‹ Problèmes de morale socialeChapitre 145 sur 228 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

teindre par là, jusque dans les plus secrètes pensées, la première conception des crimes possibles. Le châtiment du coupable s'adresse à lui d'abord, mais aussi à tous les hommes vivants àous la même loi. Il ne regarde pas seulement le fait présent, il regarde tout le possible, Favenir; voilà ce que ne veulent pas comprendre ceux qui assimilent d'une manière absolue le droit de conservation de la société au droit de défense de l'individu, prétendant que ce droit ne va,pour Tune comme pour Fautre, qu'à mettre le coupable dans l'impossibilité matérielle de nuire. Il y a là unefiource de malentendus perpétuels.

Ainsi la société, quoi qu'on en ait dit, a le droit absolu de se conserver dans le présent et dans l'avenir, même au prix d'une vie humaine, si cette vie s'est mise par le crime en dehors de Tordre social, et si le sacrifice en est reconnu nécessaire. Mais est-il vrai qu!il y ait des cas où ce sacrifice soit nécessaire? Toute la question est là désormais. Non, il n'y a pas dans cette peine d illégitimité fondamentale, radicale ; il n'est pas de fin de non-recevoir absolue que Ton puisse invoquer contre elle, mais cela ne suf- . fit pas. Le droit de mort que s'arroge la société en certains cas exceptionnels, n'est pas un droit chimérique, une usurpation de droit; mais il est d'une nature telle et tellement en contradiction avec tout un ordre d'instincts et de sentiments humains, que la société devra y renoncer le jour où elle pourra le faire sans mettre en péril les victimes. Si Ton peut s'en passer, on doit s'en passer. Ce que dit quelque part M» Jules Simon des peines en général, à savoir : f qu'elles ne sont légitimes qu'autant qu elles sont

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nécessaires, » s'applique surtout à la peine de mort. Encore faut-il comprendre cette proposition qui en elle-même n'est pas sans péril, puisqu'elle semble faire dépendre un droit d'un fait. Bien que cette peine ne soit pas^ illégitime dans son principe, il est certain que dans Tapplication elle doit se subordonner à la considération de la nécessité, elle doit durer autant qu'elle, cesser avec elle. Il ne suffit pas, pour être appliquée, qu'elle soit légitime en soi et utile, il faut qu'elle soit indispensable.

Voilà un point sur lequel tout le monde est à peu près d'accord. Là ou l'accord n'existe plus, c'est dans l'appréciation des circonstances sociales qui rendent possible Tabolition de la peine de mort^n cessant de la rendre nécessaire. Or, sommes-nous arrivés à un tel degré de civilisation ?

C'est une question de fait extrêmement obscure, où il entre une grande part de relatif, d'hypothétique, d'éventuel. Il n'y a pas là, à vrai dire, matière à dé-* monstration rigoureuse, mais seulement à inductions approximatives. Qui peut se flatter de saisir assez exactement les lois par lesquelles se règlent le niveau variable de la civilisation, les vicissitudes des esprits, l'action et la réaction des idées sur les mœurs et des mœurs sur les idées, pour porter un jugement assuré sur le moment où la société pourra se désarmer impunément de ce droit terrible?

Ici éclate un dissentiment profond entre les philosophes, juges du possible, et les magistrats, juges du réel. Les philosophes inclinent à rapprocher, par un optimisme bien honorable, l'époque où cette peine pourra disparaître de nos codes. Tout en soutenant

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