L'entreprise originale de cette école consiste à séparer la science morale des autres sciences philosophiques, à la constituer dans son autonomie propre, en faisant abstraction de toute donnée métaphysique, de tout élément emprunté à la raison pure, à prétendre en faire une science positive, spéciale comme l'est en son genre la géométrie ou la mécanique, à vouloir l'établir uniquement sur un fait d'expérience et sur la déduction

analytique de ce fait. Voilà qui est singulier et nouveau; c'est la partie vraiment intéressante du programme que Ton nous propose. Déclarer qu'il faut en iiniravec le dogmatisme philosophique aussi bien qu'avec le dogmatisme religieux, que l'idée de Dieu ne trouve pas plus sa place au sommet qu'à la base de la doctrine morale, que toute notion sur la nature de l'homme et ses uns en doit être soigneusement écartée, que toute conception d'ordre métaphysique ou d'origine rationnelle en doit être rigoureusement proscrite, c'est soulever un bien grave débat, c'est en même temps avancer une thèse sans précédents dans l'histoire de la philosophie.

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