CHAPITRE VII
nécessaires : rintelligence qui rend possible la liberté en l'éclairant, qui s'empare de la force spontanée, la ravit aux impulsions de la nature et la dirige à son gré dans le sens où il lui plaît, vers le but qu'ellemême a fixé.
Est-ce tout enfin? Non; encore ici il nous manque quelque chose; car je trouve bien ici la personne, mais non la personne morale. 11 faut que l'activité libre reçoive sa règle; il faut pour cela ([u'elle entre en contact avec un élément nouveau. (iCt élément, c'est la loi qui achève la notion de la personnalité en la consacrant, si je puis dire, par la moralité, en lui montrant au-dessurf du monde de la nature un monde tout nouveau, en opposant ainsi le règne des fins réalisées par la liberté au règne des fins réalisées par la nécessité. C'est le monde moral, le monde des volontés libres et des fins désintéressées, qui commence où finit la nature et dont nous saluons avec joie les premiers horizons
Il y a un droit primordial, un ensemble de droits naturels inhérents à l'homme, pai*ce que l'homme est une personne, c'est-à-dire une volonté libre. La racine du droit est là, dans cette simple c(mstatation de l'attribut qui constitue l'homme en tant qu'homme et le
sépare du reste de la nature. Ceux-là seuls seraient dans la logique de leur situation, en niant le droit, qui contesteraient à l'homme cet attribut de la liberté responsable. A la base de tout droit se trouve la personne. Avant d'être un citoyen libre dans rÉtat, il faut que l'on soit et que l'on se sente libre au sein de la nature. Une chose n'a pas de droit, parce qu'il n'y a pas de droit concevable ni possible là où règne la nécessité physique. Si donc la même nécessité pèse sur votre volonté, si votre puissance imaginaire de vouloir n'est que la dernière manifestation de la physique universelle, si la personne humaine a'est elle-même qu'une chose, il faut renoncer à cette chimère d'un droit primordial. Mais si l'homme s'est conquis lui-même, par un don de sa nature et par un libre effort, sur le mécanisme universel, s'il remonte par le développement de sa volonté du rang des choses au rang des personnes, dès lors son droit existe par le fait de la liberté que la raison consacre en la déclarant inviolable au nom de la justice.
Consultons cette notion de la personnalité humaine dans toutes les conséquences qu'elle peut produire, suivons la volonté libre dans ses manifestations variées, nous verrons se déduire les divers droits naturels qu^enferme le droit primordial.
Tant que la liberté se concentre en elle-même, dans le for de la conscience, abstraction faite de toute manifestation extérieure, c'est la liberté morale, liberté absolument illimitée, puisqu'elle est insaisissable à toute prise humaine, absolument irresponsable à l'égard de la société. Même dans cette sphère invisi-