‹ Problèmes de morale socialeChapitre 144 sur 228 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

fensive : c'est aller bien loin d'un seul coup. — Veut-on dire simplement que la vie de l'homme est invioUble, mais pour le législateur seulement? Cela reviendrait à dire que la peine de mort est illégitime, ce qui est une assertion pure et qui demande sa preuve. — La liberté aussi, comme la vie, est un don de Dieu. Estelle pour cela inviolable dans tous les cas? — Les droits naturels ne sont pas tellement sacrés, qu'ils soient placés hors de l'atteinte du législateur, quand ils deviennent, par l'abus criminel qu'on en fait, un péril public.

M. Franck, dans sa Philosophie du Droit pénal ^ n'est pas moins explicite sur ce point si grave. Pour lui, non plus que pour M. de Broglie, il n'est pas exact de dire d'une manière absolue que la vie de l'homme soit inviolable. Elle ne l'est pas plus ni autrement que la liberté. « L'inviolabilité n'existe que dans les limites de nos droits ; elle cesse aussitôt que [nous sortons de nos droits pour attaquer ceux d'autrui. La liberté, quand elle est devenue un danger pour la vie de l'innocent, peut être sacrifiée. » On le voit, ce sont des philosophes qui parlent ainsi, et même des philosophes peu favorables à la peine de mort. Il nous serait facile de confirmer ces témoignages par ceux de MM. Rossi, Faustin-Hélie et bien d'autres pour qui le droit du législateur ne saurait faire l'objet d'un doute sérieux. En dépit des nombreux adversaires de la peine de mort qui mettent au service de leur cause une éloquence passionnée et une popularité facile, nous persistons à croire que la question de droit est résolue. Ce droit de la société est établi, à une condition toutefois, c'est que

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la société n'ait pas à sa disposition d'autre moyen eiticace de se défendre contre certains excès de la perversité humaine. Elle a le droit absolu de se conserver, comme Tindividu a le droit de légitime dé/ense. Ce droit n'a pas même pour limite la vie hmainej quand cette vie s'est déclarée en insurrection flânante contre la sécurité sociale, et que toute autre garantie serait inefficace pour rétablir l'ordre, gravement compromis par une perversité, incurable.

Ce droit de se conserver, pour la société, a même un caractère supérieur à celui que revêt dans l'individu le droit de légitime défense. Pour s'en bien rendre compte, il faut comprendre ce que c'est que l'être social, être abstrait, -perpétuel, qui est formé comme «par une délégation naturelle et permanente des droits et des intérêts de chaqae être individuel, présent et futur. Aussi, tandis que la défense légitime de l'agression a pour limite la durée même de l'agression violente, et qu'elle se mesure exactement sur la répression ' indispensable, immédiate, actuelle, il n'en est pas de même pour l'être social. Il a le droit de réprimer, sans doute ; mais il a aussi le droit incontestable de prévenir, par l'exemple du châtiment, les crimes futurs. Il faut non-seulement réduire à Timpuissance le criminel, mais imprimer une salutaire terreur à ceux qui seraient telités de l'imiter. La sécurité sociale est à ce prix. Elle peut n'être pas assurée uniquement par des grilles ou des verrous ; si ces sortes de moyens ne la garantissent que. contre la récidive du coupable, ils sont insuffisants. C'est le devoir de la société de prolonger, au delà du crime actuel, Tinfluence intimidatrice du châtiment et d'at^

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