‹ Problèmes de morale socialeChapitre 9 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

et la foi également rudes et grossières s'inspiraient aux mêmes autels, dans le temple et près des dieux domestiques, gardiens du foypr. Sauf durant cette période religieuse de l'histoire romaine où la république agricole et guerrière resta complètement fermée aux influences du dehors, c'est la philosophie qui gouvernait les consciences, partout où elle trouvait l'accès préparé et une suffisante culture intellectuelle.

Quand le Christianisme vint et après quelques siècles de luttes et d'épreuves, quand il eut fait la conquête du monde, même alors les droits de la morale purement humaine ne furent pas méconnus. Bien que l'Église , avec une autorité toute nouvelle , eût ressaisi les âmes, c'est à ces lumières primitives de la conscience que souvent elle faisait appel. Lorsque l'apologétique chrétienne s'adressait aux défenseurs attardés du polythéisme, n'était-ce pas la morale naturelle qu'elle invoquait comme arbitre : « Consultez la pudeur, disait-elle aux païens, consultez la probité, la justice, l'humanité, toutes les vertus en un mot. Sont-elles avec vos dieux ou avec le nôtre? Que la morale éternelle prononce en disant si elle est avec nous ou contre nous. »

Même au moyen âge, dans les siècles où la théologie semble absorber entièrement l'élément philosophique et ne laisser aucune place au développement de la science en dehors de l'Eglise, même alors, dans ses représentants les plus autorisés, il n'est pas rare de rencontrer les déclarations les plus formelles en l'honneuç de cette morale innée au cœur et à la raison de l'homme. C'est dans des termes magnifiques, qui rappelleïit les plus beaux accents de

Cicéron, que saint Thomas d*Aquin célèbre cette loi naturelle qui est, elle aussi, une vérité immuable, à laquelle participe tout homme venant en ce monde. Cependant on ne peut sérieusement contester que jusqu'au temps de la Réforme et même au delà, il n'y eût pas à proprement parler d'enseignement de la morale en dehors de lEglise. Il semblait que les théologiens avaient seuls qualité pour traiter de ces délicates matières, et déjà les sciences physiques échappaient par cent issues diverses à la discipline théologique que les sciences morales restaient encore soumises. On concevait une loi naturelle antérieure à la révélation, mais on se refusait à concevoir une doctrine des mœurs déduite tout entière de cette loi. Bacon, le premier parmi les grands précurseurs du dix-huitième siècle, traite dogmatiquement de la morale. Descartes et ses disciples ont leur morale fondée sur la raison, une morale purement scientifique, que cette grande école sait concilier, [sans affectation et sans effort, avec un profond respect pour les enseignements de la foi. Cette date marque l'ère de la séparation des sciences humaines et de la théologie, l'ère de la morale sécularisée.

Depuis le dix-huitième siècle, elle a repris définitivement sa place parmi les sciences philosophiques, en tant qu'elle est la théorie des vertus naturelles et des relations sociales. Aujourd'hui personne, même dans l'Église, sauf une secte de théologiens excessifs, ne se refuse à reconnaître la légitimité de cette science humaine de nos droits et de nps devoirs. Les défenseurs les plus autorisés du christianisme ont pu soutenir que cette morale était incomplète, vague, sou-

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