CHAPITRE VII
j)orte partout avec lui son système vital. Par certains procédés que l'on peut expliquer par la mécanique, mais dont le commencement n'appartient pas à la mécanique, l'animal détruit dans un certain sens et dans une certaine mesure annule la loi de la pesanteur qui le rive au sol ; il commence et achève de luimême certains mouvements, il marche, il s'agite, il dirige sa vie à travers le monde inerte des corps et le monde immobile des végétaux. Un autre trait complète Tindividualité dans le règne animal. La plante a bien des mouvements coordonnés dans une certaine vie d'ensemble, mais ces mouvements qui s'accomplissent dans la plante sont au fond explicables par les lois physico-chimiques, par exemple, l'ascension de la sève qui s'explique par une loi de mécanique intime*. Mais une série de mouvements commence dans l'animal et par l'animal lui-même. Qu'est-ce, en effet, que les mouvements instinctifs, sinon la première manifestation de la spontanéité dans l'animal? Sous l'impulsion de l'instinct, l'animal évite de lui-même l'obstacle de son être, il cherche de lui-même Taccroissement de sa vie; il coordonne ses fonctions vers un certain but. L'origine de son mouvement est en lui; il le dirige dans le sens que sa nature lui indique. Du règne de la mécanique, nous passons au règne de la spontanéité.
Voyez que de choses nouvelles, de perfections et de déterminations nouvelles viennent enrichir à nos yeux le principe toujours croissant de l'individualité ! Ne sentez-vous pas cependant qu'en tout cela quelque chose fait défaut? En effet, nous rencontrons bien des individus de plus en plus élevés, de plus en plus dé-
terminés, riches d'attributs nouveaux, mais nous n'avons pas encore rencontré la personne. Or il semble qu'il y ait la même différence entre l'individu et la personne qu'entre l'individu et la chose. Chose, individu, personne, voilà véritablement ce que je pourrais appeler les trois règnes de la nature. Chose, individu et personne, tout l'univers tient dans cette formule. Ce n'est pas à dire que là où commence la personne, c'est-à-dire dans l'homme, le reste de la nature soit éteint et anéanti; bien au contraire. Mais c'est là précisément le privilège de l'homme, de porter en lui, si je puis dire, la nature tout entière, au-dessus de laquelle il s'est plaeé, en même temps qu'un monde supérieur dont il fait partie par les régions les plus élevées de son être.
L'homme contient en lui deux univers : l'univers physique, dans lequel il plonge par ses racines, et l'univers moral qui l'attire sans cesse. Je n'irai donc pas prétendre qu'au moment où la personne humaine commence en nous, la vie organique et animale cesse immédiatement. Et je ne parle pas seulement des mouvements instinctifs, aveugles, des appétits, des besoins de la vie physique, non ; je dis qu'il y a dans nos âmes, si nous voulons nous analyser d'un regard sévère, comme un retentissement continuel et prolongé du monde inférieur. C'est la lutte de la vie. Chacun de nous ne connaît-il point ces joies et ces tristesses que j'appellerai presque des joies et des tristesses physiques et que suscitent en nous quelques phénomènes imperceptibles de l'organisme? D'où viennent ces imaginations, ces rêves et ces idées sensibles, ces fsyatômes qui s'agitent dans les régions obscures de notre âme,