‹ Problèmes de morale socialeChapitre 13 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dans r Église. C'est là que Ton retrouve les proposition fondamentales de la nouvelle école, avec ce relief que donnent à chacune de ses idées la logique de ce dialec-* ticien à outrance et le tempérament hyperbolique de l'écrivain. On sait quelle est Tinspiration générale du livre. L'œuvre de la Révolution est de reprendre en ses fortes mains l'entreprise que les mains énervées èi corrompues de l'Eglise ont laissé déchoir. L'Eglise avait promis de fonder la justice, elle n'en a donné qu'une sacrilège parodie. C'est à la Révolution qu'il appartient d'en dégager la véritable formule. Pour cela il faut repousser la tyrannie des philosophes, déguisée sous le nom de la raison, aussi bien que le despotisme des théocraties. La métaphysique est l'auxiliaire secrète et la complice honteuse de tous ces mensonges. Il faut rétablir la» réalité du sens moral, en dehors de toute conception de Dieu, naturelle ou révélée. Naturelle ou ^révélée, les deux se valent. Il faut que la justice se suffise à elle-même. Refusons-lui « tout protectorat transcendantal, idée ou Dieu. » A ce prix seulement elle sera libre, elle sera' digne, elle sera vraie. Point d'autre autorité pour la couvrir que celle de rhomme. Elle n'a besoin de s'appuyer sur aucun autre principe qu'elle-même. Écartons Dieu des origines de la loi, c'est bien, mais ce n'est pas assez. Écartons avec le même soin toute idée à priori qui serait encore quelque chose de surnaturel et comme une dernière marque de servitude mystique dans la conscience.

Toute la nouveauté de la thèse de Proudhon consiste dans cette opposition fondamentale de ViinmanencCy qui place le principe du droit dans l'homme, et de la

transcendance qui place le principe en Dieu ou dans la raison universelle. On sait avec quelle brutalité il fait la guerre à Tidée religieuse : « Les sociétés, dit-il, sous cette influence, sont destinées à pourrir vivantes comme l'enfant scrofuleux. » Mais il n'épargne pas davantage le rationalisme philosophique. Dieu, pour lui, c*est l'arbitraire. L'absolu des philosophes, c'est le même arbitraire, aggravé d'une hypocrisie. -^ On prétend que l'homme ne peut être lié par l'homme ; on dit que rien d'humain n'oblige. C'est une erreur, et c'est cette erreur qui fait les esclaves ; le principe de la justice est dans l'homme, uniquement en lui. C'est la faculté que nous avons de sentir notre propre dignité en autrui, c< c'est la liberté se saluant de personne à personne. » La seule loi qui n'humilie pas rhomme et ne le dégrade pas, c'est le commandement de soi vis-à-vis de soi. Sentir en soi cette liberté souveraine devant laquelle il n'est aucune puissance qui tienne, que ce soit fatalisme de la nature ou de l'esprit, la respecter d'abord en soi-même, la reconnaître dans son semblable, voilà toute la morale. — Et comme le procédé littéraire de Proudhon consiste à mêler des effusions lyriques à ses déductions les plus abstraites et que par un jeu bizarre d'ironie il aime à décorer de ternies mystiques son athéisme révolutionnaire : « La justice! s'écrie-t-il, elle est le sacrement social de la liberté*. » Après cette grande révélation, il triomphe sans modestie: « Voilà déjà que sur la poussière des croyances passées, l'humanité jure par elle-même.

l. De la Justice dans la Révolution et dam VÉglise^ 2« voL, p. 419, 427, 438,525 ; 3* voL, p. 41, 43, etc.

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