CHAPITRE Vn
et qui ont une influence si considérable sur le gouvernement de notre vie? Xe savons-nous pas tous dans quelle dépendance nous sommes des impressions extérieures qui se reflètent si profondément en nous? A qui pourrait-il venir en idée de nier ce monde tumultueux des sensations où la conscience ne jette que d'obscures clartés? Je le connais ce monde, je le sens à chaque instant sourdre et s'agiter en moi, et c'est précisément la grande épreuve, de savoir qui l'emportera de ce monde inférieur que je porte en moi ou de ce monde supérieur qui m'appelle.
A quel moment commence la perception claire et distincte de la personnalité ? Ace moment où, s'élevant au-dessus de cette conscience vague et indistincte du retentissement de la vie physique, la pensée revient sur elle-même, où elle éclate en se redoublant dans le grand phénomène qui s'appelle la réflexion.
Tel est le premier trait de la personnalité humaine. Et pourquoi cela? C'est parce qu'une force qui se pense et dont la pensée revient sur elle-même est immédiatement et par là même affranchie du joug de la fatalité. Du moment où l'homme se pense lui-même, il connaît les objets extérieurs avec lesquels il est en relation permanente, il pense l'abstrait et l'universel. Et de cela seul sort immédiatement une grande conséquence. A côté de la stimulation intérieure des mobiles purement sensibles qui le poussent à agir dans un certain sens, à coordonner ses mouvements mstinctifs vers un certain but, l'homme, par cela qu'il est une force pensante et réfléchie sur ellemême, peut aussitôt déterminer, susciter en soi des
motifs indépendants de ces mobiles, se donner à lui-même des raisons toutes nouvelles d'agir que sa propre nature livrée aux impulsions purement instinctives ne lui fournit pas.
C'est le commencement de la liberté. L'intelligence rend possible en nous la liberté, en empêchant la force qui est en nous de devenir une forme du hasard ou de la nécessité. Aussi le premier trait de la personne humaine que je vois apparaître devant moi, c'est la raison, laquelle peut puiser en elle-même des motifs, des raisons d'agir qui ne sont pas déterminées par l'instinct. Mon activité, par cela qu'elle est intelligente, devient libre. L'intelligence crée en moi la liberté; la liberté, c'est ma spontanéité affranchie de l'influence des mobiles et de la fatalité physique.
Liberté, raison, voilà bien les deux conditions de la personnalité. Voilà les traits fondamentaux par où la personne s'oppose aux autres êtres. Mesurons l'intervalle qui sépare ce principe de celui qui le précède immédiatement. L'individualité n'attribuait à l'être, même dans les rangs élevés du règne animal, avec l'identité de la forme, que la permanence dans un organisme donné, le sentiment de la vie et le mouvement spontané. L'être individuel se distinguait simplement des autres êtres au sein de la nature. La personnalité place l'homme en dehors de la nature, et bien que la nature subsiste encore en lui dans les phénomènes inférieurs de sa vie, l'homme s'en distingue et s'en affranchit. Voilà ce que c'est au juste que la personnalité; elle est à la fois activité libre et activité intelligente. Ces deux conditions sont également